Pourquoi tant de jeunes découvrent-ils leur véritable niveau devant les résultats de Parcoursup ou en première année de licence ? Parce qu'aucun filtre n'a joué auparavant. Nous avons renoncé à ce que le baccalauréat – sans même parler du brevet des collèges – mesure véritablement le niveau des élèves.
Pourquoi tant de jeunes sont-ils déçus par leur affectation sur Parcoursup, et pourquoi tant d'étudiants abandonnent-ils leur formation ? Parce qu'ils ont été mal informés et mal orientés sur les attentes, les prérequis, les débouchés des formations, et parce que le nouveau lycée issu de la réforme Blanquer n'a pas été véritablement articulé avec le supérieur.
Pourquoi tant de bacheliers technologiques et professionnels échouent-ils dans les filières générales de l'université ? Parce que les formations professionnalisantes qui devraient les accueillir, notamment les IUT, ne sont pas suffisamment nombreuses.
Nous devrions enfin nous interroger en constatant que nombre de formations techniques ou d'ingénieurs rencontrent des difficultés de recrutement, tandis que les diplômés de sciences humaines et sociales se trouvent déclassés. Cela doit nous conduire à repenser la formation scientifique des élèves, dès les plus petites classes.
Devant ce tableau, la solution n'est évidemment pas de supprimer toute forme de sélection à l'entrée du supérieur. Nous avons vidé de leur valeur le brevet des collèges, puis le baccalauréat. La logique de la fuite en avant doit s'arrêter.
L'enseignement supérieur doit rester le lieu de l'excellence, où nos jeunes reçoivent une formation leur permettant de trouver leur place dans le monde professionnel. Je le dis fermement, car notre commission d'enquête a montré que la baisse du niveau des bacheliers contaminait la première année de licence, qui est devenue, dans certains établissements, une année de remise à niveau.
Répondre à la colère de la jeunesse demande une vision d'ensemble et du courage. C'est toute la chaîne éducative, du collège au supérieur, qu'il convient de réarticuler.
Il faut, surtout, dire la vérité aux jeunes sur leur niveau académique, sur les compétences qu'ils doivent acquérir et sur les chemins qui mènent aux métiers de demain.
Piloter l'enseignement supérieur, ce n'est pas seulement s'assurer, en comptable, que chaque bachelier trouve une place à l'université. Cela suppose une réflexion prospective, pour adapter notre offre de formation aux aspirations des jeunes comme aux besoins et aux compétences de notre pays. À l'heure du développement de l'intelligence artificielle, cette réflexion est plus urgente que jamais.
Cela nous conduira peut-être à remettre en question certains dogmes. Le master, la licence générale et même le baccalauréat général ne doivent pas nécessairement être l'horizon de toute une génération.
L'objectif d'accueillir largement les jeunes dans le supérieur doit continuer de nous guider, car l'élévation du niveau de connaissance de la population a de multiples effets vertueux.
Il est toutefois possible de former mieux, peut-être plus tôt et sans conduire un étudiant sur deux à l'échec, en redonnant aux formations techniques et professionnalisantes leurs lettres de noblesse.
Quant à Parcoursup ou à tout autre outil qui le remplacera, son fonctionnement devra être clarifié. Sans doute faut-il mieux informer sur les attendus disciplinaires de chaque formation, afin que les lycéens choisissent leurs options en connaissance de cause. Peut-être faudrait-il également que les candidats classent leurs vœux.
Il est enfin indispensable de repenser l'évaluation au lycée, afin que les formations disposent de données fiables sur le niveau de leurs candidats.
Ces réglages devront traduire les grandes orientations que nous aurons tracées pour notre système éducatif et d'enseignement supérieur, lesquelles devront être inscrites dans la loi. Cela passera donc, pour commencer, par une réforme de la loi ORE.
Cette crise aura ainsi eu une vertu, celle de nous confronter aux choix que nous avons trop longtemps repoussés.
Monsieur le Premier ministre, messieurs les ministres, mes chers collègues, le moment où la jeunesse cherche sa voie parmi les chemins qui lui sont ouverts est un moment crucial, singulier et fondateur. Il façonne les trajectoires individuelles et citoyennes et construit l'expérience d'une génération. Nous avons le devoir de faire en sorte qu'il soit à la hauteur des ambitions de notre jeunesse et de notre pays. (Applaudissements sur les travées du groupe UCI. – MM. Marc Laménie et Bernard Fialaire applaudissent également.)
