Question de M. MÉRILLOU Serge (Dordogne - SER) publiée le 11/06/2026

M. Serge Mérillou attire l'attention de Mme la ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire sur le manque de vétérinaires ruraux. La France manque de plus en plus de vétérinaires ruraux. C'est également le cas en Dordogne, notamment dans le Périgord Noir et bientôt, c'est à craindre, dans le Périgord Vert. Le ministère évoquera sans doute en réponse le plan de renforcement des quatre écoles nationales vétérinaires (ENV) pour la période 2023-2025 et l'agrément de l'école vétérinaire UniLaSalle de Rouen qui permettront d'augmenter le nombre de vétérinaires en France en 2030.

Cependant, cette augmentation quantitative se traduira-t-elle par plus de vétérinaires auprès de nos éleveurs qui ont besoin d'eux tant pour la prophylaxie que pour les urgences ? Pas nécessairement car nombreux sont les vétérinaires à choisir le soin des animaux de compagnie et la ville. Comment sont présentées les filières d'élevage dans les écoles vétérinaires, publiques comme privées ? La montée en compétence des éleveurs, avec des professionnels qui savent désormais perfuser les bêtes par exemple, est-elle bien montrée aux futurs vétérinaires ? En un mot, quelle image est donnée de l'agriculture dans les programmes universitaires, les cursus et les stages ?

Face au manque de vétérinaires ruraux avéré dans certains territoires et probable dans d'autres, ne faudrait-il pas organiser un suivi et une anticipation de la démographie des vétérinaires de la part des services de l'État et à l'échelle départementale ? Ces informations publiques permettraient par ailleurs aux aspirants vétérinaires de mieux évaluer les besoins et la clientèle possible dans un territoire.

Nos collectivités jouent le jeu, par exemple le département de la Dordogne et la mairie de La Bachellerie. Cependant, les sommes à mobiliser sont importantes. À titre indicatif, les coûts de fonctionnement pour un vétérinaire qui veut se lancer en tant que salarié en Dordogne sont de 10 000 euros par mois. Le point d'équilibre financier arrive, selon les situations, au bout de 3 ans. Ne pourrait-on pas envisager une avance remboursable de la part de l'État ou de la Banque des Territoires afin de permettre à des cabinets de se lancer ? Il faut pouvoir aider les nouveaux cabinets dans la ruralité dès leur lancement.

Rappelons-le : les vétérinaires sont l'un des piliers du système sanitaire français. Moins de vétérinaires, ce sont des bêtes qui souffrent plus longtemps en attendant pour les urgences. Moins de vétérinaires, c'est plus de risques pour la santé animale, et donc la santé humaine. Rappelons que la tuberculose bovine peut se transmettre à l'homme par exemple. Il lui demande de se saisir réellement de ce sujet qui peut devenir très grave pour nos filières agricoles, pour le bien-être animal et pour la santé des animaux comme des humains.

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Réponse du Ministère de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire publiée le 17/06/2026

Réponse apportée en séance publique le 16/06/2026

M. le président. La parole est à M. Serge Mérillou, auteur de la question n° 1183, adressée à Mme la ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire.

M. Serge Mérillou. Nos filières d'élevage sont en grande difficulté. Les problèmes sont nombreux ; je pense notamment aux difficultés sanitaires qui sont apparues ces derniers temps.

Nos éleveurs ont besoin de vétérinaires ruraux, notamment pour la prophylaxie obligatoire qui permet de connaître l'état de santé du cheptel français, mais aussi pour le soin aux animaux, même si les éleveurs sont de plus en plus formés pour les soins les plus courants.

Ce rôle est essentiel pour l'économie et le revenu des éleveurs. Nous avons également besoin de ces vétérinaires pour soutenir les filières, en particulier les filières d'élevage, qui ont développé un potentiel génétique important.

Or, force est de le constater, le métier de vétérinaire rural n'attire plus les jeunes, qui sont plutôt attirés par un exercice auprès des animaux de compagnie. L'installation d'un vétérinaire rural coûte très cher. Par conséquent, pourrait-on à la fois faciliter l'installation de ces nouveaux vétérinaires, par le biais d'aides remboursables, et valoriser l'image du vétérinaire rural dans les écoles vétérinaires ?

Nous avons également besoin de former de plus en plus de professionnels. À cette fin, je souhaite savoir, madame la ministre, où en est le projet d'école vétérinaire de Limoges, un projet également soutenu par le conseil régional de Nouvelle-Aquitaine.

Chaque année, on constate l'exode d'étudiants vétérinaires, que ce soit vers le Portugal ou la Roumanie. Est-ce inéluctable ? Y aurait-il une malédiction en France, lorsqu'il s'agit de former des scientifiques en santé humaine ou animale ? L'accès à ces métiers de haut niveau serait-il réservé uniquement à des familles qui ont les moyens de payer des études vétérinaires à l'étranger ?

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire. Monsieur le sénateur Mérillou, l'installation et le maintien de l'activité vétérinaire en milieu rural constituent une priorité de mon ministère, pour toutes les raisons que vous avez évoquées.

Pour répondre aux difficultés de recrutement, plusieurs dispositifs ont été mis en oeuvre.

Depuis 2017, les stages tutorés permettent aux étudiants vétérinaires en dernière année d'effectuer un stage long en cabinet rural. Plus de 500 étudiants en ont déjà bénéficié. La loi d'orientation agricole de 2025 a permis de pérenniser ce dispositif, qui contribue à faire découvrir l'exercice en milieu rural.

Par ailleurs, depuis 2020, les collectivités territoriales peuvent, comme elles le font avec la médecine générale, soutenir l'installation et le maintien de vétérinaires en milieu rural et en zone d'élevage, notamment en finançant les frais de stage des étudiants ou en accordant des aides pouvant atteindre 60 000 euros par an aux futurs praticiens qui s'engagent à exercer durablement sur leur territoire.

La crise de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a rappelé le rôle essentiel des vétérinaires sanitaires dans la détection précoce des maladies animales. En Haute-Savoie, ce sont un éleveur et un vétérinaire qui ont été à l'origine, de manière très précoce, de la première alerte, ce qui a permis de réagir très rapidement.

Cette crise a mis en lumière la fragilité du dispositif sanitaire dans certains territoires. C'est pourquoi j'ai souhaité, dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026, sanctuariser une enveloppe significative destinée à rémunérer les missions de surveillance sanitaire réalisées quotidiennement par les vétérinaires, en particulier dans les élevages des territoires ruraux.

Cette première étape s'inscrit dans une ambition plus large : faire du vétérinaire sanitaire de demain une véritable sentinelle des dangers sanitaires en élevage. C'est ce qui anime aussi les discussions des assises du sanitaire animal que j'ai lancées.

Tel est également le sens des dispositions du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles qui visent à renforcer le rôle du vétérinaire dans la prévention, la détection et la gestion des crises sanitaires.

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