M. le président. La parole est à M. Bruno Retailleau, pour la réplique.
M. Bruno Retailleau. Nous pourrions évoquer le bilan de la finale de football en mai 2025…
M. Rachid Temal. C'est Darmanin !
M. Bruno Retailleau. … ou des deux mouvements « Bloquons tout ». Mais la question n'est plus là. Si l'État a été humilié, c'est parce que ses chefs ont failli, à commencer par le chef de l'État.
Un chef est à la tête de ses troupes et, surtout, il les soutient. Or le chef de l'État ne l'a pas fait ; il a désarmé ses forces de sécurité, en parlant, curieusement, d'empathie. Mais un policier ou un gendarme n'est pas un animateur socioculturel !
Il les a désarmées avec ce va-et-vient sur les grenades assourdissantes.
On ne peut pas piloter une doctrine d'emploi par la peur, l'émotion ou la panique ! Ces hésitations sont révélatrices de la marque d'un pouvoir qui n'ose plus assumer le monopole de la force légitime.
Monsieur le Premier ministre, il faut décréter l'état d'urgence. (Marques d'impatience sur les travées du groupe GEST.) La chienlit, cela suffit ! Donnez aux préfets et aux forces de l'ordre les moyens qu'ils n'ont pas, y compris pour agir sur les réseaux sociaux, que vous avez cités plus tôt.
M. le président. Il faut conclure !
M. Bruno Retailleau. Arrêtons aujourd'hui la chienlit et protégeons les Français ! (Protestations sur les travées des groupes GEST et SER. – Vifs applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
manifestations des 17 et 18 octobre 2026 et insuffisance des moyens matériels
M. le président. La parole est à M. Cédric Perrin, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. Cédric Perrin. Ma question s'adresse à M. le Premier ministre.
Au travers des édifices qui l'incarnent, c'est aujourd'hui notre République qui brûle. Le choix est désormais très simple : ce sera le sursaut ou le chaos. Le général de Gaulle, dans des circonstances à peu près identiques à celles que nous vivons aujourd'hui, disait que le premier devoir de l'État est d'assurer, en dépit de tout, l'existence élémentaire du pays ainsi que l'ordre public.
M. Mickaël Vallet. Il ne bossait pas pour la finance, le Général !
M. Cédric Perrin. Monsieur le Premier ministre, vous le savez tout autant que nombre de mes collègues sur ces travées : nous vivons depuis des années dans un État faible. Nous payons désormais le renoncement permanent. Nous payons les petites lâchetés quotidiennes. Et cet État faible est incapable d'assurer le respect des règles et des valeurs.
Contre l'avis du Gouvernement, il y a cinq mois, j'ai fait voter, dans cet hémicycle, avec le soutien de bon nombre de mes collègues, 300 millions d'euros pour la gendarmerie dans le cadre de la loi de programmation militaire. (M. Pascal Coste applaudit.) Malheureusement, vous n'avez pas soutenu cet amendement : adopté au Sénat, il a été rejeté à l'Assemblée nationale.
Monsieur le Premier ministre, nous avons aujourd'hui des besoins importants. Vous savez pertinemment, en raison des fonctions que vous avez occupées par le passé, qu'une partie des matériels de la gendarmerie sont obsolètes. Des équipements essentiels ne seront plus maintenus au 1er janvier 2027, faute de pièces détachées, nous empêchant ainsi de les utiliser.
Monsieur le Premier ministre, ma question est très simple. À quelques jours du début de l'examen du projet de loi de finances (PLF), pouvez-vous prendre l'engagement solennel, devant la représentation nationale, de donner à l'ensemble des forces de sécurité intérieure – gendarmerie, police et sapeurs-pompiers – les moyens d'assurer la sécurité des Français, de notre pays et des biens ?
Ces besoins, estimés aujourd'hui à 850 millions d'euros, représentent une véritable nécessité. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées du groupe UCI.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, les forces de sécurité intérieure n'ont pas été abandonnées ces dix dernières années. En témoignent l'augmentation budgétaire du ministère de l'intérieur en faveur des forces de sécurité intérieure et le nombre d'emplois créés. Ce constat vaut également pour le dernier projet de loi de finances, dans lequel nous avons ouvert 700 postes pour la filière judiciaire. Le PLF à venir en comptera tout autant.