M. le président. La parole est à M. Yan Chantrel, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
M. Yan Chantrel. Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, messieurs les ministres, mes chers collègues, voilà bientôt deux mois, les élèves du lycée Antoine-de-Saint-Exupéry de Créteil se mobilisaient pour protester contre leurs conditions d'étude et le fait que des postes restent non pourvus dans leur établissement. Ils ont lancé une mobilisation massive de la jeunesse.
Partout dans le pays, lycéens et lycéennes se sont levés pour dénoncer, à juste titre, les locaux délabrés, les classes pleines à craquer, les absences d'enseignants non remplacées ou les inégalités face à l'orientation, qui transforment le parcours scolaire en tri social.
Avec eux, les étudiantes et les étudiants de nos universités se mobilisent pour lutter aussi contre la hausse de la précarité parmi leurs camarades qui peinent à se loger, à se chauffer, à se soigner et à se nourrir.
Loin des caricatures consuméristes et individualistes que l'on a voulu faire d'elle, la jeunesse démontre chaque jour qu'elle est pleinement engagée dans la vie de la cité et qu'elle s'intéresse à la chose publique.
Commençons donc par saluer cette formidable mobilisation d'une jeunesse qui rêve d'un avenir meilleur. Celle-ci ne demande qu'une seule chose, qu'on lui donne les moyens de réussir !
À travers ce mouvement, elle exprime d'abord son attachement à l'école de la République et à sa promesse d'émancipation, auxquelles les gouvernements successifs ont tourné le dos ces dix dernières années.
Les études démontrent que notre système éducatif, non seulement reproduit, mais aggrave les inégalités sociales. Nous n'avons eu de cesse de vous alerter sur cette dérive, renforcée par la baisse des moyens dans le secondaire et par l'absence de politique en faveur de la mixité sociale à l'école.
Alors que le pouvoir n'a fait que lui opposer un mur de mépris et de répression, la jeunesse du pays a eu le courage de continuer à défendre la liberté d'expression et le droit de manifester. Face à ceux qui comptaient sur l'enlisement du mouvement dans une violence condamnable, ou à ceux qui comptaient l'intimider par une répression excessive, elle a réussi à faire vivre ses revendications et à forcer le Gouvernement à les écouter.
Il aura fallu attendre plus d'un mois pour que le Gouvernement ébauche des réponses et que l'on obtienne enfin l'organisation d'un débat dans cet hémicycle sur l'avenir du processus d'orientation et d'affectation des lycéens dans l'enseignement supérieur.
En effet, dans toutes les revendications des lycéennes et des lycéens, c'est bien Parcoursup qui cristallise toutes les tensions.
Les critiques émises par le mouvement lycéen et étudiant au sujet de cette plateforme sont connues depuis sa mise en place en 2018.
D'abord, elle est à l'origine de stress et d'anxiété chez les jeunes et leur famille. Ainsi, selon le baromètre Parcoursup, publié par le ministère de l'enseignement supérieur lui-même, chaque année plus de huit lycéens sur dix trouvent la procédure Parcoursup stressante. Son calendrier répond davantage aux contraintes de l'institution et des établissements qu'à celles des lycéens. Le poids des épreuves de contrôle continu dans la procédure met les étudiants sous pression tout au long de l'année et affecte la santé mentale de milliers de jeunes.
L'angoisse se poursuit pour les étudiants sans affectation : en juillet 2026, 100 000 élèves n'avaient pas de réponse à la fin de la phase principale et 50 000 n'avaient toujours reçu aucune proposition après la phase complémentaire.
C'est ensuite le manque de transparence de la plateforme qui concentre les critiques, les lycéens ayant l'impression que leur avenir se joue à la roulette.
Plus que les algorithmes nationaux, qui servent à mettre en correspondance l'offre et la demande, c'est la pondération des critères utilisée par près de 15 000 formations localement pour classer les candidatures qui pose problème. L'opacité de ces algorithmes locaux crée une forte incompréhension chez les élèves, qui s'étonnent parfois de voir leur dossier rejeté lorsqu'ils le comparent à ceux de camarades admis.
Comme le recommande la Cour des comptes, nous demandons au Gouvernement de rendre publics les critères utilisés par les commissions d'examen des vœux.
