Mme la présidente. La parole est à M. Olivier Cadic, pour explication de vote.

M. Olivier Cadic. Je voulais voter cette évolution constitutionnelle : oui à une autonomie donnant aux élus corses les moyens d’agir ; oui à des délégations législatives et réglementaires excluant le régalien et contrôlées par le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel.

Cependant, les amendements de la commission ont dénaturé le texte issu de l’Assemblée nationale. L’équilibre qui fondait mon soutien a été rompu. Les Corses ont fait de nombreuses concessions pour parvenir à un accord. À force de revenir sur ce compromis, nous risquons de défaire la confiance qui l’a rendu possible.

Comme ma collègue Isabelle Florennes, j’ai une pensée fraternelle pour Paul Toussaint Parigi, qui s’est retiré du débat face au refus d’une majorité de sénateurs d’entendre l’appel des Corses. Je salue sa détermination à porter leur voix dans cet hémicycle ; je comprends et partage sa déception.

Mes chers collègues, son retrait doit nous interpeller.

Se loger sur leur terre, y travailler, transmettre leur langue, y voir grandir leurs enfants : voilà ce que les Corses attendent de nous. Je reste favorable à une évolution constitutionnelle, mais je ne voterai pas une autonomie vidée de sa promesse. Je voterai donc contre ce texte, en espérant que la poursuite des travaux permettra de déboucher sur un accord à la hauteur des attentes des Corses.

Mme la présidente. La parole est à M. Francis Szpiner, pour explication de vote.

M. Francis Szpiner. Nous assistons à quelque chose d’étonnant, puisque Les Républicains veulent voter l’autonomie de la Corse et vous allez la refuser… (Exclamations ironiques sur des travées des groupes GEST, SER et CRCE-K.) Vous êtes extraordinaires !

Nous inscrivons dans la Constitution l’autonomie de la Corse. Ensuite, nous divergeons d’avec vous, mais nous permettons un progrès : nous donnons à l’Assemblée de Corse, dans le cadre de l’autonomie, les moyens d’aboutir sur les transcriptions, les habilitations et les homologations, avec tout de même – je vous le rappelle – une inconnue : nous ne savons pas ce que sera le contenu de la loi organique.

Imaginez qu’en matière de droit du travail, nous laissions l’autonomie à la Collectivité de Corse : accepteriez-vous qu’elle détruise le droit du travail sans que l’État puisse intervenir ? (Protestations sur les travées des groupes GEST et SER.) Je prends cet exemple, parce qu’il n’est pas interdit de faire du droit lorsque nous modifions la Constitution.

Cessez d’affirmer que c’est un leurre ! Il n’est pas évident qu’une collectivité de métropole, ce qu’est toujours la Corse pour l’instant, puisse avoir un statut d’autonomie. Nous avons pourtant introduit cette possibilité dans la Constitution et vous la refusez en prétextant qu’il s’agirait d’un leurre, les pouvoirs que nous lui donnons n’allant pas assez loin selon vous. Or, précisément, nous avons tenu compte de ce qui a été fait par le passé pour permettre à l’autonomie d’aboutir réellement.

S’il y a des personnes qui portent une responsabilité ce soir, ce ne seront pas Les Républicains. Pour notre part, nous aurons tout fait pour que la Corse puisse aller mieux.

M. Éric Kerrouche. On verra ce que diront les Corses !

Mme la présidente. La parole est à Mme Cécile Cukierman, pour explication de vote.

Mme Cécile Cukierman. Nous n’étions pas convaincus de la pertinence de l’inscription de ce texte dans le calendrier, dans les conditions où elle a été décidée. Je ne sais pas si le déroulement de notre séance nous donne raison, mais, en tout cas, il ne nous donne pas tort.

Le seul constat que nous partageons ce soir, c’est que nous n’aboutissons pas à un texte satisfaisant, quels que soient, d’ailleurs, nos avis sur le sujet. Les uns auraient voulu que cela aille plus loin dans un sens, les autres dans un autre sens… Très sincèrement, je le redis, la méthode retenue dès le départ, qui a consisté à « enfermer » les discussions autour des seules forces politiques représentées à l’Assemblée de Corse, en excluant l’ensemble des forces politiques du Parlement, a certainement empêché d’avancer collectivement vers un meilleur débouché.

Je l’ai dit à la tribune, nous n’étions pas favorables au départ à ce texte. Je vous le redis très tranquillement : nous n’y sommes toujours pas favorables. Nous ne partageons pas l’idée selon laquelle il y aurait un problème de confiance avec la Corse. Cette tentative en appellera d’autres. C’est ainsi et c’est le fruit de l’Histoire.

Vous l’aurez bien compris, mes chers collègues, dès lors que nous n’étions pas favorables au texte de départ et que nous ne le sommes pas plus au texte d’arrivée, notre groupe, très majoritairement, s’abstiendra.

Mme la présidente. La parole est à M. Raphaël Daubet, pour explication de vote.

M. Raphaël Daubet. Le RDSE prend acte du résultat de ce long et ardent débat démocratique. Nous ne sommes pas vraiment surpris de ce résultat, puisque nous regrettions que ce texte ait été mal engagé dès le départ. Le choix de créer un statut d’autonomie au sein du droit commun de l’article 72 nous semblait bien malhabile.

Certes, la commission des lois a essayé de préciser les choses, mais la majorité de notre groupe ne votera pas ce texte, conformément à ce que j’ai annoncé en discussion générale.

Mme la présidente. Personne ne demande plus la parole ?…

Je mets aux voix l’article unique, modifié, constituant l’ensemble du projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République.

