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Sur le réseau de l'enseignement français à l'étranger

25 juillet 2018 : sur le réseau de l'enseignement français à l'étranger ( rapport d'information )

B. LA DÉFINITION DE PRIORITÉS GÉOPOLITIQUES PRÉCISES DEVIENT INÉLUCTABLE POUR ACCOMPAGNER LA CROISSANCE DU RÉSEAU

L'articulation de la croissance du réseau de l'enseignement français à l'étranger avec la problématique du soutien à la francophonie impose de définir des priorités géopolitiques permettant aux deux prismes, pédagogique et de diplomatie culturelle, de converger.

Vos rapporteurs spéciaux ont regretté, comme la Cour des comptes et votre commission des finances en 2016, que le développement du réseau ne résulte pas d'une stratégie coordonnée (cf. supra). L'élaboration d'une cartographie prospective du réseau permettrait de mettre en exergue les zones où la demande reste insatisfaite et celle où l'aide nette de l'AEFE pourrait être réduite. Cette cartographie constituerait un outil de dialogue entre le ministère de l'Europe et des affaires étrangères (MEAE) et le ministère de l'éducation nationale (MEN). Elle tiendrait compte à la fois des évolutions des flux d'expatriation française, de la demande locale étrangère, des situations financières des établissements existants, et des intérêts économiques et diplomatiques de la France.

Recommandation n° 11 : mettre en oeuvre la recommandation formulée par la Cour des comptes d'établir une cartographie prospective des besoins de l'enseignement français à l'étranger, afin de tenir compte des évolutions de la population expatriée, des priorités diplomatiques et de mener une appréciation qualitative de la demande locale.

La direction générale de la culture, de l'enseignement, de la recherche et du réseau a indiqué à vos rapporteurs spéciaux qu'un tel exercice de cartographie était complexe à mener, en particulier pour apprécier l'évolution des « marchés éducatifs » locaux. Cependant, outre le fait que le MEAE dispose déjà des outils statistiques nécessaires, certains postes diplomatiques travaillent déjà avec les établissements scolaires pour cartographier localement les besoins de l'enseignement français, à l'image des « plans école », dont le premier a été réalisé à Londres en 2008. La remontée de ces informations élaborées au plan local constitue les premiers maillons d'une cartographie à plus grande échelle, en vue de fournir des indicateurs pour anticiper l'évolution de la demande.

Le « plan école » de Londres : bilan et perspectives

Les années 2000 ont été marquées par une croissance rapide de la population française à Londres, qui s'est traduite par un engorgement du réseau scolaire français, et plus particulièrement du lycée français Charles de Gaulle qui était le seul établissement proposant un enseignement secondaire parmi les sept écoles existantes à l'époque. Le « Plan école » a été élaboré en 2008 en associant l'ensemble de la communauté éducative (élus, représentants syndicaux, parents d'élèves, chefs d'établissements, représentant de l'ambassade de France à Londres). Il s'agissait d'élaborer une stratégie commune au niveau locale afin d'anticiper l'évolution de la demande de scolarisation. Trois objectifs ont été définis :

1. créer 1 500 nouvelles places dans l'enseignement français à Londres ;

2. développer des sections bilingues au sein des établissements britanniques ;

3. doubler le nombre d'associations FLAM existantes au Royaume-Uni.

Le premier objectif a été atteint grâce à l'ouverture de deux nouveaux établissements, le collège français bilingue de Londres (CFBL) et le lycée international Winston Churchill, complétés par deux autres établissements ouverts sur initiative privée, l'école internationale franco-anglaise de la MLF et l'école Jeannine Manuel. Ainsi, plus de 2 500 places ont été créées en dix ans. Le deuxième objectif n'a été que partiellement atteint en raison d'une autonomie récemment accrue des établissements scolaires britanniques, ce qui a complexifié le développement des sections bilingues puisqu'il a fallu désormais s'adapter aux spécificités de chaque établissement. Le troisième objectif a été atteint, puisqu'il existe désormais une cinquantaine d'associations FLAM à l'échelle du pays. Principalement animées par des parents, elles consistent à proposer des activités extra-scolaires en français, ce qui les situe en marge de l'enseignement français à l'étranger stricto sensu.

Si le « plan école » démontre le succès de l'élaboration d'une stratégie locale coordonnée de développement du réseau, il rencontre aujourd'hui plusieurs limites identifiées par vos rapporteurs spéciaux. Premièrement, l'enseignement français à Londres se distingue par la prépondérance des élèves français parmi les élèves scolarisés (environ 80 %). Cette sociologie des effectifs expose particulièrement les établissements au risque de rapatriement des français dans les prochaines années en raison du Brexit. Le lycée Winston Churchill, ouvert en 2015, peine à satisfaire ses objectifs de croissance. Deuxièmement, une forme de concurrence entre les établissements proposant un enseignement français s'est installée, notamment en raison de la pratique de politiques tarifaires différentes selon les statuts. Le lycée français Charles de Gaulle étant un établissement en gestion directe pratique des frais de scolarité peu élevés au regard des autres établissements, ce qui le rend attractif pour les familles, outre ses excellents résultats académiques. Le lycée Winston Churchill propose des tarifs plus élevés que le lycée Charles de Gaulle (4 000 à 5 000 livres sterling de plus selon les niveaux), mais inférieurs aux établissements britanniques sélectifs, ce qui enverrait un signal-prix négatif aux parents d'après la direction de l'établissement.

Source : commission des finances du Sénat

Si une adaptation du réseau aux nouvelles priorités géopolitiques requiert plusieurs années, à court terme, vos rapporteurs spéciaux encouragent le redéploiement du réseau en dehors de l'Europe qui concentre près du tiers de l'aide nette versée par l'AEFE. Ce redéploiement pourrait être accéléré via le canal des réaffectations de personnels détachés en dehors de cette zone, au profit de personnels de droit local.

Recommandation n° 12 : accélérer le redéploiement du réseau en dehors de l'Europe, en particulier via l'affectation des personnels détachés.