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Délocalisations : pour un néo-colbertisme européen

 

b) Globalement en baisse, l'emploi industriel est soumis à des mouvements contraires

Malgré ce constat positif, l'analyse des statistiques sur la période 1978-2002 démontre une forte perte nette d'emplois industriels, de l'ordre de 1,5 million. Par secteur, les principales industries concernées ont été le textile (- 15 %), l'habillement (- 55 %) et la chaussure (- 38 %, ce secteur n'employant plus que 20.000 salariés aujourd'hui). Les emplois dans le secteur de l'automobile ont connu une baisse moins élevée, mais les équipementiers ont été fragilisés par la nouvelle concurrence des pays d'Europe de l'Est. Par ailleurs, la période la plus récente a vu un certain nombre de segments des industries des nouvelles technologies affectés par la concurrence de pays asiatiques, de l'Inde et de la Chine.

Toutefois, toutes les évolutions de l'emploi industriel n'ont pas été négatives et plusieurs secteurs industriels ont connu une forte croissance de leur main d'oeuvre depuis dix ans. Ainsi, il existe un groupe d'industries pour lesquels l'emploi a été orienté à la hausse entre 1989 et 2001 : industries agricoles et alimentaires, pharmacie et parfumerie, composants électriques et électroniques, production d'énergie. Ensemble, ces secteurs regroupaient près de 1,08 million de salariés en 1989 et environ 1,14 million en 2001, soit une progression de près de 60.000 emplois sur la période (+ 5,3 %), pendant que l'ensemble de l'emploi industriel enregistrait une diminution de 1,1 %.

Toutefois, il est vrai que la destruction d'emplois à l'oeuvre dans les secteurs industriels traditionnels a connu une accélération récente et que même certains secteurs plus « dynamiques » ont également été affectés. L'atonie de la croissance depuis 2001 a rendu l'année 2003 particulièrement difficile pour l'industrie, notamment pour les filières de la métallurgie et du textile, puisque près de 33.000 emplois industriels ont été détruits au cours du troisième trimestre 2003. Par ailleurs, cette tendance semble s'être poursuivie, voire amplifiée, au cours du premier semestre 2004, et l'on estime à près de 27.000 le solde négatif des mouvements d'emplois industriels attendu fin juin (53(*)).

Si ces derniers mois ont donc été globalement inquiétants sur le front de l'emploi industriel, certaines régions apparaissent particulièrement touchées. Ainsi, les dernières statistiques globales disponibles indiquent qu'en 2002, les régions Centre (- 4,3 %), Alsace (- 3,5 %), Picardie (- 3,3 %) ou encore Île-de-France (-3,1 %) ont connu une évolution très négative de leur emploi industriel, qui n'a en outre souvent pas été compensée par une croissance supérieure de l'emploi tertiaire. De plus, la moitié des autres régions métropolitaines ont enregistré une diminution de leur emploi industriel comprise entre 2,0 et 2,9 %, comme en témoigne le tableau figurant page suivante.

* (53) Lors de leur audition, Mme Annie Fouquet, directrice de la DARES, et M. Frédéric Lerais, chargé de mission à la DARES, ont toutefois rappelé que, bien qu'importantes, les destructions d'emplois industriels ont été beaucoup moins nombreuses que celles subies lors du retournement de cycle économique de 1993-1994, pourtant similaire à celui de 2001-2003.