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La place des femmes dans l'art et la culture : le temps est venu de passer aux actes

27 juin 2013 : La place des femmes dans l'art et la culture : le temps est venu de passer aux actes ( rapport d'information )
2. La place des femmes dans les médias : « une absence des postes stratégiques »37(*)

En 2006, la délégation avait procédé à une évaluation de la place des femmes aux postes de direction « stratégiques » des principaux médias38(*) : chaînes généralistes de télévision, radios généralistes, presse quotidienne et magazines nationaux d'information.

Cette évaluation prenait en compte les postes de président-directeur général, président du directoire ou du conseil de surveillance, vice-président, directeur général, directeur général adjoint ou délégué, ou encore secrétaire général.

Comme le montre le schéma reproduit ci-après, il ressortait de cette évaluation que les femmes n'occupaient que 8,80 % des postes de direction « stratégiques » :

PROPORTION DE FEMMES OCCUPANT DES POSTES DE DIRECTION « STRATÉGIQUES » DANS LES PRINCIPAUX MÉDIAS

Source : Évaluation de la délégation du Sénat aux droits des femmes,
d'après l'annuaire Média SIG 2006

Les auditions menées par la Commission de réflexion sur l'image des femmes dans les médias en 2008 dressaient un panorama un peu moins pessimiste de la place des femmes dans les postes de présidence de l'audiovisuel, public et privé.

Ainsi, il ressortait de l'audition des producteurs et portant sur les directeurs généraux, directeurs de programmes, d'antenne, d'unité de fiction, de documentaires, de magazines, pour les télévisions publiques (France 2, France 3, France 4, France 5) et privées (TF1, Canal+, M6), le score de 7 femmes pour 14 hommes sur les télévisions publiques, soit le tiers des postes à pourvoir dévolus aux femmes, et de 4 femmes sur 13 hommes dans les télévisions privées, soit 23 %.

La Commission de réflexion sur la place des femmes dans les médias, présidée par Michèle Reiser, a par ailleurs évalué la place des femmes dans la fabrication de l'information, c'est-à-dire la place des journalistes femmes directrices de rédaction et présentatrices.

Quand on sait le pouvoir d'influence des médias, cet indicateur fournit une information intéressante sur le pouvoir d'influence des femmes. Il en est ressortit des décalages flagrants pour la radio, comme le montrent les quelques exemples ci-après :

Source : Rapport de la Commission de réflexion
sur l'image des femmes dans les médias, 2009

Source : idem

Source : idem

Le même déséquilibre apparaît calculé au moyen des deux critères suivants : le nombre de journalistes des équipes de rédaction nommés qu'ils soient visibles ou invisibles (62,3 % d'hommes et 37,7 % de femmes), et les journalistes présents dans le journal uniquement à l'oral - intervention perceptible - (60,4% d'hommes et 39,6% de femmes).

Le diagramme ci-dessous (en chiffres absolus) permet de visualiser ce décalage et de dire que les journalistes femmes ont une part limitée dans la réalisation de l'information pour les journaux télévisés, calculée au moyen des critères suivants :

Source : Rapport de la Commission de réflexion
sur l'image des femmes dans les médias, 2009

Face à ces décalages, Michèle Reiser et Brigitte Grésy posaient la question : « Si les femmes représentent 43 % des journalistes, pourquoi n'occupent-elles pas 43 % des postes de pouvoir ? Question de vivier là encore ? Question d'organisation du temps ? Ou prétextes qui masquent, de fait, les habitudes anciennes de partage stéréotypé des rôles entre les femmes et les hommes ? »

Nous avons posé cette question aux quatre femmes participant à la table ronde du 25 avril 201339(*), toutes les quatre occupant des postes « stratégiques » dans des ensembles ou établissements nationaux artistiques.

Toutes nous ont répondu que :

- si elles n'avaient pas eu l'impression de subir des discriminations particulières, en revanche, leur carrière avait exigé des sacrifices et, notamment, concernant la question des enfants (une seule, Myriam Marzouki, est mère) ;

- des modalités d'organisation aménagées sont toujours possibles pour permettre de concilier les exigences d'un poste à responsabilité avec la vie de famille : Caroline Sonrier citait l'exemple d'une de ses principales collaboratrices en congé de maternité pour qui un système de communication par internet avait été mis en place, lui permettant de rester en contact avec l'Opéra ;

- il est urgent de constituer des « viviers » de femmes à haut potentiel : si les hommes parviennent en effet à garder les postes « stratégiques » entre eux, notamment par la puissance de leurs réseaux, pourquoi les femmes ne feraient-elles pas de même ?


* 37 Rapport sur l'image des femmes dans les médias, 2009.

* 38 « Quelle place pour les femmes dans les médias ? », rapport d'activité n° 375 (2006-2007) fait au nom de la délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes et compte rendu des travaux de cette délégation sur le thème « Femmes et hommes dans les médias », par Mme Gisèle Gautier, sénatrice.

* 39 Hortense Archambault, co-directrice du Festival d'Avignon ; Laurence Equilbey, chef d'orchestre, directrice musicale d'Accentus et d'Insula Orchestra ; Myriam Marzouki, metteuse en scène, directrice artistique de la Compagnie du Dernier Soir, membre du Collectif « H/F » Ile-de-France ; Caroline Sonrier, directrice de l'Opéra de Lille.