C. UNE CONVERSION MASSIVE DES SALARIÉS AUX USAGES DE L'IA, QUI SUSCITE DES INTERROGATIONS SUR L'EMPLOI

1. Une adoption fulgurante de l'IA générative par les salariés

Comme l'a récemment mesuré le CREDOC138(*), en seulement deux ans, l'IA a connu une diffusion d'une ampleur inédite : 48 % des Français y ont recours contre 20 % en 2023, soit un doublement en deux ans. Cette rapidité d'adoption de l'IA générative par la population française est comparable à celle observée aux États-Unis.

L'adoption des grandes vagues technologiques s'accélère. La connexion à internet à domicile avait eu besoin de cinq ans pour pénétrer les foyers français de manière similaire, le smartphone de trois ans. En l'espace de deux ans, le recours à l'IA générative s'est banalisé chez les jeunes (85 % des 18-24 ans l'utilisent) et les cadres et professions intellectuelles supérieures (78 %).

L'adoption de l'IA générative relève d'abord d'une pratique personnelle (42 % des Français), avant l'usage professionnel (30 % des actifs) : 70 % des requêtes effectuées à ChatGPT relèvent d'un contexte privé pour 30 % du registre professionnel.

Si, pour 64 % des Français, le recours à l'IA générative résulte d'une initiative individuelle, certains employeurs en imposent l'adoption (17 % des cas) tandis que 18 % des utilisateurs déclarent que l'usage d'une IA générative leur a été imposé par une plateforme numérique qu'ils utilisaient déjà (moteur de recherche, messagerie, réseau social, etc.).

Malgré le nombre d'outils d'IA générative sur le marché, la population concentre pour l'heure ses usages sur un nombre très réduit d'outils, dominés par ChatGPT.

Les non-utilisateurs évoquent principalement des habitudes ancrées d'usage des moteurs de recherche ainsi qu'un manque de compétence ou de confiance, avec la crainte de transmission des données personnelles.

Un quart des Français (25 %) s'inquiète des conséquences de l'intelligence artificielle sur la société (déshumanisation des rapports sociaux, risques pour l'emploi ou la création, consommation d'énergie). À ces préoccupations s'ajoutent les craintes quant aux données personnelles (16 %) et celles sur la manipulation des données transmises, mentionnée par 15 % des répondants. Enfin, 7 % expriment une inquiétude spécifique face au risque de domination de l'écosystème par des plateformes étrangères.

L'éloignement numérique est lié à l'exclusion sociale. En effet, quatre Français sur dix rencontrent toujours des freins de nature à les empêcher d'utiliser le numérique au quotidien. La hiérarchie des freins invoqués demeure similaire d'une année sur l'autre : 22 % évoquent un manque de maîtrise des outils (+3 points en un an), 11 % citent un équipement trop vieux pour bien fonctionner, 8 % l'absence d'équipement et 8 % également des difficultés d'accès à internet. Les recherches ont établi la corrélation entre un faible niveau d'appropriation des technologies numériques et un niveau de capital culturel peu abondant chez les individus. Toutefois, 57 % des Français ont déjà joué un rôle d'aidant numérique.

Si 55 % des salariés ne font pas confiance à l'IA dans leur travail, ceux qui sont des utilisateurs actifs de l'IA lui font confiance à 90 %139(*) : plus l'usage de l'IA est fréquent dans l'entreprise, plus la confiance dans l'IA augmente.

2. Des interrogations sur l'emploi des salariés

L'impact de l'IA sur l'emploi suscite une double controverse, quantitative et qualitative.

a) Une apocalypse des emplois ?

Pour certains, l'IA va améliorer la vie des salariés, en diminuant le nombre de leurs tâches répétitives et en allégeant leur charge alors que pour d'autres, elle va engendrer une dégradation de leurs conditions de travail en facilitant le contrôle de leurs activités et en les dépossédant d'une partie de leurs savoir-faire.

L'IA menacerait directement des métiers parmi les plus rémunérés.

Dans le monde, dès 2023, un rapport de la Goldman Sachs avançait que 300 millions d'emplois pourraient être automatisés, notamment dans les activités de bureau, administratives ou juridiques, tout en assurant qu'une large adoption de l'IA pourrait augmenter le produit intérieur brut mondial de 7 % sur dix ans.