Enfin, la plateforme a failli à sa mission de corriger les inégalités d'accès à l'enseignement supérieur qu'engendraient les outils d'affectation précédents. En 2025, toujours selon le baromètre Parcoursup, seuls 34 % des élèves jugeaient qu'elle traitait les candidats de manière équitable.
Si la plateforme a permis d'améliorer l'accès à l'information sur les milliers de formations disponibles, elle n'a pas permis de faire évoluer la composition sociale des étudiants dans l'enseignement supérieur, comme le rappelaient encore, en février dernier, nos collègues députés, Pierrick Courbon et Frantz Gumbs, dans leur rapport sur Parcoursup.
Les inégalités sociales se sont même aggravées en raison du poids souvent accordé au lycée d'origine dans la pondération des notes. Des chercheurs, comme Julien Grenet, ont aussi démontré que l'instauration de quotas de boursiers n'avait eu qu'un impact limité sur la composition sociale des formations, notamment de celles qui sont les plus demandées.
Les annonces que vous avez faites voilà huit jours, en proposant une réforme, puis le remplacement de Parcoursup, montrent qu'après des années de déni de la part du Gouvernement, le constat que j'ai dressé est désormais partagé. Enfin !
Mettons-nous désormais d'accord sur les actions à mettre en œuvre. Qu'on l'appelle abrogation, suppression ou remplacement, il faut mettre fin à Parcoursup et mettre en place un outil qui réponde véritablement aux objectifs que la loi lui avait fixés : redonner aux lycéens le contrôle de leurs choix d'orientation, qu'ils ont trop souvent le sentiment d'avoir perdu ; garantir un droit d'accès et démocratiser l'accès à l'enseignement supérieur ; améliorer les taux de réussite en licence, en luttant notamment contre le poids des déterminismes sociaux.
Néanmoins, chacun le sait, si la plateforme Parcoursup, qui devait être un outil d'aide à l'orientation, est devenue un outil de sélection, c'est en raison du manque de places dans certaines formations de l'enseignement supérieur. La plateforme est devenue un goulet d'étranglement, où l'on gère la pénurie. (M. Stéphane Piednoir s'exclame.)
La priorité est donc de créer de nouvelles places : France Universités en réclame au moins 20 000, et les syndicats 150 000. Dans tous les cas, il faut aller plus loin que ce que vous proposez.
Tout cela ne se fera pas sans moyens supplémentaires pour l'enseignement supérieur public, que vous avez laissé se paupériser ces dernières années. Cette décennie politique a favorisé l'attractivité des établissements privés à but lucratif, notamment ceux qui se réclament « hors Parcoursup ». (Mme Pernelle Richardot et M. Gabriel Amard applaudissent.)
Nous sommes résolus à combattre les pratiques commerciales abusives de ce secteur. Nous avons ainsi adopté au Sénat, en février dernier, une proposition de loi à cette fin. Monsieur le Premier ministre, je vous demande d'inscrire ce texte à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale le plus rapidement possible. (Très bien ! et applaudissements sur les travées du groupe SER.)
Il faudra aussi prévoir des moyens supplémentaires pour le secondaire, notamment pour renforcer l'accompagnement à l'orientation, qui est largement insuffisant. Les 54 heures d'orientation prévues chaque année pour les lycéens et les quatre demi-journées du plan Avenir restent lettre morte pour la plupart des lycéens. Elles sont dans les faits peu réalisables en raison du manque criant de psychologues de l'éducation nationale et de conseillers d'orientation, ainsi que de l'absence de formation des professeurs principaux.
La baisse de la démographie scolaire doit être l'occasion d'améliorer le taux d'encadrement des élèves, et non pas de faire des économies sur leur dos !
Là encore, le manque d'accompagnement des élèves dans l'éducation nationale a fait prospérer un marché privé, celui du coaching, qui est estimé à 40 millions d'euros. Il recèle de pratiques abusives et tend à accroître les inégalités entre ceux qui peuvent se l'offrir et les autres. Il en résulte un paradoxe : ce sont ceux qui ont le plus besoin d'être accompagnés qui le sont le moins.
Enfin, il faudra revenir sur la funeste réforme Blanquer, que plus personne ne défend. Sous couvert d'idéologie libérale, au motif qu'il fallait offrir le choix aux individus, elle nous a affaiblis collectivement. Elle a déstructuré les emplois du temps des élèves comme des personnels. Elle a affaibli le groupe classe et le réseau d'entraide et de soutien qu'il constituait. Elle n'a pas mis fin à la prééminence des parcours scientifiques comme filières d'excellence.