M. Cédric Perrin. Et le matériel ?
M. Laurent Nunez, ministre. J'y viens, monsieur le sénateur. Le matériel, c'est aussi l'armement. J'en profite pour répondre à M. Retailleau : il n'y a pas de restriction d'utilisation de l'armement intermédiaire. Un renouvellement est bien prévu dans le prochain budget.
M. Mickaël Vallet. Rassurez-le, monsieur le ministre !
M. Laurent Nunez, ministre. Il n'est absolument pas question de suspendre ni de restreindre l'utilisation de l'armement intermédiaire – et c'est bien normal.
J'en viens au budget pour 2027. Concernant le matériel, les moyens mobiles ont été renouvelés.
M. Cédric Perrin. C'est faux !
M. Laurent Nunez, ministre. Tout d'abord, nous avons consenti un effort majeur en fin de gestion 2025 pour acquérir 4 000 véhicules pour la gendarmerie. Monsieur le sénateur, ne dites pas que c'est faux : j'ai veillé personnellement à l'acquisition de ces 4 000 véhicules.
M. Husson le sait bien. Le directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), par ailleurs, redouble d'efforts pour faire face au coût de l'immobilier.
M. Jean-François Husson. Ce n'est pas moi qui vous ai posé la question, monsieur le ministre !
M. Cédric Perrin. Il faut 850 millions d'euros !
M. Laurent Nunez, ministre. Les moyens de la gendarmerie augmentent donc : ne dites pas le contraire. Nous aurons l'occasion d'en débattre dès la semaine prochaine lors de la présentation du budget.
Enfin, cette année, nous renouvelons une partie de la flotte d'hélicoptères, afin d'éviter de fermer des bases.
Concrètement, loin de sacrifier les moyens de la gendarmerie, nous les augmentons. (M. Martin Lévrier applaudit.)
M. le président. La parole est à Mme Isabelle Florennes, pour le groupe Union Centriste et Indépendants. (Applaudissements sur les travées du groupe UCI.)
Mme Isabelle Florennes. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'intérieur.
Monsieur le ministre, je veux à mon tour revenir sur l'extrême gravité des événements qui se sont produits ce week-end.
Avant tout, je tiens à saluer le courage et la bravoure de nos forces de l'ordre qui méritent toute notre reconnaissance. Ces derniers jours, nous avons encore franchi un seuil par rapport aux émeutes de 2005 et de 2023.
À la suite des émeutes de 2023, la commission des lois du Sénat, alors présidée par notre ancien collègue François-Noël Buffet, ancien ministre auprès du ministre de l'intérieur, avait lancé une mission d'information transpartisane.
Vingt-cinq propositions avaient été formulées. Certaines ont été prises en compte, comme l'interdiction de la vente de mortiers d'artifice, récemment inscrite dans la loi du 18 août 2026 visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l'ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens, dite loi Ripost – c'est une bonne chose.
Cependant, les mesures relatives à l'usage des réseaux sociaux par les émeutiers ont été oubliées. C'est particulièrement regrettable, au regard de l'usage qui en est fait.
Je veux citer trois de ces propositions.
Premièrement, avant toute manifestation, nous souhaitions faciliter la détection de contenus numériques incitant à la commission de violences ou à la participation à des émeutes.
Deuxièmement, nous suggérions, au cours des émeutes, de permettre l'identification par les réseaux sociaux des auteurs d'actes violents ou de dégradations et d'autoriser un accès des services de renseignement aux échanges sur les messageries privées réunissant un grand nombre d'individus.
Troisièmement, en cas d'émeutes, nous proposions de punir de trois ans d'emprisonnement les délinquants qui mobilisent les supports numériques pour participer à des émeutes urbaines, en appliquant une peine complémentaire de bannissement numérique.
Monsieur le ministre, il faut adapter les moyens de nos forces aux pratiques des adversaires de notre société. Quelles mesures comptez-vous proposer pour lutter contre cet usage déviant des réseaux sociaux ? (Applaudissements sur les travées du groupe UCI, ainsi que sur des travées du groupe INDEP.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Madame la sénatrice, vous avez raison de souligner l'importance des réseaux sociaux dans les événements de samedi dernier. De nombreux appels à manifester y ont été diffusés, et, au cours de l'action, des groupes créés sur des plateformes comme TikTok, Snapchat et autres ont permis l'échange d'informations relatives aux positions des forces de l'ordre, mentionnant les endroits où elles ne sont pas présentes et facilitant le pillage des magasins. Pour nous, c'est effectivement un sujet de préoccupation majeure.