Cette estimation a été portée en juin 2024 par l'Organisation internationale du travail140(*) à 427 millions d'emplois (soit 13 % du total mondial) qui seraient affectés par l'IA d'ici 2027, lorsque 75 % des entreprises l'auront adoptée.

Aux États-Unis, un article publié le 26 novembre 2025 par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) a affirmé que 12 % des 151 millions d'emplois américains, soit près de 20 millions de personnes, pourraient être remplacés, corroborant une autre étude de chercheurs de Stanford, selon laquelle l'emploi des jeunes de 22 à 25 ans avait baissé de 13 % depuis 2022 aux États-Unis.

En France, 3,8 % de l'emploi serait actuellement fragilisé par le déploiement de l'IA générative, selon une étude de la compagnie d'assurance-crédit Coface et de l'Observatoire des emplois menacés et émergents (OEM)141(*) du 1er avril 2026.

Emplois, compétences, valeur : ce que l'IA est en train de bouleverser

L'étude a porté sur 923 professions analysées est décomposée en tâches, elles-mêmes subdivisées en actions élémentaires décrites sous forme de triplets (verbe, objet, contexte). Elle mesure l'exposition technique des tâches à l'automatisation, et ne préjuge nullement d'un volume de destruction nette d'emplois.

L'étude met en évidence une rupture majeure avec les vagues précédentes d'automatisation : l'IA ne s'inscrit pas dans la continuité des technologies comme la robotique ou le logiciel, mais en déplace le centre de gravité vers les tâches cognitives, complexes et non répétitives.

Environ une profession sur huit franchit le seuil de 30% de tâches automatisables par l'IA agentique. C'est un seuil de transformation profonde du métier, ouvrant la voie à des redéploiements d'effectifs potentiellement importants, sans pour autant signifier sa disparition. Les professions les plus exposées se concentrent dans les domaines à forte intensité cognitive et informationnelle : ingénierie, informatique, fonctions administratives, finance, droit ou encore certains métiers créatifs et analytiques. Plus d'un quart du contenu du travail (part des tâches automatisables rapportées au volume d'emploi) pourrait être automatisable dans ces catégories.

Les professions les moins exposées restent largement manuelles ou intégrant des interactions humaines difficiles à standardiser : production, construction, maintenance, transport, restauration, nettoyage, ou encore certaines activités de soin et d'accompagnement. Leur dimension humaine continue de jouer un rôle protecteur.

L'étude souligne que l'exposition des pays à l'automatisation par l'IA varie sensiblement. Les économies les plus riches et les plus orientées vers les services cognitifs apparaissent ainsi les plus exposées à l'automatisation.

Avec 16 % du contenu du travail potentiellement automatisable, la France se situe dans la moyenne des pays européens. Plus riche en métiers de la connaissance que les économies du sud de l'Europe mais moins que celles du nord de l'Europe, elle présente également des similitudes avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas (sur-représentation des fonctions caractéristiques des sièges sociaux) ou les pays d'Europe centrale (sur-représentation des métiers liés à la production, spécifiquement de la construction pour la France). Son potentiel d'exposition, plutôt médian, reflète une structure économique, et donc un tissu de l'emploi, globalement intermédiaire en Europe.

Lorsque l'IA agentique sera massivement déployée, d'ici deux à cinq ans, 16,3 % de l'emploi français serait menacé, soit près de 5 millions de personnes.

Parmi les professions exposées ressortent en premier celles de l'architecture et de l'ingénierie (26,9 % de l'emploi à risque), de l'informatique et des mathématiques (24,9 %) - avec un pic à 31 % pour l'informatique -, ou celles du soutien administratif et de bureau (23,8 %). Les métiers créatifs des arts, du design, du spectacle, du sport et des médias sont également exposés à hauteur de 23,8 %, tout comme les emplois juridiques, à hauteur de 21,6 %.

Il s'agit d'activités en général très qualifiées, bien rémunérées. Les 10 % des plus hauts revenus de la population française sont menacés à hauteur de 22,1 %.

