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CHAPITRE VIII

PRECONISATIONS DES MESURES A PRENDRE
POUR QUE LA FRANCE DEVIENNE
L'UN DES ACTEURS MAJEURS
DE LA SOCIETE DE L'INFORMATION

On n'entre pas dans l'avenir à reculons.

En outre, la société de l'information, ce n'est même plus seulement le futur, c'est déjà le présent.

Il faut commencer par ne pas en avoir peur et considérer ses aspects positifs.

Les nouvelles techniques d'information et de communication permettent de retrouver les chemins de la croissance et de l'emploi. Elles sont un instrument de compétitivité indispensable mais elles peuvent être mieux que cela.

Elles sont susceptibles, en effet, de faciliter l'accès du plus grand nombre aux patrimoines culturels et à l'immense capital de connaissances de l'humanité.

Elles offrent, en outre, de nouveaux moyens d'expression, de création et d'échanges.

Enfin, elles peuvent contribuer à réhabiliter la personne, à préserver l'identité culturelle des minorités, à maintenir ou à créer des activités dans des régions isolées, peu peuplées ou défavorisées.

Succédant à un univers fondé sur la standardisation, la production en grande série, la diffusion massive de multiples données, la société de l'information replace le client au point-milieu du processus de l'activité économique, l'élève au centre du système d'éducation et - pourquoi pas ?- le citoyen au coeur du débat démocratique.

Le lien social peut s'en trouver resserré.

Mais un certain nombre d'exigences doivent être respectées :

n adhésion de tous les acteurs (offreurs de technologies, de contenus et d'infrastructures, usagers...) à des valeurs communes d'ouverture, d'échange et de partage, de respect de la personne ;

n confiance dans l'innovation, les vertus de la concurrence et du marché ;

n redéfinition du rôle des pouvoirs publics qui, sans se substituer à l'initiative privée, doivent veiller à la régulation des activités concernées, créer un environnement propice à leur développement, intervenir, au besoin, en tant que garant de l'intérêt général (éducation, service universel) ou national (recherche, négociations sur les normes et les fréquences).
Il importe, tout d'abord, de bien identifier quelles seront les technologies porteuses et les évolutions du marché et de définir, en fonction d'une appréciation lucide de nos atouts et de nos faiblesses, les meilleures façons de nous y adapter.

Pour rattraper le retard de l'entrée de la France dans la société de l'information, il importe de considérer comme primordiales :
n l'éducation (formation des formateurs, des enseignants et des élèves, offre de contenus, équipement des établissements) dans la mesure où l'acquisition de nouveaux savoirs, comme je l'ai développé au chapitre IV, est absolument fondamentale ;

n la multiplication en résultant des internautes, par ailleurs stimulée par les utilisations professionnelles des NTIC et encouragée par des incitations tarifaires, des expérimentations et des opérations de sensibilisation ainsi que par la possibilité de pouvoir accomplir, en ligne, des formalités administratives ;

n enfin, last but not least, l'entreprise, pour laquelle il s'agit d'une nécessité vitale (création de sociétés innovantes, usage des NTIC par les PME, etc...).
Tout en encourageant la création de sociétés innovantes et les initiatives de la base, dans tous les domaines, l'Etat ne doit pas se désengager, pour autant, ni de l'aide de la recherche, ni de certaines actions à mener en matière d'infrastructures.

I. LES INITIATIVES CONCERNANT L'ÉDUCATION

Dans le domaine éducatif, les priorités, comme on l'a vu au chapitre IV, doivent aller à :

n une réflexion d'ensemble établissant le primat, sur le matériel, de la pédagogie et de l'élève, à la fois individu et sujet à socialiser ;

n la formation aux nouvelles techniques de formateurs et des enseignants ;

n la création commune (par les enseignants, des techniciens, des spécialistes de la présentation et des éditeurs) de contenus adaptés ;

n un effort d'équipement qui permette d'accéder à ces contenus dans des conditions satisfaisantes, notamment au niveau de la qualité de l'image (grâce à un réseau académique à larges bandes, donnant accès à des serveurs départementaux, par une liaison numérisée de bout en bout ; chaque établissement, puis chaque salle de classe serait dotée d'un vidéoprojecteur et d'un grand écran).
La formation des élèves-maîtres et des maîtres est donc une priorité absolue.