Il faut tout d'abord opérer un suivi en source ouverte de ces outils, comme le font nos services. Il y a ensuite la possibilité de s'introduire dans ce type de groupes pour accéder aux échanges, qui sont parfois cryptés.
Vous le savez, certains projets n'ont pas aboutir – le sujet est complexe. Je crains que de telles opérations ne puissent pas être menées pour la prévention de violences collectives. En raison de difficultés tant techniques que juridiques, un contrôle des réseaux sociaux n'a pas été proposé à ce stade. Ainsi que vous le savez, une mesure de cet ordre a d'ailleurs déjà été écartée et censurée. La réflexion continue, mais nous sommes extrêmement prudents.
En revanche, pour ce qui est de l'aggravation des peines et de meilleures sanctions des infractions commises grâce à l'usage systématisé des réseaux sociaux, nous y réfléchissons ardemment.
En tout cas, les réseaux sociaux deviennent une véritable problématique. Une autre piste existe – beaucoup de maires m'ont interrogé à ce sujet : la possibilité, lors d'importantes actions de pillages durant lesquelles les réseaux sociaux sont utilisés pour orienter les acteurs, de suspendre l'utilisation des réseaux.
En 2025, le Conseil d'État avait considéré que rien ne l'interdisait en principe, au titre des circonstances exceptionnelles, mais que les conditions posées étaient très strictes. Évidemment, c'est un levier qui ne m'a pas échappé.
manifestations du 17 octobre 2026 et doctrine du maintien de l'ordre
M. le président. La parole est à M. David Margueritte, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. David Margueritte. Monsieur le ministre, le temps n'est plus aux commentaires. Il n'est plus aux vagues incantations que les Français ont subies dimanche soir dernier, aux discours qui changent en permanence.
De ce point de vue, vos déclarations d'hier à l'Assemblée nationale nous interrogent. Vous déclariez : « Samedi prochain et dans les jours qui viennent, c'est moi qui serai aux commandes. »
Que signifie cette phrase, monsieur le ministre ? Est-ce que l'État a failli ? Les Français sont en droit de s'interroger : qui donc était aux commandes lorsque les commerces étaient pillés, les bâtiments publics saccagés et les forces de l'ordre blessées ?
Les Français attendent des actions. Monsieur le ministre, vous aurez l'occasion, dans les prochains jours, de poser des actes forts et clairs. Je pense d'abord au projet de loi relatif à la réparation des dommages résultant de violences ou de dégradations commises dans l'espace public et au recouvrement des dommages et intérêts, dit casseurs-payeurs. Ce texte est nécessaire, mais il n'est pas suffisant.
Il est nécessaire, car il porte à l'évidence une fonction dissuasive. Il a également une valeur réparatrice, répondant aux Français qui ont regardé les saccages de samedi dernier et se sont dit, de façon légitime, que comme d'habitude ils devraient payer la facture.
Monsieur le ministre, êtes-vous prêt à suivre les recommandations que mon corapporteur Olivier Bitz et moi-même formulerons, et à accepter nos amendements ayant pour objet d'assurer la pleine opérationnalité du texte ? Je pense aux moyens probatoires, notamment en ce qui concerne le recours aux drones dans les procédures judiciaires, ainsi qu'à l'élargissement de la saisie des allocations sociales pour faciliter les recouvrements.
Néanmoins, le texte n'est pas suffisant : il y a ce qui se chiffre, mais aussi ce qui ne se chiffre pas, le préjudice d'image pour notre pays, qui affecte l'attractivité et le tourisme.
Mon collègue et moi-même formulons trente recommandations précises pour reprendre le contrôle.
M. Rachid Temal. Oh là là ! Calmez-vous, respirez un peu…
M. David Margueritte. Monsieur le ministre, êtes-vous prêt à suivre ces recommandations directement opérationnelles pour renforcer l'arsenal répressif ? Je pense notamment aux interdictions administratives de manifester pour les fauteurs de trouble. (M. Fabien Gay proteste.)