Paradoxalement et contrairement aux révolutions précédentes de l'emploi, les métiers manufacturiers seraient protégés, contrairement aux ingénieurs de l'industrie et fonctions support dans toutes les entreprises.

Même les métiers des industries de la tech (IT) sont impactés : « les fonctions liées aux infrastructures sur site étant en déclin au profit de rôles de coordination, de supervision ou d'intégration cloud : « les métiers liés à l'analyse de données et à la gestion des risques par exemple, gagnent en importance. Les profils d'Architecte cloud, de FinOps, et de supervision transversale, connaissent une demande croissante. De nouvelles expertises liées à l'innovation et à la transformation digitale, notamment dans les domaines de l'intelligence artificielle et de la cybersécurité, apparaissent et font évoluer le paysage actuel »142(*). Les entreprises sont aussi confrontées à un besoin nouveau en compétences hybrides combinant des domaines d'expertises de la part de salariés « multi compétents » et « multi sachants », permettant davantage d'adaptation, de collaboration et d'échanges dans un environnement en perpétuel changement.

Ainsi, le métier de codeur va se transformer profondément puisque les IA écrivent désormais le code. Plutôt que d'écrire du code, ils auront à apprendre à superviser et optimiser le travail des IA, comprendre leurs limites, détecter leurs erreurs et les corriger. Les ingénieurs ne seront plus de simples exécutants, mais chefs d'orchestres, capables d'interagir avec les machines pour en tirer le meilleur : « La programmation va changer. Il y aura moins de programmeurs professionnels qui gagnent leur vie en codant ligne par ligne. Mais on aura toujours besoin de programmeurs pour coder ligne par ligne, soit pour remplir les conditions limites que les IA ne peuvent pas remplir, soit pour réparer les dégâts causés par les IA. On aura également besoin de personnes qui n'ont jamais programmé, mais qui ont une expérience des systèmes, et qui produiront du code avec l'aide de l'IA. Ce n'est pas grave. Le codage n'est pas un sacerdoce. Les gens continueront à créer des logiciels, mais avec des niveaux de qualité et de compétence différents »143(*).

 
 
b) Une transformation profonde de l'emploi plutôt qu'une destruction nette des emplois

Cependant, ce « job apocalypse » est à relativiser.

Selon d'autres experts, comme Bruno Palier, directeur de recherche du CNRS à l'Institut d'études politiques de Paris, considèrent que : « ces grandes peurs décennales masquent les vrais enjeux du débat. Elles laissent croire que la technologie s'impose toute seule, alors que, si des emplois sont détruits, c'est parce que quelqu'un le décide », et Grégory Verdugo, professeur de sciences économiques à Cergy-Paris Université et chercheur associé à l'Observatoire français des conjonctures économiques, alerte que : « les discours alarmistes sont tenus en premier lieu par les promoteurs de ces technologies qui, vu le niveau des investissements, ont besoin de faire perdurer l'idée que ça va être rentable à court terme, et donc qu'il y aura un gros impact »144(*).

Derrière ces chiffres d'emplois évaporés, l'IA incarnerait « la coupable idéale pour masquer les coupures budgétaires d'entreprises qui ont besoin de se serrer la ceinture dans un contexte économique complexe à surfer. Autrement dit, elle devient un véritable argument marketing consistant à montrer que l'entreprise concernée est si avancée sur l'IA que certains salariés sont désormais devenus « accessoires ». Une vision darwinienne, dans laquelle les médias ont leur part de responsabilité en relayant massivement ces arguments parfois fumeux »145(*).

Ainsi, aux États-Unis, les licenciements justifiés par le recours à l'IA s'expliquent par d'autres raisons : « certaines entreprises ont des résultats décevants et, pour relancer la machine, annoncent des licenciements en les justifiant par l'entrée dans l'IA, qui est pensée comme un élément plus positif » a rappelé Yann Ferguson, le directeur scientifique du LaborIA, le laboratoire d'étude des effets de l'IA sur le travail créé par le ministère du travail et l'Institut nationale de recherche en informatique et en automatique (Inria)146(*).

