M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées. Madame la sénatrice, la référence que vous avez faite à l'action des collectivités territoriales me donne l'occasion de préciser que nous avons inclus dans les projets territoriaux de santé mentale un versant obligatoire pour les enfants et les adolescents. À l'origine, ce n'était pas le cas, mais, alors que ces projets arrivaient à échéance, la nécessité de renforcer la coordination, notamment avec les collectivités territoriales, avait été démontrée.

Conclusion du débat

M. le président. En conclusion de ce débat, la parole est à Mme la ministre.

Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, au fond, avons-nous toujours été à la hauteur de l'alerte ? Avons-nous su entendre, il y a très longtemps, la crise silencieuse qui frappait nos enfants et nos jeunes ? La réponse est manifestement non.

Pour autant, il serait faux de dire que les gouvernements précédents ne se sont pas fortement mobilisés. Des engagements, inédits, ont été pris ; j'y reviendrai.

Arrêtons-nous sur trois faits.

Premier fait, 75 % des troubles psychiques se manifestent avant l'âge de 25 ans, et la moitié d'entre eux avant celui de 15 ans. L'enfance, l'adolescence, les premières années de la vie d'adulte sont donc des périodes décisives au cours desquelles, souvent, la santé mentale de toute une vie est en jeu.

Deuxième fait, les indicateurs de la santé des jeunes se sont fortement dégradés : 86 % des collégiens et 84 % des lycéens se déclarent globalement en bonne santé, mais seule la moitié d'entre eux estiment avoir un bon niveau de bien-être mental.

On le sait, ce sont plus particulièrement les symptômes anxiodépressifs qui ont fortement progressé. Les pensées suicidaires concernaient 11,4 % des 15-19 ans en 2018, contre 18 % en 2022. Un quart des filles de 17 ans déclaraient avoir eu des idées suicidaires en 2022 : c'est vertigineux !

Troisième fait, la dégradation de la santé mentale des enfants et des jeunes n'est pas unifactorielle. La crise sanitaire, avec ses confinements successifs et la fermeture des établissements scolaires et universitaires, a été un puissant révélateur. Depuis 2020, le caractère anxiogène de notre environnement n'a pas faibli.

Mais cette dégradation est aussi liée à une évolution défavorable des modes de vie, qui se traduit d'abord par une diminution de l'activité physique. Aujourd'hui, deux tiers des 11-17 ans passent plus de deux heures par jour devant un écran, tout en bougeant moins d'une heure. Cette situation est alarmante et va souvent de pair avec des troubles psychiques.

Ensuite, on déplore une alimentation qui nuit à la santé. Les troubles du comportement alimentaire, qui concernent jusqu'à un million de personnes, sont directement associés à des troubles anxieux, dépressifs et à un risque suicidaire accru.

Enfin, il faut mentionner l'explosion du temps passé devant les écrans, notamment sur les réseaux sociaux : les adolescents y passent près de quatre heures par jour. Cette surexposition fragilise leur santé mentale et accroît nettement le risque d'anxiété, de mal-être et de troubles psychiques.

Du côté de l'offre, les difficultés d'accès aux soins psychologiques et psychiatriques ne permettent pas totalement d'endiguer le phénomène.

Pour autant, des actions ont été engagées par les gouvernements successifs ; il serait malhonnête de le nier. Je pense en particulier au déploiement d'une feuille de route spécifique dès le mois de juin 2018, une démarche renforcée par trente mesures supplémentaires, annoncées et mises en œuvre à partir des assises de la santé mentale et de la psychiatrie.

Dans la période plus récente, nous avons opéré plusieurs choix.

Premièrement, nous avons érigé la santé mentale en grande cause nationale, sous l'impulsion du Premier ministre Michel Barnier.

Deuxièmement, nous avons amorcé un virage vers la prévention, en développant les compétences psychosociales, l'action sur le sommeil et les écrans et le secourisme en santé mentale. Nous l'assumons : nous irons plus loin encore en renforçant ce dispositif à destination des adolescents.

Troisièmement, nous avons rendu beaucoup plus accessible la consultation d'un psychologue. Le nombre de consultations a ainsi presque doublé depuis 2012. Avec le dispositif Mon soutien psy, près de 6 millions de séances ont été réalisées, dont 22 % pour les 12-25 ans ; désormais, 7 500 psychologues sont conventionnés.

