Question de Mme BESSIN-GUÉRIN Marie-Pierre (Loire-Atlantique - Les Indépendants) publiée le 28/05/2026
Mme Marie-Pierre Bessin-Guérin appelle l'attention de Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur la situation de sous-financement des hôpitaux publics, à l'exemple de la situation d'urgence du centre hospitalier Erdre et Loire (CHEL) d'Ancenis.
Les rapports récents de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l'Inspection générale des finances (IGF), confirmés par la Fédération hospitalière de France (FHF) dans son communiqué du 6 mai 2026, objectivent une réalité accablante : le déficit historique des hôpitaux publics - 2,8 milliards d'euros en 2024, 2,6 milliards d'euros attendus en 2025 - est d'abord la conséquence d'un sous-financement structurel. Ce dernier s'élève à 1,7 milliard d'euros pour les mesures de ressources humaines (notamment le « Ségur de la santé ») et 900 millions d'euros pour la hausse des prix de l'énergie en 2023, soit un total proche des déficits constatés. Pourtant, les établissements ont réalisé des efforts sans précédent : +4 % d'activité en 2024, +5 % attendus en 2025, une baisse de l'absentéisme et une amélioration de l'attractivité, malgré des tensions persistantes. Ces résultats contredisent l'idée d'une sous-productivité et révèlent une crise de modèle de financement, avec une inadéquation structurelle entre les tarifs et les coûts.
Dans ce contexte, la situation du centre hospitalier Erdre et Loire à Ancenis est emblématique. Le rapport de la chambre régionale des comptes Pays de la Loire d'octobre 2025 a pointé l'insoutenabilité de ses déficits récurrents, nécessitant une action sur l'efficience, le développement de l'activité et une refonte de son projet médical. Des mesures ont été engagées - médiation interrégionale sur la gouvernance (lettre de mission du 13 mai 2026), protocole de sortie de crise associant l'Agence régionale de santé, le groupement hospitalier de territoire de Loire Atlantique (GHT 44) et le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes, ou encore l'élaboration d'un projet médical partagé (lettre de mission au directeur général du CHU de Nantes du 28 avril 2026). Pourtant, la maternité et la chirurgie restent fragilisées, tandis que des besoins critiques persistent, comme l'absence d'offre libérale en cardiologie sur le territoire, ou la rénovation des blocs opératoires.
La FHF souligne par ailleurs que les marges de manoeuvre en matière d'efficience se situent désormais prioritairement à l'échelle des territoires, via le renforcement des filières de soins et des GHT. L'objectif national de dépenses d'assurance maladie (Ondam) pour 2027 sera à cet égard déterminant : un objectif insuffisant, combiné à des mesures d'économies ciblées sur le seul secteur hospitalier, risquerait de fragiliser la dynamique de reprise de l'activité, la capacité d'investir, et in fine l'accès aux soins - alors que 73 % des Français déclarent avoir renoncé à des soins au cours des cinq dernières années.
Au regard de ces enjeux, elle lui demande quelles modalités d'intervention directes elle entend mettre en oeuvre pour garantir la pérennité du CHEL et, plus largement, des hôpitaux confrontés à des difficultés similaires. Elle lui demande également si des soutiens financiers exceptionnels, notamment en trésorerie et en investissement, pourraient être mobilisés pour accompagner cet établissement, à condition que ces aides s'inscrivent dans le cadre de nouvelles orientations stratégiques définies par et pour la communauté territoriale et hospitalière, en association avec les professionnels de santé et les instances de gouvernance. Enfin, elle souhaiterait savoir comment elle compte intégrer les conclusions des rapports IGAS-IGF dans la préparation de l'Ondam pour 2027, afin de redresser les tarifs d'hospitalisation et de traiter les causes structurelles de ce sous-financement, plutôt que d'imposer des contraintes supplémentaires à un secteur déjà sous tension.
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Réponse du Ministère délégué auprès de la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, chargé de l'autonomie et des personnes handicapées publiée le 17/06/2026
Réponse apportée en séance publique le 16/06/2026
M. le président. La parole est à Mme Marie-Pierre Bessin-Guérin, auteure de la question n° 1157, adressée à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Mme Marie-Pierre Bessin-Guérin. Madame la ministre, je souhaite vous interpeller sur la situation de sous-financement des hôpitaux publics, à l'exemple de la situation d'urgence du centre hospitalier Erdre et Loire (CHEL) d'Ancenis.
Les rapports de l'inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l'inspection générale des finances (IGF), confirmés par la Fédération hospitalière de France (FHF), objectivent une réalité accablante, celle du déficit historique des hôpitaux publics. Celui-ci s'élevait à 2,8 milliards d'euros en 2024 et devrait s'établir à 2,6 milliards en 2025, en raison essentiellement de compensations insuffisantes pour ce qui concerne les ressources humaines, du Ségur de la santé et de l'inflation des factures d'énergie.