Il faut le dire, monsieur le ministre : un casseur n'est pas un manifestant, c'est un délinquant et il doit être traité comme tel. Il y va de la liberté de manifester dans notre pays, de la protection des Français et des forces de l'ordre. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées du groupe UCI.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, j'ai eu l'occasion d'échanger avec vous la semaine dernière sur ces sujets, lors de mon audition par la mission d'information que vous animez aux côtés d'Olivier Bitz.
Il est facile de raboter, mais plus difficile de reconstruire. J'ai connu la période précédant 2012 : beaucoup de décisions relatives aux forces de sécurité intérieure ne se sont pas révélées terribles, tant pour le renseignement que pour les effectifs sur le terrain. (M. Jean-François Husson acquiesce.)
Nous avons dû reconstituer toutes les unités de forces mobiles et nous doter d'un schéma national du maintien de l'ordre. On ne peut pas dire que nous soyons restés les bras ballants, croyez-moi. Nous avons réparé bien des erreurs du passé, ce qui incite à la modestie.
Lorsque j'ai dit que je serai aux commandes samedi prochain, je répondais à un député du Rassemblement national qui appelait à ma démission. Je voulais dire que je serai bien ministre de l'intérieur samedi prochain, comme je l'étais samedi dernier. Je n'ai pas l'habitude de me planquer, je suis en responsabilité : que les choses soient claires !
Pour ce qui est du projet de loi dit casseurs-payeurs, monsieur le sénateur, je vous confirme que nous allons évidemment ouvrir ce texte très attendu à un certain nombre de vos propositions, qui sont bonnes. (Marques d'ironie sur les travées du groupe CRCE-K.)
Le Gouvernement déposera également quelques amendements à la lumière des événements récents, dont l'un vise une mesure que vous avez évoquée, à savoir l'interdiction de manifester dans l'espace public.
Des réflexions peuvent également être menées au sujet de la dissimulation du visage lors d'une manifestation.
M. Hussein Bourgi. C'est déjà interdit !
M. Laurent Nunez, ministre. Actuellement, ce n'est un délit que si l'on prouve que la dissimulation est faite en vue de commettre des troubles à l'ordre public. Nous devons réfléchir sur ce point à l'occasion de l'examen de ce projet de loi.
Monsieur le sénateur, permettez-moi de vous dire un mot au sujet du préjudice d'image. Effectivement, les images de samedi dernier en causent un, je vous le concède. Mais le préjudice d'image tient aussi aux commentaires que l'on fait de ces images, au fait de dire que c'est le chaos, la catastrophe.
Mme Valérie Boyer et M. Mathieu Darnaud. C'est la vérité !
M. Laurent Nunez, ministre. Certes, j'ai ma part de responsabilité. Souffrez tout de même que, à force de décrier notre pays et nos forces de sécurité intérieure, on trouve que cela crée un préjudice d'image. (MM. Xavier Iacovelli et Martin Lévrier applaudissent. – Protestations sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. le président. La parole est à Mme Pernelle Richardot, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
Mme Pernelle Richardot. Monsieur le ministre, il y aura désormais un avant et un après 17 octobre : qui savait écouter la rue savait que la mobilisation serait forte. Vos services attendaient 200 000 manifestants ; ils furent trois fois plus nombreux. À Strasbourg, ils devaient être 1 500 ; ils furent en fait 15 000, dix fois plus.
La présence de casseurs a aussi été sous-estimée, comme d'ailleurs le rôle des réseaux sociaux, vecteurs pourtant connus de mobilisation. Vous n'avez pas entendu les alertes à ces sujets.
Ce défaut d'anticipation, de compréhension de ce qui se passait, ce sont d'abord les élus locaux qui l'ont payé cash. Ils étaient seuls face aux casseurs, seuls pour répondre aux colères légitimes des commerçants et des citoyens. Ils sont toujours seuls pour tenter de réparer.
De Marseille à Limoges, de Lille à Montpellier, de Bordeaux à Strasbourg, les maires vous avaient pourtant alerté. Vous ne les avez pas entendus ; c'est une habitude.
