Question de M. PACCAUD Olivier (Oise - Les Républicains) publiée le 21/05/2026

Question posée en séance publique le 20/05/2026

M. le président. La parole est à M. Olivier Paccaud, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Olivier Paccaud. Monsieur le ministre de l'éducation nationale, vous êtes probablement à la tête du plus beau des ministères : celui qui allume la lanterne du savoir. Notre école, chrysalide, élève - au sens propre - l'esprit de nos enfants, forge leur savoir-vivre, leur libre arbitre et cultive leur intelligence.

Toutefois, si enseigner est le plus beau des métiers, il est de plus en plus difficile, et parfois même dangereux. Dominique Bernard et Samuel Paty l'ont payé de leur vie.

Un film récent, remarquable, L'Abandon, qui décrit le calvaire de Samuel Paty et qui connaît malheureusement une polémique malsaine et indigne, démonte la mécanique diabolique du mensonge, de la lâcheté, du fanatisme islamiste et du « pas de vagues » dans l'éducation nationale.

Or, aujourd'hui, monsieur le ministre, nombreux sont les enseignants à se censurer, à ne plus oser professer certains pans des programmes d'histoire, de lettres, de biologie, de philosophie, par peur d'incidents, par crainte de ne pas être soutenus par leur hiérarchie.

Comment comptez-vous redonner à tous les enseignants de France la force d'assumer pleinement leur mission en toute sécurité et sérénité ? (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées du groupe UC. - MM. Jean-Marc Vayssouze-Faure et Mickaël Vallet applaudissent également.)

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Réponse du Ministère de l'éducation nationale publiée le 21/05/2026

Réponse apportée en séance publique le 20/05/2026

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.

M. Edouard Geffray, ministre de l'éducation nationale. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, monsieur le sénateur Paccaud, permettez-moi d'abord de rebondir sur le film L'Abandon, en laissant de côté les quelques critiques pour le moins confuses qu'il a suscitées.

M. Max Brisson. Très bien !

M. Edouard Geffray, ministre. Je rappelle simplement que ce film, que j'ai vu, m'a semblé d'un ton très juste. J'ai trouvé qu'il était assez équilibré et que sa relation des faits restituait Samuel Paty dans sa pleine humanité de professeur entièrement dévoué à ses élèves. Dans le même temps, il le fait entrer dans une forme d'éternité, comme sait le faire le cinéma.

Pour répondre très précisément à votre question : oui, bien sûr, tout ce climat peut provoquer chez certains professeurs une tentation d'autocensure, et peut-être même d'autocensure inconsciente, la plus dangereuse, lorsque l'on se dit : « Je ne vais pas parler de cela tout de suite, ou pas maintenant, ou pas dans telles conditions. »

Néanmoins, nous faisons tout pour que les menaces et les mises en cause, quelles que soient d'ailleurs leurs origines, et elles sont très variées, reculent.

D'abord, il nous appartient collectivement - parents, élèves, citoyens, élus - de ne pas fragiliser la figure du professeur. Cela peut paraître secondaire, mais c'est pour moi prioritaire. Ce que l'on a pu appeler le prof-bashing a entretenu l'idée que l'on pouvait, dans le fond, regarder la fonction avec une forme de condescendance. Or celle-ci doit être regardée d'en bas et non pas d'en haut.

M. Christian Cambon. Très bien !

M. Edouard Geffray, ministre. Ensuite, chaque fois qu'un professeur est mis en cause, menacé dans son intégrité physique ou psychique, la réponse est désormais catégorique. Premièrement, nous déclenchons la protection fonctionnelle. Deuxièmement, je fais systématiquement déposer une plainte au nom de l'institution.

Pour conclure, je dirai que notre politique commence à porter ses fruits. En ce qui concerne les valeurs de la République, nous avons enregistré cette année une baisse de 25 % des atteintes à la laïcité, après 30 % l'année dernière, ce qui prouve que lorsque l'on explique et que l'on protège, les mises en cause reculent. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI ainsi que sur des travées des groupes RDSE, INDEP, UC et Les Républicains.)

M. le président. La parole est à M. Olivier Paccaud, pour la réplique.

M. Olivier Paccaud. Merci, monsieur le ministre. Au pays des Lumières, la laïcité et la liberté d'expression ne doivent pas être voilées. (Murmures sur les travées des groupes SER et GEST. - M. Akli Mellouli proteste.) Lorsqu'un professeur doit se taire, c'est la République qui met un genou à terre.

Pour compléter votre réponse, je précise qu'il existe aussi un délit peu connu d'entrave à la fonction d'enseignant.

Nos enseignants, aujourd'hui plus que jamais, ont besoin que le ministre, que l'institution, que la Nation soient à leurs côtés. Peut-être faut-il diffuser le film L'Abandon dans les collèges et les lycées ? Peut-être Samuel Paty, martyr de la République, a-t-il sa place au Panthéon ?

M. Franck Dhersin. Bravo !

M. Olivier Paccaud. Mes chers collègues, vous connaissez tous la phrase de Victor Hugo : « Quand la nuit essaie de revenir, il faut rallumer [les grandes dates comme] des flambeaux. » L'Abandon est une torche poignante et rayonnante. Allez tous voir ce film ! (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et UC, ainsi que des travées du groupe INDEP.)

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