Présidence de M. Gérard Larcher
1
Hommage aux victimes d'un attentat terroriste
M. le président. Monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues (Mmes et MM. les sénateurs ainsi que M. le Premier ministre et Mmes et MM. les membres du Gouvernement se lèvent.), le 23 octobre dernier, les communes de Trappes et de La Verrière ont été le théâtre d'un assassinat et de plusieurs tentatives d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste, en raison de l'appartenance à une race ou à une religion, selon les mots du procureur.
Ces deux villes parlent particulièrement à l'élu des Yvelines que je suis, comme à tous les membres de notre assemblée qui représentent ce département.
J'ai une pensée particulière pour Pengo Bossio Wangi, champion d'arts martiaux de 26 ans, qui a perdu la vie, et pour les blessés, eux aussi marqués dans leur chair, dont une jeune fille de 12 ans. Je pense aussi à leur famille, aux habitants et aux élus de ces deux villes.
Le département des Yvelines a été plusieurs fois touché par le terrorisme au cours des dernières années. Je tiens à exprimer notre effroi et notre émotion face à de tels actes.
Michel Laugier, sénateur des Yvelines, m'a représenté vendredi dernier lors de la venue du ministre de l'intérieur à Trappes et a fait part aux maires des deux communes touchées de la solidarité du Sénat et de notre compassion. Par ailleurs, je me suis entretenu avec le député de la circonscription.
La lutte contre le racisme, contre toute forme de racisme, est indivisible. C'est un combat de chaque instant qui requiert détermination et dignité.
Je veux rappeler ces mots de Martin Luther King : « Nous devons toujours conduire notre lutte dans un haut souci de dignité et de discipline. Nous ne pouvons pas laisser notre protestation dégénérer en violence physique. Encore et encore, nous devons atteindre ce niveau exalté où nous opposons à la force physique la force de l'âme. »
Non, l'égalité n'est jamais acquise. Nous devrons être attentifs aux paroles qui divisent, qui excluent, qui soufflent sur les braises. C'est d'abord une responsabilité des politiques et des médias, mais c'est aussi la responsabilité de chaque citoyen.
Ce sont les valeurs de la République qui ont été bafouées au travers de ces crimes. Ce mal qui ronge notre pays exige une nécessaire prise de conscience individuelle, tout autant qu'un indispensable sursaut collectif.
Au nom du Sénat tout entier, je tiens à exprimer notre compassion et notre solidarité aux familles et aux proches des victimes. Je vous propose, monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, d'observer un moment de recueillement. (Mmes et MM. les sénateurs ainsi que M. le Premier ministre et Mmes et MM. les membres du Gouvernement observent une minute de silence.)
2
Questions d'actualité au Gouvernement
M. le président. L'ordre du jour appelle les réponses à des questions d'actualité au Gouvernement.
Cette séance est retransmise en direct sur Public Sénat et sur notre site internet.
Chacun observera le respect des uns et des autres et celui du temps de parole. Ce sont des valeurs essentielles. J'insiste sur le respect des uns et des autres : nous en avons tellement besoin.
banalisation et instrumentalisation de la violence notamment à travers les réseaux sociaux
M. le président. La parole est à Mme Vanina Paoli-Gagin, pour le groupe Les Indépendants – République et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP.)
Mme Vanina Paoli-Gagin. Monsieur le ministre de l'intérieur, les ingénieurs du chaos en profitent à bloc : ils le stimulent pour mieux l'exploiter. Ils s'engouffrent dans la brèche des colères populaires légitimes contre la vie chère, agrégées aux mobilisations lycéennes et estudiantines pacifiques.
Ils exploitent maintenant l'émotion suscitée dans tout le pays par l'attaque raciste de Trappes. Notre groupe s'associe à l'hommage solennel que nous venons de rendre et j'adresse aux victimes et à leurs proches mes pensées les plus solidaires.