Le poids accordé au contrôle continu s'est fait sans harmonisation des pratiques d'évaluation entre les établissements ni instauration d'un référentiel unique d'évaluation des compétences. Cela laisse libre cours aux préjugés et à la discrimination dans la sélection effectuée par les établissements d'enseignement supérieur.
Monsieur le Premier ministre, messieurs les ministres, lors de l'examen du projet de loi de finances, qui commencera bientôt au Sénat, vous aurez l'occasion de répondre budgétairement aux revendications des lycéens et des étudiants. Le groupe SER présentera des amendements en ce sens. Nous estimons qu'il est indispensable de garantir l'égalité d'accès à l'enseignement supérieur et d'offrir les moyens de la réussite à toutes et tous dans notre pays. (Applaudissements sur les travées des groupes SER et CRCE-K. – M. Bernard Fialaire applaudit également.)
M. le président. La parole est à Mme Maryse Carrère, pour le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE. – M. Marc Laménie applaudit également.)
Mme Maryse Carrère. Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, messieurs les ministres, mes chers collègues, comment faire espérer notre jeunesse dans un monde qui ne fait pas toujours sens ? Comment alimenter ses rêves d'avenir quand plusieurs défis de taille se dressent aujourd'hui devant elle ?
Notre jeunesse doit, en effet, faire face à un contexte géopolitique anxiogène, à un climat menaçant. Elle a fait l'expérience amère d'un virus qui l'a enfermée pendant un temps. Beaucoup de jeunes ont des difficultés pour se loger, se soigner, voire même, alors que nous sommes en 2026, pour manger correctement. Dans ce contexte, notre responsabilité politique est, a minima, de tout mettre en œuvre pour ne pas ajouter à ces maux celui d'une orientation angoissante.
Promesse d'émancipation, d'ascension sociale et d'intégration sur le marché du travail, l'enseignement est censé nourrir l'espoir.
Pourtant, les obstacles semblent insurmontables.
Si les jeunes ne sont heureusement pas tous dans la difficulté, le nombre de ceux qui sont inquiets ou qui sont dans une situation de fragilité est suffisamment grand pour que la solidarité entre tous s'exprime en masse dans la rue depuis la mi-septembre.
La colère de milliers de lycéens n'est pas un caprice. Elle est le reflet d'une République qui ne tient plus ses promesses d'égalité des chances.
Je ne reviendrai pas sur les manifestations, ni sur leur réussite ni sur les graves et insupportables débordements qui ont eu lieu.
D'un mot, je dirai juste qu'il est dommage d'avoir tardé à entendre les lycéens.
Vous avez fait des propositions, monsieur le Premier ministre. Mon groupe en prend acte, et nous ne manquerons pas d'en débattre dans le cadre des prochaines discussions budgétaires.
Pour le moment, il est question du processus d'orientation et d'affectation des lycéens dans l'enseignement supérieur.
Parmi les revendications, figure, en point d'orgue, la suppression de Parcoursup, un outil qui cristallise, depuis un moment, le trouble d'une génération face à une procédure lourde, et pourtant déterminante.
Mais soyons honnêtes, les lycéens ne se satisferont pas d'un simple toilettage, agrémenté d'un changement de nom. Ce qu'ils demandent, ce sont des règles claires, une information fiable et davantage de places dans les écoles et les facultés.
Le diagnostic sur Parcoursup est documenté. Oui, la plateforme a ses défauts. Oui, la sélection qu'elle opère suscite des inquiétudes fondées. Mais rappelons-nous le terrible tirage au sort qui prévalait avant 2018 ! Faire table rase ne serait pas la solution.
Une université ouverte à tous, sans sélection à l'entrée, semble idéale sur le papier, mais nous devons conserver une exigence d'excellence pour l'enseignement supérieur français dans le monde ouvert d'aujourd'hui, d'autant que nous connaissons les ravages du tri subi à la fin de la première année de licence, si l'affectation est inadaptée.
Pour autant, notre pacte républicain a des devoirs, dont celui d'accompagner avec équité et justesse tous les élèves, d'où qu'ils viennent.
Parce que l'urgence ne nous permet pas aujourd'hui de repenser un système éducatif qui a peu évolué dans ses fondamentaux, travaillons rapidement à redonner aux jeunes les moyens d'une orientation réussie.
