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Projet de loi de finances pour 1996

 

V. LA SOCIÉTÉ NATIONALE DE RADIO-TÉLÉVISION FRANÇAISE D'OUTRE -MER (RFO)

RFO est une société nationale autonome de radio et de télévision composée de neuf stations régionales pour l'outre-mer.

Le budget de RFO est en légère progression depuis 1993 :

 : 1 087,3 millions de francs

 : 1 128,3 millions de francs (+ 3,8 %)

 : 1 134 millions de francs

 : 1 164,1 millions de francs

Ce budget était de 400 millions de francs, en 1983.

La concurrence des télévisions privées outre-mer a contraint la chaîne à abandonner sa culture de monopole. Elle est, par ailleurs, engagée dans un plan d'entreprise ambitieux, « RFO 2000 ».

A. UN BUDGET 1994-1995 RIGOUREUX

1. L'évolution 1994-1995

Le résultat de RFO a été légèrement bénéficiaire en 1994 (+ 0,6 million de francs), comme en 1993 (+ 1,6 million de francs).

L'exécution du budget de 1995 est toutefois marquée par un chiffre d'affaires publicitaire en baisse par rapport à l'objectif prévu (74 millions de francs au lieu de 90 millions de francs).

Afin de compenser l'incidence de cette perte importante de recettes, un budget modificatif, adopté le 3 octobre 1995, s'est efforcé de trouver des recettes exceptionnelles, avec la vente de certains actifs, d'annuler les financements supplémentaires pour les objectifs nouveaux et de réduire les charges compressibles. Malgré cet effort de rigueur, la répercussion des accords de salaire signés en 1995 dans les autres entreprises du secteur public de l'audiovisuel laissaient entrevoir un exercice 1995 déficitaire d'environ 6 ou 7 millions de francs, mais le projet de loi de finances rectificative affectera la totalité de l'excédent de redevance de l'exercice 1994, soit 21,1 millions de francs, à RFO.

Budget de RFO 1994-1995

Source : RFO

2. Les prévisions du budget 1996

Le budget de RFO serait porté, en 1996, à 1 164 millions de francs, soit une progression de 30 millions de francs (+ 2,7 %).

Projet de budget pour 1996

(en millions de francs)

Source : RFO

B. RFO FACE A LA CONCURRENCE DES CHAÎNES PRIVÉES

RFO a permis la multiplication de la diffusion des programmes télévisés par 4 entre 1983 et 1993 (17 280 heures et 67 415 heures) et celle de la production régionale, pour un même ordre (2 180 heures en 1983, 8 324 heures en 1993).

1. Un nouveau paysage audiovisuel pour l'outre-mer

Depuis 1994, RFO n'est plus en situation de monopole et doit donc affronter une baisse de son audience et de ses ressources publicitaires.

La modification du 28 avril 1994 de son cahier des charges a eu pour objectif de favoriser le développement des télévisions locales privées en leur facilitant l'accès aux émission de TF1 et en restreignant la capacité d'accès de RFO au marché publicitaire local.

RFO n'a plus d'accès prioritaire aux émissions de TF1 et ne peut plus diffuser de publicité d'origine locale sur son deuxième canal de télévision depuis le 1er juillet 1994.

Des télévisions locales sont apparues dans les DOM. Elles relaient l'une des grandes chaînes métropolitaines et Canal +. En revanche, dans les TOM, hormis la présence de Canal + et d'un réseau MMDS en Polynésie, aucune télévision hertzienne n'est apparue. RFO ne subit aucune concurrence à Mayotte, Wallis-et-Futuna et Saint-Pierre-et-Miquelon.

La conséquence directe de la concurrence commerciale des chaînes privées sur les recettes de RFO se double d'un effet indirect sur l'approvisionnement de RFO en programmes nationaux, effet renforcé par la modification du cahier des charges de RFO, intervenue le 28 avril 1994. Désormais RFO n'a plus l'exclusivité des programmes de TF1 que la chaîne publique choisit : les chaînes privées peuvent diffuser les mêmes émissions, ce qui conduit RFO à renoncer à celles-ci, dans le souci de maintenir, pour le téléspectateur, le plus grand choix possible.

A terme, cette évolution entraînera un renchérissement important de la grille de programmes de RFO, avec le risque, de plus, que les TOM, sans diffuseurs hertziens locaux, ne reçoivent plus les programmes de la 1 ère chaîne française, si RFO ne dispose pas des moyens nécessaires pour envoyer, dans les TOM et dans les DOM, des programmes différents.

Cette situation est source de conflits entre la chaîne publique et les télévisions locales privées ; les téléspectateurs ont eu à subir, à plusieurs reprises des déprogrammations de la part de concurrents de RFO décidant à la dernière minute de diffuser en légère avance le même film dont RFO avait annoncé la diffusion depuis 15 jours.

