Audition de monsieur FIGER

Vice-président de CAP GEMINI

Résumé : L'ensemble des collaborateurs du groupe Cap Gemini à accès à un Intranet mondial: cela nous a transformé la vie en termes de rapidité de réaction, d'accès à l'information ; les problèmes de la France tiennent, d'une part, au réseau : la France ne s'est pas servi de l'avance Télétel dont elle disposait parce qu'elle pratique une politique malthusienne de tarification du Numeris, et, d'autre part, parce qu'il n'y a pas de backbone internet ; donc, au niveau professionnel, le réseau français ne permet pas de faire des applications professionnellespour les PMEs et le grand public; or, c'est un problème de volonté politique ; autre problème: le coût des PC; le taux d'équipement évolue beaucoup trop lentement; il faut absolument trouver une incitation pour qu'il y ait un phénomène déclencheur; l'Etat doit donner l'exemple ; d'une façon plus générale, l'accès à Internet doit faire partie de l'infrastructure nationale, comme l'eau, le gaz ou les routes;

1. Notre groupe est connecté à Internet depuis 1984; actuellement, l'ensemble de nos 25.000 collaborateurs à travers le monde à accès à un Intranet mondial sur lequel ils peuvent travailler en groupe, avoir accès à l'ensemble de la connaissance de notre groupe, qui est en ligne par des moteurs de recherche du type Altavista ; et aujourd'hui, ça marche: pour vous donner une idée, je reçois 100 à 150 messages électroniques par jour; c'est quelque chose qui nous a transformé la vie en termes de rapidité de réaction, d'accès à l'information ; notre métier est aussi de vendre ce genre de solutions à nos clients;

2. Les problèmes que nous avons en France sont clairs:

Le premier problème, c'est le réseau et la politique de France Telecom avec les clients: aujourd'hui, France Télécom a des tarifs exorbitants, que ce soit pour les entreprises ou les particuliers; j'ai un réseau mondial et je vois bien les différences de prix; aux USA, la situation est un peu différente: d'abord, c'est beaucoup moins cher pour le grand résidentiels; pour le prix d'un abonnement à France Télécom, on a les communications locales gratuites; pour Internet c'est important; la grosse différence entre le Minitel et Internet c'est que ce dernier est tellement plus agréable et que vous restez beaucoup plus longtemps connecté; nous avons observé, sur notre plate-forme Inforoute, que les gens restent connectés en moyenne au moins une heure; et les gens qui ont Internet regardent moins la télévision; tandis que la durée moyenne de connexion sur Minitel est de 4 minutes parce ça coûte horriblement cher;

Mais le probleme premier reste bien le reseau:

Il y a un réseau français qui a été le premier à être numérisé en 1987 et qui est donc un réseau moderne; nous avions une avance de dix ans; malheureusement, on ne s'est pas servi de cette avance parce que nous avons une politique malthusienne de tarification du Numéris; en fait, il faudrait mettre le Numéris au tarif du téléphone, il n'y a même pas à discuter; je ne comprends même pas que France Télécom ne le fasse pas parce que ça lui permettrait d'avoir une clientèle captive et de ne pas être gêné par les nouveaux entrants (le câble,etc...);

Mais, pire que ça aujourd'hui: il n'y a pas de backbone Internet en France: si vous voulez déployer Internet, ça ne marche pas: si vous partez d'un point en France pour aller vers un autre point français, c'est plus long que pour aller à Seattle, en Norvège ou ailleurs; Pourquoi? parce que France Télécom n'a pas cru à Internet et n'a pas voulu installerun backbone; il y a bien l'ancien réseau «renater» reliant les universités; il y a des opérateurs privés ayant installé leurs réseaux, mais ils ne traitent que les parties où il y a du monde; aux USA, ils ont plusieurs backbone; donc, au niveau professionnel, le réseau français ne permet pas de faire des applications professionnelles; c'est un problème de volonté politique; il faut donc agir très vite sur le réseau Télécom, car les choses n'attendent pas en ce domaine: s'ils ratent le train il y aura des opérateurs qui vont leur «griller» la place; en France, on a des monopoles qui pourraient servir à cela; autant en profiter.

