À cet égard, je salue les travaux de la commission d'enquête sénatoriale sur la capacité des universités françaises à garantir l'excellence académique du service public de l'enseignement supérieur, présidée par Pierre Ouzoulias, et dont Laurence Garnier était rapporteure.
Votre rapport, intitulé Universités : assumer l'excellence, a le mérite de poser sans détour des questions fondamentales, qui sont au cœur de notre débat et qui doivent être tranchées avant d'envisager le système qui prendra la suite de la plateforme.
Vous proposez ainsi, notamment, de repenser la place du baccalauréat, en interrogeant son statut de premier grade universitaire et en appelant à mettre fin au droit d'accès à l'enseignement supérieur des bacheliers.
Mme Mathilde Ollivier. Ce n'est pas un rapport transpartisan !
M. Philippe Baptiste, ministre. Vous proposez également de lever le tabou de la sélection à l'entrée en licence, tout en préconisant la création d'une année de propédeutique pour permettre aux jeunes ne disposant pas des prérequis nécessaires de se préparer à réussir dans l'enseignement supérieur.
Mme Colombe Brossel. On a bien fait de venir !
M. Philippe Baptiste, ministre. Ces propositions peuvent naturellement faire débat, mais elles nous rappellent un élément essentiel : au-delà de la plateforme numérique, ce sont les principes mêmes de l'accès à l'enseignement supérieur que nous devons interroger.
C'est bien là notre responsabilité politique : nous ne pouvons pas nous contenter de changer un système d'admission ; nous devons avoir le courage de débattre et d'affronter les choix de société qu'il recouvre.
À cet égard, je voudrais soumettre à notre réflexion collective quatre questions essentielles.
La première concerne évidemment la sélection. C'est sans doute la plus sensible, et il faut avoir le courage de la poser clairement – probablement plus clairement que nous ne l'avions fait en 2017.
Je rappelle que le système actuel, qui repose sur l'équilibre qui avait été trouvé en 2017, comporte déjà, dans une certaine mesure, une part de sélection, puisque les universités peuvent, lorsque leurs capacités d'accueil sont limitées, choisir les étudiants en fonction de leur mérite académique ; en contrepartie, l'État garantit à chaque bachelier une place dans l'enseignement supérieur.
J'entends, sur certaines travées, qu'il ne faudrait aucune sélection à l'entrée à l'université, et, sur d'autres, qu'il faudrait, au contraire, renforcer les exigences, la prime au mérite et les prérequis. Mais nous partageons tous une même ambition, celle de refuser la sélection par l'échec.
Au-delà des vœux pieux, il y a encore et toujours la réalité, que nous devons regarder en face. J'aime à prendre cet exemple : en première année de licence de droit à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, 20 500 candidats postulent pour 745 places. Pour la formation parcours accès spécifique santé (Pass) à Dijon, option sciences de la vie et de la terre (SVT), 2 000 candidats se disputent quelques dizaines de places.
Comment départager les candidats si nous ne voulons ni utiliser le critère du mérite académique ni recourir au tirage au sort ?
Mme Mathilde Ollivier. En ouvrant plus de places !
M. Philippe Baptiste, ministre. Notre système actuel concilie la prise en compte du mérite académique et un large accès à l'enseignement supérieur. Le taux d'accès des lycéens à l'enseignement supérieur, en France, est proche de 95 %. En la matière, je tiens à le rappeler, la France est en tête de tous les pays de l'OCDE.
Nous ne pouvons pas, d'un côté, réclamer davantage d'exigences et, de l'autre, nous indigner chaque fois qu'un jeune reçoit une réponse négative.
Dès lors, que voulons-nous vraiment ? Une sélection assumée ou une absence totale de sélection ?
M. Max Brisson. Démagogie !
M. Philippe Baptiste, ministre. Voilà donc la première question à laquelle il faut répondre.
La deuxième question est la suivante : que promettons-nous à notre jeunesse ? Certains d'entre vous affirment qu'une bonne formation est une formation qui prépare à un métier.
M. Max Brisson. Très bien !
M. Philippe Baptiste, ministre. J'entends aussi le discours, parfois un peu daté, qui consiste à dire que l'université ne devrait pas se préoccuper des attentes du monde économique.
Que faire ? Où placer le curseur entre les besoins objectifs de la Nation et les aspirations légitimes des étudiants ?