Pawel Adrjan, responsable des études pour le site international de recherche d'emploi Indeed, relativise cet impact : « selon nos études menées sur les offres d'emploi, seul 1 % des tâches peuvent être totalement remplacées par l'IA, et 46 %, transformées ou complétées. L'IA semble donc plutôt amenée à transformer les emplois plutôt qu'à les remplacer massivement », ajoutant que seuls 3 % des offres citent l'IA générative.

Pour l'institut Oxford Economics147(*) « Il est clair que l'IA a, dans une certaine mesure, un impact sur les décisions d'embauche et de licenciement de certaines entreprises, reconnaissent les chercheurs. Cependant, nous pensons que les premières affirmations concernant l'impact actuel de l'IA sur le marché du travail sont exagérées. Nous ne prévoyons pas que l'IA entraîne une augmentation significative du taux de chômage aux États-Unis ou ailleurs au cours des deux prochaines années. Un lien de corrélation ne constitue pas un lien de cause à effet ».

Le prix Nobel 2025, Philippe Aghion, estime, pour sa part, que : « l'impact de l'IA sur la main-d'oeuvre est positif » pour les entreprises la déployant, car les gains de productivité leur permettent d'« étendre leur activité et leur masse salariale »148(*).

Les effets à terme, une fois que toutes les entreprises auront adopté l'IA, ne peuvent être estimés avec précision. Pour l'économiste Patrick Artus. « Il est présomptueux de se prononcer aujourd'hui sur les effets de l'IA sur l'emploi, la productivité et le PIB ». On peut aujourd'hui trancher entre deux scénarii : le plus optimiste est celui où l'IA enrichit surtout le contenu des tâches et la qualité des emplois et où le surplus lié à l'utilisation de l'IA n'est pas accaparé par un petit nombre d'entreprises ; le plus pessimiste est celui où l'IA détruit beaucoup d'emplois et profite surtout à quelques entreprises qui la développent.

« Si l'intelligence artificielle est complémentaire avec l'emploi, son utilisation enrichit les tâches, rend le travail plus efficace et on peut en attendre des gains de productivité sans pertes d'emploi. Mais c'est l'inverse si l'IA est substituable à l'emploi. Probablement, les salariés qui perdront leur emploi en retrouveront un autre dans un secteur à main-d'oeuvre peu qualifiée. Il peut alors y avoir un recul de la productivité d'ensemble ».

En définitive, la révolution du travail est encore loin. Il est toujours difficile d'intégrer de manière efficace l'IA à l'échelle de l'entreprise, il l'est encore davantage de calculer un résultat réel sur les gains de productivité ou de temps à l'échelle d'un poste de travail.

c) Des interrogations sur l'amélioration de la qualité de l'emploi par l'IA

Les gains de productivité ne se traduisent pas forcément par une diminution des horaires ou de l'intensité du travail et l'innovation technologique pourrait restreindre l'effort humain nécessaire à la production et, en même temps, aboutir, dans les faits, à une dégradation de la situation des salariés.

« Ces gains, dans une situation de concurrence, peuvent être empochés par les consommateurs qui paient alors moins cher pour le même produit ou service. Ils peuvent aussi être récupérés par les actionnaires sous forme d'une hausse des dividendes. La question de la répartition de la valeur ajoutée est ouverte, et dépend pour l'essentiel - aujourd'hui comme hier - des mobilisations et des rapports de force. L'innovation technologique peut bien sûr favoriser l'autonomie des salariés en leur donnant plus de pouvoir d'agir, mais, tout aussi bien, elle pouvait servir à accroître le fossé entre les dirigeants et les « exécutants », donnant aux premiers un pouvoir de contrôle accru sur les seconds »149(*).

C'est ainsi le cas des préparateurs de commande des entrepôts de plus en plus souvent dirigés à distance par des robots à commandes vocales : « leur savoir-faire, leur autonomie disparaissent. Ils ne décident plus de la manière dont ils remplissent leurs palettes, pour que celle-ci soient plus faciles à décharger, par exemple. Casque sur les oreilles, ils suivent les consignes de l'algorithme qui optimise leurs trajets dans le hangar ».