Le groupe du RDSE préfère une révision de la plateforme, pour mettre en place un système plus juste, plus transparent, mieux expliqué et, j'y insiste, sans préjugé de nature sociale ou géographique.
Ces constats appellent une traduction législative rapide. Je remercie, à cet égard, notre collègue Ahmed Laouedj d'avoir déposé, la semaine dernière, une proposition de loi visant à renforcer la transparence, l'équité et l'information dans l'accès à l'enseignement supérieur, qui pourrait constituer, monsieur le Premier ministre, messieurs les ministres, une base de discussion sérieuse.
Ce texte ne remet pas en cause l'architecture de la procédure, mais il vise à la corriger sur trois points.
D'abord, en matière de transparence. Les critères d'examen des dossiers devront être publiés avant la formulation des vœux, et non après la décision. Dans les formations sélectives, chaque refus devra être motivé. Cette exigence vise les algorithmes locaux qui se cacheraient encore derrière la transparence générale instaurée. Un lycéen doit pouvoir comprendre pourquoi sa candidature n'a pas été retenue. C'est un impératif de justice autant que de confiance.
Ensuite, en matière d'équité. Chaque candidat devra être apprécié sur son travail, à partir d'éléments objectifs et vérifiables. L'équité vaudra aussi pour les bacheliers professionnels et technologiques, qui se voient évincés des BTS qui leur sont pourtant destinés et se reportent par défaut sur l'université.
Enfin, le droit à une place dans l'enseignement supérieur doit être mieux garanti : une proposition d'affectation devra être formulée dans un délai de quinze jours.
Nous n'oublions pas la nécessité de prendre en compte certains handicaps liés aux territoires ou à l'éloignement géographique des étudiants. Je pense en particulier à ceux qui viennent des territoires ultramarins.
Il conviendra aussi de prendre en considération la situation des études paramédicales, notamment en soins infirmiers, qui attirent beaucoup d'étudiants qui n'ont pas pris conscience de la réalité du métier, ce qui conduit à de nombreux abandons en cours de formation.
Nous parlons souvent, dans cet hémicycle, de souveraineté alimentaire : confortons aussi l'enseignement technique agricole, un instrument essentiel pour atteindre cet objectif d'indépendance.
Je citerai également l'apprentissage, qui passe désormais par Parcoursup. Il constitue l'une des meilleures voies d'insertion : cessons de raboter ses moyens !
Mes chers collègues, la mobilisation exceptionnelle des lycéens nous oblige à fournir des réponses ambitieuses, qui ne les déçoivent pas. Dans un esprit de concertation, nous devons trouver ensemble un système d'orientation intelligent, intelligible et juste.
Ce débat en ouvre un autre. Notre système éducatif, en effet, s'est peu projeté dans le long terme. Il s'est fixé un jour l'objectif louable du bac pour tous, mais l'enseignement supérieur, pour sa part, n'a pas mué pour répondre à la massification étudiante. C'est pourquoi nous voyons fleurir des formations payantes, parfois douteuses, qui constituent en tout cas de nouvelles sources d'inégalité sociale.
Mes chers collègues, l'échec de Parcoursup n'est-il pas, avant tout, le symptôme d'un défi plus grand ? Ne convient-il pas de proposer une vision et une meilleure planification des moyens publics, pour assurer un équilibre entre les aspirations personnelles des jeunes et les besoins du monde du travail et de la vie sociale ?
Bref, il me semble que nous devons tout simplement repenser l'éducation et la formation dans le monde tel qu'il est aujourd'hui, avec ses contraintes et ses nouveaux atouts, sans pour autant oublier les principes républicains d'humanisme et d'égalité des chances, valeurs essentielles à la cohésion sociale.
Évoquant le supposé bel âge de 20 ans, l'intellectuel Paul Nizan écrivait : « Il est dur [pour un jeune] à apprendre sa partie dans le monde ».
Oui c'est dur, mais, je le répète, notre responsabilité collective est de réenchanter le parcours des lycéens et des étudiants, car l'éducation conditionne le progrès social, le développement économique et donc l'avenir de notre pays. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE et des travées du groupe INDEP – M. Pierre Ouzoulias applaudit également.)
M. le président. La parole est à M. Pierre Ouzoulias, pour le groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste - Kanaky.
M. Pierre Ouzoulias. Monsieur le président, messieurs les ministres, mes chers collègues, en mars 2019, devant notre commission de la culture, la ministre de l'enseignement supérieur affirmait : « Je veux aussi redire que les algorithmes locaux n'existent pas ».
