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Diversité sociale dans les classes préparatoires aux grandes écoles : mettre fin à une forme de « délit d'initié »

 

c) Une « cartographie » sédimentée ?

La « géographie » des classes préparatoires a connu des évolutions importantes dans la décennie 1980-1990, avec une politique dynamique d'ouverture de nouvelles structures sur l'ensemble du territoire.

Ainsi, alors que 171 lycées publics proposaient des CPGE en 1980, celles-ci sont implantées dans 365 lycées publics ou privés sous contrat, répartis sur l'ensemble des académies de France et d'outre-mer.

Toutefois, l'analyse plus précise de leur répartition territoriale révèle des tendances lourdes et de forts contrastes entre académies et départements :


· L'« hypertrophie » de Paris et de la région parisienne
a été partiellement corrigée sur la longue période, par une redistribution vers la province et de Paris intra-muros vers le reste de l'Ile-de-France. Cependant, cette surreprésentation reste encore une caractéristique majeure :

un tiers des effectifs d'étudiants en classes préparatoires sont inscrits à Paris et en région parisienne, contre 40 % en 1970 ;

- l'académie de Paris occupe une place prépondérante : alors que les lycées parisiens abritaient près de 30 % des effectifs de CPGE en 1970, ils concentrent encore plus de 58 % des inscrits de la région et près de 18 % de l'ensemble des effectifs, soit plus de 13 100 étudiants en 2005 (dans les établissements publics et privés sous contrat).

L'attractivité de Paris reste forte puisque 58 % des élèves inscrits dans des CPGE parisiennes ne sont pas parisiens et 17 % d'entre eux viennent de province. Pour prendre l'exemple des lycées les plus prestigieux, on relève que dans les classes préparatoires du lycée Henri IV, un peu plus d'un élève sur cinq est originaire d'un lycée situé hors de l'Ile-de-France ; au lycée Louis-le-Grand, c'est le cas de près d'un élève sur deux. Sur l'ensemble des établissements publics de l'académie, en 2005-2006, 16,8 % des étudiants en classes préparatoires sont issus de lycées de province, tandis que 41,5 % sont parisiens et 41,7 % sont originaires de départements franciliens.


· Le phénomène de concentration des effectifs s'étend à quelques grandes villes, puisque les quatre académies de Paris, Versailles, Lille et Lyon totalisent plus de 30 000 étudiants en 2005, soit 38 % des effectifs du public (24 015) et plus de 60 % des étudiants du privé (6 240).


· Les capacités d'accueil sont très variables selon les académies : ainsi, le nombre de places en CPGE dans les lycées publics est 24 fois plus important dans l'académie de Paris que dans celle de Limoges, alors que, à titre de comparaison, les effectifs d'élèves du second degré n'y sont « que » trois fois supérieurs et les effectifs d'étudiants 13 fois plus élevés.


· Les CPGE publiques sont absentes de 21 départements français : les Alpes de Haute-Provence, l'Ardèche, les Ardennes, l'Ariège, l'Aude, l'Aveyron, le Cantal, la Creuse, le Gers, l'Indre, le Jura, la Haute-Loire, le Lot, le Lot et Garonne, la Lozère, la Haute-Marne, la Mayenne, la Meuse, l'Orne, la Haute-Saône, le Tarn et Garonne.

En outre, 10 académies17(*) et 65 départements ne disposent pas de CPGE privées sous contrat.


· On relèvera, enfin, que seuls quatre établissements publics situés en zone urbaine sensible (ZUS) et deux lycées publics situés en zone d'éducation prioritaire (ZEP) disposent de CPGE (ils accueillent respectivement, à la rentrée 2005, 339 étudiants dans 13 divisions et 97 étudiants dans 3 divisions).

La carte ci-après retrace la répartition géographique des sections de classes préparatoires.

Cette carte pourrait se superposer à celle ci-dessous, représentant l'implantation des premiers cycles universitaires et des effectifs d'étudiants : en effet, de façon générale, mais cependant moins prononcée que dans le cas des classes préparatoires, l'Ile-de-France concentre un cinquième de la population étudiante.

La création de nouvelles sections de classes préparatoires est freinée par le souci d'optimiser les capacités d'accueil déjà existantes : on compte en effet de 7 500 à 8 000 places vacantes en CPGE, dont 4 000 en première année18(*), soit un peu moins de 10 % du potentiel d'accueil des 968 divisions de première année de classes préparatoires à la rentrée 2005.

Le nombre de places vacantes en classes préparatoires est toutefois très variable, selon les filières, les établissements et les académies. Ainsi, d'après les données transmises à votre mission par les rectorats, le taux de places vacantes atteint 17 % des capacités d'accueil dans l'académie de Lille (dont 24 % en classes scientifiques - et jusqu'à 40 % en PTSI -, 9 % en classes économiques et commerciales et 6 % en classes littéraires) ; dans l'académie de Bordeaux, ce taux est de 13,5 % (dont 10,7 % dans les classes scientifiques, 23,5 % en classes économiques et commerciales et 15,5 % en classes littéraires) ; enfin, dans l'académie de Caen, le taux de remplissage est de 80 % dans les classes économiques, de 82,7 % dans les classes scientifiques et de 86 % dans les classes littéraires.

Les décisions d'ouverture et de fermeture de sections sont encadrées par les critères présentés dans l'encadré ci-dessous.

LES CRITÈRES D'OUVERTURE ET DE FERMETURE
DE CLASSES PRÉPARATOIRES

Les décisions d'ouverture et de fermeture de divisions de classes préparatoires sont encadrées par le décret du 23 novembre 1994 relatif à l'organisation et au fonctionnement des classes préparatoires : celles-ci interviennent à partir des propositions des recteurs, sur la base des projets présentés par les établissements, après avis du conseil régional, du comité technique paritaire académique et du conseil académique de l'éducation nationale.

Selon les informations transmises à votre mission par le ministère de l'éducation nationale, les décisions d'ouverture répondent à plusieurs critères :

- les débouchés et places aux concours au terme des deux années de formation ;

- la cohérence du réseau national des offres de formation (répartition géographique équitable des implantations, proximité de pôles universitaires ou d'écoles d'ingénieurs...) ;

- l'estimation du vivier d'étudiants susceptibles de suivre la formation proposée.

Quant aux décisions de fermeture, elles répondent à un critère unique : la faiblesse constatée, depuis un an au moins, de l'effectif d'une ou plusieurs divisions d'un établissement. Toutefois, si en matière d'effectif maximal par division, le nombre de 48 est conseillé, aucun seuil minimal n'est fixé.

* 17 Les académies d'Amiens, de Besançon, de la Corse, de la Guadeloupe, de la Réunion, de Limoges, de Martinique, de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Reims.

* 18 Pour un potentiel d'accueil de 42 472 places en première année de CPGE à la rentrée 2005 (à 43,8 élèves par classe), les effectifs réels sont de 38 456 étudiants (soit 39,7 par classe) ; le nombre de places vacantes est donc de 4 016 (soit 9,5 % du potentiel d'accueil).