Les extrêmes cherchent toujours des boucs émissaires pour alimenter la haine ; un grand classique que l'histoire de notre pays devrait nous avoir appris. Ils ont désormais trouvé leurs meilleurs alliés, les algorithmes, et plus précisément l'amplification algorithmique des contenus haineux, qui transforme les colères légitimes en dynamite démocratique.
Les vidéos appelant au rassemblement du 17 octobre cumulaient 132 millions de vues sur TikTok, alors que l'idée de cette date avait été lancée par un compte inconnu quelques semaines auparavant. Comment cela s'est-il produit, sinon par l'amplification algorithmique, qui a pu mobiliser des casseurs en marge des manifestations ?
À Trappes, l'auteur de l'attentat voulait tuer des Noirs et des Arabes pour venger les commerçants pillés lors des émeutes.
Il nous faut agir rapidement. La première solution est opérationnelle. Il y a plus d'un an déjà, je demandais à l'exécutif de sauvegarder la plateforme française Visibrain, qui, contrairement à la plateforme canadienne Talkwalker, intègre TikTok dans sa veille des réseaux sociaux.
La seconde solution est législative. Lors de l'examen du projet de loi relatif à la lutte contre les ingérences étrangères dans la vie démocratique, le Sénat a adopté l'amendement du président Malhuret contre l'amplification algorithmique visant à renvoyer les plateformes à leur responsabilité d'éditeurs, et non plus seulement d'hébergeurs.
Monsieur le ministre, que doit-on encore attendre avant de voir ces solutions mises à exécution dans le peu de temps qui nous reste d'ici à l'élection présidentielle ? (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Madame la sénatrice, vous avez raison de le souligner : le mouvement actuel utilise les réseaux sociaux pour diffuser, au moyen de propos explicites qui confinent à l'insurrection, ses appels à la mobilisation ou à la révolte et inciter à commettre des violences extrêmement graves.
On voit bien que les réseaux sociaux sont également utilisés par différents acteurs pendant le déroulement même des faits.
Certains textes existent et des obligations pèsent sur les plateformes, comme les obligations de modération et de signalement des contenus aux autorités publiques, afin qu'elles puissent engager des poursuites.
Des améliorations sont attendues. Plus précisément, une mesure votée hier par votre assemblée doit étendre le champ d'action de la plateforme d'harmonisation, d'analyse, de recoupement et d'orientation des signalements (Pharos) – ce n'est pas rien.
Je pense aussi à la possibilité de demander le retrait, dans un délai de vingt-quatre heures, d'un contenu appelant à l'insurrection – ce n'est pas rien non plus.
D'autres solutions ont été proposées par le Conseil d'État, mais elles n'ont jamais été mises en œuvre jusqu'à présent. En cas d'atteintes graves et exceptionnelles à notre sécurité, des mesures de suspension pourraient être envisagées.
Il est clair qu'une réflexion législative doit être menée.
Il ne m'a pas échappé que l'amendement du président Malhuret a été voté par le Sénat. Le Gouvernement avait appelé à la prudence et à bien expertiser les choses avant d'aller plus loin.
Mme Marie-Pierre de La Gontrie. Vous aviez calirement émis un avis défavorable !
M. Laurent Nunez, ministre. En l'occurrence, c'est sur les plateformes que les dispositions de l'amendement de M. Malhuret feraient peser la responsabilité des contenus publiés, y compris sur le plan pénal.
Tous ces sujets méritent réflexion.
Hier, lors de l'examen du projet de loi relatif à la réparation des dommages résultant de dégradations commises dans l'espace public – texte qui sera ensuite transmis à l'Assemblée nationale –, vous avez adopté l'amendement du Gouvernement visant à mieux prévenir les violences.