En avril dernier, devant notre commission d'enquête sur la capacité des universités françaises à garantir l'excellence académique du service public de l'enseignement supérieur, un président d'université avouait sans fard : « Nous n'examinons évidemment pas [tous les] dossiers, uniquement les premiers d'entre eux classés par Parcoursup, pour évaluer la pertinence des choix qui sont faits, avant de procéder à un classement. »
Entre ces deux déclarations, sept longues années d'une dissimulation volontaire des modalités pratiques d'examen des vœux des candidats se sont écoulées, malgré les nombreux appels à plus de transparence.
Cette faculté donnée aux commissions de ne pas dévoiler les procédures de tri des dossiers a été permise par un dispositif législatif dérogatoire au droit commun. Il a été institué par la loi, à la suite de l'adoption d'un amendement déposé par le Gouvernement en séance. La ministre l'avait présenté comme une disposition destinée à protéger le secret des délibérations. La pratique a montré qu'il ne s'agissait pas de cela.
Submergées par le nombre de dossiers de candidature, les commissions chargées de leur examen réalisent un premier traitement informatisé à partir des notes du baccalauréat et du contrôle continu. La Cour des comptes a établi que 20 % des commissions pondèrent les notes du contrôle continu par le rang de classement du lycée d'origine du candidat.
L'algorithme général de Parcoursup est public, mais les procédures propres à chaque commission ne le sont pas. C'est ce que j'ai appelé, en 2018, les algorithmes locaux. La ministre de l'époque, Frédérique Vidal, déclarait qu'ils n'existaient pas ; je suis heureux de constater que vous avez repris l'expression, monsieur le ministre !
Nous avons perdu beaucoup de temps. En 2019, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, avait estimé nécessaire de « rendre publiques les informations sur le traitement des dossiers ». La même année, une mission d'information de la commission de la culture, présidée par notre collègue Jacques Grosperrin, avait estimé qu'il fallait « sortir du régime dérogatoire, créé par la loi ORE, pour revenir dans un régime de droit commun ».
Cette abrogation a été votée par le Sénat au moyen d'un amendement au projet de loi relatif à la protection des données personnelles. La Cour des comptes, la Commission d'accès aux documents administratifs (Cada), la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), la médiatrice de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur, le comité éthique et scientifique de Parcoursup et Mon Master ont soutenu cette position.
Ce que nous n'avons pas obtenu en huit ans, les lycéens sont parvenus à l'obtenir en quarante jours, à la faveur d'un mouvement qui a fait de l'opacité de Parcoursup l'un de ses sujets de mobilisation. Cette incapacité du Gouvernement à réformer un système largement dénoncé pour son manque de transparence – même s'il a dû finalement convenir que les demandes des lycéens dans la rue étaient légitimes –, en dit beaucoup sur le fonctionnement démocratique défaillant de notre société.
Néanmoins, je crains qu'il ne soit trop tard pour amender et rendre acceptable une plateforme dont le travers originel a été de priver les candidats d'un droit garanti à tous les citoyens.
Comment est-il possible de supposer que les lycéens puissent accepter cette opacité, alors que Parcoursup est devenu, pour toute une génération, une porte déterminante vers l'enseignement supérieur, les diplômes et donc l'avenir professionnel ? Qui peut se satisfaire d'être refusé dans une formation sans connaître les motivations de ce refus ?
Les raisons de cet aveuglement tiennent aux contradictions inhérentes aux objectifs fixés par la loi ORE de 2018. Celle-ci garantit l'accès de tous les bacheliers à l'enseignement supérieur, mais donne à l'autorité académique le pouvoir de déterminer les capacités d'accueil des établissements. Autrement dit, si le baccalauréat permet, d'après la loi, de poursuivre ses études dans le supérieur, l'accueil y est subordonné aux moyens budgétaires accordés par l'État.
Parcoursup n'est que l'outil qui permet d'ajuster une demande toujours croissante à une offre réduite de formations. En pratique, la très grande majorité des filières sont en tension, et donc sélectives. Celles qui ont la capacité d'accueillir tous les lycéens qui en font la demande sont très minoritaires – c'est le cas de moins de 10 % d'entre elles. Il est donc faux de soutenir que le baccalauréat donne droit à l'accès à l'université. Cette possibilité est toute théorique et la réalité de l'enseignement supérieur public est tout autre.
