Vous êtes ici : Rapports > Rapports d'information



Retour Sommaire Suite

3. Convergences

Sans attendre le déclenchement du mouvement actuel de convergence, qui sera examiné plus loin, entre les télécommunications, l'audiovisuel et l'informatique, des rapprochements entre ces techniques relatives aux différents médias se sont déjà produits par le passé, qui aboutissent à la création de synergies.

C'est ainsi, tout d'abord, que les techniques d'impression ont tenté, dès l'origine, de marier l'image et l'écrit (la xylographie ayant d'ailleurs précédé les caractères mobiles). Et les plus grands services rendus à la science par l'imprimerie l'ont été, notent Febvre et Martin " par le biais de l'illustration, dans le domaine des sciences descriptives " (sciences naturelles, anatomie).

Des techniques comme la lithographie, puis la photogravure, l'héliogravure et l'offset ont ensuite facilité, on l'a vu en particulier dans la presse écrite, les combinaisons de textes et d'images.

Le cinéma va également constituer une synthèse de la photographie (dont il fait défiler des séries à un rythme de 16 puis 24 images par seconde) et des techniques d'enregistrement sonore.

La télévision, de même, bénéficiera plus tard des acquis du cinéma et de la radiodiffusion tout en étant capable de transmettre également du texte (procédés de télétexte comme Antiope...).

La presse écrite, on l'a vu, a pour sa part tiré profit du télégramme et du téléphone (elle utilisera ensuite le Bélinographe, inventé en 1907, qui permet la transmission de photos).

S'agissant du télégraphe, très vite lui ont été adjoints des procédés permettant d'imprimer directement les messages expédiés.

Qu'en déduire, sinon que les anciens et les nouveaux médias, loin de s'exclure ou de s'annuler mutuellement, tendent souvent à conjuguer leurs effets les plus favorables, créant par là même des synergies qui leur sont profitables à tous ?

Ainsi, la télévision, dont on a pu craindre qu'elle tue le cinéma, en représente aujourd'hui l'une des principales sources de financement (13(*)). La vidéo enregistrée, malgré les risques d'évasion qu'elle comporte du point de vue de la perception des droits d'auteur, procure, elle aussi, au septième art des recettes non négligeables et en constitue un moyen important de diffusion.

La convergence actuelle entre les télécommunications, l'audiovisuel et l'informatique consacre la suprématie de cette dernière (qui domine déjà par ailleurs, on l'a vu, le secteur de l'imprimerie) et de son langage, le numérique.

n Concernant les télécommunications, ce sont des ordinateurs qui contrôlent les noeuds des différents réseaux, dans la gestion desquels les logiciels jouent un rôle de plus en plus important. Grâce aux modems, une proportion croissante des terminaux branchés sur le réseau téléphonique commuté sont des ordinateurs personnels, clients des serveurs d'Internet. Sans attendre l'ATM, un rapprochement entre différents types de services et de données transportées se manifeste d'ores et déjà avec, depuis la fin des années 80, la mise en place de RNIS (réseaux numériques à intégration de services), qui permettent des applications telles que la visioconférence. Numéris, en France, a été, en 1987, un des premiers réseaux de ce type créés dans le monde.

n S'agissant de l'audiovisuel, plusieurs sortes de rapprochements coexistent :

· Avec les télécommunications, tout d'abord, puisqu'il est possible, on l'a vu, d'utiliser les mêmes infrastructures (câble ou réseaux téléphoniques) ou de recourir aux techniques hertziennes, qu'elles soient terrestres ou satellitaires, pour transmettre les différents types de communications existantes (téléphone, vidéo, données informatiques...).

C'est ainsi que, sans attendre les futurs réseaux multimédia, on peut envisager de diffuser des images télévisées sur le réseau téléphonique ou de faire de la téléphonie sur les réseaux câblés audiovisuels.

· L'informatique, d'autre part, joue un rôle croissant dans les techniques de télévision. Elle est apparue, dès les années 70, dans le montage vidéo. Depuis 1993, des micro-ordinateurs peuvent faire office de consoles de montage et permettent même, outre le pilotage des magnétoscopes, de générer des effets spéciaux.

L'informatique a introduit ce qu'on appelle le montage " virtuel " qui allie les avantages des techniques cinématographiques (non linéarité) à ceux des techniques vidéo (possibilités de modification à partir d'éléments puisés directement dans des stocks de données enregistrées).

L'industrie de la post-production est ainsi passée de l'utilisation d'équipements spécifiques vidéo dédiés à celle d'ordinateurs plus ou moins polyvalents ou puissants (de la station de travail au simple PC).