Il y a eu le 17 octobre ; il y aura le 24, monsieur le ministre, et les interrogations demeurent : comment les élus de la République ont-ils pu se retrouver à ce point démunis d'informations et de moyens face à des groupuscules venus casser et s'attaquer aux symboles républicains ? Quelles mesures concrètes allez-vous prendre pour que les maires ne soient plus contraints de pallier les défaillances de l'État ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées du groupe CRCE-K.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Madame la sénatrice, je le répète très calmement : en effet, les services de renseignement avaient prévu une participation de 200 000 personnes au maximum, alors qu'il y a eu 550 000 manifestants.
Le dispositif est calibré pour un certain volume, mais le véritable delta n'est pas là : il est dans l'agressivité et la volonté d'en découdre de ceux qui viennent à une manifestation. Un service d'ordre est prévu pour un certain volume ; s'il y a plus de monde, mais qu'il n'y a pas d'incidents, la manifestation est gérée de la même manière. (Mme Audrey Linkenheld et M. Hussein Bourgi protestent.) Vous pouvez protester, madame la sénatrice, monsieur le sénateur, mais je vous raconte un peu l'histoire de ma vie professionnelle : ce sont des choses réelles.
En revanche, lorsque les casseurs sont en nombre bien plus important que ce que nous avions imaginé…
Mme Marie-Pierre de La Gontrie. Ce n'est pas ce que vous aviez déclaré !
M. Laurent Nunez, ministre. … notamment dans certaines villes, et que leur stratégie a été d'éclater les services de police, c'est-à-dire de les contraindre à se déployer à de nombreux endroits, de les prendre à partie de manière extrêmement violente, avec des jets de projectiles, des tirs de mortiers, et même des tentatives de meurtre, c'est évidemment plus compliqué.
Mme Marie-Pierre de La Gontrie. Vous avez dit l'inverse !
M. Laurent Nunez, ministre. Je le répète très calmement. Nous ferons tout pour que, samedi prochain, notre réponse soit rehaussée.
Madame la sénatrice, je ne crois pas que, dans les territoires, les préfets de la République, les responsables des circonscriptions de police ou les commandants de groupement de gendarmerie aient négligé les maires.
M. Hervé Gillé. C'est ce qu'ils ont déclaré !
M. Laurent Nunez, ministre. Je ne crois pas qu'ils n'aient pas discuté avec leurs maires de ces sujets. Nous avons été en contact avec eux tout au long de la journée de samedi dernier, le dialogue était permanent – il avait même eu lieu quelques jours auparavant.
M. Hussein Bourgi. Ils étaient complètement dépassés !
M. Laurent Nunez, ministre. Madame la sénatrice, je n'ai pas connaissance d'une seule commune où un maire ait averti un préfet que des hordes de pilleurs arriveraient. Au bout d'un moment, cela suffit ! (M. Martin Lévrier applaudit. – Protestations sur les travées du groupe SER.)
M. Hussein Bourgi. C'est le rôle des renseignements territoriaux, qui sont sous vos ordres !
M. le président. La parole est à Mme Pernelle Richardot, pour la réplique.
Mme Pernelle Richardot. Monsieur le ministre, quand l'État se montre incapable de protéger, quand l'État officialise son impuissance, comme vous le faites depuis le début de ces questions au Gouvernement, ce sont l'extrême droite et les populistes qui gagnent.
Continuez ainsi, mesdames, messieurs les ministres, et vous resterez leurs meilleurs directeurs de campagne. (Applaudissements sur les travées du groupe SER. – Mme Elsa Schalck applaudit également.)
manifestations du 17 octobre 2026 et destruction de la mairie de limoges (ii)
M. le président. La parole est à M. Pascal Coste, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. Pascal Coste. Monsieur le Premier ministre, ce week-end, le chaos a envahi notre pays et provoqué la sidération, puis la colère de nos concitoyens devant l'impuissance de l'État. Je salue le courage de nos forces de sécurité et de secours, malgré un manque criant d'effectifs, de moyens, et surtout de directives claires du Gouvernement.
À Limoges, au cœur du Limousin, nous avons connu un véritable attentat. L'hôtel de ville a été ravagé par les flammes ; il s'agit d'un acte délibéré de la part de voyous entraînés par l'ultragauche et soutenus par La France insoumise (LFI). Monsieur le Premier ministre, si la mairie de Limoges est en cendres, la République, elle, doit rester debout.