Cette réalité, c'est celle d'un système en faillite, dans lequel l'État n'a plus investi depuis le plan lancé en 1990 par Lionel Jospin, qui avait permis la construction de huit nouvelles universités. Depuis lors, les universités gèrent une pénurie de moyens et subissent une dégradation constante des conditions d'accueil et d'enseignement. L'abrogation de Parcoursup n'y changera rien.
Toutefois, il est possible, sans attendre une hypothétique réforme législative, de modifier pour la rentrée de septembre 2027 le système d'affectation, afin d'éliminer les discriminations sociales induites par le système actuel – je pense notamment à celles qui pèsent de façon scandaleuse sur les candidats des outre-mer.
La France a besoin d'un nouveau plan pluriannuel de remise à niveau et de développement de l'enseignement supérieur. Je doute que nous ayons le temps d'en débattre avant les prochaines échéances électorales.
Monsieur le ministre, vous aviez souhaité que la question de l'université et de la recherche fasse partie des enjeux de la campagne électorale en cours. Les lycéens et les étudiants ont exaucé votre vœu ! Il revient maintenant aux candidats à l'élection présidentielle de présenter leur projet pour l'université et la recherche.
En ce qui nous concerne, nous considérons que la Nation ne pourra affronter les enjeux historiques de la conversion énergétique, de la réindustrialisation, de l'adaptation au changement climatique et de la maîtrise de l'intelligence artificielle sans un investissement massif dans l'enseignement, la connaissance, la recherche et l'innovation.
Il faut faire confiance à la jeunesse et lui dire que c'est sa capacité à apprendre et à changer le monde qui déterminera le rôle de la France dans l'effort que doit réaliser notre Humanité pour échapper au destin fatal qui lui est promis. Le pire n'est pas certain ; la connaissance peut nous sauver. (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K, ainsi que sur des travées des groupes SER, GEST, RDPI, RDSE, INDEP et UCI. - M. Gabriel Amard applaudit également.)
M. le président. La parole est à Mme Marie-Ange Rousselot, pour le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI. – Mme Olivia Richard applaudit également.)
Mme Marie-Ange Rousselot. Monsieur le président, messieurs les ministres, mes chers collègues, ces dernières semaines, la jeunesse de France a exprimé son désarroi avec force. Elle nous dit son inquiétude, parfois sa colère et, surtout, son sentiment de ne pas être entendue. Cette parole doit être prise au sérieux et nous saluons les initiatives du Gouvernement en ce sens.
La consultation organisée en octobre a recueilli plus de 100 000 contributions. Les jeunes y parlent du temps scolaire, de la santé mentale, des classes surchargées, des bâtiments inadaptés, des professeurs absents et, bien sûr, du stress lié à l'orientation et à Parcoursup.
Derrière ces revendications se lit une inquiétude plus profonde : celle d'une jeunesse qui cherche sa place dans un monde traversé par les crises, qui a grandi avec la pandémie, qui voit la guerre revenir sur notre continent, qui est confrontée à l'urgence climatique et qui s'interroge sur ce que l'intelligence artificielle fera de ses futurs métiers.
Cette génération se demande, et nous demande, si le travail et le mérite suffisent encore à tracer un chemin.
C'est là que la République est attendue. Elle doit permettre à chacun de révéler ses capacités, de choisir une filière et de se construire un avenir digne, quelle que soit son origine et indépendamment de toute assignation sociale ou territoriale.
Entendre la jeunesse, c'est aussi s'obliger à lui tenir un discours de vérité. Il est facile de réclamer la suppression de Parcoursup et, avec elle, la suppression de toute sélection à l'université.
Regardons le chemin parcouru : créé en 2018, Parcoursup a succédé au système APB, mettant ainsi fin au tirage au sort des candidats dans les filières les plus demandées. Ce dispositif a instauré des règles nationales communes et a permis de réserver des places aux boursiers. Il a surtout ouvert à chaque lycéen, où qu'il vive, en France comme à l'étranger, l'accès à l'ensemble de l'offre de formation, quand tant d'autres, avant eux, ne connaissaient que l'université la plus proche de chez eux.
Tout n'est donc pas à jeter dans ce modèle.
Force est de constater, cependant, qu'il ne répond pas aux objectifs de la loi initiale : le taux d'échec en licence ne recule pas ; les inégalités tendent à se reproduire ; la procédure reste anxiogène ; et les algorithmes locaux demeurent opaques.
