Question de M. UZENAT Simon (Morbihan - SER) publiée le 02/07/2026

Question posée en séance publique le 01/07/2026

M. le président. La parole est à M. Simon Uzenat, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)

M. Simon Uzenat. Monsieur le ministre de l'économie, je souhaite vous parler de deux industries emblématiques de notre pays.

Dans le Loiret, tout d'abord - j'associe mon collègue Christophe Chaillou à la question -, après Brandt, c'est Duralex, avec ses 243 salariés, qui a vu sa production suspendue le 12 juin. Un rendez-vous crucial pour l'avenir de l'entreprise a lieu demain devant le tribunal.

Dans le Morbihan, après le drame de Michelin, c'est au tour de la Fonderie de Bretagne, avec ses 258 salariés, de faire l'actualité. L'entreprise est en cessation de paiements et a demandé son placement en redressement judiciaire. Un comité social et économique (CSE) extraordinaire s'est réuni hier et une audience se tiendra devant le tribunal après-demain.

Certains avaient sorti tambours et trompettes au printemps 2025 pour l'arrivée du repreneur Europlasma. Plusieurs, dont j'étais, émettaient des réserves sur la solidité et les intentions réelles du groupe.

En réalité, monsieur le ministre, il s'agit d'un naufrage dans le triangle des Bermudes de la prédation financière, dont les acteurs se moquent bien des salariés et de la souveraineté industrielle. Au cours des six derniers mois, l'entreprise n'a connu qu'une seule journée de fonctionnement. L'activité devait reprendre aujourd'hui, mais la direction du groupe s'y est opposée. Les 3 millions d'euros d'apport en fonds propres prévus pour 2025 n'ont pas été versés par Europlasma. Les problèmes de trésorerie ne permettent pas d'honorer le versement des salaires aujourd'hui. Les détresses humaines se multiplient : quatre décès sont à déplorer, dont un suicide.

La diversification promise n'est pas au rendez-vous : il n'y a eu aucune commande ferme de produits de défense. L'opacité est totale, notamment sur l'hypothétique repreneur.

Monsieur le ministre, je souhaite vous interroger sur la responsabilité du Gouvernement, qui n'a pas vu les fragilités d'Europlasma. La mission interministérielle aux restructurations d'entreprises (Mire) et la direction générale de l'armement (DGA) ne se parlent pas et les collectivités sont laissées sur le bas-côté. Nous refusons l'hypothèse de la liquidation judiciaire d'une industrie de souveraineté, alors que nous avons voté hier même l'actualisation de la loi de programmation militaire. Nous ne cessons de le dire, le site a un avenir, mais nous devons mobiliser les entreprises dont l'État est actionnaire ou client.

Monsieur le ministre, quels engagements prenez-vous devant la représentation nationale pour défendre l'outil industriel et les emplois de la Fonderie de Bretagne ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)

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Réponse du Ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique publiée le 02/07/2026

Réponse apportée en séance publique le 01/07/2026

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.

M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Monsieur le sénateur Uzenat, je vous remercie pour votre question, qui porte sur deux dossiers difficiles.

Duralex, tout d'abord, c'est un dossier que je connais bien, car j'étais moi-même ministre de l'industrie lorsque nous avons organisé, avec la société coopérative et participative (Scop), la reprise de l'entreprise en question. Celle-ci fait face à des difficultés de trésorerie et entre en processus de redressement judiciaire. Nous disposons néanmoins de suffisamment de trésorerie pour tenir jusqu'à la fin du mois d'août et nous espérons trouver d'ici là un repreneur pour cette entreprise emblématique de taille intermédiaire, qui compte environ 250 salariés, et qui est très importante pour la région, notamment pour la commune dans laquelle elle est installée. Nous allons évidemment suivre cela de très près. Comme ce fut le cas à l'occasion de la reprise par la Scop, l'État est prêt à accompagner un repreneur potentiel.

Pour l'instant, c'est une double défaite : d'une part, pour l'entreprise ; de l'autre, pour les salariés qui s'étaient constitués en Scop.

En ce qui concerne Fonderie de Bretagne, une entreprise également emblématique de votre département, je ne vous laisserai pas dire que l'État n'a pas collaboré avec les collectivités locales. Vous le savez, dans le cadre de la reprise par Europlasma, l'État s'est engagé aux côtés de la région et de l'agglomération : 7 millions d'euros au total, dont 5,5 millions d'euros pour l'État et 1,5 million d'euros pour l'agglomération et pour la région. Ces 7 millions d'euros n'ont pas été versés. Pourquoi ? Parce que, je vous rejoins sur ce point, Europlasma n'a pas fait sa part du marché. Les repreneurs s'étaient engagés à verser 15 millions d'euros, ce qu'ils n'ont jamais fait. C'est la raison pour laquelle l'État, en coordination avec les collectivités locales, a évidemment levé son crayon et n'a pas souhaité mettre de l'argent dans une entreprise qui n'était pas suffisamment soutenue par son actionnaire.

Que faire à partir de maintenant ? D'abord, il faut mobiliser Renault pour dégager de la trésorerie. Vous savez que cette entreprise a mis de l'argent en fiducie dans le cadre de la reprise. Nous souhaitons collaborer avec elle pour que cet argent permette de gagner du temps, de passer en redressement judiciaire et, ensuite, de trouver un repreneur.

Je vous rappelle tout de même qu'à l'époque, en avril 2025, Europlasma était le seul repreneur disponible. J'aurais préféré que d'autres industriels soient prêts à reprendre cette entreprise. Nous aurions alors pu, tout du moins le tribunal, faire un choix. Mais tel ne fut pas le cas. Nous avons donc retenu la seule offre déposée, et je vous rejoins sur le fait que ce candidat à la reprise n'a pas offert ce que nous attendions.

Il faut que nous remettions le travail sur l'établi et que nous cherchions des repreneurs pour cette entreprise, qui a de l'avenir.

M. le président. Il faut conclure !

M. Roland Lescure, ministre. Nous allons tout faire pour cela.

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