Question de Mme BOYER Valérie (Bouches-du-Rhône - Les Républicains) publiée le 11/06/2026

Mme Valérie Boyer attire l'attention de M. le ministre de l'intérieur sur la nécessité de mieux documenter, prévenir et réprimer les phénomènes d'exploitation sexuelle des mineurs, notamment lorsqu'ils sont commis en réseau ou sous emprise, ainsi que sur la vulnérabilité particulière des enfants confiés ou suivis par l'aide sociale à l'enfance (ASE).

Au Royaume-Uni, plusieurs affaires dites de « grooming gangs » ont révélé l'exploitation sexuelle de jeunes filles mineures par des groupes organisés et de graves défaillances institutionnelles. Le cas de Rotherham est emblématique : selon le rapport indépendant conduit par Alexis Jay, près de 1 400 enfants et adolescents auraient été exploités sexuellement entre 1997 et 2013. Certaines victimes, parfois connues des services sociaux, n'auraient pas été prises au sérieux malgré des signalements. Ces affaires ont mis en évidence des violences sexuelles commises en groupe, des phénomènes d'emprise organisée, une circulation de victimes entre plusieurs lieux et des carences dans la réponse des autorités.

Elles ont également révélé l'existence de tabous administratifs et politiques, certains agents ayant indiqué leur crainte d'évoquer l'origine ethnique ou communautaire des auteurs présumés, de peur d'être accusés de racisme. Sans stigmatiser ni transposer mécaniquement ces faits au contexte français, ces précédents montrent combien l'absence de données objectives peut conduire au déni, à la sous-estimation ou à l'inaction face à des crimes visant des enfants.

En France, les violences sexuelles commises contre les mineurs demeurent massives et progressent. En 2025, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 132 300 victimes de violences sexuelles, dont 76 200 mineures, soit 58 % des victimes. Ces violences sont en hausse de 8 % par rapport à 2024. Le ministère de l'intérieur précise en outre que 70 % des victimes mineures ont subi ces violences hors du cadre familial. Par ailleurs, dans une réponse publiée le 2 juin 2026 à l'Assemblée nationale, il était indiqué que plus de 11 000 mineurs seraient victimes d'exploitation sexuelle en France.

Les enfants confiés ou suivis par l'ASE constituent un public particulièrement vulnérable. Fugues répétées, ruptures de parcours, instabilité des placements, isolement affectif, addictions, exposition précoce aux violences ou repérage par des prédateurs peuvent les exposer à des mécanismes d'emprise, de prostitution ou de proxénétisme.

Elle souhaite donc savoir si les services de l'État ont identifié, en France, des affaires présentant des caractéristiques similaires ou comparables à celles des « grooming gangs » britanniques : exploitation sexuelle de mineurs par des groupes organisés, emprise collective, violences sexuelles commises en réseau, captation de victimes vulnérables, circulation de victimes entre plusieurs lieux ou carences dans le signalement.

Elle souhaite savoir si le Gouvernement dispose d'un recensement national des affaires d'exploitation sexuelle de mineurs commises en groupe ou en réseau, notamment lorsque les victimes sont connues, suivies ou confiées à l'aide sociale à l'enfance.

Elle l'interroge également sur la nature des données aujourd'hui collectées concernant les profils des auteurs et des victimes, les modes de recrutement, les lieux de captation, le rôle des réseaux sociaux, les suites judiciaires données et les éventuelles défaillances de la chaîne de protection de l'enfance. Elle souhaite enfin connaître les mesures envisagées pour sécuriser les lieux d'accueil de l'ASE, renforcer la coopération entre police, justice, départements, associations spécialisées et plateformes numériques et éclairer la représentation nationale sur ces phénomènes.

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En attente de réponse du Ministère de l'intérieur.

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