C'est la preuve que nous sommes prêts à évoluer, mais il faut rigoureusement veiller à conserver un équilibre entre la liberté d'expression et les impératifs de sécurité. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI.)
attentat raciste de trappes (i)
M. le président. La parole est à M. Adel Ziane, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
M. Adel Ziane. Ma question s'adresse au ministre de l'intérieur et à la ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.
Un périple meurtrier de douze kilomètres particulièrement préparé, selon le parquet national antiterroriste (Pnat), ponctué de 128 balles tirées avec un pistolet mitrailleur, et un appartement soigneusement piégé : voilà à quoi se résume l'attentat de Trappes et de La Verrière qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi et blessé quatre personnes, dont une fillette de 11 ans, qui se trouve toujours dans un état grave.
Je veux rendre hommage, au nom de tous mes collègues, à Pengo Bossio Wangi et exprimer notre émotion et notre solidarité aux victimes, à leurs proches, aux habitants des villes touchées par cette attaque et à leurs maires, Ali Rabeh, Nicolas Dainville et Sofienne Karroumi. En outre, je remercie les forces de l'ordre pour leur intervention.
Certaines voix ont parlé d'un acte spontané commis par un déséquilibré, mais tout évoque pourtant une préparation minutieuse et une attaque à caractère raciste : l'auteur des tirs, Kevin T., aurait visé des Noirs et des Arabes, car il en avait marre d'eux.
J'en appelle à la responsabilité de ceux qui, par leurs discours, désignent nos compatriotes comme une menace fragilisant notre République. Ces propos doivent nécessairement être mesurés.
Quelles mesures le Gouvernement entend-il prendre pour combattre la montée et la diffusion du racisme, en particulier dans les médias, et pour protéger les personnes visées, qui expriment aujourd'hui leur peur d'être prises pour cible en raison de leur couleur de peau ou de leur religion ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées des groupes CRCE-K et GEST. – M. Gabriel Amard applaudit également.)
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.
Mme Aurore Bergé, ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. Je commencerai par remercier le président du Sénat pour l'hommage qu'il a rendu aux victimes de l'attentat de Trappes. Les Yvelines, département dont j'étais moi aussi élue, sont particulièrement touchées par les attaques terroristes. Je salue également le sénateur Michel Laugier, qui s'est rendu à Trappes avec nous vendredi dernier.
Vous l'avez dit, monsieur le sénateur, cet attentat terroriste raciste ne vient pas de nulle part. Il surgit d'un climat qui autorise la libération de paroles racistes et antisémites, à tel point que, dans notre pays, trop de Français doutent de leur place et de leur avenir, à la fois pour eux-mêmes et pour leurs enfants.
Le ministre de l'intérieur vient de répondre sur la lutte contre la haine en ligne. Utilisons l'élargissement des pouvoirs de la plateforme Pharos comme un levier pour empêcher qu'un continent entier de haine ne se propage et n'infuse le cerveau de nos enfants et de nos adolescents.
Nous apportons également un certain nombre de réponses dans le cadre du projet de loi de cohésion républicaine par la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, voulu par le Premier ministre, dont l'examen commencera ici, au Sénat, dès la semaine du 14 décembre prochain.
Vous l'avez dit, notre combat doit s'appuyer sur un sursaut républicain et la cohésion nationale ; vu le climat qui règne dans cet hémicycle, je ne doute pas que ce sera le cas. C'est ainsi que chaque Français se sentira concerné par l'avenir des autres Français et des enfants de notre pays.
Un de nos compatriotes a été assassiné et plusieurs victimes blessées sont encore à l'hôpital. L'une d'entre elles lutte toujours pour sa vie, tandis qu'une autre a pu heureusement sortir de l'hôpital ; nous espérons qu'elle sera entièrement remise bientôt. Ces vies n'auraient pu être sauvées sans l'action des forces de l'ordre et de secours.
