Question de Mme DANIEL Karine (Loire-Atlantique - SER) publiée le 21/05/2026

Question posée en séance publique le 20/05/2026

M. le président. La parole est à Mme Karine Daniel, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)

Mme Karine Daniel. Monsieur le ministre, Elidja, 15 ans, est mort sous les balles, à Nantes, victime du narcotrafic.

J'ai une pensée pour ses parents, sa famille, ses camarades et les professeurs du collège Rutigliano, pour tous ses proches, bouleversés par cette tragédie. Je pense également aux deux adolescents qui ont été blessés dans cette fusillade.

Je salue les élus locaux, les associations, les enseignants, les éducateurs, les forces de sécurité et de secours, mobilisés chaque jour sur le terrain face à cette hyperviolence qui gangrène trop de quartiers et trop de villes.

Combien faudra-t-il d'enfants et d'adolescents blessés ou tués ? Combien faudra-t-il de familles détruites ?

Le mois dernier, à Villefranche-sur-Saône, un jeune de 13 ans a lui aussi été tué par balles. Dans cette affaire, un mineur de 15 ans est suspecté.

La jeunesse est donc désormais en première ligne, tantôt victime collatérale, tantôt main-d'oeuvre facile instrumentalisée par des réseaux criminels. Des enfants tuent des enfants.

La loi du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic commence à produire ses effets, mais nous voyons bien les limites du seul volet répressif.

Aujourd'hui, cette politique doit intégrer un volet de protection de l'enfance et des mineurs. Prévention spécialisée, présence éducative dans les quartiers, lutte contre le décrochage scolaire, accompagnement des familles sont aussi des leviers contre les trafics.

L'État doit mettre les moyens pour protéger la jeunesse. Monsieur le ministre, au-delà des quelques expérimentations déployées sur le territoire, quand le Gouvernement entend-il présenter un véritable plan national de prévention de l'entrée des mineurs dans le narcotrafic ? (Applaudissements sur les travées des groupes SER et GEST.)

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Réponse du Ministère de l'intérieur publiée le 21/05/2026

Réponse apportée en séance publique le 20/05/2026

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.

M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Madame la sénatrice, comme vous le savez, je me suis rendu à Nantes à la suite du drame qui a vu un jeune de 15 ans être abattu sur un point de deal au pied d'un immeuble et deux autres, âgés de 13 ans et 14 ans, être blessés.

Je ne reviendrai pas sur tout ce que nous faisons en matière de lutte contre les trafics de stupéfiants. Nous entendons trop souvent dire que l'État est dépassé, qu'il n'est pas efficace.

Les chiffres attestent au contraire que nous démantelons sans cesse plus de réseaux et que nous déstabilisons les trafics. C'est le cas à Nice notamment, où le discours inverse se fait entendre.

Pourtant, alors qu'il y avait encore récemment douze points de deal dans cette ville, il n'y en a plus que deux. Nous continuons de pilonner les trafiquants.

J'irai droit au but : oui, l'augmentation du nombre de jeunes qui sont impliqués dans les trafics est inquiétante. Elle concerne d'ailleurs tous les échelons de cette sinistre hiérarchie, jusqu'à celui de l'exécutant : nous voyons parfois des jeunes âgés de 13 ans à 16 ans participer à des règlements de comptes. C'est intolérable.

Vous avez raison de poser le problème comme vous l'avez fait. Les interventions régaliennes, l'action du ministère de l'intérieur ou l'action judiciaire du garde des sceaux ne suffisent pas. Nous devons comprendre comment des jeunes peuvent basculer à ce point dans le narcotrafic et dans la délinquance.

C'est bien la raison pour laquelle le Premier ministre réunira dans les jours qui viennent l'état-major interministériel de lutte contre la criminalité organisée, qui associe l'ensemble des ministres concernés.

Je veux aussi rappeler que la ministre déléguée Marie-Pierre Vedrenne vient de lancer la stratégie nationale de prévention de la délinquance 2026-2030, qui prévoit de très nombreuses actions visant également à faire en sorte que les mineurs ne basculent pas dans l'action violente.

Madame la sénatrice, je vous rejoins tout à fait. Nous continuerons d'apporter une réponse répressive, mais il faut aussi que nous poussions tous les feux, en particulier en matière d'éducation et de prévention. Bien d'autres acteurs doivent être impliqués. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

M. le président. La parole est à Mme Karine Daniel, pour la réplique.

Mme Karine Daniel. Monsieur le ministre, lors d'un débat qui s'est tenu en décembre dernier ici même au Sénat, vous étiez nombreux, au banc des ministres, pour traiter l'enjeu du narcotrafic. En la matière, des analyses et des actions interministérielles sont nécessaires.

Cela a été dit et répété, la loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic doit être complétée et s'appuyer sur un pilier de santé publique et de prévention, notamment des addictions. Il faut aussi un volet de protection des mineurs. (Applaudissements sur les travées des groupes SER et GEST, ainsi que sur des travées du groupe CRCE-K.)

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