Question de Mme BORCHIO FONTIMP Alexandra (Alpes-Maritimes - Les Républicains) publiée le 21/05/2026
Mme Alexandra Borchio Fontimp attire l'attention de Mme la ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire sur l'avenir du programme européen LEADER. Depuis plus de trente ans, le programme européen LEADER est l'un des outils les plus efficaces de l'Union européenne pour soutenir les projets de développement local de nos territoires ruraux. Ce constat ne vient pas seulement des institutions : il est porté, sur le terrain, par les élus locaux, qui voient concrètement les effets de ces projets dans leurs communes. Grâce à LEADER, des centaines de communes rurales, souvent enclavées et oubliées, ont pu faire émerger des projets favorisant la transition écologique et solidaire, répondant aux besoins du terrain comme la rénovation d'écoles, de commerces de proximité, et le développement de services indispensables. Sur son territoire, le Groupe d'action locale Alpes et Azur couvre 99 communes sur trois départements et plus de 73 000 habitants. En vingt ans, plus de 300 porteurs de projets ont été accompagnés. Sans ce soutien européen, nombre d'initiatives n'auraient jamais vu le jour.
Pourtant, la Commission européenne envisage, dans le futur cadre financier pluriannuel 2028-2034, de réserver l'obligation d'appliquer LEADER aux seuls territoires dits « les moins développés ». Une telle orientation risquerait d'exclure des territoires ruraux de montagne, fragiles mais dynamiques, qui ne rentrent pas dans cette case. Par ailleurs, aucune garantie budgétaire minimale n'est aujourd'hui prévue pour LEADER dans les futurs plans de partenariat nationaux et régionaux. Le risque de baisse des moyens est donc bien réel. Enfin, les simplifications administratives promises ne sont toujours pas garanties dans leur traduction concrète au niveau national alors qu'elles constitueraient un progrès déterminant pour fluidifier les démarches et sécuriser les initiatives locales. À cela s'ajoute la lettre adressée au Parlement européen et au Conseil le 6 janvier 2026 par Mme Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, qui prévoit que les 10 % de ressources destinées aux zones rurales pourraient être mobilisés via des mesures agricoles existantes. Ce serait détourner ces financements de leur vocation première : le développement territorial rural. Quelles positions la France entend-elle défendre pour garantir le maintien d'un programme LEADER accessible à l'ensemble de nos territoires ruraux, notamment dans les Alpes-Maritimes ? Quelles garanties financières le Gouvernement entend-il obtenir et comment les élus locaux ainsi que les Groupes d'action locale, acteurs de premier plan, seront-ils associés à la construction du futur partenariat français avec l'Union européenne ? Dans nos vallées et nos communes rurales, LEADER n'est pas un dispositif parmi d'autres : il est une condition essentielle de la vitalité et de l'avenir de territoires auxquels nous tenons.
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Réponse du Ministère de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire publiée le 17/06/2026
Réponse apportée en séance publique le 16/06/2026
M. le président. La parole est à Mme Alexandra Borchio Fontimp, auteure de la question n° 1141, adressée à Mme la ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire.
Mme Alexandra Borchio Fontimp. Madame la ministre, depuis plus de trente ans, le programme européen Leader (liaison entre les actions de développement de l'économie rurale) est l'un des outils les plus efficaces de l'Union européenne pour soutenir les projets de développement local de nos territoires ruraux. Ce constat ne vient pas seulement des institutions : il est également, sur le terrain, le fait des élus locaux, qui voient concrètement les effets de ces projets dans leurs communes.
Dans les Alpes-Maritimes, dont 80 % du territoire est rural, ce programme se traduit par des projets attendus et utiles, des projets d'intérêt général.
Le programme Leader a par exemple accompagné l'installation de nouveaux agriculteurs à Saint-Jeannet, l'ouverture d'un établissement scolaire à Guillaumes, la création d'une coopérative d'activité et d'emploi (CAE) à Saint-Auban, Roquestéron, Villars-sur-Var et Puget-Théniers ou encore la mise en oeuvre d'une solution favorisant la gestion durable de l'eau dans le village de Sallagriffon.
Vous le voyez, madame la ministre, il s'agit de projets très incarnés. Le programme Leader est un programme simple, mais décisif dans ses effets, et non une simple ligne de budget parmi d'autres. C'est même souvent l'un des derniers leviers permettant encore à un maire de dire : « Oui, on peut le faire ! »
J'ai été interpellée par plusieurs maires des Alpes-Maritimes et par le président du conseil départemental au sujet de l'avenir de ce dispositif, puisque la Commission européenne envisage de restreindre ce programme aux seuls territoires dits « les moins développés ».
Sur le terrain, nos élus locaux sont inquiets : moins de projets, moins de marges de manoeuvre et, en définitive, moins d'attractivité pour notre ruralité.
Une telle orientation risquerait d'exclure des territoires ruraux de montagne, fragiles, mais dynamiques, qui n'entrent pas dans cette case.
Madame la ministre, je veux vous poser deux questions.
Tout d'abord, quelles positions la France entend-elle défendre dans les négociations européennes afin de garantir le maintien d'un programme Leader accessible à l'ensemble des territoires ruraux, notamment dans les Alpes-Maritimes, et quelles garanties financières le Gouvernement entend-il obtenir pour préserver son ambition et son efficacité ?
Ensuite, comment les élus locaux et les groupes d'action locale, acteurs de premier plan du programme Leader, seront-ils associés à la préparation du futur partenariat entre la France et l'Union européenne ?
Dans nos vallées et nos communes rurales, Leader n'est pas un dispositif parmi d'autres : il est une condition essentielle de la vitalité et de l'avenir de territoires auxquels nous tenons.
M. le président. La parole est à Mme la ministre.
Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire. Madame la sénatrice Alexandra Borchio Fontimp, le programme Leader est un levier de développement important pour nos territoires ruraux, comme l'illustrent les nombreux projets qui sont déployés dans le département des Alpes-Maritimes, votre beau département.
Cet outil, fondé sur une approche ascendante et partenariale, constitue un modèle d'innovation territoriale et de participation démocratique, auquel les acteurs locaux, notamment les maires, sont très attachés.
Dans le cadre des négociations relatives au futur cadre financier pluriannuel post-2027, je suis avec attention les évolutions proposées par la Commission européenne concernant les instruments dédiés au développement rural.
Le projet de règlement sur la politique agricole commune prévoit ainsi, en son article 18, de maintenir les fondamentaux de l'approche Leader, confirmant son rôle important dans la définition de stratégies de développement local.
Pour mémoire, dans la programmation actuelle de la politique agricole commune, la mise en oeuvre du programme Leader est de la compétence des régions en tant qu'autorités de gestion de certaines mesures du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), conformément aux dispositions de la loi du 27 janvier 2014 de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles, dite Maptam. Leur expertise à cet égard est donc essentielle.
Enfin, pour répondre aux enjeux de simplification administrative, la Commission propose de généraliser l'utilisation des coûts forfaitaires. Cette orientation paraît de nature à alléger la charge administrative des porteurs de projet et, plus globalement, des groupes d'action locale. Elle va donc dans le bon sens et nous suivrons cette question avec la plus grande attention.
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