C'est ensemble que nous remporterons le combat contre le racisme et l'antisémitisme qui, malheureusement, ne sont pas derrière nous. Notre pays est grand quand il sait assurer l'union nationale et la cohésion républicaine. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
M. le président. La parole est à M. Adel Ziane, pour la réplique.
M. Adel Ziane. Vous l'avez dit, madame la ministre, notre pays est grand quand il sait nommer les choses. En matière de lutte contre le racisme, l'antisémitisme, la xénophobie et l'islamophobie, nous n'avons jamais eu l'indignation sélective et nous n'avons jamais été dans le déni.
Puisque je parle de déni, je suis contraint de rappeler, madame la ministre, que vous avez dit sur Public Sénat ne pas savoir si les idées racistes progressaient dans notre pays. Il faut le dire clairement : ces idées progressent plus que jamais.
Il se trouve que certains médias laissent ces discours prospérer sur leurs antennes, parfois sans permettre l'expression d'une opinion contradictoire. Ces derniers jours, après ce terrible drame, on n'a cessé d'entendre des responsables politiques, comme Sarah Knafo, Julien Odoul, Edwige Diaz et Sébastien Chenu, qui ont persisté en ciblant les habitants de Trappes sans retenue et avec un plaisir à peine déguisé.
Notre combat commun, madame la ministre, passe par la dénonciation de la banalisation du racisme. Vous avez la responsabilité d'agir, de protéger sur les antennes les habitants des villes touchées par l'attentat ; ils doivent aussi le ressentir dans leur vie quotidienne.
Il convient également de dénoncer la responsabilité politique de celles et ceux qui désignent sans cesse les mêmes boucs émissaires. (Applaudissements sur les travées des groupes SER, GEST et CRCE-K, ainsi que sur des travées du groupe RDSE. – M. Gabriel Amard applaudit également.)
réponses à donner à l'attentat raciste de trappes et à la montée des racismes
M. le président. La parole est à M. Akli Mellouli, pour le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)
M. Akli Mellouli. À Trappes, Pengo Bossio Wangi a été tué. Une petite fille de 12 ans a été criblée de balles et d'autres personnes ont été blessées. Derrière cet attentat terroriste raciste, il y a des vies brisées, des familles endeuillées, un pays meurtri.
Nous adressons aux proches de la victime nos condoléances et notre solidarité.
Aujourd'hui, nos concitoyens ne veulent plus seulement entendre des mots de compassion : ils veulent des actes. Précisément, que comptez-vous faire pour protéger nos compatriotes arabes, noirs et musulmans contre le racisme, l'islamophobie, la négrophobie et la haine qui les désignent comme des cibles ?
Mme Lauriane Josende. Et les autres ?
M. Akli Mellouli. Nous devons avoir le courage de nommer les choses. L'islamophobie existe ; elle blesse, exclut et humilie ; elle se banalise à longueur de journée dans le débat public, nourrie par des discours qui désignent constamment les musulmans comme une menace.
Pire encore, comment tolérer que des propagandistes de la haine affirment, sur les plateaux de télévision, que les Français issus de l'immigration maghrébine et africaine sont des barbares responsables des pillages du 17 octobre ? Ce discours raciste n'est pas une simple opinion, c'est l'exact motif du terroriste Kevin T.
La République ne peut plus faire comme si la banalisation du racisme sur les chaînes d'information était sans conséquences. La dignité humaine ne dépend ni de la couleur de peau, ni d'un nom, ni d'une origine, ni d'une religion.
La responsabilité du Gouvernement est de faire en sorte que la justice n'intervienne pas seulement après le drame. Elle doit aussi protéger en amont et lutter contre l'impunité des individus à l'origine de ces discours.
Nous ne pouvons pas proclamer l'égalité et, en même temps – comme le dirait le Président de la République –, laisser des millions de nos compatriotes vivre avec une cible dans le dos.