Nous avons fait le choix d'un système équilibré, qui permet de suivre des cursus académiques longs et classiques, tout en offrant aussi de nombreuses places dans des formations plus professionnalisantes. Une très large place est aujourd'hui accordée à l'apprentissage. C'est un choix politique, et il nous appartient d'en débattre à nouveau aujourd'hui.
La troisième question a été soulevée par le ministre de l'éducation nationale il y a quelques instants : dans ce contexte, quelle ambition donnons-nous au baccalauréat ?
Sur ce point, je serai bref et je poserai les choses franchement. Dès lors que nous visons un taux de réussite de 100 % d'une classe d'âge et que les bacheliers affichent une telle hétérogénéité de niveau, pouvons-nous vraiment attendre de nos universités qu'elles fassent réussir autant de jeunes ? Pouvons-nous réduire cette question à un simple problème de places ?
Il y a là une forme d'hypocrisie. Le baccalauréat a été pensé comme une promesse, il ne doit pas devenir le grand mensonge de la République à sa jeunesse.
La quatrième question est la suivante : à quoi devrait ressembler la prochaine plateforme Parcoursup ?
Certains d'entre vous dénoncent cette plateforme nationale, qui est jugée complexe, injuste et stressante. Nous avons entendu ces critiques.
Nous avons aussi, et surtout, entendu la jeunesse s'exprimer au cours de ces dernières semaines, et nous sommes prêts à faire évoluer profondément l'outil.
Cela étant dit, à quoi le nouveau dispositif devra-t-il ressembler ? Doit-on conserver, oui ou non, le principe d'une plateforme nationale unique regroupant l'ensemble des formations et proposant le même calendrier, ce qui offre évidemment l'avantage de la simplicité ?
Doit-on, au contraire, concevoir une plateforme par discipline ou par région ? Faut-il abandonner le principe même de la plateforme et laisser aux étudiants le soin d'effectuer eux-mêmes leurs démarches auprès de l'université ou de l'école de leur choix, quitte à revenir – je l'ai entendu – aux dossiers papier ?
Toutes ces options peuvent s'examiner. Toutefois, en retenant certaines d'entre elles, nous abandonnerions les avancées réalisées ces dernières années en matière d'affectation.
Mesdames, messieurs les sénateurs, vous le voyez, les questions qui sont devant nous dépassent très largement le simple fonctionnement numérique d'une plateforme.
Je tiens à les rappeler en guise de synthèse : quel niveau de sélection souhaitons-nous ? Que promettons-nous à notre jeunesse ? Quelle ambition avons-nous pour le baccalauréat ? À quoi doit ressembler concrètement le prochain Parcoursup ?
Ce que nous devons définir, c'est une vision, une conception du mérite, de la justice sociale, de la liberté de choix, de l'excellence et de l'égalité.
On ne crée pas des places en supprimant une plateforme ; on n'efface pas les inégalités en changeant un algorithme ; on ne garantit pas la réussite en modifiant une procédure.
La loi du 8 mars 2018 a été le fruit d'un choix d'équilibre, entre le droit d'accès à l'enseignement supérieur, l'exigence de réussite des étudiants et le respect de l'autonomie des établissements.
C'est bien cet équilibre qu'il nous appartient aujourd'hui de reprendre, de retravailler et d'interroger sans en méconnaître les fondements.
Une telle réforme ne pourra pas se limiter à des évolutions techniques ou réglementaires. Comme l'a indiqué le Premier ministre, il faudra évidemment passer par la loi. Il reviendra alors au Parlement de débattre, de trancher et de fixer les nouveaux équilibres.
Le Parlement ne peut pas seulement demander la fin d'un système ; il doit aussi contribuer à définir les principes du suivant. C'est une responsabilité exigeante. Le débat est désormais ouvert.
Derrière chacune des questions que je viens d'évoquer, il y a des arbitrages, des priorités et des conséquences très concrètes pour des centaines de milliers de jeunes et de familles.
Nous pouvons avoir des convictions opposées, défendre des modèles différents, mais nous avons une responsabilité commune : celle de ne pas laisser les jeunes seuls face à des contradictions que nous n'aurions pas eu le courage de résoudre.
Au fond, ce débat nous oblige à revenir à l'essentiel. Il nous appartient désormais, ensemble, d'en faire sortir autre chose que des inquiétudes : une espérance pour notre jeunesse.
Ce que nous avons à construire n'est pas simplement un nouveau système d'admission ; c'est une nouvelle promesse d'émancipation.
M. le président. Acte est donné de la déclaration du Gouvernement.
Dans le débat, la parole est à M. Max Brisson, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Pierre-Antoine Levi applaudit également.)
