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Marée amère : pour une gestion durable de la pêche

 

c) Les grands cétacés

La pêcherie des grands cétacés offre un excellent exemple de la destruction d'une ressource naturelle par l'homme à partir de sa découverte.

En effet, à partir du XIIe siècle et du début de la chasse à la baleine par les Basques jusqu'à la décision d'un moratoire sur la chasse aux cétacés, ce sont progressivement toutes les espèces qui ont été décimées au fur et à mesure qu'elles étaient découvertes. Ont d'abord été touchées les baleines de Biscaye (Eubalaena glacialis), puis les baleines franches de l'Océan arctique (Balaena mysticeus), puis les grands cachalots (physeter catodon) et les baleines grises (Eschrichtius gibbosus).

Au milieu du XIXe siècle la combinaison de l'invention du harpon explosif et de la mise au point de l'injection d'air comprimé permettant de faire flotter toutes les carcasses quelle que soit l'espèce14(*), a conduit à l'épuisement des stocks dans l'hémisphère Nord et a obligé les baleiniers à se reporter sur l'hémisphère Sud. Se développa alors une chasse de dimension industrielle toujours plus efficace. Les années trente voient l'abattage de 320.000 cétacés (baleine bleue, baleine à bosse, rorqual commun). Puis de 1947 à 1962, ce sont 550.000 cétacés qui sont victimes de la chasse. Dans cette période, les stocks des grands animaux étant anéantis, ce sont presque exclusivement les petits cétacés qui sont ciblés expliquant le nombre toujours élevé des prises.

La gestion des stocks que devait assurer la Commission baleinière internationale à partir de 1946 n'avait pu se développer sur un fondement scientifique, les quotas étant attribués sur une équivalence « BWU » ou Blue Whale Unit où une baleine bleue équivalait à deux rorquals communs, deux mégaptères et demi ou six rorquals de Rudolphi. Dès lors l'interdiction de la chasse devenait inévitable pour éviter l'extinction des espèces, en 1966 pour le mégatère, en 1967 pour la baleine bleue. En 1971, un nouveau système de gestion fut adopté mais ne fut pas respecté. C'est finalement par manque de ressources et de rentabilité économique que la chasse s'arrêta. Le moratoire de 1982 sur la chasse commerciale appliqué depuis 1986 et reconduit en 1996 venant constater cet état de fait.

La chasse reste pratiquée par les communautés autochtones mais surtout par certains pays qui comme l'Islande et la Norvège ont repris une exploitation commerciale du petit rorqual et le Japon qui pratique une pêche dite « scientifique ».

La baleine des Basques, à l'origine de la pêche, est protégée depuis 1936. Abondante autrefois, elle n'a plus été signalée près des côtes françaises depuis les trois échouages de 1852. Il ne reste qu'une population relique près du Groenland.

* 14 Certaines espèces coulent après la mort comme par exemple la baleine bleue.