Deuxième problème, lié au Minitel, c'est le coût des PC; il y en a à peu près 7 millions de Minitels installés et 300.000 personnes connectées à Internet; il faut que notre parc de PC augmente plus vite; il ne doit y avoir que 500.000 PC de particuliers connectables; il faut donc que le gens s'équipent en PC, sinon ça ne décollera pas; dans notre filiale des Pays-Bas, les patrons ont dit: on arrête d'envoyer des papiers, maintenant tout le monde travaille chez soi avec un PC; mais ils ne leur ont pas donné un PC, ils leur ont simplement fait des conditions, avec un prêt sans intérêt, échelonné, plus une négociation: plus de 80 % des personnes ont acheté un PC sur leur argent avec ces conditions favorables; il faudrait faire une incitation pour qu'il y ait un phénomène déclencheur; il faut absolument le faire car le taux d'équipement est beaucoup trop lent;

3. Il y a beaucoup de jeunes aujourd'hui , en particulier sortant des écoles d'ingénieurs, des écoles commerciales, pour qui les NTIC font partie de la formation; en revanche, en dehors de ces milieux, les gens considèrent que, si ce n'est pas l'employeur qui fait la démarche, ce n'est pas à eux de le faire; il faut trouver un moyen pour que les gens comprennent qu'il s'agit d'un investissement dans quelque chose qui ne fatigue pas et aide beaucoup au quotidien ; ce que je voudrais faire passer, c'est qu'en France il faut que l'Etat donne l'exemple ;

4. Contrairement à ce que les gens croient, Internet est le réseau qui permet de mettre en place les meilleures procédures de sécurité ; il est assez simple d'identifier qui fait quoi sur le réseau et on peut prendre les gens malveillants assez systématiquement; en fait, la plupart des brèches dans la sécurité sont dues au fait que les gens ne prennent pas de précautions du tout (mots de passe,...); ensuite, il doit y avoir des niveaux de sécurité: une barrière à l'entrée,...et, in fine , il faut surveiller; or, on dispose de beaucoup de moyens pour ce faire; à partir du moment où il y a des droits d'accès différenciés dans une entreprise commerciale, la situation est confortable; le vrai problème est ailleurs : c'est lorsque les gens quittent la société: il nous faut être sûrs qu'ils n'auront plus accès aux informations auxquelles ils avaient accès jusque là;

Sur le cryptage , c'est là encore un domaine où la France se distingue encore: ce sont les militaires qui ont la mainmise là-dessus; on maintient une position qui nous pénalise, on est les seuls au monde;

5. Il va falloir adapter la législation ; cette adaptation sera d'autant plus facile et naturelle que les gens auront vu que ça permettait de faire plus de choses, d'aller plus vite; je mettrais d'abord le courrier électronique , puis la reconnaissance de la signature électronique ,...De même, il faudrait installer des bornes multimedia un peu partout et permettant au public d'utiliser Internet directement, sans être obligé de s'équiper;

6. Il y a deux grandes façons de gagner de l'argent sur Internet:

soit la technologie à la Minitel, ce que j'appelle la facturation à la transaction; la transaction peut être un abonnement, elle peut se faire au temps,...Vous pouvez après affiner votre formule de facturation; pour réaliser cette facturation à la transaction, il faut des moyens de paiement style porte-monnaie car on ne peut pas faire de transaction bancaire pour des petits montants, ça coûte trop cher; il faut donc un intermédiaire

la publicité: il y a par exemple un site aux USA qui s'appelle Hot mail, qui vous donne le courrier électronique gratuit, simplement parce qu'il affiche de la publicité chaque fois que vous accédez à votre courrier; à mon avis, ce système va marcher, mais uniquement pour les gros sites;

7. L'ergonomie est mon «cheval de bataille»: il faut faire des applications où les gens oublient qu'il y a un système informatique derrière; le problème n'est pas uniquement lié à la technologie mais aussi à la manière de réfléchir et de la présenter ; une bonne ergonomie permet aussi d'éviter de former les gens, ce qui est très coûteux;

8. Pour aller plus loin , je dirais qu'aujourd'hui l'accès à Internet doit faire partie de l'infrastructure nationale, comme les routes, le gaz, l'eau ; l'énorme avantage de ce réseau, c'est que, maintenant, tout le travail et toute la puissance sont faits dans les micros, à condition d'avoir des ordinateurs suffisamment puissants; tout le travail étant fait à l'extérieur du réseau, le coût d'infrastructure ne vaut plus rien ; c'est d'ailleurs le vrai problème des opérateurs télécoms: ils ont des investissements sur des réseaux traditionnels et, Internet, pour eux, ce n'est pas un réseau, c'est une passoire ; eux ont fait des investissements colossaux sur les réseaux classiques, moi, j'ai construit le réseau interne du groupe avec des routeurs: j'ai dû dépenser 3 millions de francs de matériels .

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