Pourtant, les établissements ont réalisé de gros efforts : leur activité s'est accrue de plus de 4 % en 2024 et devrait progresser de 5 % en 2025. On observe une baisse de l'absentéisme et une amélioration de l'attractivité, malgré des tensions persistantes.
La situation du centre hospitalier Erdre et Loire d'Ancenis illustre les difficultés systémiques de l'hôpital public. Le rapport de la chambre régionale des comptes (CRC) d'octobre 2025 a pointé la récurrence des déficits, ce qui rend nécessaire une action de redressement et une refonte de son projet médical.
Des mesures ont été engagées, telles que l'organisation d'une médiation interrégionale sur la gouvernance, l'élaboration d'un protocole de sortie de crise associant l'agence régionale de santé (ARS), le groupement hospitalier de territoire de Loire-Atlantique (GHT 44) et le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes, ou encore la définition d'un projet médical partagé.
Pourtant, la maternité et la chirurgie restent fragilisées, et il y a urgence à engager la rénovation des blocs opératoires.
La FHF souligne, par ailleurs, que les marges de manoeuvre en matière d'efficience se situent désormais à l'échelle des territoires.
Le niveau de l'objectif national de dépenses d'assurance maladie (Ondam) pour 2026 sera, à cet égard, déterminant : la définition d'un Ondam insuffisant, combinée à des mesures d'économie ciblées sur le seul secteur hospitalier, risquerait de fragiliser la dynamique de reprise de l'activité, la capacité d'investir et, in fine, l'accès aux soins, alors que 73 % des Français déclarent avoir renoncé à des soins ces cinq dernières années.
Au regard de ces enjeux, je souhaite connaître les modalités d'intervention directes, en trésorerie comme en investissement, que le Gouvernement entend mettre en oeuvre pour garantir la pérennité du centre hospitalier Erdre et Loire, ainsi que, plus largement, des hôpitaux confrontés à des difficultés similaires.
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée auprès de la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, chargée de l'autonomie et des personnes handicapées. Madame la sénatrice Bessin-Guérin, je vous prie d'excuser l'absence de la ministre, Mme Stéphanie Rist, qui m'a chargée de vous répondre.
Vous l'interrogez sur la situation du centre hospitalier Erdre et Loire d'Ancenis et, plus largement, sur les difficultés rencontrées par les hôpitaux publics.
Je veux rappeler, tout d'abord, que le centre hospitalier Erdre et Loire occupe une place importante dans l'offre de soins de proximité de Loire-Atlantique et que sa situation fait l'objet d'une attention constante de l'agence régionale de santé et des services du ministère de la santé.
Comme vous l'indiquez, ces difficultés s'inscrivent dans le contexte national de tensions hospitalières que nous connaissons bien, mais elles tiennent aussi à des facteurs structurels propres à l'établissement. Celui-ci enregistre en effet, depuis plusieurs années, un déficit lié à ses activités sanitaires, auquel s'est ajouté, depuis 2023, un déficit dans le secteur médico-social. Le déficit cumulé atteignait ainsi environ 21 millions d'euros en 2024.
Des éléments positifs doivent néanmoins être soulignés. La reprise d'activité engagée depuis 2024 et la mise en oeuvre d'un plan de performance permettent une amélioration de la trajectoire financière, même si elle reste insuffisante à ce stade.
Face à cette situation, l'État est pleinement mobilisé. L'établissement bénéficie ainsi d'un accompagnement financier significatif et continu : il a reçu près de 10 millions d'euros d'aides de trésorerie entre 2021 et 2025, auxquels se sont ajoutés4 millions d'euros dans le cadre du contrat de performance ainsi que des financements au titre du Ségur et des investissements du quotidien.
Un soutien majeur de près de 9 millions d'euros a également été accordé pour la reconstruction du service de soins médicaux et de réadaptation.
Toutefois, chacun le sait, le redressement ne peut être uniquement financier. Il suppose une évolution en profondeur de l'offre de soins et de l'organisation de l'établissement. C'est le sens des travaux engagés. Je pense notamment à la mission de médiation pour établir une gouvernance pleinement opérationnelle, à l'élaboration d'un projet médical partagé avec le CHU de Nantes et au renforcement des coopérations territoriales au sein du groupement hospitalier de territoire.
Ces travaux, conduits avec des professionnels, doivent permettre de définir une trajectoire crédible. Notre priorité est double : soutenir fortement cet établissement, tout en accompagnant cette transformation pour assurer durablement l'accès aux soins sur ce territoire.
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