Dans le même temps, la manipulation de bandes vidéo cède la place à la manipulation de fichiers. Le concept de studio construit en réseau d'équipements informatiques (plusieurs stations de travail reliées à un serveur central) devient particulièrement attractif car il permet un accès partagé, instantané et souple aux différentes données enregistrées quel qu'en soit le format.

De son côté, le disque dur constitue, par ses qualités de rapidité d'accès et de débits de transfert, un excellent support de montage virtuel, même si le recours à d'autres moyens de stockage intermédiaire, (moins onéreux mais plus lents tels que les disques optiques), peut s'avérer nécessaire.

S'agissant de traitement de l'actualité, des camescopes à disques (disques durs amovibles ou disques optiques), dont l'utilisation ne peut que faciliter le montage des reportages prennent une place de plus en plus importante sur le marché.

Les avantages des solutions informatiques conduisent à ne plus les cantonner exclusivement dans le domaine de la production, mais à les employer également au stade de la diffusion. Des serveurs remplacent ainsi les robots qui effectuaient auparavant les enchaînements entre programmes préenregistrés. Et le montage (grâce aux techniques " virtuelles " précédemment évoquées) peut être composé au moment même de la diffusion.

Les technologies informatiques vont ainsi logiquement favoriser l'émergence de petites stations de télévision très automatisées (à l'instar des radios locales), à la gestion souple et économique. Les micro-ordinateurs, utilisés pour les montages et permettant des productions en 3 dimensions, commencent, en effet, à devenir des éléments essentiels de la programmation et de la diffusion.

S'agissant de la télévision interactive, les serveurs y jouent un rôle prépondérant comme les équipements spécifiques mis à la disposition des usagers (décodeurs et télécommandes), qui se mettent à ressembler de plus en plus à des ordinateurs, et au coeur desquels on trouve le même composant fondamental : le microprocesseur.

L'informatique est devenue ainsi le moteur de l'évolution de l'audiovisuel, preuve s'il en est du rapprochement des deux univers.

Elle tend à fédérer (on l'a vu pour le montage) les techniques du cinéma et de la télévision.

Elle a, ensuite, l'immense avantage de permettre de s'affranchir de la diversité des formats et des résolutions d'images, utilisés pour l'enregistrement, la transmission et la diffusion.

Ainsi, on se rangera à l'avis d'Olivier Landau et de Gilles de Peslouan concernant la révolution du numérique dans la production audiovisuelle et cinématographique : " l'informatique bouscule les clivages et propose des passerelles entre différents supports. L'image numérique permet d'échanger de manière totalement transparente pour l'utilisateur des images entre le cinéma, la vidéo et l'informatique... Il s'agit désormais d'une informatique de plein exercice capable d'imposer le pixel comme une sorte de tronc commun à tous les formats d'images (cinéma, vidéo, dessins animés, écran d'ordinateur...) ".

Par sa souplesse, l'informatique représente ainsi un moyen particulièrement adapté à la production, au stockage et à la diffusion d'images désormais numérisées et comprimables à souhait.

Cependant, la transmission et la diffusion, en temps réel, de la vidéo, même compressée, continuent à nécessiter des débits relativement élevés. Cela est particulièrement vrai pour ce qui concerne les liaisons dites " de contribution " (entre studios ou entre studios et émetteurs) mais aussi pour ce qui concerne la distribution, par le réseau téléphonique, d'images animées d'un bon niveau de qualité, que des supports ou des techniques comme l'optique et l'ADSL - on l'a vu - pourraient permettre.

S'agissant de la réception, plusieurs stratégies se dessinent. L'une, offensive, qui tend à fusionner l'ordinateur personnel et le téléviseur (PC-TV). L'autre, défensive, qui s'efforce de permettre au téléviseur d'offrir tout ou partie des avantages d'Internet (Web TV).

Des programmes de télévision, même diffusés par voie hertzienne, et des cassettes vidéo enregistrées, peuvent ainsi, moyennant certains équipements, être regardés sur un écran d'ordinateur. Et dans le cas, probable, d'un multi-équipement des foyers, le PC pourrait faire office de régie, orientant vers les différents écrans familiaux les programmes de différentes sources.

Il est possible, d'autre part, de fabriquer des téléviseurs connectables à Internet (Web TV) ou d'entremêler sur un écran de télévision des pages Web avec les images en cours de diffusion des différentes chaînes (procédé Intercast).

Tandis que la télévision permet dorénavant d'accéder à des services interactifs autres que la vidéo à la demande, des programmes à base d'images animées et à caractère distrayant sont diffusés sur Internet et de nouvelles formes de publicité s'y développent, ainsi que des modes de diffusion de l'information (push), plus proches de ceux des anciens médias, même s'ils répondent, théoriquement à une demande préalable des intéressés. Vidéo à la demande et récolte volontaire d'informations (pull) d'un côté, diffusion plus ou moins ciblée de programmes et de messages publicitaires de l'autre : la convergence entre Internet (qui préfigure les télécommunications multimédia de demain) et la télévision ne concerne donc pas seulement les types de récepteurs, elle affecte aussi les contenus.

