Question de M. HUGONET Jean-Raymond (Essonne - Les Républicains-A) publiée le 28/05/2026

M. Jean-Raymond Hugonet attire l'attention de M. le ministre délégué auprès de la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, chargé de la transition écologique sur les difficultés majeures rencontrées dans la mise en oeuvre du plan « New Deal mobile » face aux blocages des services de l'État, illustrées par la situation de la commune de Souzy-la-Briche, commune qui accueille par ailleurs sur son territoire une somptueuse propriété de l'État dédiée au Premier ministre.
Alors que la couverture numérique des territoires ruraux constitue une priorité nationale pour l'aménagement et l'attractivité de nos régions, la commune a été intégrée à ce plan de couverture ciblée par un arrêté ministériel en date du 21 décembre 2021, publié au Journal Officiel du 4 janvier 2022. L'opérateur SFR, désigné pour mener à bien ce projet sur le territoire, avait identifié un emplacement optimal permettant à la fois de garantir une couverture technique adéquate et une insertion paysagère préservant l'harmonie du village.
Pourtant, le parcours administratif s'est transformé en une impasse réglementaire inextricable. Déposée le 29 juin 2023, la déclaration préalable de travaux a fait l'objet d'un refus de la part de l'architecte des bâtiments de France (ABF). Saisi d'un recours le 25 juillet 2023, M. le Préfet de région l'a rejeté au motif qu'une implantation en site classé nécessitait le dépôt d'un permis de construire. Conformément à cette exigence, un permis a été déposé le 26 juillet 2024, pour se solder à nouveau par un avis défavorable de la commission des sites - s'appuyant strictement sur le refus initial des ABF - entraînant un nouveau rejet de la demande.
Cette rigidité administrative place la municipalité dans une situation de blocage total. Une réunion de conciliation organisée avec M. le sous-Préfet n'a, à ce jour, pas permis de trouver une issue favorable. Depuis lors, la commune se trouve dans un vide décisionnel complet, sans la moindre nouvelle ou proposition d'alternative de la part de l'opérateur SFR ou des services déconcentrés de l'État.
Cette situation interroge frontalement sur la cohérence de la politique de l'État, qui d'un côté impose des obligations de couverture mobile par arrêté ministériel, et de l'autre oppose un veto systématique par le biais de ses administrations culturelles et environnementales, privant les habitants d'un service public désormais essentiel.
En conséquence, il lui demande si le Gouvernement entend donner des instructions claires aux préfets et aux ABF pour concilier la protection légitime du patrimoine avec l'impératif de désenclavement numérique. Il souhaiterait également savoir quelles mesures d'urgence il compte prendre pour débloquer le dossier de cette commune et garantir le respect des engagements pris dans le cadre du « New Deal mobile ».

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Transmise au Ministère de la culture


Réponse du Ministère de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire publiée le 17/06/2026

Réponse apportée en séance publique le 16/06/2026

M. le président. La parole est à M. Jean-Raymond Hugonet, auteur de la question n° 1150, transmise à Mme la ministre de la culture.

M. Jean-Raymond Hugonet. La couverture numérique des territoires ruraux constitue une priorité nationale absolue pour l'aménagement, l'attractivité et l'équité de nos régions. Notre pays a su acter cette ambition au travers du dispositif dit du New Deal mobile, visant à faire disparaître définitivement les zones blanches qui pénalisent nos concitoyens.

C'est dans ce cadre que la commune de Souzy-la-Briche, dans l'Essonne, a été intégrée à ce plan de couverture ciblée par un arrêté ministériel du 21 décembre 2021. Cette commune est célèbre, entre autres, pour le château et son domaine, résidence de villégiature de la République française, anciennement affectée au Président de la République, mise à la disposition du Premier ministre à partir de 2007.

L'opérateur SFR, désigné pour mener à bien ce projet, avait identifié un emplacement optimal garantissant à la fois une couverture technique adéquate et une insertion paysagère respectueuse de l'harmonie du village.

