Question de M. BITZ Olivier (Orne - UC) publiée le 28/05/2026
M. Olivier Bitz appelle l'attention de M. le garde des sceaux, ministre de la justice sur les difficultés récurrentes rencontrées par les communes rurales dans le traitement judiciaire des infractions liées aux dépôts sauvages de déchets.
Souvent, les élus locaux accomplissent l'intégralité des démarches administratives et procédurales qui leur incombent : constatations, exploitation d'images de vidéosurveillance, relevés de plaques d'immatriculation, dépôts de plainte en gendarmerie.
Pourtant, après des mois de procédure, ces plaintes aboutissent très souvent à un classement sans suite ou à une composition pénale dépourvue d'effet réel. Dans ces conditions, la commune reste seule à supporter les coûts d'évacuation des déchets, tandis que le pollueur ne subit que rarement une sanction effective ou une obligation de réparation.
Cette situation est préjudiciable pour les autorités locales comme pour les habitants. La loi prévoit pourtant des sanctions dissuasives.
Aussi, il lui demande s'il envisage de donner des instructions précises aux parquets afin d'améliorer les poursuites contre ces infractions qui exaspèrent nos concitoyens et leurs élus. Il l'interroge également sur les possibilités de recouvrement des frais d'évacuation des déchets afin que l'insolvabilité ne constitue plus un obstacle à la sanction effective et à la réparation du préjudice communal.
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Réponse du Ministère de la justice publiée le 30/07/2026
Le ministère de la Justice a pleinement conscience de la nécessité de lutter efficacement contre les infractions liées aux dépôts et aux stockages illicites des déchets, qui, outre qu'elles portent une atteinte considérable et intolérable aux milieux, constituent un enjeu majeur tant de salubrité que de santé publique. Face à ce constat, les pouvoirs et sanctions liés aux dépôts sauvages ont été considérablement renforcés ces dernières années. La loi du 23 octobre 2023 relative à l'industrie verte a réhaussé les peines des délits relatifs aux déchets prévus par l'article L. 541-46 du code de l'environnement à quatre ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende, ces peines étant portées à huit ans et 500 000 euros d'amende lorsque les faits sont commis en bande organisée. En outre, le décret n° 2024-528 du 10 juin 2024 a permis de renforcer la poursuite des contraventions de cinquième classe relatives aux déchets prévues par les articles R. 635-8 du code pénal et R. 541-77 du code de l'environnement, en prévoyant que ces infractions peuvent faire l'objet d'une amende forfaitaire. Afin de faciliter l'identification des auteurs de telles infractions, les dispositions relatives à la vidéosurveillance ont été adaptées. Ainsi, l'article L. 251-2 du code de la sécurité intérieure a été modifié par les lois du 24 juillet 2019 et du 10 février 2020 afin d'autoriser la mise en oeuvre de systèmes de vidéoprotection sur la voie publique dans le but d'assurer la prévention et la constatation de ce type d'infractions. Parallèlement, l'article L. 252-3 du même code permet, depuis la loi du 25 mai 2021 pour une sécurité globale préservant les libertés, aux agents dûment habilités des services de police municipale d'être destinataires des enregistrements de vidéoprotection. Ceux-ci peuvent constituer des moyens de preuve en vue d'établir la responsabilité de l'auteur. Afin d'assurer une réponse pénale ferme et adaptée de ces faits, la circulaire de politique pénale environnementale du 9 octobre 2023 a appelé les parquets à exercer les poursuites face aux infractions qui causent un dommage grave et à limiter les alternatives aux poursuites aux faits de faible intensité. Les données permettent de constater une augmentation de la répression en matière d'infractions relatives aux déchets. En 2024, 250 condamnations délictuelles et 1055 condamnations contraventionnelles ont été prononcées pour une infraction liée aux déchets par les juridictions pénales de première instance, contre respectivement 148 et 844 en 2020. Dans chacun des cas, le nombre d'amendes fermes prononcées est en augmentation. De même, le taux de poursuites est en nette augmentation. En 2024, 43 % des affaires poursuivables faisaient l'objet de poursuites, contre 26 % en 2020. La part des alternatives aux poursuites, qui comprennent de manière générale une obligation de remise en état afin notamment d'obliger la personne en cause à évacuer les déchets sous peine de poursuites, est ainsi en régression au profit des renvois devant la juridiction de jugement. La personne mise en cause peut être condamnée par la juridiction pénale à indemniser la victime, collectivité territoriale, pour son préjudice et les frais exposés pour l'évacuation des déchets. Le recouvrement de ces frais peut être assuré par l'intermédiaire de l'exécution forcée et relève alors des règles de procédure civile. Enfin, la création, par le décret du 13 septembre 2023, pour chaque département, d'un comité opérationnel de lutte contre la délinquance environnementale (COLDEN) a vocation, par la coopération active des autorités administratives et judiciaires, à renforcer l'efficacité du traitement judiciaire des atteintes environnementales, au premier rang desquelles figurent les dépôts illicites de déchets, de la constatation de l'infraction jusqu'à la mise en oeuvre de la sanction, comprenant la remise en état des lieux.
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