II. UNE PRATIQUE SPORTIVE À L'IMAGE DE LA DIVERSITÉ DES TERRITOIRES MAIS GLOBALEMENT FRAGILE ET MENACÉE

A. UNE PRATIQUE D'ACTIVITÉS PHYSIQUES D'INTENSITÉ INÉGALE SELON LES TERRITOIRES ET GLOBALEMENT INFÉRIEURE À LA MOYENNE NATIONALE

1. Une pratique d'activités physiques apparemment moins répandue que dans l'hexagone...

Les outre-mer semblent dans l'ensemble avoir une pratique des activités physiques moins fréquente que l'hexagone , avec un taux plus élevé de personnes réalisant moins d'une fois par semaine une activité physique et un taux moindre de personnes à une fréquence hebdomadaire de plus de 5. Les chiffres transmis pour quatre départements le montrent ci-après, à l'exception notable de La Réunion . Ce département se démarque largement des autres territoires ultramarins, mais dépasse aussi largement l'hexagone, avec 88 % des habitants ayant une activité physique plus d'une fois dans la semaine contre 78 %, mais aussi sur l'intensité de la fréquence des activités, 44 % des Réunionnais pratiquant une activité physique plus de 5 fois par semaine contre seulement plus d'un tiers dans l'hexagone.

Activité physique outre-mer : exemple de quatre départements

Champ : Individus de 15 à 75 ans

Martinique

Guadeloupe

Guyane

La Réunion

Hexagone

Moins d'une fois par semaine

25 %

25 %

25 %

12 %

22 %

Au moins 5 fois par semaine

28 %

31 %

36 %

44 %

34 %

Source : Enquête Baromètre santé DOM 2014, Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes)

Le constat est partagé dans l'ensemble des bassins océaniques. Ainsi, en Polynésie française, le gouvernement indique 17 ( * ) que « la pratique d'activité physique et sportive reste insuffisante (...), 40 % de la population adulte ne fait aucune activité physique pour se déplacer et 32 % ne réalise aucune activité dans le cadre du travail ». Surtout, la faible activité physique est encore plus préoccupante chez les jeunes : d'après une autre étude 18 ( * ) , reprise par le gouvernement du pays, « la moitié des enfants de 7 à 9 ans ne sont pas actifs lorsqu'ils quittent l'école, seuls 22 % d'entre eux déclarent pratiquer une activité physique encadrée dans un club ou une association ».

2. Un constat à nuancer : l'enjeu du nombre de licenciés
a) Des disparités territoriales importantes

Nicolas Belloir, vice-président délégué en charge des territoires au CNOSF, indiquait à la délégation que les territoires d'outre-mer comptaient selon les derniers recensements du CNOSF 421 822 licenciés pour 1 173 clubs, toutes disciplines confondues .

Cependant, tout comme pour la pratique d'activités physiques, de fortes disparités apparaissent dans le nombre de licenciés entre les territoires.

Nombre global de licenciés et part de licenciés dans la population du territoire,
par bassin océanique

Saint-Pierre
et-Miquelon

Saint-Martin

Saint-Barthélemy

Guadeloupe

Martinique

Guyane

2 670

3 961

2 008

69 994

56 470

39 246

42,6 %

11,0 %

21,0 %

17,8 %

15,1 %

14,3 %

Mayotte

La Réunion

28 007

161 204

11,2 %

18,7 %

Polynésie française

Wallis-et-Futuna

Nouvelle-Calédonie

72 000

1 500

60 131

25,6 %

12,7 %

21,6 %

Note : Chiffres issus, pour les bassins Atlantique et Indien, de la base MIES du ministère des sports. Dans le bassin Pacifique, le rattachement à des fédérations locales autonomes - en Polynésie par exemple - rend plus difficile l'établissement de ce ratio à partir du nombre de licenciés au sein de fédérations nationales : les chiffres retenus ont été ceux transmis par les territoires.

Comme le montrent les différents tableaux ci-dessus, la majeure partie des territoires affiche un nombre de licenciés nettement inférieur à celui de l'hexagone où il atteint 23,9 % de la population. La Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie sont autour de cette moyenne. Saint-Pierre-et-Miquelon dépasse très largement les moyennes des autres territoires avec plus de 40 % de licenciés.

b) Des chiffres à relativiser : le difficile accès à la licence

Les chiffres relatifs au nombre de licenciés sont à nuancer fortement en fonction de différents critères. Aussi, s'ils permettent de dresser un paysage sportif dans les grandes lignes et de distinguer les disciplines les plus pratiquées, le nombre de licenciés en tant que tel souffre de plusieurs écueils :

- certaines structures territoriales ne sont pas recensées au niveau national, faute de rattachement à des fédérations ; c'est le cas par exemple en Polynésie française où les chiffres nationaux ne montrent qu'un faible nombre de licenciés ;

- le coût d'une licence est identifié comme un frein important dans l'accès à la pratique sportive outre-mer.

La direction de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale de Mayotte expliquait 19 ( * ) ainsi qu'« il est difficile d'être précis dans le comptage des licences qui ne sont généralement prises dans la majorité des cas que dans la pratique de compétition et/ou lors de déplacements hors du territoire. Le contexte économique local ne favorise pas " l'investissement " dans le prix d'une licence ». Ce second point a été signalé comme un réel enjeu, non d'un point de vue statistique mais surtout social : il est primordial de garantir l'accès à une activité sportive encadrée , particulièrement aux plus jeunes. C'est ainsi que le conseil départemental de Guadeloupe a mis en place une aide à l'acquisition de la première licence , pour inciter les jeunes à pratiquer une activité sportive au-delà du frein financier éventuel. Ce type de mesure apparaît devoir être généralisé : au-delà d'une prise en charge de la première licence, un véritable « pass sport » doit être envisagé. Cette proposition, inscrite dans le livre bleu outre-mer en juin 2018, est soutenue par les rapporteures.

Recommandation n° 4 : Accompagner une politique active de soutien à la pratique sportive et permettre à tout jeune d'être licencié dans une discipline par un « pass sport jeunes ».

c) Quelle stratégie gouvernementale ?

Le « sport pour tous » est régulièrement affiché comme une priorité des gouvernements. Pour autant, la traduction de cette volonté dans des politiques à destination des territoires ultramarins tarde à être perçue. Auditionnée par la délégation sénatoriale en janvier 2018, la ministre des sports, Laura Flessel, déclarait que, dans le défi qu'elle s'était lancé de chercher 3 millions de nouveaux pratiquants , « les outre-mer ne seront pas oubliés ». Qu'en est-il aujourd'hui de la prise en compte des outre-mer dans la politique nationale en matière de sport ?


* 17 Dossier de presse du premier séminaire sport santé de Polynésie française en juillet 2018, citant des chiffres de l'OMS, Enquête Santé STEP en Polynésie française, Surveillance des facteurs de risque des maladies non transmissibles, 2010.

* 18 Dossier de presse du premier séminaire sport santé de Polynésie française en juillet 2018, citant des chiffres du ministère de la santé polynésien, direction de la santé, Prévalence du surpoids et de l'obésité chez les enfants scolarisés de 7 à 9 ans en Polynésie française, 2014.

* 19 Réponses au questionnaire des rapporteures.

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