Pourtant, ce dossier s'est transformé en une impasse réglementaire et bureaucratique inextricable et insupportable.

En effet, la déclaration préalable de travaux déposée en juin 2023 a essuyé un premier refus de l'architecte des Bâtiments de France (ABF). Saisi d'un recours, M. le préfet de région a rejeté celui-ci au motif qu'une implantation en site classé exigeait un permis de construire. Qu'à cela ne tienne, un permis a été déposé en juillet 2024, mais celui-ci s'est soldé de nouveau par un avis défavorable de la commission des sites, s'appuyant strictement sur le veto initial de l'ABF...

Cet acharnement administratif place aujourd'hui la municipalité dans une situation de blocage complet, et les différentes réunions de conciliation n'ont mené à rien. Évidemment - je le précise en passant -, le château, lui, est équipé de sa propre antenne... (Sourires.)

Madame la ministre, est-il enfin possible de sortir de cette situation kafkaïenne ? Ou bien M. le maire de Souzy-la-Briche doit-il se résoudre à construire un pigeonnier et s'en remettre à ces charmants volatiles pour correspondre avec le reste du monde ? (Nouveaux sourires.)

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire. Monsieur le sénateur Jean-Raymond Hugonet, je vous prie tout d'abord de bien vouloir excuser ma collègue Catherine Pégard, ministre de la culture.

Les sites classés relèvent du code de l'environnement et bénéficient d'une protection de premier ordre, au même titre que les monuments historiques classés, car ils représentent les espaces les plus remarquables sur le plan paysager. Je suis certaine, monsieur le sénateur, que vous avez à coeur de les protéger, comme c'est le cas pour moi, qui ai été maire et qui ai souvent eu à gérer ce genre de situation.

Ces sites « ne peuvent ni être détruits ni être modifiés dans leur état ou leur aspect sauf autorisation spéciale », en application de l'article L. 341-10 du code de l'environnement, afin de garantir leur conservation ou leur préservation.

Les travaux projetés en site classé nécessitent donc une autorisation préalable soumise, en fonction de la nature du projet, à l'expertise de l'ABF, de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, ainsi que du ministre chargé des sites s'agissant des permis.

Les projets situés en sites classés font donc l'objet, en général, d'une expertise collégiale des services des ministères chargés de la culture et de l'environnement.

Le projet d'implantation d'un pylône de radiotéléphonie dans le site classé de la vallée de la Renarde et à proximité d'un monument historique a été considéré, au vu de sa hauteur, comme entraînant un impact visuel important, susceptible de dénaturer ce site classé doté d'une grande richesse d'unités paysagères : couvert forestier de grande valeur, prairies, fronts boisés dessinant les limites visuelles du site, etc.

Toutefois, afin de ne pas bloquer la réalisation de ce projet, il a été proposé aux demandeurs une implantation hors site protégé. C'est, à mon sens, la meilleure solution.

Les services du ministère de la culture sur le terrain demeurent à la disposition du porteur de projet, afin de trouver une solution de rechange. Certes, c'est plus compliqué, et je comprends les installateurs de téléphonie : ils visent à l'efficacité. D'autres considérations méritent cependant d'être prises en compte, car, quand on dénature un paysage, on le dénature pour longtemps.

Il y a donc matière à faire aboutir ce projet, dans le respect de la conservation du site classé de la vallée de la Renarde.

M. le président. La parole est à M. Jean-Raymond Hugonet, pour la réplique.

M. Jean-Raymond Hugonet. En mémoire du Président de la République François Mitterrand, qui passa d'agréables moments dans ce château, l'État pourrait mandater quelqu'un pour dire enfin : « Voilà ce qu'il en est, c'est comme cela et ce n'est pas autrement ! » En effet, pour l'instant, la situation est encore quelque peu vaseuse, si vous me permettez l'expression...

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