Madame la ministre, l'empathie du Gouvernement ne protégera pas nos enfants des balles et nos condoléances ne désamorceront pas la haine. Dans ces conditions, je vous repose la même question que celle de mon collègue Ziane : qu'allez-vous faire concrètement pour assurer la sécurité et la dignité de nos compatriotes ? (Applaudissements sur les travées du groupe GEST, ainsi que sur des travées des groupes CRCE-K et SER. – M. Gabriel Amard applaudit également.)
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.
Mme Aurore Bergé, ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. Vous avez raison, monsieur le sénateur, il faut employer les bons termes et ne pas en avoir peur. Y a-t-il une banalisation de la parole raciste et antisémite dans notre pays ? La réponse est oui, malheureusement.
Un certain nombre de nos concitoyens sont-ils visés à raison de leur couleur de peau ou de leur religion, réelle ou supposée ? La réponse est oui, encore une fois.
Nous mesurons, quantifions et sanctionnons ces actes, notamment quand ils sont l'expression de la haine antisémite, de la haine contre les musulmans de notre pays et de la haine à l'égard des chrétiens.
La force du modèle universaliste français, c'est justement de ne pas trier, de ne pas établir de hiérarchies, de ne pas distinguer les victimes à raison d'une couleur de peau, d'une orientation ou d'une identité réelle ou supposée.
Celles et ceux qui veulent attenter à ce modèle cherchent à nous diviser, à nous disloquer, à hiérarchiser. Notre responsabilité est de les empêcher de hiérarchiser les haines, car, lorsqu'une haine est plus importante qu'une autre, on comprend qu'une vie est plus importante qu'une autre. Ce n'est pas cela, le modèle français.
Par ailleurs, comme l'ont demandé les parlementaires à juste titre, le Premier ministre présidera un hommage national aux victimes de Trappes et de La Verrière ; n'oublions pas que certaines d'entre elles continuent de lutter pour leur vie. Les modalités de cet hommage restent à préciser.
Faire République, c'est être ensemble comme un seul bloc contre la haine raciste, la haine antisémite et la haine contre nos compatriotes musulmans, parce que toutes les vies se valent et que tous les Français doivent être protégés.
M. Yannick Jadot. Et vos propos sur le grand remplacement ?
M. le président. La parole est à M. Akli Mellouli, pour la réplique.
M. Akli Mellouli. J'entends bien ce que vous dites, madame la ministre, sauf que certaines personnes ne sont pas claires sur la définition du racisme et pensent que le grand remplacement relève d'un débat d'idées ou d'une opinion légitime. On sait pourtant que ce concept est le cheval de Troie des racismes et de tous les complotismes.
Mme Silvana Silvani et M. Ian Brossat. Exactement !
M. Akli Mellouli. Notre groupe est intransigeant en ce qui concerne la lutte contre l'antisémitisme, le racisme, l'islamophobie, l'homophobie et tous les discours qui tendent à disqualifier certains des habitants de notre pays en leur mettant une cible dans le dos.
J'espère que vous allez vous-même clarifier vos positions sur le grand remplacement, madame la ministre, pour que la loi à venir soit à la hauteur des enjeux ! (Applaudissements sur les travées des groupes GEST, SER et CRCE-K. – M. Gabriel Amard applaudit également.)
démographie médicale
M. le président. La parole est à Mme Nathalie Nieson, pour le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
Mme Nathalie Nieson. Avant de poser ma question, je souhaite, au nom des sénatrices et des sénateurs du groupe RDPI, exprimer notre solidarité et apporter notre soutien aux victimes de l'attentat terroriste raciste du 23 octobre dernier, ainsi qu'à leur famille.
Madame la ministre, la santé est l'une des premières préoccupations des Français. Ces derniers ressentent aujourd'hui un véritable désarroi, celui de ne pas trouver de médecin traitant et d'attendre plusieurs mois pour consulter un spécialiste – alors que la maladie, elle, n'attend pas –, jusqu'à renoncer à se soigner faute de solutions accessibles.
