Question de Mme PATRU Anne-Sophie (Ille-et-Vilaine - UC) publiée le 04/06/2026

Question posée en séance publique le 03/06/2026

M. le président. La parole est à Mme Anne-Sophie Patru, pour le groupe Union Centriste. (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)

Mme Anne-Sophie Patru. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'intérieur.

Samedi dernier, de nombreux Français ont vibré au rythme de la victoire du Paris-Saint-Germain (PSG). De tels moments de cohésion et de liesse collective rappellent que notre Nation sait encore faire corps. Cette union devrait tous nous inspirer.

Toutefois, le tableau de cette soirée est également bien sombre. Dans de nombreuses villes de France, comme à Rennes, dans le département dont je suis l'élue, des scènes d'une rare violence ont une fois encore émaillé la liesse sportive. On a vu des commerces vandalisés. On a assisté à des affrontements violents, dans un climat de tension mettant en péril la sécurité des supporters comme celle des forces de l'ordre. Je tiens d'ailleurs à saluer le sang-froid et le professionnalisme de nos policiers et gendarmes, qui sont parvenus à contenir ces troubles partout en France.

Il faut le marteler avec force : non, la République ne peut tolérer que le sport, vecteur de cohésion et d'unité, devienne prétexte à des exactions qui menacent notre vivre-ensemble, et dont certains se servent pour alimenter une rhétorique anti-police. Non, tout n'a pas été sous contrôle. La critique est aisée, mais l'art est difficile, me répondra-t-on sans doute. Reste que ces violences ne sont pas des incidents isolés.

Nos concitoyens sont exaspérés par la répétition de ces événements. La violence et le vandalisme après un match, en France, tendent à devenir la norme.

Mme Cathy Apourceau-Poly. Eh bien non !

Mme Anne-Sophie Patru. Pour notre part, nous refusons cette banalisation de l'inacceptable. Très clairement, notre système judiciaire n'est pas assez dissuasif.

Monsieur le ministre, ma question est double. Premièrement, où en est la stratégie de l'État pour garantir la sécurité de tous durant l'été très sportif qui s'annonce et quelles adaptations comptez-vous mettre en place à la suite de ces événements ? Deuxièmement, quelles mesures de soutien envisagez-vous pour les élus locaux, qui, sur ces sujets comme sur tant d'autres, se trouvent en première ligne, pour organiser et sécuriser des espaces adaptés à ces événements sportifs ?

Dans quelques jours s'ouvrira la Coupe du monde de football. Nous n'avons que peu de temps pour agir. Or les Français nous attendent ; les Français vous attendent. (Bravo ! et applaudissements sur des travées des groupes UC et Les Républicains. - M. Marc Laménie applaudit également.)


Réponse du Ministère de l'intérieur publiée le 04/06/2026

Réponse apportée en séance publique le 03/06/2026

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.

M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Madame la sénatrice, je fais évidemment miens l'indignation que vous exprimez et le constat que vous dressez. Parallèlement aux manifestations de joie et aux moments festifs auxquels la victoire du Paris-Saint-Germain a donné lieu, nous avons déploré des débordements que j'ai qualifiés, dès l'origine, de violences et d'émeutes urbaines. J'avais d'ailleurs fait de même l'année dernière, à l'issue de la précédente finale de la Ligue des champions, et je pèse mes mots.

Un débordement peut avoir des conséquences très graves. En l'occurrence, il s'agissait d'émeutes et de violences urbaines, fomentées par un certain nombre d'individus qui n'ont rien à voir avec le football. (Mme Anne-Sophie Patru le concède.) Nous parlons non pas de supporters du Paris-Saint-Germain, mais de jeunes qui viennent pour casser, pour piller. Le seul lien qui les rattache à ce club est le maillot du Paris-Saint-Germain qu'ils arborent parfois.

En réponse, nous avons bâti un dispositif d'une ampleur considérable. Au total, 22 000 policiers et 22 000 gendarmes ont été mobilisés sur l'ensemble du territoire national ; ils ont reçu des instructions extrêmement fermes et extrêmement claires, contrairement à ce que l'on peut entendre ici ou là.

Certains prétendent que le Gouvernement laisserait faire par peur des violences : tout cela est faux. Pour la circonstance, un télex a été adressé aux préfets, qui connaissent très bien leur travail, comme les directeurs départementaux de la police nationale (DDPN), comme les commandants de groupement de gendarmerie. Les instructions étaient d'aller systématiquement au contact.

Voilà la première réponse : la fermeté, qui implique la riposte systématique. En tout, les forces de l'ordre ont procédé à 891 interpellations et l'on a comptabilisé 720 gardes à vue. Nous nous doterons bien évidemment de dispositifs comparables à l'avenir.

Ensuite, nous devons réfléchir aux mesures susceptibles d'être engagées pour renforcer encore notre arsenal.

Le projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l'ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens (Ripost), que le Sénat a adopté et que l'Assemblée nationale examinera bientôt, durcit les sanctions en vigueur pour l'usage de mortiers. Il s'agit là d'une mesure essentielle.

Ce soir-là - je l'ai dit devant l'Assemblée nationale -, la moitié des actes de violence ont été dirigés contre nos forces de sécurité intérieure, qui ont bel et bien fait un travail formidable.

Les auteurs de ces faits avaient la volonté manifeste d'attenter à l'intégrité physique de nos policiers et gendarmes. Le projet de loi Ripost va durcir les sanctions pénales et administratives auxquelles de telles personnes s'exposent. En outre, nous ne nous interdirons aucune réflexion à l'Assemblée nationale lors de l'examen du projet de loi Ripost. Je pense notamment aux interdictions de paraître. Les mesures prises à ce titre en 2019 avaient été retoquées par le Conseil constitutionnel. À la demande de M. le Premier ministre, nous allons retravailler cette question...

M. le président. Il faut conclure, monsieur le ministre.

M. Laurent Nunez, ministre. Le but est de présenter des mesures administratives empêchant les casseurs de commettre des exactions. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI. - M. Bernard Fialaire applaudit également.)

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