Cependant, il semble probable que ces derniers demeureront variés, même si une certaine unification de leurs modalités de transport et de réception se produit. On ne conçoit pas de la même façon un programme destiné à être regardé de loin ou de près, individuellement ou à plusieurs, en vue de travailler et de s'éduquer ou de se reposer en se distrayant...

Il paraît donc également vraisemblable que subsisteront plusieurs types d'équipements correspondant à ces différents modes de visualisation, et résultant d'une certaine hybridation des usages du téléviseur traditionnel, d'une part, et de l'ordinateur communiquant d'autre part.

Chacun aurait ainsi une fonction principale (travailler, jouer, regarder, communiquer) et des fonctions secondaires empruntées aux autres.

Certains seront fixes, d'autres portables.

Concernant le stockage et l'enregistrement, l'avènement des nouveaux vidéodisques numériques optiques (DVD) devait également constituer un facteur de convergence. En effet, les principaux groupes mondiaux d'électronique de loisirs (autrement dit, les grands électroniciens japonais, plus Philips et Thomson ), s'étaient mis d'accord, à la fin de 1995, sur une norme mondiale tendant à faire la synthèse des deux projets en présence : celui de Sony et Philips d'un côté, de Toshiba , Matsushita et Time Warner , de l'autre.

L'avènement du DVD enregistrable donnait à l'industrie de l'électronique grand public l'espoir de renouveler le parc des magnétoscopes, et à l'industrie de l'informatique, celui d'augmenter sa pénétration dans les foyers, en améliorant très nettement la qualité de la vidéo susceptible d'être visualisée sur les écrans des ordinateurs personnels. Sans prétendre remplacer les disques durs magnétiques, le nouveau disque pouvait espérer succéder à la disquette informatique, accueillir de nombreuses applications actuelles et futures des ordinateurs personnels (traitement de texte, archivage, etc...) et unifier les supports amovibles de stockage de données dont la variété est aujourd'hui déroutante.

Malheureusement, Sony et Philips ont déterré, il y a quelques mois, la hache de guerre en proposant une nouvelle norme différente de celle qui résultait du compromis obtenu.

Le bon sens devrait toutefois l'emporter rapidement. Nous l'espérons.

D'une façon générale, la normalisation apparaît comme une des conditions à la fois la plus importante, mais aussi la plus difficile à réaliser, de la convergence des techniques d'information et de communication. L'adoption de la norme de compression vidéo MPEG représente, à cet égard, un succès particulièrement appréciable.

Le métissage, si l'on peut dire, des techniques de l'audiovisuel, des télécommunications et de l'informatique, sous l'emprise de cette dernière, apparaît ainsi comme l'aboutissement ultime de ces tentatives de rapprochements, cependant beaucoup plus limités et partiels, entre différents médias. Il en résulte de formidables bouleversements, non seulement techniques, mais culturels, sociaux, économiques et juridiques, et d'immenses possibilités de communication et de création (d'images de synthèse, notamment).

Cependant, des techniques de transmission à très haut débit devront parallèlement être développées pour permettre l'échange des données et l'interconnexion des réseaux.

De sorte que la fibroptisation des réseaux et le développement des technologies ATM apparaissent donc comme les conditions indispensables à la poursuite et à l'accentuation des convergences qui viennent d'être présentées. Lesquelles devant par ailleurs contrebalancer l'influence d'effets éventuellement déstabilisateurs du processus de diversification des techniques précédemment évoqué.



*

* *

Considérée d'un point de vue essentiellement technique, l'histoire des médias semble ainsi marquée par une progression accélérée du rythme des découvertes, orientée vers la recherche constante d'une diversification des moyens d'information et de communication, rendus plus performants, et tendant à converger dans leur utilisation.

Cette impression semble confirmée par le fantastique essor d'Internet, dont le nombre d'utilisateurs et de serveurs double environ chaque année, le trafic s'accroissant encore plus vite et tendant à comporter, en plus du texte, davantage d'images et de sons.

Mais tout ne progresse pas au rythme de la loi de Moore ou du développement du réseau des réseaux.

Même sur le plan technique, l'évolution n'est pas toujours, aussi régulière, rapide et harmonieuse qu'il y paraît.

Retour Sommaire Suite



Haut de page
Actualités | Travaux Parlementaires | Vos Sénateurs | Europe et International | Connaître le Sénat | Recherche
Liste de diffusion | RSS | Contacts | Recrutement | Plan | Librairie | FAQ | Mentions légales | Accessibilité | Liens | Ameli