Quatrièmement, nous avons fait un choix budgétaire. Entre 1990 et la fin des années 2010, l'objectif national de dépenses d'assurance maladie (Ondam) concernant la psychiatrie s'est effondré, passant de 11 % à 6 %. Il n'empêche que nous sommes en train de rattraper des années de sous-investissement. Depuis 2020, les crédits ont augmenté de 44 %. Ils atteignaient ainsi près de 13 milliards d'euros en 2025, un montant qui reflète l'impact des cinquante-trois mesures nouvelles engagées en 2021.

Il nous faut continuer à avancer avec ambition et méthode. Dans cette perspective, je réunirai les ministres et les acteurs concernés le 2 juin prochain, au sein de mon ministère. Je connais l'attention particulière que le Sénat prête à cet enjeu ; les parlementaires seront évidemment invités.

L'objectif est de redonner de la cohérence et de la structuration à notre action, en mettant en œuvre concrètement les mesures envisagées, au plus près des besoins.

La nouvelle délégation interministérielle à la santé mentale s'appuiera sur les moyens d'action de la direction générale de la santé (DGS) et sur une mobilisation forte de l'ensemble des ministères, afin de transformer plus rapidement les décisions en actions concrètes sur le terrain. Nous pourrons ainsi mieux articuler au quotidien l'ensemble des politiques publiques clés : l'éducation, le logement, le travail, la jeunesse, le numérique ou encore l'agriculture.

Mesdames, messieurs les sénateurs, nous ne pourrons pas promettre une vie sans épreuves, mais nous devons mieux prévenir ces dernières et garantir aux jeunes et à leurs familles qu'ils ne les traverseront pas seuls.

M. le président. La parole est à M Jean Sol, pour le groupe auteur de la demande. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, UC et INDEP.)

M. Jean Sol, pour le groupe Les Républicains. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, je ne reviendrai pas sur le constat d'une nette et préoccupante dégradation de la santé mentale des jeunes. Celle-ci est multifactorielle et les nombreux facteurs sous-jacents en cause ont été évoqués.

Si nous pouvons nous sentir impuissants face à certains de ces facteurs explicatifs – comme le contexte socio-économique et géopolitique anxiogène, ou la concurrence accrue dans le champ des études –, d'autres relèvent plus directement de notre responsabilité collective, tels que les défaillances du système de santé, le manque de régulation de l'usage des réseaux sociaux ou la prise en charge des victimes de violences intrafamiliales.

La mission d'information conduite par la commission des affaires sociales, en juin 2025, sur l'état des lieux de la santé mentale depuis la crise du covid-19, dont j'étais corapporteur avec nos collègues Daniel Chasseing et Céline Brulin, a souligné la nécessité de concentrer les efforts sur trois institutions en contact avec la jeunesse, qui peuvent à la fois concourir au repérage précoce des troubles psychiques et orienter les jeunes vers le parcours de soins.

D'abord, nous ne pouvons pas faire l'impasse d'une réflexion sur la santé scolaire, dont le rôle stratégique dans le repérage des vulnérabilités psychiques et dans l'accompagnement des enfants contraste cruellement avec les moyens qui lui sont alloués. En effet, seuls 57 % des postes de médecins scolaires sont pourvus. En outre, les médecins et infirmiers de l'éducation nationale souffrent d'un isolement institutionnel préjudiciable à la continuité de la prise en charge médicale des enfants en souffrance.

Notre rapport recommandait spécifiquement d'inclure les professionnels de la santé scolaire dans les instances locales de coopération – conseils locaux de santé mentale (CLSM), projets territoriaux de santé mentale (PTSM) et communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) – et de développer, comme la ministre l'a indiqué, les formations aux premiers secours en santé mentale.

Ensuite, la politique de prévention et de prise en charge doit s'appuyer sur les maisons des adolescents. Ces lieux sont particulièrement utiles, car ils se révèlent moins stigmatisants que les structures de psychiatrie, et ce alors que les jeunes sont particulièrement sensibles aux a priori sur les troubles psychiques. Aujourd'hui, 72 % des adolescents qui se rendent dans ces maisons abordent un sujet en lien avec la santé mentale.

Pour autant, près d'un quart d'entre elles ne disposent pas de médecins parmi leurs effectifs et leur accessibilité territoriale demeure perfectible. Dès lors, il convient d'encourager le développement d'antennes locales et de sécuriser la part de leur budget alloué par les agences régionales de santé (ARS).