Ces situations, nous les connaissons tous. Près de 10 millions de nos concitoyens vivent dans un désert médical. Dans la Drôme, mon département, comme dans de nombreux territoires de l'Hexagone et de l'outre-mer, les habitants nous font part des mêmes difficultés.
Les élus locaux, quant à eux, se trouvent en première ligne. Ils investissent dans des maisons de santé, salarient des médecins et recherchent des solutions pour maintenir une offre médicale de proximité. Mais leur engagement, aussi déterminé soit-il, ne suffit pas, car le principal enjeu reste le nombre de médecins en exercice.
Plusieurs réformes ont été engagées ces dernières années, à commencer par la suppression du numerus clausus en 2019, qui permet de former davantage de médecins aujourd'hui.
Cela étant, nos concitoyens ont besoin de perspectives claires sur l'effet de ces réformes. Quel état des lieux de la démographie médicale dressez-vous aujourd'hui dans notre pays ?
À la veille de l'examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale, quelles évolutions pourraient améliorer l'accès aux soins dans tous nos territoires ? (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
M. le président. La parole est à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées. Madame la sénatrice Nathalie Nieson, je vous remercie de votre question essentielle. En effet, beaucoup de nos concitoyens ont encore des difficultés à trouver un médecin traitant.
Toutefois, la situation commence à s'améliorer et cela se poursuivra. Cette note optimiste que je donne aujourd'hui s'appuie sur des chiffres.
La stratégie que nous avons suivie ces dix dernières années a consisté à mieux organiser les soins sur les territoires, à former plus de professionnels et à libérer du temps pour les médecins par une évolution des métiers, ce qui passe notamment par des partages de compétences accrus.
Vous m'interrogez sur le nombre de médecins formés. Ce lundi 2 novembre, la fin du numerus clausus, actée en 2019, se concrétisera grâce à l'augmentation de 25 % du nombre d'internes, soit à peu près 10 000 internes. C'est une évolution importante par rapport à 2017.
La psychiatrie, une spécialité dont on parle souvent, bénéficiera de 627 internes supplémentaires – soit une augmentation de 32 % –, qui prendront leur poste dès lundi prochain. On attend également 545 urgentistes de plus, soit une augmentation de plus de 20 %.
Enfin, dans votre région, comme dans les autres, 250 internes de plus seront déployés.
Mon collègue Philippe Baptiste et moi-même poursuivrons nos efforts pour appliquer la réforme de la première année des études de santé dans l'ensemble des départements.
Lundi, toujours, 3 000 docteurs juniors supplémentaires seront déployés dans les territoires, dans la continuité de la réforme des études de médecine générale. Notez que 80 % d'entre eux seront affectés en zones sous-denses ; nous veillerons, cette année, à faciliter leur installation.
Je le répète, nous faisons évoluer les métiers par un plus grand partage des compétences : nos concitoyens peuvent désormais consulter un pharmacien pour une angine ou une infection urinaire, mais aussi pour se faire administrer un vaccin. Les infirmières et d'autres professions de santé sont aussi concernées par ces évolutions.
Soyez assurée, madame la sénatrice, que nous poursuivrons nos efforts dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
attentat raciste de trappes (ii)
M. le président. La parole est à M. Michel Laugier, pour le groupe Union Centriste et Indépendants. (Applaudissements sur les travées des groupes UCI et Les Républicains.)
M. Michel Laugier. Monsieur le Premier ministre, monsieur le ministre de l'intérieur, j'associe à ma question mes collègues sénatrices et sénateurs des Yvelines.
Vendredi dernier, à Trappes et à La Verrière, la fureur, le racisme et la lâcheté d'un homme ont semé la terreur. Résultat : 128 balles tirées, douze kilomètres d'un périple sanglant, huit scènes de crime, un homme de 26 ans abattu et sept innocents blessés, dont quatre grièvement, parmi lesquels on compte une fillette de 11 ans. Toutes mes pensées, bien sûr, vont aux victimes de cette tuerie raciste.