M. Max Brisson. Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, messieurs les ministres, mes chers collègues, je voudrais d'abord saluer les propos que M. le Premier ministre a tenus sur les violences subies par les chefs d'établissement et les professeurs : elles nous horrifient.
Essayons maintenant de répondre aux questions qu'a posées M. le Premier ministre. En première apparence, le système éducatif français est parvenu à conduire 80 % d'une classe d'âge au baccalauréat. Qui ne s'en réjouirait pas ?
Le taux de poursuite d'études après le baccalauréat n'a jamais été aussi élevé : 80 % pour l'ensemble de l'enseignement supérieur, dont 39 % à l'université. Qui pourrait en être chagriné ?
Derrière les apparences, hélas, la réalité est bien différente. En effet, au-delà de ces données statistiques volontaristes, comme au temps du Gosplan soviétique, le taux d'échec dans les études supérieures douche la satisfaction initiale. Ainsi, 30 % seulement des étudiants à l'université obtiennent leur licence en trois ans, et à peine la moitié en cinq ans. Un étudiant sur deux ne passe pas en seconde année de licence.
La Cour des comptes évalue à un demi-milliard d'euros par an le coût de cet échec pour la communauté nationale. Que dire du coût humain, sur lequel un voile pudique est posé ?
En effet, la sélection, repoussée et retardée, finit par tomber, sournoise, brutale. (M. David Margueritte acquiesce.)
Cet échec documenté, argumenté, malgré toutes les tentatives visant parfois à le nuancer ou à l'atténuer, interroge sur le fiasco de notre politique d'orientation et sur celui de la plateforme Parcoursup.
Celle-ci aurait dû être le pivot entre l'enseignement secondaire et le supérieur. Parmi tous les dispositifs d'orientation, Parcoursup était en effet appelé, lors de sa création, à jouer un rôle central : rappelons-nous les promesses exprimées lors de l'examen de la loi ORE en 2018.
Or quatre échecs caractérisent Parcoursup.
La création de la plateforme visait d'abord à combattre l'échec en premier cycle universitaire et à assurer la fluidité du parcours entre le secondaire et le supérieur. Or il n'en fut rien : le nombre de réorientations depuis sa mise en place n'a pas baissé et les taux de réussite en licence ne se sont pas améliorés.
Certes, la plateforme offre un accès inédit à de multiples informations. Elle rend publics les attendus des formations, les capacités d'accueil, les taux d'accès, les débouchés. Elle permet aux élèves des territoires ruraux ou d'outre-mer de visualiser l'ensemble de l'offre nationale, ce qui leur ouvre le champ des possibles, dont celui de candidater loin de chez eux. En cela, Parcoursup aurait pu être un progrès.
Toutefois, les lycéens sont prioritaires pour les formations proposées dans leur académie d'origine, ce qui ne facilite pas la mobilité de ceux qui sont éloignés des universités, et notamment des universités parisiennes ou des lycées dotés des classes préparatoires les plus prestigieuses.
De plus, les profils recherchés par les formations sont peu explicités et l'on cherche en vain l'articulation, pourtant annoncée, entre la réforme du lycée, marquée par la mise en place des spécialités, et la construction des parcours universitaires.
Faute de construction d'un parcours lycée-licence, de bac -3 à bac +3, les élèves et les familles sont souvent perdus pour choisir les spécialités, alors que cela doit être fait dès l'issue de la classe de seconde, à un moment où les élèves n'ont pas une vision précise des études supérieures qu'ils envisagent de poursuivre.
L'aval a ignoré la réforme du lycée et a méprisé l'amont. La charnière lycée-licence est le grand impensé de ces dix dernières années. Ce n'est même plus un sujet de débat. Voilà la première cause de l'échec de Parcoursup.
Parcoursup est aussi le révélateur d'une autre défaite, celle de notre politique d'orientation. Si ce dispositif sombre sous nos yeux, c'est parce qu'il cristallise l'échec de la politique de conseil et d'accompagnement. L'organisation actuelle n'a pas permis la mise en œuvre d'une telle politique, faute d'un mécanisme d'aide individualisée. Les 54 heures annuelles prévues depuis 2018 pour l'orientation au lycée ne risquent pas d'y pourvoir. Elles n'ont d'ailleurs jamais vraiment été appliquées.
