2. La prépondérance d'activités de promotion
On ne peut manquer de relever le développement considérable de l'activité de la FIFA comme promoteur du football . Ses interventions en tant que régulateur sont moins visibles et ne sont pas entourées de l'ensemble des règles souhaitables.
a) Les activités de promotion de la FIFA connaissent un très fort développement qui ne va pas sans poser de problèmes
Dans son activité de promotion du football, la FIFA s'appuie sur des compétitions et sur des interventions en faveur des fédérations .
Sous quelques réserves, votre rapporteur entend saluer cette seconde composante de l'activité de promotion de la FIFA. En revanche, si, jusqu'à présent, dans sa première composante, la FIFA a réussi à maintenir un certain équilibre, certains projets paraissent dangereux à votre rapporteur, qui y voit le témoignage d'un conflit latent entre promotion et régulation. Celui-ci conduit à s'interroger sur la pertinence d'un système où un même acteur assume les deux fonctions .
Les activités de promotion ont été développées à partir du rôle d'organisateur de compétitions entre Nations que la FIFA exerce. Dans ce domaine, si la compétition-phare est la Coupe du Monde , la FIFA a multiplié les compétitions. Comme elle l'indique « la palette des tournois n'a cessé de s'enrichir depuis la fin des années 70 et compte aujourd'hui le Championnat du Monde Juniors, le Championnat du Monde U-17, la Coupe du Monde de Football Féminin, le Championnat du Monde de Futsal 61 ( * ) , la Coupe FIFA/Confédérations et le Championnat du Monde des Clubs - sans oublier les Tournois Olympiques de Football que la FIFA a introduits aux disciplines des J.O. en 1924 pour le masculin et en 1996 pour le féminin. »
Si la plupart des compétitions sont financièrement déficitaires, selon la FIFA, la Coupe du Monde exerce une attractivité qui se traduit par d'importantes recettes en dépit de quelques réelles difficultés de commercialisation.
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Aperçu sur le budget de la FIFA (Etat prévisionnel 2003-2006) (en millions de francs suisses) |
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Etat prév. 2003 |
Etat prév. 2004 |
Etat prév. 2005 |
Etat prév. 2006 |
Etat prév. 2003-2006 |
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PRODUITS |
|
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Droits télévisés Coupe du Monde « Europe |
75,0 |
37,5 |
225,0 |
412,5 |
750,0 |
|
|
Droits télévisés Coupe du Monde « USA » |
16,4 |
16,4 |
65,6 |
98,4 |
196,8 |
|
|
Droits télévisés Coupe du Monde « Reste du Monde » |
126,0 |
103,0 |
246,0 |
275,0 |
750,0 |
|
|
Marketing Coupe du Monde |
0 |
0 |
0 |
150,0 |
150,0 |
|
|
Evénements supplémentaires de la FIFA |
2,1 |
13,2 |
3,1 |
0,1 |
18,5 |
|
|
Adidas |
10,0 |
10,0 |
10,0 |
10,0 |
40,0 |
|
|
Concession de licences |
5,6 |
8,4 |
24,9 |
49,9 |
88,8 |
|
|
Pourcentage |
1,0 |
1,0 |
1,0 |
1,0 |
4,0 |
|
|
Autres |
8,0 |
8,7 |
14,0 |
13,0 |
43,7 |
|
|
Total produits |
244,1 |
198,2 |
589,6 |
1 009,9 |
2 041,8 |
|
|
CHARGES |
|
|
|
|
|
|
|
Coupe du Monde de la FIFA 2006 |
19,0 |
38,0 |
145,0 |
419,0 |
621,0 |
|
|
Evénements supplémentaires de la FIFA |
39,4 |
13,4 |
29,9 |
5,4 |
88,1 |
|
|
Programmes de dév. et autres projets de la FIFA |
165,4 |
146,8 |
146,8 |
146,8 |
605,8 |
|
|
Congrès, commissions, séances, etc. |
32,0 |
32,0 |
32,0 |
32,0 |
128,0 |
|
|
Administration de la FIFA |
58,0 |
60,0 |
63,0 |
65,0 |
246,0 |
|
|
TI/Immobilier |
14,0 |
14,0 |
14,0 |
14,0 |
56,0 |
|
|
FIFA Marketing AG |
27,0 |
24,0 |
38,0 |
38,0 |
127,0 |
|
|
Total charges |
354,8 |
328,2 |
468,7 |
720,2 |
1 871,9 |
|
|
Total produits |
244,1 |
198,2 |
589,6 |
1 009,9 |
2 041,8 |
|
|
Total charges |
354,8 |
328,2 |
468,7 |
720,0 |
1 871,9 |
|
|
Résultat |
- 110,7 |
- 130,0 |
120,9 |
289,7 |
169,9 |
|
