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La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ?

6 juillet 2011 : La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ? ( rapport d'information )

C. INTERCEPTION EXO-ATMOSPHÉRIQUE OU ENDO-ATMOSPHÉRIQUE

Les caractéristiques physiques des missiles balistiques décrites ci- dessus conduisent à envisager classiquement, dans une vision « otanienne » trois types de défense :

- une défense endo-atmosphérique pour les menaces bas endo-atmosphérique de 1 000 km de portée maximale :

- une défense moyen-haut endo-atmosphérique ou exo-atmosphérique pour contrer les menaces de 1 000 à 3 000km ;

- une défense exo-atmosphérique pour contrer les menaces capables de plus de 3 000 km de portée maximale, même lorsqu'elles sont utilisées à portée inférieure.

Pour les missiles à longue portée, les défenses dites terminales (basse couche) issues des systèmes anti-aériens sont rapidement inadaptées. La raison en est que les grandes vitesses d'approche et les capacités de leurrage conduisent à des instants d'engagement beaucoup trop tardifs.

La technologie aérodynamique de l'intercepteur issu de la défense anti-aérienne élargie limite son domaine d'action à la tranche 10-20 km d'altitude (30 km annoncés pour certains systèmes russes), domaine traversé en moins de 5 secondes par une menace de moyenne portée. De plus, les décélérations axiales et les accélérations transverses de la menace lors de sa rentrée atmosphérique sont importantes et imprédictibles, notamment compte tenu des irrégularités de l'atmosphère. Ceci rend très difficile le guidage du missile antimissile sur sa cible.

Les systèmes de défense aérienne élargie (type SAMP/T modernisé : Block 1 NT) permettent de traiter les missiles balistiques qui sont à plus faible vitesse lorsqu'ils pénètrent dans les couches basses de l'atmosphère. Mobiles, ils apportent une réponse au besoin largement exprimé en Europe de protéger les forces déployées sur les théâtres extérieurs contre les menaces aériennes (en particulier missiles de croisière) et les missiles balistiques de courte portée (inférieure à 600 km).

Au-delà des systèmes de défense aérienne élargie, deux types de systèmes de défense peuvent intercepter les missiles balistiques à plus haute altitude :

1. Les systèmes exo-atmosphériques sont pertinents pour intercepter des missiles assaillants dont la durée de vol spatiale est significative. En effet, lorsque la phase balistique exo-atmosphérique dure plusieurs minutes, elle est parfaitement connue, et ce dès que l'arme a été acquise par le radar de suivi. Sa trajectoire est totalement prédictible en vertu des lois de Képler. Cette prédictibilité permet alors d'envoyer un véhicule terminal autonome sur une trajectoire de rendez vous. Ce véhicule spatial très manoeuvrant est doté d'un télescope infrarouge à longue portée qui lui permet de détecter le cortège assaillant, de discriminer la charge et de se guider sur celle-ci pendant plusieurs dizaines de secondes jusqu'à l'interception.

2. Les systèmes moyen-haut endo-atmosphérique sont les seuls à pouvoir intercepter des cibles balistiques qui ne sortent pas ou trop peu de l'atmosphère. C'est le cas des missiles courte-moyenne portée (moins de 2 000 km) de nouvelle génération tirés selon des trajectoires tendues. L'avantage de ce type d'interception est que, à cette altitude, les aides à la pénétration commencent à être éliminées par combustion naturelle avec l'air présent dans l'atmosphère.

Ces deux régimes d'interception (moyen-haut endo-atmosphérique et exo-atmosphérique) constituent la « couche haute » des systèmes d'interception. Ils sont complémentaires, car parant des types de missiles assaillants différents. C'est pour cette raison que les Etats-Unis ont développé une défense multicouche afin de traiter l'ensemble des menaces balistiques.

D'une façon générale, une défense anti-balistique repose sur la connaissance permanente de la menace, la capacité de simulation de déploiement et d'engagement (l'architecture), les moyens de commandement et de contrôle (C2), des moyens d'alerte avancée (satellites, radars à longue portée, etc...) et des effecteurs (intercepteurs et radars de conduite de tir).

On retiendra qu'un système de défense antibalistique est un ensemble cohérent de moyens cohérents et reliés entre eux permettant de neutraliser la menace.