Les psychologues de l'éducation nationale sont trop peu nombreux et insuffisamment présents dans les établissements, tandis que les fonctionnaires d'État sont souvent déconnectés des réalités de l'emploi. Les centres d'information et d'orientation sont éloignés des élèves. Les professeurs principaux et les professeurs référents sont peu ou pas formés. Les formations technologiques et professionnelles sont dévalorisées, même lorsqu'elles conduisent vers l'emploi et l'insertion.
L'orientation repose, dans notre pays, sur un système à la fois marginal et bureaucratique, qui n'a pas de lien avec le monde de l'entreprise et qui reproduit les schémas dont il est issu.
Seuls ceux qui ont les codes s'en sortent, les autres se débrouillent. Voilà la deuxième cause de l'échec de Parcoursup.
Parcoursup est aussi le révélateur d'un système sous tension. C'est la troisième cause d'échec.
Je prendrai un exemple simple : cette année, en droit, à Paris I Panthéon-Sorbonne, 19 000 candidats ont été classés, pour 745 places.
Le baccalauréat pour tous ne pouvait déboucher que sur ce goulet d'étranglement que certains souhaitent repousser en retardant le temps de la vérité, qui est celui de l'insertion.
La massification de l'enseignement a en effet profondément modifié la logique d'accès à l'enseignement supérieur.
La plateforme Parcoursup organise une hiérarchisation des candidatures qui découle, en réalité, non du mérite de chacun, mais d'une absence d'équilibre entre le nombre de demandes et le nombre de places.
Parcoursup est alors l'outil d'une sélection qui n'est ni transparente ni assumée. C'est le pire des mensonges, car c'est celui que l'on fait à la jeunesse.
Le système marche sur la tête. Faute d'avoir développé des formations courtes et professionnalisantes, on affecte dans des formations longues des étudiants qui n'ont pas les prérequis pour de telles études, mais qui n'ont pas trouvé de place dans les filières technologiques, conçues à l'origine pour une insertion rapide.
En caricaturant à peine, les meilleurs profils académiques trustent, si je puis dire, les places en IUT ou en section de technicien supérieur (STS), et barrent la route à ceux qui étaient destinés à ces formations.
Il est plus facile d'intégrer l'université qu'un IUT ; l'exigence à l'entrée est plus forte pour un parcours balisé de deux ou trois ans que pour un cheminement au long cours de cinq ou huit ans.
Dans ce contexte, le recours à des algorithmes locaux par les commissions d'examen des vœux est venu accentuer le sentiment d'injustice. C'est la boîte noire de tous les fantasmes, et c'est la quatrième cause de l'échec de Parcoursup.
En effet, l'information sur ces algorithmes est manifestement insuffisante. Les mécanismes de discrimination positive qui y ont été introduits – quotas de boursiers et quotas territoriaux – suscitent de nombreux questionnements légitimes dans la compréhension du processus. De même, la prise en compte du lycée d'origine obéit à des critères qui manquent de transparence.
Dans son rapport d'information intitulé Parcoursup : l'urgence à gagner la confiance des lycéens et des étudiants, notre collègue Jacques Grosperrin relevait d'ailleurs, en 2023, que 83 % des usagers de la plateforme la jugeaient anxiogène, pointant un manque de clarté dans les critères de sélection.
Toutefois, il est aussi incontestable que le dispositif APB, qui procédait à un tirage au sort, devait disparaître et être remplacé.
On aurait cependant pu faire mieux. Jacques Grosperrin recommandait, dans son rapport, aux commissions d'examen des vœux de mieux expliciter les critères qu'elles utilisent et leur importance respective. Cette proposition aurait permis, si elle avait été retenue, de mieux comprendre pourquoi une candidature est acceptée ou refusée.
J'ai bien noté, messieurs les ministres, que vous vous engagiez à apporter des améliorations à Parcoursup dès 2027.
Pour renforcer l'équité d'accès à l'enseignement supérieur, Jacques Grosperrin proposait également de substituer au critère du lycée d'origine un indicateur plus objectif : l'écart entre la moyenne obtenue en contrôle continu en classe de terminale et les résultats obtenus au baccalauréat.
L'objectif était de mieux tenir compte des différences de notation entre les établissements et de limiter les effets liés à l'origine scolaire du candidat. Pourriez-vous, messieurs les ministres, nous donner votre avis sur cette proposition ?