C'est pourquoi, RFO a renoncé unilatéralement à diffuser dans les départements où sont installées des télévisions privées, une partie des programmes repris jusque-là par la chaîne publique. C'est ainsi que RFO ne reprend plus qu'un film par semaine, le mardi soir, et a arrêté la diffusion de certaines émissions à forte audience. En revanche, et afin de ne pas priver le téléspectateur de ces émissions vedettes, RFO continue de les diffuser dans les TOM.

L'évolution du paysage audiovisuel outre-mer est loin d'être satisfaisante. Le maintien de télévisions pirates, les autorisations données à un nombre de chaînes, semble-t-il, trop important pour les ressources locales, les autorisations données, notamment sur le câble, à certaines entreprises, dont le souci premier ne semble pas la promotion de la culture française et ultra marine, ont profondément déséquilibré le paysage audiovisuel d'outre-mer.

Alors que la finalité des nouvelles chaînes privées devrait être de développer une télévision locale, de proximité, d'ouverture sur l'environnement régional, on constate que certaines sont plutôt de simples relais de diffuseurs métropolitains nationaux. En permettant à ces diffuseurs nationaux d'entrer au capital de ces chaînes locales, cette tendance risque de se renforcer.

Enfin, une telle orientation mettrait RFO en concurrence frontale avec des diffuseurs nationaux, aux moyens sans commune mesure avec les siens, ce qui pourrait exiger un effort financier important de l'État actionnaire au profit de la chaîne publique.

2. De nouveaux objectifs pour RFO

La question de l'existence d'un diffuseur public spécifique pour l'outre-mer est, à terme, posée. La diffusion numérique devrait en effet permettre dans un proche avenir la diffusion directe, à des coûts égaux, voire inférieurs, aux coûts actuels, des programmes des diffuseurs nationaux -publics et privés.

En attendant cette mutation profonde, RFO poursuivra, en 1996, trois objectifs :


· L'amélioration de la diffusion
et la maîtrise des coûts de diffusion.

RFO consacre le quart de son budget pour assurer la transmission et la diffusion de ses programmes (241,4 millions de francs en 1994). Des économies ont été recherchées dans deux domaines. Une nouvelle convention, conclue avec TDF, le 30 juin 1995, a permis de réduire les coûts de diffusion de 17 millions de francs (11 millions de francs pour la diffusion hertzienne et 6 millions de francs pour la diffusion par satellite). En 1996, en revanche, la résorption des zones d'ombre nécessitera des crédits supplémentaires de 5 millions de francs. L'utilisation de la technique numérique permettra, par ailleurs, de réaliser des économies, le coût d'une liaison en numérique compressé s'établissant, aujourd'hui, au tiers de celui d'une liaison analogique. De surcroît, RFO envisage de partager ses liaisons satellitaires avec les télévisions privées.

L'élargissement de la diffusion a été considérable en un an dans tous les DOM-TOM, sauf la Guadeloupe, avec des progressions de 2,9% (Mayotte, 4 120 heures) à 26 % (Tahiti, 5 736 heures). Hormis en Nouvelle Calédonie et Saint-Pierre-et-Miquelon, le premier canal de RFO émet désormais le matin, alors qu'en 1993 l'antenne n'ouvrait qu'à midi dans les grandes stations. Elle semble désormais atteindre un pallier.


· Le développement de la production propre. Celle-ci varie de 10 % (Mayotte) à 20 % (La Réunion, Nouvelle Calédonie, Polynésie), voire 30 % (Guadeloupe).

Par son volume, cette production locale (de trois à plus de quatre heures par jour dans les « grandes stations ») fait de RFO la première chaîne régionale française, loin devant France 3, mais aussi, dans chacun des départements et territoires de l'outre-mer, la première chaîne locale, loin devant les télévisions privées. Cette richesse devra être préservée.


· La refonte des journaux
par la suppression des éditions réalisées par la rédaction de Paris et leur transformation en « monitorings » (bout à bout de sujets prêts à diffuser) que les rédactions locales seront chargées d'assembler avec leurs propres reportages.

Cette réforme doit permettre d'améliorer le contenu des journaux pour le téléspectateur local qui pourra regarder un seul journal complet, présenté par la même équipe, avec des sujets mieux ciblés sur ses préoccupations. Elle permettra de dégager la rédaction parisienne de la préparation d'éditions largement redondantes avec les journaux métropolitains, pour la conduire à pouvoir mieux se consacrer aux thèmes et reportages spécifiques à l'outre-mer, conformément à la mission fondamentale de RFO. Elle se fera à effectifs constants à Paris, mais exigera des recrutements dans les stations régionales, particulièrement dans les plus petites.

Cette réforme, qui suscite certaines résistances, doit s'accomplir pour aider RFO à préserver sa position outre-mer.