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La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ?

6 juillet 2011 : La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ? ( rapport d'information )
3. Le PAAMS et les frégates Horizon
a) État actuel du programme

Le PAAMS (Principal Anti-Air Missile System missile) est un programme qui a été développé en coopération avec l'Italie et le Royaume-Uni dans l'optique d'une défense aérienne des groupes aéronavals.

Le système PAAMS constitue l'armement principal des quatre frégates antiaériennes Horizon réalisées en coopération franco-italienne40(*), ainsi que celui des frégates T45 britanniques. Il assure simultanément les missions d'autoprotection du bâtiment porteur, de défense locale d'un groupe de bâtiments et de défense de zone à moyenne portée (30 à 100 km).

Ce système s'appuie sur des radars multifonctions intégrés dans une conduite de tir : Empar pour la France et l'Italie et Sampson pour l'Angleterre ; du radar de surveillance à longue portée long range radar LRR (base S1850M) ;  des missiles Aster 15 et Aster 30 de la famille de missiles sol-air futurs (FSAF), capables d'intercepter des attaques saturantes d'avions et de missiles supersoniques manoeuvrant ; des lanceurs verticaux utilisant le module de lancement vertical Sylver ;  d'un système de commandement et de contrôle permettant de suivre la situation tactique, d'évaluer la menace et de gérer la conduite des tirs de missile, intégré au système de combat des bâtiments, ou, en secours, en autonome. La famille des Aster conçue et développée par MBDA est fondée sur un missile à deux étages lancé verticalement et disposant d'un système original pif-paf qui associe le pilotage aérodynamique classique au pilotage en force par action de jet de gaz au centre de gravité du missile.

Ce système a été conçu pour la défense anti-aérienne, tant pour les radars que pour les missiles - en particulier l'Aster 30 naval. Néanmoins, il serait possible de doter le missile et les deux autres sous-systèmes d'une capacité antimissile équivalente à celle du SAMP/T. Des études sont en cours, afin d'en mesurer les coûts.

Si initialement la capacité antimissile n'avait pas été envisagée, c'est parce que la menace balistique contre des bâtiments de la flotte était considérée comme inexistante. A l'époque, il n'existait pas de missiles balistiques capables d'attaque contre des bâtiments mobiles. En outre la contribution apportée par des missiles de type Aster conçus pour la défense anti-aérienne, même élargie de la défense de théâtre à une défense de territoire était considérée comme négligeable.

Le développement de missiles balistiques chinois à têtes manoeuvrantes et avec des autodirecteurs de précision, conçus pour atteindre des cibles maritimes de haute valeur (porte-avions, BPC...) pourrait amener à terme à reconsidérer cette hypothèse, dans le cas d'une prolifération.

Par ailleurs, on observera que les frégates Aegis, de même que l'ensemble des frégates européennes actuellement en cours de construction ou de déploiement embarquent des missiles SM-2 américains dont le rôle et la portée sont équivalents à ceux de l'Aster 30.

C'est pourquoi, l'évolution des systèmes de la famille Aster vers des capacités moyen-haut endo-atmosphérique est intéressante. Elle permettrait de protéger les déploiements sur les théâtres d'opérations externes, ainsi que certaines zones sensibles du territoire, face à des missiles balistiques de courte et de moyenne portée (SRBM et MRBM)

Pour avoir des frégates européennes comparables aux Aegis américaines, il faudrait, en ce qui concerne la France, lancer un programme de missile exo-atmosphérique, mais aussi de radars d'alerte et de conduite de tir et de frégates susceptibles d'emporter le tout.

Astrium indique avoir étudié une version navale du concept Exoguard pour répondre à ce besoin. Cette version a été conçue pour être compatible avec les frégates multi-missions en cours de développement et les tubes du lanceur Sylver A70 dont elles seront équipées. Sa conception s'appuie sur les acquis technologiques des missiles balistiques français et anticipe les contraintes de sécurité à bord d'un navire.

Interopérable avec une architecture OTAN, ce type d'intercepteur pourrait être engagé sur information d'un radar distant («Launch ou Engage on Remote»41(*)) pour pleinement exploiter l'étendue de son domaine de vol et défendre de larges zones contre des menaces de courte portée à portée intermédiaire: au moins 1 500 km derrière sa position, contribuant ainsi à la défense de territoire, et jusqu'à 400 km devant sa position pour la protection de troupes déployées en territoire hostile.

Ces études ont été consolidées à travers un contrat avec Thales et Raytheon mené en 2010 pour le compte de la DGA.

Ainsi, selon Astrium, 3 à 4 frégates seulement permettraient de défendre l'Europe contre les menaces en provenance du Moyen-Orient et du bassin méditerranéen.

Il conviendra d'apprécier à son juste niveau les enjeux d'une nécessaire adaptation des moyens d'interception maritimes face à de futures menaces longue portée ou plus sophistiquées. Astrium considère que la DAMB navale et cette version de l'Exoguard apporteraient une solution opérationnelle crédible face à la menace balistique immédiate pour protéger les territoires, les populations et les forces.


* 40 « Forbin » et « Chevalier Paul », côté Français « Andrea Doria » et « Caio Tulio », côté Italien.

* 41 « Launch On Remote » désigne le mode de fonctionnement dans lequel un radar organique (colocalisé, intégré au système d'armes) prend la main au cours du vol pour désigner la cible. Dans le mode de fonctionnement « Engage On Remote », le radar organique n'estpas utilisé, et donc pas nécessaire.