Au-delà, le vrai sujet est celui des candidats qui n'ont pas les prérequis nécessaires à la poursuite d'études longues. La commission d'enquête sur la capacité des universités françaises à garantir l'excellence académique du service public de l'enseignement supérieur, dont la rapporteure était notre collègue Laurence Garnier, préconise de développer le dispositif PaRéO (passeport pour réussir et s'orienter), qui consiste en une année de remise à niveau et d'orientation, située entre le baccalauréat et l'accès au supérieur, pour les étudiants qui ne sont pas immédiatement prêts à intégrer une licence.
La commission d'enquête propose également de créer davantage de places dans les filières professionnelles courtes. Monsieur le Premier ministre, nous serons donc particulièrement attentifs à la concrétisation de l'engagement que vous avez pris de créer 10 000 places en BTS et 4 000 en IUT.
Toutefois, si l'objet de cette politique est de renouer avec l'excellence académique, il conviendra aussi de réduire les capacités d'accueil dans les formations universitaires qui offrent de faibles perspectives de poursuite d'études ou d'insertion professionnelle. De même, il faudra lever le tabou de la sélection à l'entrée en licence, afin de mettre fin au droit automatique d'accès à l'enseignement supérieur pour les titulaires du baccalauréat.
Seule cette décision politique courageuse permettra d'éviter le gâchis que j'évoquais au début de mon intervention. Le baccalauréat pour tous ne peut pas devenir le master pour tous !
Le baccalauréat doit-il être encore un grade universitaire lorsqu'il est accordé à tous, ou doit-il être simplement un certificat de fin d'études secondaires ?
Dans aucun pays du monde, le baccalauréat n'offre le master pour tous. Un tel système n'a pour effet que de retarder le moment de l'atterrissage dans la vie réelle. Une telle démagogie fait peser un poids financier accru sur nos universités, aux dépens de l'excellence académique. Et je ne parle pas du coût humain de ce « massacre des Innocents », pour ceux qui le subissent.
Pour accompagner la création d'une nouvelle plateforme, il convient donc d'augmenter les capacités d'accueil de certains établissements, d'offrir des formations professionnalisantes courtes, de diversifier l'offre de formation post-bac et de construire un dispositif d'orientation-sélection au lycée charpenté autour de parcours lycée-licence où l'aval n'ignore plus l'amont et cesse également de le mépriser.
Il sera, selon moi, indispensable de remplacer l'outil Parcoursup à l'horizon 2028. Vous venez d'ailleurs, monsieur le Premier ministre, d'annoncer des mesures en ce sens. L'outil est discrédité, la marque est plombée… LCL a un jour remplacé le Crédit lyonnais.
Une nouvelle plateforme est nécessaire, mais à condition que celle-ci soit l'outil opérationnel d'un système transparent d'orientation et de sélection assumée, qui garantisse des parcours d'insertion adaptés aux talents de chacun et permette de faire en sorte que l'organisation de notre système d'enseignement supérieur ne charge pas la barque des seules universités, aux dépens de leur capacité à nourrir, elles aussi, l'excellence académique, dont elles ont besoin dans la compétition internationale.
C'est à cette condition que l'on pourra transformer une procédure anxiogène en un mécanisme au service de la réussite étudiante et de l'égalité des chances, la vraie, celle qui permet à chaque talent de s'exprimer, et non pas d'être conduit dans une impasse.
C'est là un défi pour les jeunes et pour notre République. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées du groupe UCI.)
M. le président. La parole est à M. Pierre-Antoine Levi, pour le groupe Union Centriste et Indépendants. (Applaudissements sur les travées du groupe UCI. – MM. Pierre Jean Rochette, Michel Masset et Mme Marie-Ange Rousselot applaudissent également.)
M. Pierre-Antoine Levi. Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, messieurs les ministres, mes chers collègues, depuis plusieurs semaines, notre jeunesse exprime un malaise.
Celui-ci a un nom : Parcoursup. La plateforme est devenue le symbole des difficultés de la nouvelle génération à se projeter dans l'avenir.
Dans la rue comme dans le monde politique, une demande revient : « Supprimons Parcoursup ! » Ce slogan percutant recoupe des visions très différentes : si certaines sont pertinentes, d'autres paraissent particulièrement simplistes et inconséquentes.
La colère qui s'exprime doit toutefois être prise au sérieux : le fonctionnement de Parcoursup suscite des inquiétudes, des désillusions, des appréciations, parfois fausses, qui ne peuvent être balayées d'un revers de main.
L'intitulé de notre débat, qui porte plus largement sur l'orientation et l'affectation des lycéens dans l'enseignement supérieur, nous invite heureusement à prendre de la hauteur.