Ce constat appelait une évolution profonde. Vous y avez répondu, messieurs les ministres, en annonçant une transformation de la plateforme dès 2027, puis son remplacement en 2028.
Cependant, changer d'outil ne saurait conduire à renoncer au principe qui le fonde : la sélection dans l'enseignement supérieur demeure nécessaire et légitime.
À peine un étudiant sur trois obtient sa licence dans les trois ans prévus. Laisser un jeune entrer dans une formation à laquelle rien ne l'a préparé, ce n'est pas lui rendre service : c'est différer une déception ! Bien conçue, la sélection n'entrave pas l'avenir ; elle guide chacun vers la voie où il pourra réussir.
C'est dans cet esprit que nous saluons les mesures annoncées par le Gouvernement le 26 octobre.
Toutefois, pour aller au-delà, notre groupe pose trois exigences.
La première est la mise en place d'un système d'affectation transparent et équitable.
Transparent, parce qu'un lycéen écarté d'une formation a le droit de savoir pourquoi, au regard de critères connus à l'avance.
Équitable, parce que chaque candidat doit être jugé sur ses propres résultats et sur son parcours, et non sur ce qui lui échappe : la réputation de son lycée, la sévérité de la notation de ses professeurs ou la distance qui le sépare des formations qu'il vise.
À ce titre, nous soutenons la suppression de la mention du lycée d'origine, proposée par le Gouvernement. Masquer cette information aiderait à corriger les biais de sélection et à lutter contre d'éventuelles discriminations, à condition d'accompagner cette mesure d'une harmonisation des notations.
Pour préparer cette évolution, Nadège Havet et moi proposons de l'expérimenter dès la session 2027 dans l'académie de Paris, qui concentre les inégalités sociales plus qu'aucun autre territoire.
Par ailleurs, représentante des Français établis hors de France, j'ajoute que le futur système devra garantir la même égalité de traitement à tous les jeunes Français de l'étranger, quel que soit leur système éducatif. L'interprétation de notes issues d'un autre système reste encore trop aléatoire. Par ailleurs, le calendrier de la procédure devra tenir compte de celui des universités étrangères, qui notifient souvent leurs admissions plusieurs mois avant les nôtres. À défaut, la France se priverait de ces talents.
Mme Olivia Richard. Bravo !
Mme Marie-Ange Rousselot. La deuxième exigence est celle de la mise en place d'une véritable politique d'orientation.
Le meilleur algorithme ne remplacera jamais une orientation réussie. Or, à l'heure actuelle, la politique d'orientation n'existe pas vraiment : l'État, l'éducation nationale et les régions s'en partagent la responsabilité sans que personne la pilote réellement.
Nous appelons donc à faire de l'orientation une politique publique à part entière, dotée d'un pilote clairement identifié et de moyens à la hauteur des enjeux. Elle doit commencer dès le collège par la découverte des métiers, se poursuivre au lycée par un accompagnement personnalisé, et se prolonger après le bac, car un premier choix d'orientation ne doit jamais devenir une impasse : la réorientation doit être facilitée, et les passerelles entre les filières doivent être rendues effectives.
La troisième exigence est celle d'un soutien résolu à la voie professionnelle et à l'apprentissage.
Cela suppose d'abord de mener un combat culturel. Depuis trop longtemps, notre pays fait du diplôme universitaire et des études longues la voie royale, laissant croire qu'ils garantissent à eux seuls une insertion professionnelle réussie.
Ce n'est plus le cas : nombre de jeunes diplômés occupent des emplois sans rapport avec leur formation, tandis que des secteurs entiers peinent à recruter. Valoriser la voie professionnelle, ce n'est pas abaisser nos ambitions ; c'est diversifier les chemins de la réussite.
La réforme de l'apprentissage de 2018 a ouvert la voie. Le nombre de contrats a presque triplé. Mais leur essor a surtout bénéficié à l'enseignement supérieur, où leur effet sur l'accès à l'emploi est le plus faible, au prix d'un soutien public considérable.
M. Martin Lévrier. Bravo !
Mme Marie-Ange Rousselot. Il faut désormais recentrer le dispositif sur ceux pour qui l'apprentissage est susceptible de changer réellement une trajectoire : je pense aux lycéens de la voie professionnelle.
Cela exige de rapprocher bien davantage l'école du monde économique, dans l'orientation des élèves comme dans le pilotage de l'offre de formation, en particulier dans les secteurs innovants.