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La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ?

6 juillet 2011 : La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ? ( rapport d'information )
4. Les systèmes aéroportés

Des études ont été menées aux Etats-Unis et en France sur l'utilisation de drones pour l'alerte avancée. Elles ont démontré la faisabilité du concept, avec néanmoins de nombreuses limitations.

L'intérêt du système est sa capacité d'adaptation, ce qui permet éventuellement de n'utiliser le système qu'en cas de crise avérée. Le système permet - théoriquement - de suivre des missiles tout au long de leur trajectoire (phase balistique comprise), ce qui, en termes de performances, permet de le comparer au radar.

Les limitations sont les suivantes :

- il est nécessaire de disposer des plates-formes drones (principalement de type HALE - haute altitude longue endurance) ;

- pour assurer une permanence sur zone 24h/24h durant plusieurs semaines ou mois, il est nécessaire de multiplier le nombre de capteurs et plateformes ; les coûts d'opération et de maintien en condition opérationnelle sont donc relativement élevés sur la durée ; le coût de développement et d'acquisition d'un système complet opérationnel est quant à lui, a priori, du même ordre de grandeur que le coût d'autres systèmes d'alerte avancée ;

- la portée des capteurs infrarouges est limitée ; il est donc nécessaire d'opérer le système à proximité des zones d'intérêt, pour la détection de missiles courte-moyenne portée ;

Pour les Etats-Unis, ce moyen est considéré comme complémentaire des autres moyens d'alerte avancée (satellites, radars). Les autres pays qui envisagent son utilisation sont directement voisins de pays potentiellement menaçants.

5. Complémentarité ou substitution entre les systèmes

Satellite et radar sont deux moyens complémentaires d'alerte avancée qui présentent des intérêts différents vis-à-vis de chacune de ces missions.

Un satellite placé sur une orbite géostationnaire est capable de surveiller une très grande zone. Il observe la phase propulsée du missile et peut donc détecter une cible au plus tôt. Mais il est relativement figé sur la zone qu'il surveille. Des changements de position sur l'orbite qu'il occupe sont possibles mais à condition d'obtenir au préalable les autorisations pour occuper un nouveau positionnement et émettre à partir de cette position. L'obtention d'une telle autorisation peut nécessiter plusieurs mois ou plusieurs années. Par ailleurs ces déplacements sont couteux en carburant. La consommation dépendra également du temps que l'on souhaite employer pour le faire changer d'orbite. Plus on souhaite une manoeuvre rapide, plus le déplacement consommera du carburant. Une réserve importante de carburant alourdit le coût et donc le prix du système. Il convient cependant de souligner que le satellite est le seul capteur qui se révèle indépendant des considérations géopolitiques. Les radars supposent en effet un accord diplomatique s'il est installé dans un pays tiers, et les systèmes aéroportés sont tributaires de la maîtrise de l'espace aérien.

A rebours, le radar présente des avantages et des inconvénients : il permet de donner une trajectographie fine du missile assaillant et n'est pas gêné par la couverture nuageuse. Mais il suppose d'être près de la menace, à défaut de quoi il peut être lobé.

Pour répondre à l'ensemble des missions d'alerte, le satellite et le radar doivent donc être associés (détection du point de départ du missile au plus tôt et sur une large zone par le satellite, puis estimation précise du point d'impact grâce au radar).

Les moyens spatiaux visent surtout la détection des missiles balistiques de portée longue et intermédiaire (à partir de 3 000 km), dont la phase propulsée est assez longue. Les missiles à courte portée restent difficiles à détecter depuis l'espace et sont donc plus faciles à détecter par les radars.

Moyens spatiaux et terrestres sont donc complémentaires.

Les drones présentent des avantages importants, proches de ceux des satellites, avec l'avantage supplémentaire de pouvoir être ramenés à terre facilement en cas d'avarie. Ils sont de surcroît d'un coût d'acquisition nettement inférieur à ceux des satellites. Toutefois, il semble difficile d'organiser une permanence 365 jours sur 365, sinon à un coût très élevé. L'utilisation des drones HALE semble devoir être réservée aux périodes de crise.