Il faut que les NTIC :
n soient enseignées tout au long des cursus et valorisent les travaux des élèves ;

n deviennent une matière à coefficient important pour tout établissement formant de futurs maîtres (IUFM ) ;

n fassent l'objet de possibilités de formation continue offertes aux enseignants tout au long de leur carrière ;

n interviennent dans leur notation, quant à la manière dont ils les utilisent dans les cours qu'ils dispensent ;

n donnent lieu à une reconnaissance spéciale (en matière de carrière et de rémunération), manifestée à ceux qui en ont été les pionniers, tout en se prêtant à une utilisation fondée sur le volontariat et non sur la contrainte.
La structure du réseau doit permettre, à terme, de relier tous les terminaux d'une académie à un ou deux serveurs départementaux.

Cet Intranet académique serait régi par un protocole IP, lui permettant d'être ouvert sur le reste du monde.

Ainsi les enseignants éviteraient-ils l'isolement qui serait le leur s'ils se contentaient d'utiliser des CD-ROM " hors ligne ".

Cette approche client-serveur autoriserait, en outre, une tout autre conception des contenus et de leur mise à disposition des enseignants.

Les auteurs et les éditeurs seraient rémunérés selon le mode " pay per view ", et non plus, a priori, selon le principe des licences mixtes, ce qui créerait une véritable émulation entre les éditeurs et permettrait de rémunérer les auteurs en prenant directement en considération la qualité de leurs oeuvres (c'est à leur nombre de diffusions que cette qualité se reconnaîtrait).

Du point de vue ergonomique, le choix des contenus par l'enseignant ferait appel aux moteurs de recherche avec les agents intelligents les plus performants.

Un tel réseau de serveurs départementaux interconnectés et reliés aux principaux serveurs de connaissance français (60(*)) et étrangers mettrait à la disposition de l'enseignant, très rapidement, d'innombrables programmes de qualité.

Grâce aux moteurs de recherche, il pourrait illustrer ou étayer ses cours, faisant, à l'avance, la sélection des documents qu'il compte utiliser, en ayant la possibilité d'en pré-visionner gratuitement la bande annonce dans son établissement ou à domicile.

L'emploi d'un système crypté (type carte à puce) déclencherait alors le paiement de l'éditeur et de l'auteur, le serveur, après avoir enregistré cette commande, la mettant directement à la disposition de l'enseignant, au jour et à l'heure voulus.

Les NTIC seraient dorénavant utilisées par les établissements scolaires de deux façons bien distinctes :

1°) un usage collectif à partir d'un vidéoprojecteur et d'un grand écran, disposés, d'abord, dans la salle de projection de chaque école, puis, d'ici dix ans, dans chaque classe. Des images de grande dimension et de bonne qualité, avec un son excellent lui aussi, permettraient ainsi de capter beaucoup mieux l'attention des élèves.

2°) un usage individuel, destiné à la formation des élèves aux NTIC, à partir de leur mise à disposition, dans la salle informatique de chaque établissement, d'ordinateurs personnels, de réseaux ou de tous autres terminaux.

Les contenus stockés sur les serveurs seraient accessibles non seulement aux enseignants mais aussi à tout citoyen qui le voudrait dans des lieux publics (médiathèques associées à des bibliothèques...) ainsi qu'aux élèves, soit dans les lieux publics susvisés, soit chez eux.

Utilisateurs adultes et élèves seraient identifiés par des cartes à puce, une nouvelle économie des contenus se créant ainsi, dans la mesure où les services proposés seraient payés (sous forme d'abonnement des élèves ou, à l'acte, à un taux marginal).

Ce n'est qu'en s'appuyant sur ce triptyque (école, lieux publics et domicile) que l'accès au savoir par les NTIC pourrait se généraliser, d'une façon compatible avec la prise en charge d'une part substantielle de l'investissement par les collectivités locales, comme le Gouvernement semble le prévoir.

Il est, en effet, impossible de leur demander d'assumer, seules, de telles dépenses, si les services concernés ne sont utilisés que durant les périodes et dans les établissements scolaires.