Pour toutes les villes concernées, nous attendons aujourd'hui trois réactions. Tout d'abord, une extrême fermeté, particulièrement vis-à-vis de l'ultragauche que vous laissez se développer partout et de plus en plus dans nos territoires ruraux.
Ensuite, il faut une réponse judiciaire rapide et à la hauteur. Black Blocs, militants d'ultragauche, casseurs, délinquants, racailles ou pilleurs opportunistes : les Français ne supportent plus de les voir défier impunément l'autorité de l'État.
Enfin, nous avons besoin d'un plan d'urgence pour les villes sinistrées, particulièrement pour la ville de Limoges, avec la reconstruction rapide de sa mairie. Vous avez su le faire pour Notre-Dame-des-Landes (Sourires sur les travées du groupe GEST.), pour Notre-Dame de Paris, pardon, vous le devez aussi au Limousin.
Monsieur le Premier ministre, n'en déplaise à certains, il n'y a pas d'humanisme sans ordre, pas de liberté sans sécurité, pas de République sans autorité. Quelles décisions immédiates prenez-vous pour rétablir rapidement et durablement l'autorité de la République ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, votre question comporte plusieurs points.
Tout d'abord, je le répète, je regrette vivement ce qui s'est passé à Limoges, dont la mairie a été ciblée, selon toute évidence, par la mouvance d'ultragauche. À chaque fois – c'est l'une des marques de fabrique de ses exactions –, elle s'en prend aux bâtiments publics, quand les casseurs et les pilleurs s'en prennent en général aux magasins de sport et autres.
Monsieur le sénateur, je ne peux pas vous laisser dire que nous ne nous occupons pas de la mouvance d'ultragauche. Ce n'est pas acceptable, surtout venant de votre département – vous voyez à quoi je fais allusion –, où les services de renseignement travaillent sur un certain nombre d'objectifs.
Nous considérons que la mouvance d'ultragauche flirte bien souvent, au titre des violences collectives, avec le terrorisme. Deux dossiers d'instruction pour terrorisme ont été ouverts ces dernières années relativement à des groupes d'ultragauche, contre une vingtaine pour des groupes d'ultradroite.
Nous suivons de très près la mouvance d'ultragauche pour plusieurs raisons. Tout d'abord, elle commet des sabotages, des dégradations, ainsi qu'on l'a vu à Limoges. Surtout, elle a des ramifications avec diverses mouvances d'autres pays comme la Grèce, l'Espagne ou l'Allemagne. Souvent, de telles convergences sont extrêmement dangereuses pour nos intérêts fondamentaux. Nous suivons donc cette mouvance de très près.
La réponse judiciaire est au rendez-vous lorsque des exactions sont commises. Malheureusement, elle vient a posteriori, après des interpellations en flagrance ou des investigations menées pour confondre leurs auteurs. Monsieur le sénateur, vous en avez une preuve avec l'incendie de la mairie de Limoges, dont l'un des auteurs présumés a été interpellé très rapidement.
Que se passera-t-il dans les jours et les semaines à venir ? En compagnie d'autres ministres, j'accompagnerai le Premier ministre à Limoges ce vendredi. Ensuite, pour la journée de samedi prochain, j'ai confirmé à l'entourage du maire de Limoges, par l'intermédiaire du préfet de Haute-Vienne, que nous renforcerons significativement le dispositif dans sa ville.
M. le président. La parole est à M. Pascal Coste, pour la réplique.
M. Pascal Coste. Monsieur le ministre, vous seriez bien avisé de vous inspirer de la déclaration suivante du général de Gaulle (Marques d'ironie sur les travées du groupe SER.) : « Comment voulez-vous dialoguer avec des enragés qui veulent tout foutre en l'air ? (Protestations sur les travées du groupe GEST.) Le seul ton à prendre, quand il y a des émeutes dans la rue, c'est le ton du commandement. À la fin des fins, l'État a une prérogative, celle d'abattre ceux qui veulent l'abattre. » (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
stratégie de l'état en matière de nickel
M. le président. La parole est à M. Georges Naturel, pour le groupe Union Centriste et Indépendants. (Applaudissements sur les travées du groupe UCI.)
