Question de M. MASSET Michel (Lot-et-Garonne - RDSE) publiée le 21/05/2026

Question posée en séance publique le 20/05/2026

M. le président. La parole est à M. Michel Masset, pour le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen.

M. Michel Masset. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'intérieur.

Ces derniers jours, à Agen, en Lot-et-Garonne, la mairie, la mosquée, la presse locale et le commissariat de police ont été destinataires de lettres anonymes et de menaces de mort, accompagnées de balles de carabine.

Le contenu de ces lettres révèle une obsession « anti-musulmans ».

Les menaces de mort et les incitations à la haine sont inacceptables. Elles portent une atteinte grave à la liberté de la presse, à la liberté de culte et à l'exercice du mandat d'un élu de la République.

Ensemble, refusons de considérer ces événements comme de simples faits divers, car les cibles ont été soigneusement choisies dans un but précis : fracturer notre société et fracturer notre fraternité pour installer un climat de terreur déjà nourri par de nombreux médias nationaux.

Partout, la violence progresse. Les élus locaux en sont les premiers témoins, parfois même les victimes. C'est pourquoi le groupe RDSE a défendu une proposition de loi devenue la loi du 21 mars 2024 renforçant la sécurité et la protection des maires et des élus locaux.

Hélas, aussi nécessaires soient-elles, les lois sécuritaires ne suffisent pas à faire société. Concrètement, il faut agir pour identifier et stopper les entrepreneurs de haine, tout comme les discours irresponsables et nauséabonds qui les alimentent - ce sont en effet les deux faces d'une même pièce.

L'escalade de la haine et de la peur doit être enrayée par un discours de rassemblement populaire et par un sursaut contre les identitaires de toutes obédiences.

Monsieur le ministre, je vous le dis avec émotion et lucidité, la sidération ne doit pas conduire à l'impuissance.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Quelles mesures comptez-vous prendre face à ces attaques visant nos libertés, pour retrouver l'apaisement nécessaire au vivre ensemble, pour restaurer la concorde endolorie et rétablir ainsi le pacte républicain ? Comment retrouver la confiance ?

La République doit protéger, mais elle doit aussi réunir. Portons ensemble un nouveau souffle humaniste. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE. - Mme Marie-Pierre de La Gontrie et Mme Anne-Sophie Patru applaudissent également.)

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Réponse du Ministère de l'intérieur publiée le 21/05/2026

Réponse apportée en séance publique le 20/05/2026

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.

M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur Michel Masset, vous avez raison : les faits qui se déroulent actuellement à Agen sont absolument abjects.

Le maire de la commune, M. Laurent Bruneau, a reçu des menaces, accompagnées de douilles dans des enveloppes. Il n'est pas le seul : le président de l'association des musulmans de la commune, le commissariat, d'autres élus ou encore des organes de presse locaux ont reçu, a priori, le même courrier du même auteur. Les menaces visent en effet explicitement la communauté musulmane de cette ville.

Tout ceci est évidemment extrêmement condamnable et très grave. Vous avez raison de souligner qu'il ne s'agit pas de simples faits divers : cela traduit aussi un malaise qui traverse notre société.

Une réponse immédiate a été apportée par le préfet, qui a manifesté le soutien de l'État au maire et à l'ensemble des acteurs, y compris au président de l'association des musulmans de la commune.

Des plaintes ont été déposées. La direction interdépartementale de la police nationale du Lot-et-Garonne mènera ses investigations et je ne doute pas que nous confondrons les auteurs de ces menaces.

Je ne développerai pas une nouvelle fois devant vous le dispositif de protection des élus qui a été mis en place. Vous m'interpellez cependant sur un point d'une autre nature en appelant de vos voeux un « souffle humaniste ».

Bien évidemment, je partage votre souhait. Le ministre de l'intérieur n'est pas seulement le ministre du régalien, de l'ordre et de l'autorité ; il est aussi le ministre du lien, de la cohésion sociale, de la cohérence et du vivre ensemble.

Monsieur le sénateur, une partie de la réponse réside dans la façon dont les uns et les autres nous nous parlons, dans la manière dont nous posons les problèmes sur la table, en évitant toujours de brutaliser et de stigmatiser des personnes ou des groupes de personnes lorsqu'il est question de délinquance ou d'immigration.

Nous devons tenir un discours qui ne divise pas la société. Ces sujets sont complexes ; nous devons savoir les traiter par la discussion et par le consensus. J'y suis attaché. Sans doute est-ce là mon côté humaniste, que nous avons en partage.

M. le président. Il faut conclure !

M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Je rebondis donc volontairement sur l'expression de « souffle humaniste », que vous avez utilisée : nous en avons bien besoin. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE. - M. François Patriat applaudit également.)

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