Question de M. HINGRAY Jean (Vosges - UC) publiée le 11/06/2026

M. Jean Hingray attire l'attention de M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace sur les modalités de compensation financière de l'extension de la politique du repas à 1 euro aux collectivités territoriales situées hors du maillage du Centre national des oeuvres universitaires et scolaires (CNOUS). Ayant été à l'initiative, auprès de son auteur le sénateur Pierre-Antoine Lévi, d'une proposition de loi au Sénat, promulguée le 14 avril 2023 et dont il fut le rapporteur, il rappelle que la lutte contre la précarité alimentaire, révélée notamment lors de la crise Covid, a conduit à instaurer une tarification à 1 euro des repas destinés aux étudiants, et plus particulièrement en faveur de ceux se trouvant éloignés des structures de restauration universitaire. Cette avancée lui tient d'autant plus à coeur qu'il a pu en mesurer toutes les retombées positives en le constatant de visu sur le terrain dans des villes de taille modeste des Vosges. S'inscrivant dans une logique d'accès de la jeunesse à une alimentation plus équilibrée et plus saine, une étape supplémentaire a été franchie le 4 mai 2026 avec la généralisation du repas à 1 euro en faveur de l'ensemble des étudiants, quelles que soient leurs conditions de ressources et leur localisation. Toutefois, malgré l'implication de tous les partenaires concernés, son application sur l'ensemble du territoire est encore à construire. L'implication des collectivités territoriales dans l'organisation et la montée en charge d'infrastructures de délivrance et d'accueil, hors gestion directe du réseau des centres régionaux des oeuvres universitaires et scolaires (CROUS), est essentielle pour atteindre l'objectif d'équité territoriale partagé par tous les acteurs. Certes, des conventionnements CROUS avec des structures publiques locales, à l'instar par exemple des centres hospitaliers (tels Remiremont ou Neufchâteau), sont envisageables, mais le changement d'échelle induit par la fin de la conditionnalité de ressources crée désormais un effet de ciseau budgétaire insoutenable pour les territoires. Le coût réel de revient d'un repas complet oscillant entre 7,50 et 9 euros, le différentiel de tarification non couvert par les subventions forfaitaires de l'État se trouve indirectement supporté par les structures d'accueil et les collectivités territoriales organisatrices de ces antennes décentralisées. De surcroît, l'augmentation massive du nombre de bénéficiaires exige des investissements lourds en section de fonctionnement (renforcement des personnels de restauration) et d'investissement (mise aux normes et extension des locaux), sans qu'aucun mécanisme de compensation financière n'ait été prévu par l'État, en contradiction avec l'article 72-2 de la Constitution. Alors que se développe à juste titre des formations post-bac au coeur des territoires, il est à redouter que le manque d'accompagnement de l'État ne fasse peser un risque de fermeture de ces antennes, faute de capacités budgétaires locales pour en assumer les services annexes. Il lui demande la mise en place par le Gouvernement de dotations de compensation spécifiques pour les collectivités locales participant financièrement au dispositif en zone blanche CNOUS et l'ouverture d'un fonds de concours d'investissement pour soutenir l'adaptation des infrastructures de restauration locales, condition sine qua non du maintien et du développement de l'offre d'enseignement supérieur dans les territoires ruraux.

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Réponse du Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace publiée le 17/06/2026

Réponse apportée en séance publique le 16/06/2026

M. le président. La parole est à M. Jean Hingray, auteur de la question n° 1175, adressée à M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace.

M. Jean Hingray. Monsieur le ministre, nous avons défendu ici, avec mon collègue et ami Pierre-Antoine Levi, un dispositif de lutte contre la précarité alimentaire destiné notamment aux étudiants éloignés des structures de restauration. Une étape supplémentaire a été franchie avec la généralisation du repas à 1 euro pour l'ensemble des étudiants, quels que soient leurs ressources et le lieu où ils étudient.

Toutefois, malgré l'implication de tous les partenaires concernés, la mise en oeuvre de cette mesure sur l'ensemble du territoire est encore devant nous. Le rôle des collectivités est essentiel pour atteindre cet objectif d'équité territoriale. Des conventions passées par les centres régionaux des oeuvres universitaires et scolaires (Crous) avec des structures publiques locales, à l'instar des centres hospitaliers de Remiremont et de Neufchâteau dans mon département des Vosges, sont certes envisageables, mais le changement d'échelle induit par la fin de la condition de ressources crée désormais un effet de ciseaux budgétaire qui est insoutenable pour nos territoires. Le coût réel d'un repas oscille en effet entre 7,50 euros et 9 euros. Le différentiel de tarification non couvert par les subventions de l'État se trouve indirectement supporté par les structures d'accueil et les collectivités territoriales organisatrices de ces antennes décentralisées.

De surcroît, l'augmentation massive du nombre de bénéficiaires exige des investissements, alors qu'aucun mécanisme de compensation financière n'a été prévu par l'État.

Alors que se développent, et c'est très bien, des formations post-bac au coeur de nos territoires, il est à redouter que le manque d'accompagnement de l'État ne fasse peser un risque sur la pérennité de ces antennes, faute des budgets nécessaires.

Nous demandons donc au Gouvernement, monsieur le ministre, des dotations de compensation spécifiques pour les collectivités locales participant financièrement à ce dispositif de restauration en zone blanche, ainsi que l'ouverture d'un fonds de concours d'investissement pour soutenir l'adaptation des infrastructures de restauration locale, condition sine qua non du maintien du développement de l'offre d'enseignement supérieur dans nos territoires ruraux.

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Philippe Baptiste, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace. Monsieur le sénateur Hingray, vous m'interrogez sur l'accès au repas à 1 euro pour les étudiants qui poursuivent leurs études sur des sites ne disposant pas d'une offre de restauration universitaire. Je connais votre engagement à cet égard et je veux saluer le travail que vous avez mené aux côtés de votre collègue Pierre-Antoine Levi pour promouvoir un certain nombre d'avancées en la matière.

La généralisation dont nous parlons s'appuie sur des moyens sans précédent, avec 50 millions d'euros supplémentaires consacrés au réseau des Crous dès 2026 ; cet abondement sera probablement porté à 110 millions ou 120 millions d'euros l'an prochain.

Une partie de ces crédits est spécifiquement destinée à soutenir la restauration agréée, ce qui permet à des structures partenaires de restauration collective - restaurants municipaux, intercommunaux, hospitaliers et autres établissements conventionnés - de proposer des repas à 1 euro. Ce dispositif constitue une partie de la réponse à votre préoccupation. L'enveloppe dédiée à ce soutien spécifique sera revalorisée de 3,5 millions d'euros en 2026, puis, si le budget de l'État est voté, de 6,5 millions d'euros en 2027.

À cela s'ajoutent 7,5 millions d'euros destinés à développer de nouveaux conventionnements sur l'ensemble du territoire.

Enfin, lorsqu'une solution de restauration collective n'est pas accessible à proximité du lieu d'étude, c'est le dispositif Care (carte d'aide à la restauration étudiante), que vous connaissez bien, qui entre en jeu. Doté de 24,6 millions d'euros par an, celui-ci a déjà profité à 57 000 étudiants cette année, répartis dans plus de 360 établissements ; peut-être faudra-t-il continuer de le développer. Notre objectif est simple : que chaque étudiant puisse, où qu'il étudie, se nourrir dignement, correctement, avec une restauration de bonne qualité et pour un coût qui soit le plus bas possible.

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