En application de l’article 59 du règlement, le scrutin public ordinaire est de droit.

Il va y être procédé dans les conditions fixées par l’article 56 du règlement.

Le scrutin est ouvert.

(Le scrutin a lieu.)

Mme la présidente. Personne ne demande plus à voter ?…

Le scrutin est clos.

Voici, compte tenu de l’ensemble des délégations de vote accordées par les sénateurs aux groupes politiques et notifiées à la présidence, le résultat du scrutin n° 34 :

Nombre de votants 340
Nombre de suffrages exprimés 315
Pour l’adoption 134
Contre 181

Le Sénat n’a pas adopté.

La parole est à Mme la ministre.

Mme Françoise Gatel, ministre. Madame la présidente, je remercie l’ensemble du Sénat pour ce débat et nos échanges, qui montrent que l’écoute de nos territoires est un long chemin.

Monsieur Szpiner, je vous confirme que ce que vous avez proposé était un leurre, et même un double leurre.

D’abord, vous allez obliger M. Panunzi à écrire pour demander des autorisations, pour obtenir un accompagnement sur ses infrastructures ou des dispositions fiscales. J’espère qu’on lui répondra !

Ensuite, c’était un leurre démocratique. Que s’est-il passé ce soir ?

M. Gabriel Amard. Une farce !

Mme Françoise Gatel, ministre. Ce texte a été travaillé avec les élus de Corse et il laisse toute sa place au Parlement. Vous aviez le droit de ne pas le voter ou d’évoluer. Je respecte cela, mais reste-t-il à cet instant, dans cet hémicycle et dans les tribunes, un seul élu de Corse ?

J’estime que c’est extrêmement grave. J’y insiste, vous avez le droit de voter ce que vous voulez. (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.) Pour autant, après un processus qui a pris quatre ans, vous avez expliqué que cette voie n’était pas la bonne, d’abord parce que vous n’avez pas confiance en vous, et ensuite parce que vous avez encore moins confiance dans les élus locaux. (Protestations sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Olivier Rietmann. N’importe quoi !

Mme Françoise Gatel, ministre. Vous dites qu’il faut discuter avec les élus de Corse ; or ils ne sont plus là. (On est là ! dans les tribunes du public.)

M. Max Brisson. Il n’y a pas les indépendantistes !

Mme Françoise Gatel, ministre. Enfin, madame la présidente Cukierman, vous avez raison : le réel s’impose. Il est extrêmement précieux de consulter en démocratie. Ce soir, nous avons pu constater que nous avions un peu de mal à prendre en considération tout le travail qui a été accompli pendant quatre ans.

Pour ma part, je l’ai dit et je le redis : le Gouvernement a tenu sa parole en dialoguant pour avancer. Et nous continuerons à tenir parole. Dès demain, je reprendrai contact avec les élus corses pour savoir …

M. Max Brisson. Avec les nationalistes !

Mme Françoise Gatel, ministre. Monsieur Brisson, si vous permettez…

M. Max Brisson. Pas de me faire engueuler !

Mme Françoise Gatel, ministre. Je ne vous ai pas engueulé, monsieur Brisson. Vous êtes bien sensible !

M. Max Brisson. Vous ne les connaissez pas, les nationalistes !

Mme la présidente. Mes chers collègues, essayons de finir cette séance de façon apaisée !

Mme Françoise Gatel, ministre. Monsieur le sénateur, je réunirai ces élus dans les prochains jours et je proposerai, comme je l’ai indiqué tout à l’heure, un dialogue aux chefs de file des différents groupes. Si vous ne voulez pas que ce processus aille jusqu’au bout, c’est votre droit ! C’est ainsi, et je n’accable personne. Vous êtes libre de vos propos, je suis libre des miens et le Gouvernement est libre de tenir sa parole.

M. Thomas Dossus. Très bien !

Article unique (suite) (début)
Dossier législatif : projet de loi  constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République
 

7

Ordre du jour

Mme la présidente. Voici quel sera l’ordre du jour de la prochaine séance publique, précédemment fixée à aujourd’hui, mardi 27 octobre 2026 :

À quatorze heures trente :

Projet de loi autorisant l’approbation de l’avenant à la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de l’Inde du 29 septembre 1992 en vue d’éviter les doubles impositions et de prévenir l’évasion fiscale en matière d’impôts sur le revenu et sur la fortune (procédure accélérée ; texte de la commission n° 82, 2026-2027) ;

Projet de loi autorisant l’approbation de l’accord multilatéral entre autorités compétentes concernant l’échange automatique de renseignements relatifs au cadre de déclaration applicable aux crypto-actifs, et l’approbation de l’addendum à l’accord multilatéral entre autorités compétentes concernant l’échange automatique de renseignements relatifs aux comptes financiers (procédure accélérée ; texte de la commission n° 84, 2026-2027).

À seize heures trente et le soir :

Projet de loi relatif à la réparation des dommages résultant de violences ou de dégradations commises dans l’espace public et au recouvrement des dommages et intérêts (procédure accélérée ; texte de la commission n° 87, 2026-2027) ;

Projet de loi, adopté par l’Assemblée nationale après engagement de la procédure accélérée, relatif à la protection des enfants (texte de la commission, n° 89, 2026-2027).

Personne ne demande la parole ?…

La séance est levée.

(La séance est levée le mardi 27 octobre 2026, à une heure quinze.)

Pour le Directeur des comptes rendus du Sénat,

le Chef de publication

JEAN-CYRIL MASSERON