Question de M. JOYANDET Alain (Haute-Saône - Les Républicains) publiée le 04/06/2026
Question posée en séance publique le 03/06/2026
M. le président. La parole est à M. Alain Joyandet, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. Alain Joyandet. Monsieur le ministre de l'économie, alors que les ventes d'automobiles progressent en France de 3,7 % sur les douze derniers mois, Stellantis est à -7,7 % et Renault est à -7,6 %. Une voiture sur trois est désormais électrique, et ce sont les marques asiatiques qui continuent de progresser. Par exemple, Toyota est à +4 %.
Avec une telle trajectoire, peut-on encore sauver l'industrie automobile française ? Que pensez-vous du transfert de l'activité moteur de Stellantis de Vesoul à Poissy ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
Réponse du Ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique publiée le 04/06/2026
Réponse apportée en séance publique le 03/06/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Monsieur le sénateur Joyandet, je me permets de corriger quelque peu vos chiffres.
Je rappelle d'abord que le premier constructeur français de véhicules s'appelle en fait Toyota. Les ventes de Toyota ont augmenté en France, dites-vous ? C'est l'usine de Valenciennes qui a augmenté sa cadence ! Ainsi les véhicules dont la vente est en hausse en France sont-ils en réalité des véhicules fabriqués en France.
Je souhaite également rectifier ce que vous avez indiqué s'agissant des ventes de véhicules des marques françaises.
La bonne nouvelle est que, comme vous l'avez souligné, près de 30 % des véhicules vendus jusqu'au mois de mai sont des véhicules électriques. C'est un virage absolument exceptionnel. Regardons ce qui s'est passé en Norvège, par exemple, où l'on vend aujourd'hui 90 % de véhicules électriques : c'est au moment où l'on a atteint les 30 % que l'accélération s'est faite. Et parmi ces véhicules électriques, les premiers véhicules sont des véhicules français et européens : des Renault, des Stellantis, des Peugeot, des DS.
Certes, sur les véhicules « d'hier », les choses patinent un peu ; mais, sur les véhicules de « demain », les constructeurs français et européens ont le vent en poupe. Et c'est en grande partie lié à la politique du Gouvernement : électrification, bonus, leasing social.
J'étais hier avec le ministre de l'industrie à Mulhouse, chez Stellantis, où 1 milliard d'euros d'investissements ont été annoncés pour fabriquer des véhicules électriques - c'est une bonne nouvelle.
Vous évoquez le transfert d'une partie de l'activité de fabrication de moteurs de Vesoul vers Poissy : cela concerne 120 intérimaires. Dans le même temps, le groupe s'est engagé à ne pas mettre en place de plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) - nous allons suivre cela de près - et à accélérer par ailleurs les recrutements en CDI. Ainsi, alors qu'il s'était engagé, dans le cadre d'un accord social, à recruter 40 CDI par an, ils vont en recruter 100 cette année. Si je regrette la situation pour les 120 intérimaires, reconnaissons que 100 CDI en plus, c'est aussi une bonne nouvelle.
Nous resterons vigilants quant au devenir du site qui vous est cher. Le groupe s'est engagé à continuer d'en faire une plateforme logistique importante pour la France et pour l'Europe. Nous suivrons cela de près, mais, à ce stade, ce sont plutôt de bonnes nouvelles. (M. François Patriat applaudit.)
M. le président. La parole est à M. Alain Joyandet, pour la réplique.
M. Alain Joyandet. Monsieur le ministre, je vous remercie de vos réponses, mais je pense qu'il ne faut pas ajouter à la crise structurelle des décisions politiques, surtout lorsqu'elles n'ont aucun sens industriel ou écologique.
Auparavant, pour les moteurs, tout se faisait à Vesoul. Désormais, on est en train de mettre en place des navettes automobiles entre Vesoul et Poissy pour partager le travail. Je ne pense pas que ce soit en déshabillant Vesoul pour habiller Poissy que l'on règlera le problème de fond de notre industrie.
Vesoul Peugeot-Citroën, ce sont encore 1 500 personnes dans une petite intercommunalité de 30 000 personnes, avec la mono-industrie... Ce n'est tout de même pas simple. Auparavant, à côté de chez nous, à Peugeot Sochaux-Montbéliard, il y avait 40 000 salariés ; il en reste 6 500. Vous voyez l'impact économique pour le Nord-Franche-Comté ! Des concessionnaires historiques de Stellantis sont en train de passer sous pavillon asiatique pour sauver leur peau. La situation est donc très compliquée.
Pourtant, monsieur le ministre, il y a des solutions. Je vous recommande, par exemple, la lecture du rapport que notre excellent collègue Alain Cadec a remis avec la présidente de la commission des affaires économiques sur l'avenir de l'automobile. Il contient de nombreuses propositions, sur les droits de douane, sur l'amélioration de la concurrence, etc.
Monsieur le ministre, je pense vraiment qu'il faut cesser de faire preuve de naïveté. La France et l'Europe ne doivent pas être ouvertes à tous les vents.
M. le président. Il faut conclure.
M. Alain Joyandet. Enfin, monsieur le ministre, je vous indique que mes chiffres sont documentés : ils proviennent du Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA). (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
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