Sachant combien les savoirs nouveaux sont précieux pour faire reculer le chômage, il faut que tous les citoyens soient mis en mesure d'y accéder.

Aussi, un nouveau partage des rôles dans le domaine des NTIC devrait-il se mettre en place dans notre pays.

L'Education Nationale aurait compétence exclusive sur la formation des maîtres, la pédagogie et les contenus.

Les collectivités locales auraient en charge l'ensemble du réseau départemental, les serveurs et les postes clients (c'est-à-dire les terminaux dans les écoles). Elles seraient donc responsables du bon fonctionnement de ce réseau et du renouvellement régulier des matériels et des logiciels d'exploitation.

En contrepartie, elles percevraient le montant d'abonnements, dans des conditions à définir, versés par les établissements connectés, les parents d'élèves et les autres utilisateurs grand public.

Elles devraient aussi pouvoir bénéficier du FCTVA pour tous ces investissements.

Dans les précédents chapitres de cet ouvrage consacrés aux valeurs de la société de l'information (chapitre III) et à la priorité dont l'utilisation des NTIC dans l'éducation doit faire l'objet (chapitre V), j'ai tenu à faire justice de certaines accusations portées à tort contre l'image, dont la suggestivité et le pouvoir émotionnel seraient susceptibles de contrarier la réflexion et la maîtrise des connaissances auxquelles l'écrit, par nature, permettrait d'accéder de façon privilégiée.

J'ai défendu les vertus pédagogiques de l'illustration, complémentaire de l'écrit, et vanté les pouvoirs symbolique, synthétique ou métaphorique de l'image, fixe ou animée, qui la rendent capable d'exprimer l'ineffable.

Mais je ne suis pas dupe pour autant de ses éventuels effets pervers. Ceux-ci sont liés aux manipulations auxquelles elle peut se prêter ou qu'elle peut exercer ainsi qu'au mimétisme qu'elle peut provoquer, de par son caractère fascinant, chez des sujets vulnérables qui assistent, de façon répétée, à la représentation de scènes ou de comportements répréhensibles.

Selon une enquête du CSA de septembre 1995, sur la représentation de la violence dans la fiction à la télévision, 74 % des programmes français concernés contenaient en 1994 au moins une séquence ayant ce caractère, avec une moyenne de près de 10 actes violents par heure.

En outre, dans les fictions, fort nombreuses, d'origine américaine, la violence mise en scène a un caractère répétitif et 40 % des actes criminels présentés apparaissent légitimes.

Au cours d'un colloque sur "télévision et violence" qui s'est déroulé au Sénat le 29 janvier 1996, il a été observé que, malheureusement, les programmes pour enfants, en France comme aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, font partie de ceux qui contiennent le plus d'actes violents. Dans certains dessins animés (Dragon Ball, Conan...), la violence est même utilisée comme une technique de remplissage tendant à combler l'indigence des scénarios.

La diversité des interprétations possibles des effets des images télévisuelles a été soulignée à l'occasion de cette conférence : selon les plus optimistes, le spectacle de la violence offert par les médias permettrait de libérer les émotions refoulées dans le subconscient des téléspectateurs (ce qu'Aristote appelait la catharsis ou " purgation ").

Mais la plupart des recherches sur la question infirment la thèse de l'innocuité des scènes violentes sur le psychisme et les comportements.

Pour les uns, les effets considérés seraient indirects et limités, mais pourraient néanmoins affecter certaines personnes dans des circonstances particulières.

Selon d'autres, la violence médiatisée, après incubation, exacerberait les tensions et les problèmes de la société dont elle donnerait une image extrême (acculturation).

Des expériences réalisées dans les années soixante par Bandera et Ross montrent que les sujets exposés à des scènes violentes, réelles ou fictives, se montrent plus agressifs et que les enfants ayant pris l'habitude de concevoir la violence comme quelque chose d'acceptable seront, plus tard, plus réceptifs aux incitations à ce type de comportement.

Les différences individuelles d'agressivité seraient ainsi largement déterminées par l'accumulation d'influences enclenchées pendant l'enfance.

