II. LE CONTRECOUP DE LA CRISE FINANCIÈRE DE 2008 : UNE PRIORITÉ DONNÉE AUX QUESTIONS DE POLITIQUE INTÉRIEURE

« Les cicatrices de la récession sont encore visibles »

Mme Christine Lagarde, directrice générale du FMI lors de la présentation du rapport annuel sur les États-Unis le 16 juin 2014

Dans l'esprit du Président, la capacité des États-Unis à maintenir leur leadership et à projeter leur puissance à l'extérieur passe par une reconstruction intérieure (« nation building at home »), d'autant que le pays a dû faire face à la plus grave crise financière et économique depuis la Grande dépression de 1929.

L'enchainement de la crise des subprimes (juillet 2007) et de la crise bancaire et financière de l'automne 2008, qui a conduit à mettre en situation de cessation de paiement plusieurs établissements financiers, a fait entrer les États-Unis en récession. Cette situation s'est largement étendue entrainant une crise économique mondiale.

Croissance du PIB en glissement annuel (source FED de Saint-Louis)

Cette crise a été la pire que les États-Unis aient connue depuis les années 1930 entraînant la destruction de 8 à 9 millions d'emplois 16 ( * ) , une très forte baisse du patrimoine des ménages et de la valeur des actifs immobiliers ainsi qu'une explosion des déficits publics.

Les prix à la consommation se sont effondrés en 2008. Le chômage a augmenté de façon brutale à partir de 2009, le taux se maintenant au-dessus de 9 % pendant plus de 2 ans. Les déficits publics se sont accrus considérablement (augmentation du niveau des dépenses fédérales de plus de 20 % et contraction des recettes de plus de 10 % à partir de 2009), la dette publique doublant pratiquement en volume de 2007 à 2012.

Indicateurs macroéconomiques et de finances publiques

(sources : Bloomberg, Consumer Price Index et Congressional Office Budget)

2007

2008

2009

2010

2011

2012

Croissance réelle du PIB

1,9%

-0,3%

-3,1%

2,4%

1,8%

2,2%

Consommation des ménages

1,4%

-3,1%

0,5%

2,8%

1,7%

2,1%

Taux d'épargne

2,5%

6,2%

3,8%

4,8%

3,4%

4,7%

Inflation

4,1%

0,1%

2,7%

1,5%

3%

1,7%

Chômage

4,6%

5,8%

9,3%

9,6%

8,9%

8,1%

Solde de la balance courante
(en milliards de dollars)

-710,3

-677,1

-381,9

-441,6

-465,9

-475

Balance courante

-5,1

-4,7

-2,7

-3,1

-3,1

-3

Solde budgétaire fédéral en % du PIB

-1,3

-4,8

-10,4

-8,7

-8,2

-6,7

Dette distribuée sur les marchés en % du PIB

36,3

40,5

54,1

62,8

67,7

72,5

Dépenses publiques (en % du PIB)

19,7

20,8

25,2

24,1

24,1

24,3

Recettes publiques en % du PIB

18,5

17,5

15,1

15,1

15,4

15,8

La hausse des défauts de paiement des ménages surendettés a alimenté la baisse continue de la valeur des actifs et l'augmentation des saisies des biens hypothéqués. L'insolvabilité d'établissements financiers a conduit la FED à intervenir massivement (près de 3 000 milliards de dollars injectés dans le circuit financier depuis le début de la crise pour soutenir le crédit). Ces interventions couplées à une politique monétaire souple, un plan de relance d'un montant de 787 milliards de dollars et un plan de sauvetage centré sur les secteurs financiers et de l'automobile, ont été les réponses apportées à cette crise.

Cette politique a été efficace, permettant la création de 7,5 millions d'emplois depuis 2010, la restauration d'une partie du patrimoine des ménages et des actifs financiers, ainsi que la stabilité du système financier.

Mais la reprise de l'économie demeure fragile : ralentissement en 2011, reprise en 2012, mais nouvelle contraction en 2013 : 1,9 % et en 2014, 2 % selon les prévisions du FMI 17 ( * ) . Le taux de chômage (6,3 % en mai 2014 a décru pour atteindre son plus bas niveau, mais des difficultés persistent : le nombre de chômeurs de longue durée est historiquement élevé (37,7 % de l'ensemble des chômeurs) tandis que le taux d'activité reste à un niveau historiquement faible (62,8 % en décembre, et - 0,8 point sur l'année). Selon le FMI, un retour à un marché de l'emploi « robuste » est pourtant requis pour permettre au pays de lutter contre la pauvreté qui touche, selon l'institution, près de 50 millions d'Américains.

Cette situation a conduit le Président à concentrer toute son énergie au règlement des questions économiques et aux problèmes intérieurs répondant à la demande de l'opinion publique pour restaurer l'économie et redonner confiance à la Nation : « Nation building at home ».

« Nous avons réorienté nos investissements vers ce qui a toujours été une source principale de force pour l'Amérique, à savoir une économie de croissance à même de fournir des possibilités à quiconque est prêt à travailler dur et à assumer ses responsabilités ici-même . »

De fait, les questions internationales et de défense sont passées au second plan , avec pour conséquence la fin d'une singularité qui préservait les crédits de la défense de réductions importantes (voir infra p. 29) dans la construction de budgets qui visent désormais à limiter les dépenses afin de réduire la progression de l'endettement des États-Unis, sous la pression d'un Congrès dominé par les Républicains.


* 16 Le secteur industriel a subi parallèlement les conséquences de la concurrence des exportations chinoises depuis l'entrée de ce pays dans l'OMC en 2001 avec un effondrement de l'emploi manufacturier, la pression à la baisse des salaires et l'appauvrissement de bassins industriels. L'exemple de la faillite de la ville de Detroit, coeur historique de l'industrie automobile, en témoigne.

* 17 Plus préoccupant, le Fonds a également abaissé ses prévisions de croissance sur le plus long terme à 2 %, en nette baisse par rapport aux 3 % observés en moyenne entre 1948 et 2007.

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