La question clé sera celle de l'organisation du travail : « le risque principal ne semble pas être, en réalité, le remplacement massif des salariés par des « machines à penser ». Le vrai sujet est la manière dont la coexistence des humains et des IA va être organisée, la qualité des nouveaux emplois qui vont remplacer les anciens ».

L'autre question fondamentale est la rapidité de la progression de l'IA dans l'économie qui dépasse, par sa vélocité, la capacité d'adaptation des travailleurs.

Ainsi, pour Dario Amodei, ingénieur à l'origine de Claude, l'une des IA les plus utilisées actuellement, « les modèles d'IA sont passés de la capacité à peine suffisante pour écrire une seule ligne de code à la capacité d'écrire tout ou presque tout le code pour certaines personnes, y compris les ingénieurs d'Anthropic150(*). Bientôt, ils pourraient être capables d'effectuer toutes les tâches d'un ingénieur logiciel, du début à la fin. Il est difficile pour les gens de s'adapter à ce rythme de changement, tant au niveau des modifications apportées au fonctionnement d'un emploi donné qu'à la nécessité de changer d'emploi. Même les programmeurs légendaires se décrivent de plus en plus comme « à la traîne ». Le rythme pourrait même continuer à s'accélérer, car les modèles de codage IA accélèrent de plus en plus le développement de l'IA. Pour être clair, la vitesse en soi ne signifie pas que les marchés du travail et l'emploi ne finiront pas par se redresser, mais simplement que la transition à court terme sera particulièrement douloureuse par rapport aux technologies passées, car les humains et les marchés du travail sont lents à réagir et à s'équilibrer »151(*).

Cependant l'impact de l'IA sur le travail ne se limite pas aux gains de productivité, considérables, ou aux risques sur la quantité et la qualité du travail, à préciser. Il fait évoluer la nature même du travail en entreprise.

L'IA permet en effet de réduire les tâches répétitives permettant aux salariés de se concentrer sur des activités à plus forte valeur ajoutée, conduisant à reconfigurer profondément les savoir-faire. Dans ce contexte, la montée en compétences devient un facteur déterminant de performance. La formation des salariés doit accompagner le déploiement de l'IA dans l'entreprise. Les salariés les plus avancés doivent aider les salariés les plus réticents ou qui ont des difficultés d'appropriation afin de préserver la communauté d'entreprise et de désamorcer ainsi les tensions sociales. L'IA peut même améliorer la collaboration entre salariés autour de l'accompagnement à la prise en main de l'outil.

d) Le danger pour les entreprises de l'IA caché (« shadow AI »)

Selon une étude de septembre 2025152(*), 44 % des salariés français se forment seuls à l'IA et 75 % utilisent des outils ni fournis ni validés par l'entreprise pour réaliser certaines tâches professionnelles.

En effet, comme l'a montré le rapport du Forum économique mondial de 2023, si 85 % des entreprises mondiales prévoyaient d'intégrer l'IA dans leur processus, seulement 45 % d'entre elles avaient mis en place un plan de formation adapté. Ce déficit d'accompagnement réduit considérablement l'impact du potentiel de cet outil. Il peut également conduire à des usages mal maîtrisés voire contre-productifs, mettant en danger l'entreprise en accroissant le cyber-risque.

Dans l'étude française, seulement 28 % des entreprises introduisent l'IA sur l'impulsion de la direction générale afin de déployer une vision stratégique, mais une majorité des salariés y sont amenés par une démarche ponctuelle, par les équipes techniques (32 %), de manière opportuniste et non concertée (25 % ou pour répondre aux besoins des directions métiers (14 %).

Cette utilisation de l'IA cachée par les salariés à leur entreprise a un double inconvénient :

- d'une part, « si elle offre des gains de productivité individuels aux salariés, ceux-ci ne sont pas mesurables en ROI par l'entreprise », selon M. Sylvain Julhes153(*), Responsable Pôle Attractivité, Compétences et Emploi au sein de la Fédération NUMEUM154(*) ;

- d'autre part, elle peut « conduire les salariés à créer des dépendances dans l'utilisation de solutions IA non souveraines alors que les entreprises qui les emploient tentent de s'en affranchir », selon M. Stéphane Phan155(*), directeur adjoint à la prospective de l'OPCO-ATLAS156(*).