L'exercice financier de la FIFA, qui a pour particularité d'être quadriennal, a dégagé 2 692 millions de francs suisses de produits durant la période 1999-2002 et les états prévisionnels tablent sur un minimum de 2 042 millions de francs suisses pour 2003-2006 . L'essentiel des recettes est lié aux droits-TV de la Coupe du Monde, qui auraient apporté 1 591 millions de francs suisses (83 % des recettes prévisionnelles) entre 1999 et 2002 . Les droits-TV engendrés par cette compétition ont connu un essor remarquable, à l'image de celui généralement observé dans le domaine du football, non sans heurts toutefois. Même si la lecture des comptes de la FIFA n'est pas des plus aisées, on peut estimer que les droits-TV pour les deux Coupes du Monde 2002 et 2006 s'élèvent à environ 2,8 milliards de francs suisses . Mais, la cession des droits-TV de ces Coupes du Monde à deux opérateurs (ISL et le groupe Kirch) tombés en faillite témoigne de la vulnérabilité des choix réalisés 62 ( * ) dans un domaine où l'augmentation des produits, pour avoir été forte dans le passé, reste hypothétique pour l'avenir, comme on l'a montré précédemment dans le présent rapport.
(1) Consolider la stratégie de diversification des recettes de la FIFA en évitant les excès
En outre, la stratégie de diversification des recettes poursuivie par la FIFA n'est pas sans susciter quelques réserves . Le présent rapport n'a aucunement pour ambition de proposer un audit des organismes exerçant leur tutelle sur le monde du football. Mais, on ne peut manquer de s'interroger sur quelques points.
Au plan financier , la sophistication des montages utilisés par la FIFA n'est pas , en soi , reprochable , mais elle paraît révélatrice d'une certaine difficulté à maîtriser la trésorerie d'une organisation dont, en outre, les charges ont significativement augmenté . Des recettes très importantes ont ainsi été perçues par avance et les opérations de titrisation engagées, qui sont peut-être financièrement justifiées, montrent que le niveau des charges annuelles fait apparaître des besoins de financement structurels. Cette situation est explicable compte tenu du décalage entre un flux de recettes étroitement lié aux Coupes du Monde quadriennales et un flux de charges qui, bien qu'irrégulier, est moins heurté. Mais, une certaine fragilité ne doit pas être occultée par des résultats somme toute favorables : tout repli des recettes effectives résultant de la Coupe du Monde mettrait la FIFA dans une situation financière très compromise . Il est par conséquent justifié de rechercher une gestion plus précautionneuse et, notamment, d'abaisser les coûts de fonctionnement élevés que supporte la FIFA.
Sur un autre aspect, votre rapporteur se montrera plus affirmatif .
La voie d'une diversification des recettes à travers la multiplication des compétitions organisées par la FIFA paraît à la fois compromise et peu recommandable . En la matière, beaucoup a déjà été fait et les deux projets envisageables, l'accélération de la fréquence de la Coupe du Monde et la création d'un championnat mondial des clubs se heurtent à des réticences justifiées . Les calendriers des compétitions de football sont déjà extrêmement chargés et, sauf à supprimer certaines compétitions existantes, il n'apparaît pas raisonnable à votre rapporteur de poursuivre les projets susmentionnés . Ceux-ci paraissent illustrer les conflits pouvant survenir entre objectifs commerciaux et objectifs sportifs . Il en va de la préservation même d'un certain équilibre et de la santé des joueurs .
* 61 Football en salle.
* 62 On doit relever en revanche la très forte réactivité de la FIFA qui, par un habile montage financier, et juridique, a permis de soustraire les droits du groupe Kirch dans le domaine du football à la procédure de faillite, par la création d'une société de droit suisse (Kirch Media WM AG (Zoug) avant le constat de l'insolvabilité de Kirch Media (Munich), réactivité saluée dans le rapport financier de l'organisation sous le titre « Fructueuse gestion de crise ».