Naturellement, ces constatations n'enlèvent rien aux autres potentialités, par ailleurs positives, de la télévision (instrument d'ouverture au monde, de distraction et d'évasion, de diffusion d'informations et de connaissances, vecteur culturel, élément d'intégration sociale...), ni aux interactions entre son impact et d'autres facteurs (chômage, exclusion, éclatement de la cellule familiale, crise des valeurs morales, etc...).

Mais, si les effets de la télévision et des autres médias sont difficiles à cerner et que la violence, qu'ils peuvent contribuer à stimuler, leur est antérieure, ils n'en sont pas moins généralement reconnus comme étant loin d'être anodins.

Ils peuvent stimuler l'agressivité et favoriser la propagation de la violence en la banalisant ou, au contraire, en l'exacerbant, en déclenchant des phénomènes d'imitation, en se surajoutant aux tensions réelles que la fracture sociale crée dans certains milieux (banlieues) ou chez certaines catégories sociales (chômeurs, exclus, drogués...).

Ceci est également vrai des images pornographiques et des violences sexuelles auxquelles elles peuvent indirectement inciter.

Par ailleurs, les manipulations auxquelles l'image peut très facilement se prêter, grâce, notamment, aux techniques numériques, sont susceptibles de faciliter d'autres abus : présentation tendancieuse ou fallacieuse de certains faits pouvant, dans des cas extrêmes, appuyer des tentatives de désinformation ou d'atteinte à la dignité de personnalités...

Dans ces conditions, il semble indispensable, dans l'éducation :
n de réhabiliter l'instruction civique et l'enseignement des valeurs morales indispensables à la vie en société, notamment celles que proclament la déclaration de 1789 et le préambule de la Constitution de 1946 : Droits et aussi devoirs des citoyens, respect des libertés et des opinions d'autrui, absence de discriminations fondées sur la race, la religion ou les croyances, égalité de l'homme et de la femme, tous principes garantis par la force publique, et non par des moyens individuels, pour l'avantage de tous ;

n d'apprendre comment une image est fabriquée et peut être truquée, de façon à pouvoir l'analyser pour la recevoir avec objectivité et lucidité ;

n de façon générale, développer l'esprit critique afin de permettre à l'élève, futur citoyen, de résister à d'éventuelles tentatives de manipulation ;

n Cette discipline d'apprentissage de l'image, du virtuel et des nouvelles technologies de l'information, tout à fait nouvelle dans son approche, devrait bénéficier d'un coefficient important, de même niveau que les matières fondamentales (Maths, Français, langues, etc...).

n Monsieur le Ministre de l'Education serait particulièrement bien avisé si il voulait profiter de la vaste et profonde réforme des enseignements au Lycée, qu'il a l'ambition de mener à bien, pour enfin enlever toute l'importance qui est réservée à la mémoire dans nos enseignements et ouvrir cette voie nouvelle de formation critique des adolescents sur la réalité du Monde.
Par ailleurs, la protection des mineurs contre la diffusion de contenus pornographiques ou violents, facilitée par l'interactivité et la profusion des canaux, n'en est que plus nécessaire. Aussi, il faut que le CSA sorte de son dogmatisme sur ce problème de la protection des mineurs en pensant qu'une simple signalisation sur les écrans peut faire régresser la vision par les enfants de scènes violentes ou choquantes à la télévision. Seule, comme vient d'ailleurs en convenir le Congrès américain après une longue réflexion, une puce anti-violence (V-chip) activée par une autorité compétente, implantée sur tous les téléviseurs peut faire régresser cet accès à des scènes violentes ou choquantes sur le téléviseur familial si les parents acceptent, enfin, de prendre conscience de leur responsabilité.

Comme le disait le sénateur Cluzel, en conclusion du colloque susvisé, il faut s'élever courageusement contre l'idée, qui peut servir de prétexte à tous les abus, selon laquelle la télévision ne serait qu'un miroir ou ne donnerait au public que ce qu'il demande.

La société de l'information requiert, on l'a vu, l'apprentissage du respect de valeurs de tolérance, d'ouverture, de partage et d'échange, aux antipodes des comportements d'agressivité engendrés par les difficultés de la civilisation industrielle et les excès d'une certaine urbanisation.

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