Question de Mme LINKENHELD Audrey (Nord - SER) publiée le 14/05/2026

Mme Audrey Linkenheld attire l'attention de M. le ministre des transports sur les grandes inquiétudes relatives à la dégradation des liaisons ferroviaires à grande vitesse (TGV) entre Bruxelles et Lille.

C'est par voie de presse que les élus ont appris la suppression de l'offre de train direct entre Bruxelles et Lille après 18 heures, annoncée par la SNCF.
Comme l'association des Navetteurs Lille-Bruxelles, les représentants de la ville de Lille, de sa métropole (MEL) et de la région des Hauts-de-France sont extrêmement préoccupés quant à l'impact de cette décision, qui s'inscrit dans une dégradation continue de l'offre ferroviaire entre Bruxelles et Lille sur des créneaux essentiels.

Après les évolutions de 2015, puis de 2022, qui ont déjà supprimé plusieurs trains au départ de Bruxelles après 18 heures, désormais il n'en circulerait plus aucun.
Plusieurs centaines de salariés ou étudiants sont directement concernés. Certains seront contraints de quitter leur lieu de travail ou d'étude à 17 h 30 au plus tard, d'autres vivront avec le stress permanent de ne pas pouvoir revenir à leur domicile le soir, au moindre retard ou imprévu.
Ce n'est pas d'une simple modification horaire dont il est question, mais d'un non-sens économique et écologique pour nos territoires, avec des conséquences humainement pesantes et professionnellement pénalisantes.

Lille et Bruxelles sont géographiquement proches, historiquement et culturellement liées.

Réduire encore l'offre ferroviaire directe est un très mauvais signal envoyé au territoire, alors que la capitale des Flandres porte la candidature française pour accueillir l'Autorité douanière de l'Union européenne.
Dans ce dossier, le Président de la République a lui-même mis en lumière les atouts de Lille « forte de son expertise douanière reconnue, de ses infrastructures de pointe et de sa position stratégique en Europe, idéales pour les professionnels comme pour leurs familles ».

Au-delà des enjeux de développement, la réduction de l'offre ferroviaire est évidemment un coup porté aussi aux objectifs nationaux et européens de décarbonation en matière de mobilité.

À terme, c'est le principe même de faire la navette entre deux métropoles européennes qui risque d'être remis en cause.

Elle souhaite donc savoir quelles mesures le Gouvernement entend rapidement prendre avec l'ensemble des acteurs concernés, pour rétablir des liaisons ferroviaires performantes entre Bruxelles et Lille, indispensables pour répondre aux attentes de notre euro-région transfrontalière et à la qualité nécessaire des déplacements.

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Réponse du Ministère délégué auprès de la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargé de la ruralité publiée le 20/05/2026

Réponse apportée en séance publique le 19/05/2026

M. le président. La parole est à Mme Audrey Linkenheld, auteure de la question n° 1126, adressée à M. le ministre des transports.

Mme Audrey Linkenheld. Je souhaite appeler l'attention du Gouvernement sur la dégradation préoccupante des liaisons à grande vitesse entre Bruxelles et Lille.

Nous avons appris au début de cette année, par voie de presse, la suppression des trains directs après dix-huit heures, annoncée par la SNCF sans la moindre concertation préalable.

Avec les navetteurs circulant entre Lille et Bruxelles et les élus de la ville de Lille, de la Métropole européenne de Lille et de la région Hauts-de-France, je m'inquiète de cette évolution qui s'inscrit dans une réduction continue de l'offre ferroviaire à des horaires pourtant essentiels.

À la suite des coupes opérées en 2015, puis en 2022, plusieurs trains du soir avaient d'ores et déjà disparu. Désormais, il n'en resterait plus aucun au départ de Bruxelles et à destination de Lille après dix-huit heures.

Concrètement, plusieurs centaines de salariés, d'étudiants et de travailleurs transfrontaliers sont affectés. Il ne s'agit pas là d'un simple ajustement d'horaires ; cela constitue un véritable non-sens économique, social et écologique pour nos territoires.

Lille et Bruxelles sont proches, liées par l'histoire, l'économie et la culture. Réduire encore l'offre ferroviaire directe envoie un signal très négatif, alors même que Lille a été désignée pour accueillir l'Autorité douanière européenne, ce que le Président de la République nous invite d'ailleurs à célébrer ce jeudi. Parmi les atouts de cette candidature figurait, certes, son expertise douanière, mais également sa position stratégique en Europe.

Dans un contexte où nous devons, par ailleurs, accélérer la décarbonation des mobilités, affaiblir une liaison ferroviaire européenne et internationale de premier plan est incompréhensible. Cela fragilise la confiance en notre service public ferroviaire.

Monsieur le ministre, je souhaite connaître les mesures que vous prévoyez de prendre avec l'ensemble des acteurs concernés, y compris belges, afin de rétablir une offre performante et fiable entre Bruxelles et Lille, indispensable à la vitalité de notre eurorégion transfrontalière et au maintien de la position européenne de la France.

M. le président. La parole est à M. le ministre délégué chargé de la ruralité.

M. Michel Fournier, ministre délégué auprès de la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargé de la ruralité. Madame la sénatrice, je vous réponds au nom de mon collègue Philippe Tabarot, ministre des transports.

Le Gouvernement est particulièrement attentif à l'offre de transport ferroviaire, aux capacités de mobilité pour tous et à la disponibilité d'un service de qualité pour les usagers. Il s'agit d'un objectif majeur de la feuille de route du ministre des transports.

En tant qu'opérateur d'un service librement organisé, SNCF Voyageurs adapte sa politique commerciale en fonction de la disponibilité des ressources, notamment matérielles et humaines, et des évolutions économiques de son activité. Le groupe SNCF est tenu d'informer l'État, ainsi que les collectivités territoriales, des changements envisagés.

Le schéma des dessertes à grande vitesse de SNCF Voyageurs doit ainsi tenir compte du nombre de rames disponibles, en veillant à satisfaire autant de voyageurs que possible au moyen du parc existant et en préservant l'équilibre des dessertes entre les territoires.

Il doit également prendre en considération la disponibilité des sillons accordés par le gestionnaire des infrastructures.

En l'espèce, la modification de l'horaire du TGV de dix-huit heures dix-sept, désormais fixé au départ de Bruxelles à dix-huit heures, s'explique par la décision du gestionnaire d'infrastructures belge, Infrabel, de ne plus attribuer ce créneau à ce train, mais de privilégier un Eurostar reliant Amsterdam à Londres.

Comme indiqué dans les réponses du Gouvernement à vos récentes questions, le groupe SNCF reste libre de proposer ou non des dessertes à des horaires postérieurs.

M. le président. La parole est à Mme Audrey Linkenheld, pour la réplique.

Mme Audrey Linkenheld. La réponse que vous m'apportez nous est parfaitement connue ; c'est la raison pour laquelle, avec les navetteurs et nos collectivités, nous souhaitons que le Gouvernement réunisse l'ensemble des partenaires : Eurostar, Infrabel, la Société nationale des chemins de fer belges (SNCB) et la SNCF.

En effet, il ne s'agit pas seulement de nous « faire préférer le train », mais de défendre l'attractivité et le développement soutenable de nos territoires.

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