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La candidature de Chypre à l'Union européenne

 

CONCLUSION

La Commission européenne conclut ainsi son rapport 2000 sur les progrès réalisés par Chypre sur la voie de l'adhésion : « Pendant la période couverte par le présent rapport régulier, Chypre a réalisé des progrès substantiels dans différents domaines de l'acquis et a continué à adopter de nouvelles mesures d'harmonisation. En ce qui concerne la capacité administrative, Chypre a continué à améliorer l'infrastructure existante, notamment en recrutant du personnel».

Face à ces avancées indéniables, la réaction de la plupart des dirigeants chypriotes turcs est vive. M. Denktash a par exemple développé devant votre rapporteur un réquisitoire hostile à l'adhésion : pour lui, « l'Union européenne est une arme entre les mains des Grecs pour détruire les Turcs ». Cette crispation est peut-être le reflet d'une situation en pleine évolution que la dialectique traditionnelle d'opposition entre les communautés ne parvient plus à bloquer. Parallèlement, M. Mehmet Ali Talat, président du parti républicain (chypriote turc) est nettement plus nuancé : il a souligné que « les Chypriotes turcs veulent faire partie de l'Union européenne ». Il préconise également l'envoi de représentants de sa communauté à Bruxelles pour participer aux négociations au côté des représentants des Chypriotes grecs, comme le Président Cléridès l'a proposé à M. Denktash.

Les Chypriotes rencontrés tant au nord qu'au sud ont tous insisté sur le rôle central de la Turquie dans ce dossier. Certes, la classe politique turque est encore en partie celle qui a décidé l'intervention militaire de 1974, et l'armée considère que l'île revêt une grande importance géostratégique. Cependant, plusieurs éléments peuvent laisser penser que la Turquie ne pourra indéfiniment soutenir une position de blocage sur la question chypriote. La crise économique turque actuelle milite ainsi pour un désengagement financier du budget de la « RTCN ». Le Conseil européen d'Helsinki, en décembre 1999, a accepté la candidature de la Turquie à l'Union européenne, mais l'engagement des négociations est conditionné par le respect des critères de Copenhague, dont on peut légitimement penser qu'ils incluent le règlement de la question politique chypriote.

Parallèlement, la Grèce soutient fermement la candidature chypriote et ne devrait pas être en mesure de faire accepter à son opinion publique que Chypre n'entre pas dans l'Union en même temps que les premiers pays de l'Europe de l'Est.

Un des éléments les plus marquants que votre rapporteur a pu noter lors de ses entretiens au sud est le consensus absolu de la classe politique et de la société chypriote en faveur de l'adhésion à l'Union européenne. Alors même que la situation économique de l'île ne profitera pas nécessairement de l'adhésion en raison des nouvelles contraintes que la législation communautaire fera peser sur elle, les Chypriotes grecs sont unanimes à considérer l'Union européenne comme leur avenir.

C'est pourquoi, considérant les très importants progrès accomplis dans la reprise de l'acquis communautaire, mais aussi ceux qui restent à réaliser, votre rapporteur soutient la perspective d'une adhésion de Chypre à l'Union européenne. L'adhésion de l'île tout entière doit profiter à l'ensemble des Chypriotes, à quelque communauté qu'ils appartiennent ; c'est dans ce cadre que l'Union peut apporter la stabilité à cette île coupée en deux depuis trop d'années.