* 138 «  Baromètre du numérique, édition 2026 », février 2026.

* 139 Etude Saegus précitée de septembre 2025.

* 140 « Generative AI and Jobs : A Global Analysis of Potential Effects on Job Quantity and Quality », International Labour Office Working Paper 96, Pawel Gmyrek, Janine Berg, David Bescond, 21 août 2023.

* 141  https://www.coface.fr/actualites-economie-conseils/emplois-competences-valeur-ce-que-l-ia-est-en-train-de-bouleverser La particularité de l'étude de la Coface et de l'OEM repose sur sa méthodologie, qui n'a pris en compte que les tâches existantes et s'abstient de tout critère éthique ou idéologique. Chaque métier a été décomposé en tâches complexes jusqu'au niveau de l'action élémentaire (résumer des données, par exemple), pour laquelle un score d'automatisation a été appliqué. Cette probabilité d'automatisation est ensuite comparée au volume d'emploi par profession et par secteur, ce qui permet d'estimer la menace sur l'emploi.

* 142 « Préparer les organisations aux évolutions de compétences des 10 prochaines années », CIGREF, septembre 2025.

* 143 « Votre carrière de dev n'est pas terminée - l'IA vient juste de mettre à jour votre boîte à outils », David Gewirtz, ZDNET, 16 décembre 2025.

* 144 « L'IA est une menace pour 5 millions de salariés en France, selon une étude », Le Monde, Thibaud Métais et Jules Thomas, 18 mars 2026.

* 145 « Vague de licenciements : l'IA, la coupable idéale », Joséphine Boone, Les Echos, 6 février 2026.

* 146 « IA : derrière la peur d'une « jobs apocalypse », le débat monte concernant son impact sur l'emploi », Alexandre Piquard, Le Monde, 18 décembre 2025.

* 147 « Evidence of an AI-driven Shakeup of Job Markets is Patchy », « Oxford Economics », 7 janvier 2026.

* 148 « L'impact de l'IA sur la main-d'oeuvre est positif, même pour des professions souvent classées comme vulnérables à l'automatisation », Philippe Aghion, Xavier Jaravel, Simon Bunel, Le Monde, 7 février 2025.

* 149 « Les gains de productivité de l'IA ne se traduisent pas forcément par une diminution des horaires ou de l'intensité du travail » Marion Beauvalet, chercheuse à l'université Paris-Dauphine-PSL, Lucie Rondeau du Noyer, chercheuse au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (Cired), Le Monde 18 février 2025.

* 150 Claude Opus 4.5, le modèle le plus récent, « obtient de meilleurs résultats lors d'un entretien d'ingénierie de performance fréquemment organisé chez Anthropic que n'importe quel candidat dans l'histoire de l'entreprise ».

* 151 «  L'IA présente un « risque existentiel », texte intégral publié par Le Grand Continent, 28 janvier 2026.

* 152 Étude du cabinet Saegus publiée en septembre 2025 en partenariat avec Odoxa réalisée en ligne du 25 avril au 2 mai 2025 auprès de 1001 salariés utilisant l'IA dans leur travail et de 1005 personnes représentatives de la population adulte française dont 539 salariés pour comparer ces perceptions globales à celles des utilisateurs effectifs.

* 153 Audition du 14 avril 2026.

* 154 Numeum est le syndicat patronal et l'organisation des professionnels du numérique, représentant près de 2 500 entreprises adhérentes, dont 50% en région. Il fait partie de la Fédération Syntec, qui constitue la deuxième branche représentative du MEDEF, aux côtés de Syntec Conseil, Syntec Ingénierie et Unimev. Numeum représente les entreprises de services du numérique, les éditeurs de logiciels, les plateformes et les sociétés d'Ingénierie et de Conseil en Technologies.

* 155 Audition du 14 avril 2026.

* 156 Atlas est l'opérateur de compétences des entreprises et salariés des services financiers et du conseil (qui regroupent 14 branches professionnelles et 200 000 entreprises dont 92 % de très petites entreprises (TPE), employant 2 millions de salariés dont 55 % de cadres dans des métiers à haut niveau d'expertise et finançant 104 806 contrats d'alternance en 2024.

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