J'adresse mes remerciements aux agents de la brigade anticriminalité (BAC) qui, grâce à leur intervention, ont stoppé le tireur dans sa funeste entreprise, évitant ainsi un bilan bien plus lourd. (Mme Sophie Primas applaudit.)
Par ailleurs, je remercie la police nationale et la police municipale des villes de Trappes et de La Verrière, de même que les équipes de secours, pompiers et membres de la sécurité civile, qui sont intervenues pour prodiguer les premiers soins aux victimes.
Monsieur le ministre, en vous rendant immédiatement sur place avec votre collègue Aurore Bergé, vous avez saisi l'émotion des habitants et des élus. Votre présence, puis celle du Président de la République a permis de réaffirmer que le racisme n'a pas sa place dans notre société.
Rien ne saurait excuser qu'un homme tire sur ses semblables en raison de leur couleur de peau, de leur appartenance religieuse présumée ou de leur origine.
L'enquête en cours soulève quelques interrogations : le meurtrier a-t-il agi en loup solitaire ou faisait-il partie d'une organisation terroriste ? comment a-t-il pu être en possession de tout le matériel trouvé dans sa voiture et à son domicile en échappant aux radars des services de renseignement ?
En outre, comment interprétez-vous les propos du Président de la République évoquant un tournant dans notre République ? Ce drame ne fait pourtant que s'ajouter aux actes terroristes et racistes intervenus dans notre département des Yvelines depuis hélas bien des années : Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, Jessica Schneider et Jean-Baptiste Salvaing à Magnanville, Stéphanie Monfermé à Rambouillet et Philippine, de Montigny-le-Bretonneux. (Applaudissements sur les travées du groupe UCI, ainsi que sur des travées des groupes INDEP et Les Républicains. – M. Martin Lévrier applaudit également.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, je vous remercie tout d'abord d'avoir été à nos côtés à Trappes, vendredi après-midi ; vous représentiez le président Larcher à cette occasion. Ma collègue Aurore Bergé et moi-même avons perçu l'émotion légitime très forte qui s'exprimait sur place.
Je vous sais gré des remerciements que vous avez adressés aux premiers intervenants, notamment les sapeurs-pompiers, aux policiers municipaux et aux équipes de la BAC de Saint-Quentin-en-Yvelines, qui ont interpellé l'auteur des faits encore armé, au péril de leur vie, mettant ainsi fin à son périple meurtrier. Permettez-moi de saluer ces professionnels à mon tour.
Les questions que vous posez doivent être élucidées par l'enquête, qui est toujours en cours. S'agit-il d'un loup solitaire ? C'est probablement le cas, mais c'est l'enquête qui le dira. Elle déterminera aussi l'environnement dans lequel évoluait l'auteur des faits et ses relations avec d'éventuels complices.
Pour ma part, je fais confiance aux services judiciaires qui se sont saisis de l'affaire, notamment ceux de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), que j'ai eu l'honneur de diriger. La sous-direction antiterroriste (Sdat) de la police nationale doit quant à elle mener les enquêtes sous l'autorité du parquet national antiterroriste (Pnat).
Vous vous étonnez que l'auteur des faits ait échappé aux radars des services de renseignement. Or les individus dans son genre, bercés de propos racistes, appartiennent à la mouvance d'ultradroite, que les services surveillent énormément. Ces mouvances agissent plutôt dans la subversion volante. La bascule dans l'action terroriste est souvent le fruit d'acteurs qui ne sont pas forcément connus, ce qui fait de leur détection un challenge important. C'est exactement ce que les services de renseignement redoutent le plus.
Voilà ce que je peux vous dire pour le moment. Il faut rester prudent sur les circonstances des faits. À cette heure, les services chargés de l'enquête ne travaillent qu'à établir la vérité sur cette attaque terroriste odieuse.
situation financière des communes rurales