En effet, le débat public qui s'est engagé est encombré de raccourcis et de non-dits.
Le Sénat a pris, ces deux dernières années, le recul nécessaire pour y apporter un point de vue éclairé.
Ainsi, en 2025, la commission de la culture a créé en son sein une mission d'information sur les relations stratégiques entre l'État et les universités, qui a examiné les conditions de l'entrée dans le supérieur.
Au cours de la dernière session, une commission d'enquête a cherché les moyens de restaurer l'excellence académique du service public de l'enseignement supérieur. Ses travaux doivent beaucoup à sa rapporteure, Laurence Garnier.
J'aborderai trois points : ce qu'est vraiment Parcoursup, les raisons objectives qui expliquent le malaise des jeunes et qui devraient tous nous mobiliser, et la vision que je défends pour l'entrée dans l'enseignement supérieur.
Remettons d'abord les choses à leur juste place en ce qui concerne Parcoursup. Il s'agit d'une interface informatique qui met en relation les vœux des lycéens de terminale et les services d'admission des établissements d'enseignement supérieur.
Cette interface repose sur une idée simple et, me semble-t-il, importante : depuis 2018, tous les jeunes, quel que soit leur lycée, quelle que soit leur région, peuvent connaître l'ensemble des offres de formation de notre pays et y postuler.
Si nous choisissons de supprimer Parcoursup, il sera nécessaire de recréer immédiatement un ou plusieurs instruments remplissant cette fonction.
Comme outil, Parcoursup est évidemment perfectible. Il a d'ailleurs connu d'importantes améliorations depuis sa mise en place, et un comité éthique et scientifique travaille chaque année à le faire évoluer.
On peut et l'on doit débattre des fonctionnalités de Parcoursup, de son calendrier, de l'anonymisation des dossiers ou encore des modalités de classement de leurs vœux par les candidats.
Toutefois, n'oublions pas que derrière cet outil, il y a un choix politique, dont les conséquences pèsent sur notre jeunesse.
En effet, Parcoursup ne fonctionne pas de manière autonome : il traduit les règles concernant l'entrée dans l'enseignement supérieur qui ont été fixées par le législateur, dans la loi ORE.
Or, comme les travaux du Sénat l'ont montré, les principes de cette loi reposent sur une ambiguïté fondamentale.
Alors que notre code de l'éducation affiche un généreux droit d'accès au supérieur pour tous les bacheliers, il n'empêche pas, dans le même temps, l'installation d'une sélection massive qui ne dit pas son nom et qui s'exerce après coup. C'est la sélection par l'échec, c'est-à-dire la pire manière d'orienter et d'aiguiller la jeunesse.
Une telle ambiguïté confine à une hypocrisie de politique publique. Elle explique sans nul doute une part du malaise des lycéens et des étudiants.
Dans la réalité, les filières les plus demandées ne peuvent pas s'étendre indéfiniment – il n'est pas possible de pousser les murs ! Elles trient donc les nombreuses candidatures qui leur parviennent et retiennent les dossiers qui leur paraissent les plus solides.
Quand il s'agit de ceux de lycéens de bon niveau, qui ont choisi les options les plus pertinentes, les conditions de la réussite sont réunies.
Pour les étudiants plus fragiles, le droit d'accès au premier cycle est souvent un cadeau empoisonné. Ils investissent du temps, de l'argent et des espoirs dans un cursus que leur profil ne leur permet pas toujours de suivre. Le désolant taux d'échec en premier cycle en témoigne.
Lorsqu'ils font partie de la petite moitié des étudiants qui valident une licence, leur dossier ne leur ouvre pas toujours les portes d'un master ou d'un emploi à la hauteur de leur qualification.
En d'autres termes, la sélection évitée à l'entrée de l'université est reportée et subie lors des échéances ultérieures, en licence, en master, puis sur le marché du travail.
Les statistiques nous montrent que cette sélection par l'échec pèse d'abord sur les plus modestes et nourrit la reproduction des inégalités.
Certains prospèrent d'ailleurs sur cette situation. Je pense à certains établissements privés aux pratiques discutables, qui font de l'évitement de Parcoursup un argument commercial. Leurs dérives ont été d'ailleurs largement pointées par les travaux du Parlement et par ceux des corps d'inspection.
Cependant, la loi ORE n'explique pas tout. Ce tableau est aussi le résultat des impensés et des carences de nos politiques du secondaire et du supérieur, lesquels se sont accumulés au fil de réformes mal articulées.