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L'Inde aux deux visages : de Bollywood à la cyber-université

 

B. UNE PORTE D'ACCÈS TRÈS DIFFICILE VERS DES UNIVERSITÉS ORGANISÉES DE FAÇON HIÉRACHISÉE

1. Un système d'enseignement supérieur centralisé et très hiérarchisé

Les établissements d'enseignement supérieur sont sous la responsabilité du ministère pour le développement des ressources humaines (MHRD), qui a également en charge l'enseignement primaire et secondaire.

Le système académique indien s'est construit d'une façon très centralisée. Le ministère fixe la politique générale relative à l'enseignement supérieur en Inde et la création des universités centrales ressort de sa responsabilité.

Les universités sont sous la tutelle de l'« University Grant Commission » (UGC), conseil nommé par le Gouvernement, qui attribue les crédits de l'État pour les universités et pour les bourses ; il oriente leur politique en matière d'enseignement et de recherche. L'UGC est chargé de la coordination, de la définition et de la maintenance des standards et des programmes de financement.

Les Gouvernements des États sont chargés de la création des universités d'État et des collèges.

La coordination et la coopération entre le Gouvernement central et les États sont placées sous la responsabilité du « Central Advisory Board of Education » (CABE).

Plusieurs types d'universités ou autres organismes de formation et de recherche existent en Inde :

les 24 universités « centrales » : elles dépendent presque exclusivement de l'UGC pour leur financement. Elles proposent essentiellement des enseignements de deuxième et troisième cycles. On en compte 24 actuellement (par exemple, l'université de Delhi et la Jawaherlal Nehru University de Delhi - que votre délégation a visitées toutes les deux - ou la Bénarès Hindu University). Le chancelier, poste honorifique généralement occupé par le gouverneur de l'État, ainsi que le vice-chancelier, homologue du président d'université français ayant la responsabilité exécutive, sont nommés par le Président de la République ;

les 230 universités régionales sous tutelle des Etats de l'Union indienne, telles les universités de Pune ou de Bangalore ;

les écoles d'ingénieurs et instituts scientifiques : en raison du choix stratégique qui a consisté, dès le départ, à doter l'Inde d'une capacité technologique lui permettant d'assurer son indépendance vis-à-vis des pays occidentaux (technologie nucléaire et spatiale notamment), des écoles d'ingénieurs et de chercheurs de haut niveau ont été créées. Outre le Tata Institute of Fundamental Research à Bombay, on citera :

. les 7 « Indian Institutes of Technology » (IIT), à Bombay, Delhi, Madras, Kanpur, Kharagpur, Guwahati et Roorkee. Ces instituts -équivalents à notre école Polytechnique- dispensent, avec certains instituts de recherche, les meilleures formations pour la recherche (« postgraduate studies ») dans les domaines scientifiques et techniques. Ils sont supervisés par un conseil présidé par le ministre de l'éducation indien. Ce sont ces instituts de prestige qui ont formé les premières générations de scientifiques et d'ingénieurs indiens, dont une partie se sont ensuite expatriés, pour l'essentiel aux USA où ils ont activement participé au développement de la Silicon Valley. Un concours national très difficile permet d'accéder dans un IIT. Les étudiants non sélectionnés peuvent se tourner vers une deuxième catégorie d'institut ;

. il s'agit des 20 « National Institute of Technololy » (NIT). L'entrée se fait également par un concours national ;

. un phénomène identique s'est produit dans le domaine de la gestion et du commerce, avec la création de 6 « Indian Institutes of Management » (IIM), à Ahmedabad, Bangalore, Calcutta, Lucknow, Indore (le plus récent) et Kozhikode. L'IIM d'Ahmedabad a acquis une renommée internationale. Le Gouvernement indien a annoncé la création de trois nouveaux IIT et de deux nouveaux IIM ;

les 131 universités assimilées ou « deemed universities » : ce sont des institutions d'enseignement spécialisé, initialement privées, reconnues par le Gouvernement indien mais qui disposent d'une grande autonomie à la fois académique et financière. Leurs diplômes sont reconnus par l'UGC. Parmi les plus importantes, on trouve l'Indian Institute of Science de Bangalore (IISc), créé au début du siècle par le célèbre industriel mécène Tata, l'Anna University à Madras ou le Deccan College de Pune ;

les « open universities » : l'Inde s'est très tôt intéressée à l'enseignement à distance du fait de sa taille et de l'importance de sa population rurale. Les « open universities » ont un statut d'université mais elles n'ont pas de campus. Elles fonctionnent exclusivement, à distance à la manière du CNED. Au niveau national, il existe une « open university » qui couvre l'ensemble du territoire indien, l'Indira Ghandi National Open University (IGNOU), qui dispense des cours à 1 million d'étudiants en utilisant tous les médias disponibles (radio, télévision, internet...). Dans ce cadre, les enseignants doivent consacrer du temps pour répondre aux questions des étudiants concernés (2 heures par jour pour ce qui concerne l'université de Delhi, par exemple) ;

- il faut également ajouter à cette liste 18 autres instituts reconnus « d'importance nationale » (5 institutions « under state legislation act » et 13 autres instituts) et 12 universités privées.

En dehors de ces établissements reconnus par les autorités indiennes, on assiste depuis une dizaine d'années à une floraison d'institutions privées, généralement associées à un nom de mécène indien (Birla, Ansal...), surtout dans les domaines du commerce, de la gestion et des technologies de l'information et de la communication. Certaines sont de grande qualité, tel par exemple le « Birla Institute of Technology » à Ranchi.

Dans le domaine scientifique et technique, les meilleures formations pour la recherche (postgraduate studies) sont dispensées dans les IIT et dans les instituts de recherche tels que le TIFR à Bombay et I'HSc à Bangalore. Certaines universités, dans certains domaines, sont également compétitives (par exemple la Jawaharlal Nehru University en sciences sociales et en sciences de l'environnement).

Enfin, de nombreux « colleges » dispensent un enseignement de premier cycle universitaire (donc au niveau de la licence).

Le système des diplômes universitaires indiens correspond au nouveau système LMD (licence-master-doctorat) mis en place récemment en France. Relevons néanmoins que la durée d'obtention du doctorat est plus longue qu'en France (en moyenne 5 ans, contre 3), pour deux raisons principales :

- les étudiants doivent généralement travailler dans le même temps pour subvenir à leurs besoins ;

- ils prennent une part essentielle dans la recherche effectuée dans les laboratoires universitaires, compte tenu du nombre très réduit de techniciens ; les chercheurs ont donc besoin d'eux pour conduire leurs travaux.

Les enseignants-chercheurs sont recrutés sur appels d'offres, dans le cadre d'un processus interne à l'établissement. Il est intéressant de souligner que 50 % des postes sont réservés aux diplômés issus des classes défavorisées. Compte tenu des objectifs fixés pour développer le réseau et le nombre d'étudiants, le pays se trouve néanmoins confronté à un problème majeur de recrutement.