II. DEUX COMPOSANTES NUCLÉAIRES PLEINEMENT OPÉRATIONNELLES
Depuis plus de cinquante ans, la présence d'au moins un SNLE au fond des océans constitue la garantie de pouvoir à tout moment délivrer une frappe en second et rend sans issue tout projet d'attaque de décapitation. Le contrat opérationnel de la Force océanique stratégique (FOST) ne se limite toutefois pas à un seul navire, il prévoit la possibilité de faire appareiller jusqu'à trois SNLE concomitamment, ce qui selon certains médias français et internationaux fut fait en mars 2022 à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
La disponibilité des moyens concerne également les FAS qui s'appuient sur une alerte permanente et la maîtrise des techniques opérationnelles de pénétration des raids aériens qui permettent un engagement nucléaire dans un délai relativement court.
A. LA COMPOSANTE NUCLÉAIRE OCÉANIQUE (CNO)
Alors que de nombreuses marines connaissent des problèmes de disponibilité, la flotte française de SNLE est pleinement opérationnelle. La FOST comprend, outre les quatre SNLE en service actuellement, un ensemble de moyens logistiques ainsi que des moyens de transmission et des capacités de reconnaissance acoustique.
La composante océanique apporte une profondeur stratégique fondée sur les principes de dilution et de discrétion qui fondent l'invulnérabilité des SNLE en patrouille. Chaque commandant de SNLE est seul décisionnaire de sa cinématique qu'il ajuste en tenant compte des informations qui lui sont envoyées en permanence par l'état-major de la FOST. Dans l'éventualité d'un tir, si le commandant connaît le détail de l'arsenal du navire, il ne connaît en aucun cas les cibles, cette information relevant de la prérogative du chef de l'État. La doctrine française ne désignant aucun adversaire en particulier, les armes ne disposent d'aucune information de ciblage dans leur système jusqu'à la transmission de l'ordre de tir. Pour des raisons de contrôle de l'engagement, le protocole de mise à feu des missiles nécessite l'intervention du commandant et de son second depuis deux emplacements distincts du navire.
Le bon niveau de disponibilité des SNLE s'explique par la qualité de la filière nucléaire militaire française tant en ce qui concerne leur fabrication que leur maintien en conditions opérationnelles (MCO), qu'il s'agisse des entretiens réguliers après chaque mission ou bien des opérations de « grand carénage » qui interviennent tous les dix ans.
Les rapporteurs recommandent de poursuivre la modernisation des SNLE 2G à travers le remplacement, lorsque cela est utile, de certains matériels d'origine (périscope, sonar) par des matériels de dernière génération plus performants afin de préserver l'excellence technologique de ces navires.