En outre, nous recommandions, en juin dernier, de favoriser la coopération entre les maisons des adolescents et la psychiatrie de secteur, notamment afin d'encourager les consultations menées par des infirmiers en pratique avancée spécialisés en santé mentale.

Enfin, n'oublions pas l'aide sociale à l'enfance (ASE), qui accompagne des enfants fragilisés socialement et davantage sujets que les autres aux troubles psychiques et, parfois, aux handicaps. Une étude de 2017 montre que les adolescents protégés représenteraient 55 % des jeunes au sein des services de psychiatrie de l'adulte.

Par manque de coopération, voire par facilité, les différents acteurs tendent à se renvoyer la responsabilité de la prise en charge psychiatrique des enfants confiés à l'ASE.

Des solutions existent pourtant, dès lors que les efforts financiers sont consentis. L'intensification des interventions d'équipes mobiles spécialisées en santé mentale auprès des services de l'ASE, comme cela se fait déjà dans certains territoires, a fait ses preuves. De même, le recrutement direct de psychologues par l'ASE doit être soutenu.

Je terminerai en évoquant les difficultés de la psychiatrie de secteur, dont le Gouvernement doit aussi tenir compte. Il apparaît indispensable de poursuivre le renforcement des centres médico-psychologiques infanto-juvéniles en orientant les infirmiers en pratique avancée spécialisés en psychiatrie et en santé mentale en priorité vers les territoires où les délais d'attente sont les plus longs.

Enfin, il convient d'augmenter les effectifs de pédopsychiatres en veillant à cibler les déserts médicaux, même s'il s'agit, il est vrai, d'un travail de longue haleine que de renforcer l'attractivité de ces métiers et d'encourager les jeunes psychiatres à s'installer en dehors des grandes villes.

Voici, madame la ministre, mes chers collègues, quelques-unes de nos recommandations concrètes qui dépassent le seul impératif de déstigmatisation des troubles psychiques chez les jeunes. Cet objectif est certes louable et largement mis en avant dans le cadre de la grande cause nationale, mais il est, à lui seul, très insuffisant. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, UC et INDEP.)

M. le président. Madame la ministre, mes chers collègues, nous en avons terminé avec le débat sur le thème : « Quelle politique de prise en charge de la santé mentale des jeunes ? »

13

Ordre du jour

M. le président. Voici quel sera l'ordre du jour de la prochaine séance publique, précédemment fixée à aujourd'hui, mercredi 29 avril 2026 :

À quinze heures :

Questions d'actualité au Gouvernement.

À seize heures trente :

Conclusions de la commission mixte paritaire sur la proposition de loi visant à garantir le droit de visite des parlementaires et des bâtonniers dans les lieux de privation de liberté (texte de la commission n° 547, 2025-2026).

À l'issue des conclusions de la commission mixte paritaire et au plus tard à dix-sept heures quinze pour une durée maximale de quatre heures :

(Ordre du jour réservé au groupe RDSE)

Proposition de loi visant à rationaliser l'organisation des scrutins en cas de candidature unique au second tour, présentée par M. Bernard Fialaire et plusieurs de ses collègues (texte de la commission n° 553, 2025-2026) ;

Proposition de loi visant à clarifier le déploiement de la production d'énergie solaire sur le territoire, présentée par M. Michel Masset et plusieurs de ses collègues (texte n° 281, 2025-2026).

Personne ne demande la parole ?…

La séance est levée.

(La séance est levée le mercredi 29 avril 2026, à zéro heure quarante.)

nomination de membres de commissions

Le groupe Les Républicains a présenté une candidature pour la commission des affaires sociales.

Aucune opposition ne s'étant manifestée dans le délai d'une heure prévu par l'article 8 du règlement, cette candidature est ratifiée : M. Pierre Boileau est proclamé membre de la commission des affaires sociales.

Le groupe Les Républicains a présenté une candidature pour la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable.

Aucune opposition ne s'étant manifestée dans le délai d'une heure prévu par l'article 8 du règlement, cette candidature est ratifiée : Mme Sandra Paire est proclamée membre de la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable, en remplacement de M. Jean-Marc Délia.

Pour le Directeur des comptes rendus du Sénat, le Chef de publication

JEAN-CYRIL MASSERON