M. Georges Naturel. Ma question s'adresse au ministre de l'économie et des finances.
Monsieur le ministre, depuis plus de vingt ans, la France et la Nouvelle-Calédonie ont fait le pari économique de structurer leur filière nickel autour de trois grands complexes métallurgiques, conçus comme moteurs de la croissance.
Vingt ans après, force est de constater que cette ambition a échoué. Malgré les milliards investis et les interventions répétées de l'État, l'usine du Nord est à l'arrêt, la Société Le Nickel (SLN) ne survit que sous perfusion financière et Prony Resources demeure étranglée par le coût des intrants.
Le pacte nickel, qui devait dessiner une perspective durable pour l'ensemble de la filière, n'a pu être mis en œuvre. Pourtant, le nickel demeure à ce jour le seul poumon de relance économique de la Nouvelle-Calédonie. En outre, il constitue une ressource stratégique pour la France et pour l'Europe, à l'heure où la sécurisation des approvisionnements en matières premières critiques est devenue un enjeu de souveraineté de premier rang.
Dans ce contexte, je souhaite évoquer avec vous deux annonces récentes : d'une part, la recapitalisation d'Eramet, dans laquelle l'État est appelé à jouer un rôle déterminant ; d'autre part, la signature hier d'un mémorandum entre l'Union européenne et la Nouvelle-Calédonie sur les matières premières stratégiques à l'occasion du déplacement de Stéphane Séjourné.
Ces deux initiatives sont-elles liées ? Traduisent-elles une volonté nouvelle de l'État de s'engager durablement dans l'avenir du nickel calédonien ?
En particulier, monsieur le ministre, comment s'articulent-elles avec la recherche de repreneurs pour les trois sites et la définition, avec les acteurs calédoniens, d'une stratégie industrielle à la hauteur des enjeux ? Après vingt ans de soutien conjoncturel, les Calédoniens attendent désormais autre chose qu'une gestion dans l'urgence. (Applaudissements sur les travées du groupe UCI.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Monsieur le sénateur Georges Naturel, votre question me permet de rappeler le soutien plein et entier que le Gouvernement accorde depuis longtemps à votre territoire, y compris en la personne du Premier ministre, qui suit ces dossiers depuis de nombreuses années, et de la ministre des outre-mer.
Le nickel est le poumon économique du territoire : il en représente 25 % des emplois et 90 % des exportations. Il fait face à une crise structurelle liée en partie à la forte baisse du cours du nickel sur le marché : malgré le vent favorable qui le soutient pour des raisons structurelles, son prix s'est effondré.
En outre, vous l'avez souligné, le prix des intrants a augmenté, qu'il s'agisse du soufre ou de l'énergie. De surcroît, il y a des enjeux relatifs au coût du travail en Nouvelle-Calédonie par rapport à ses principaux concurrents, notamment l'Indonésie – il faut le reconnaître.
Vous m'interrogez sur deux annonces particulières, dont je dois préciser qu'elles ne sont pas corrélées – tel était le sens de votre question.
D'un côté, la recapitalisation d'Eramet, compagnie présente en Nouvelle-Calédonie, mais aussi ailleurs dans le monde, vise à assurer son développement et à veiller à ce que nous ayons un champion souverain français en mesure de continuer à se développer à l'international. L'augmentation de capital liée à la situation d'Eramet n'est pas directement liée à la situation du nickel, en particulier à la reprise des trois entreprises en question.
D'un autre côté en revanche, l'accord annoncé hier sur le terrain par Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne, est une excellente nouvelle. Il permet d'envisager des aides européennes au développement de la filière, à condition, bien entendu, d'établir des feuilles de route très claires, qu'il conviendra de construire ensemble.
Les élus locaux ont un rôle très important à jouer en la matière. Ils ont commencé à le faire, en autorisant notamment des exportations de nickel brut. Il reste cependant beaucoup de travail, en particulier pour s'assurer de la stabilité économique, politique et budgétaire du territoire. C'est un bon début qui permettra, je l'espère, de développer la filière.
Pour ce qui est des trois opérations de reprise, je m'implique directement pour poursuivre le travail, dans l'espoir que nous parviendrons à donner à ces trois usines des perspectives pérennes.
manifestations du 17 octobre 2026 et prochain congrès du rassemblement national à orléans