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DUCLOS Jacques

Ancien sénateur de la Seine
  puis de la Seine-Saint-Denis

  • Vème République

    Ancien sénateur de la
    Ve République

Election

  • Elu le 26 avril 1959 (Seine)
  • Réélu le 22 septembre 1968 (Seine-Saint-Denis)
  • Fin de mandat le 25 avril 1975 (décédé)

Fonctions antérieures

  • Député

Situation en fin de mandat

  • Membre de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées
  • Membre du Groupe Communiste

Travaux parlementaires

Extraits de la table nominative :

Biographie

Ve République  (Extrait du Dictionnaire des parlementaires français)

Ve République

DUCLOS (JACQUES), né le 2 octobre 1896 à Louey (Hautes-Pyrénées).

Député de la Seine de 1926 à 1932 et de 1936 à 1940.

Délégué à l'Assemblée Consultative provisoire en 1944.

Député aux première et deuxième Assemblées Nationales Constituantes de 1945 à 1946. Député de la Seine de 1946 à 1958. Sénateur de la Seine depuis 1959.

Fils de A. Duclos, artisan charpentier, Jacques Duclos naquit à Louey, en Bigorre, le 2 octobre 1896. Dès l'âge de 12 ans, aussitôt passé son certificat d'études, il fit son apprentissage de pâtissier, mais délaissa bientôt le pays natal pour aller exercer ses talents dans les hôtels parisiens. Il avait alors 16 ans.

Le 1er avril 1915, il est mobilisé ; blessé à Verdun, il connaîtra toutes les épreuves puisqu'au Chemin des Dames, le 16 avril 1917, il sera fait prisonnier et envoyé en Allemagne où il travaillera chez des paysans jusqu'à la fin de la guerre.

A son retour, il entre à l'Association républicaine des anciens combattants (A.R.A.C.) fondée par II. Barbusse et P. Vaillant-Couturier. Son activité y est inlassable : secrétaire de rédaction du journal, membre du comité directeur (en 1925), vice-président (en 1932)... Mais pacifiste plus que socialiste, libertaire même, il n'eut pas à prendre parti en 1920 lors du congrès de Tours, et c'est seulement le 31 décembre 1920 qu'il adhéra à la Xe section de ce qui allait devenir le Parti communiste. Entré à 25 ans au Parti, il devait gravir rapidement le cursus honorum : Ecole des cadres de Bobigny, comité central en 1926, puis en 1931, le Bureau politique et le secrétariat où il joua le rôle de second aux côtés de Thorez (son benjamin de 4 ans).

Son éloquence et son esprit mordant le destinaient certainement davantage à la vocation de parlementaire qu'à celle de militant ; une première fois aux élections générales législatives du 11 mai 1924 (sous le régime de la représentation proportionnelle avec scrutin de liste) il est battu, mais à la faveur d'une élection partielle dans la deuxième circonscription de la Seine le 28 mars 1926, il bat, après une campagne électorale mémorable, Paul Reynaud et H. de Kérilis de L'Echo de Paris, membres de la liste d'Union républicaine, sociale et nationale. Homme du regroupement, les socialistes assurèrent, son succès au second tour de scrutin par 63.254 voix contre 61.758 à la liste adverse.

Deux ans plus tard, le 29 avril 1928, il sera réélu dans le 20e arrondissement au scrutin uninominal, l'emportant au second tour avec 8.199 voix sur 21.829 votants sur Léon Blum qui n'en obtint que 6.801. Mais aux élections du 8 mai 1932, avec 7.561 voix, il sera battu par M. Déat, encore socialiste à l'époque, qui en obtint 7.909. Enfin, aux élections générales de 1936, il devançait au premier tour le député sortant Paul Poncet du rassemblement républicain et devait définitivement s'installer dans son fief de Montreuil le 3 mai 1936, en éliminant son adversaire par 14.776 voix sur 25.296 votants (Paul Poncet n'ayant regroupé autour de son nom que 9.595 voix).

Son activité parlementaire, dès 1926, reflète ses préoccupations : membre de la Commission des pensions civiles et militaires, il déposera de nombreuses propositions dans ce domaine. Mais le membre de l'A.R.A.C. s'intéresse surtout à la politique étrangère du Gouvernement et interpelle couvent celui-ci, notamment en 1926, sur la conclusion de la paix au Maroc et en Syrie, puis sur l'attitude gouvernementale devant le conflit italo-yougoslave en 1927. Son attitude pacifiste a des prolongements dans la presse. Chargé de l'action antimilitariste, responsable de la Caserne et du Conscrit, il sera poursuivi pour provocation à la désobéissance à la suite d'une campagne pour la paix au Maroc. L'immunité parlementaire le protégera, mais ce leitmotiv jalonnera sa carrière et, selon J. Fauvet : « en fait de Chambre, le nouveau député fréquente surtout la correctionnelle ». Il manque d'être arrêté à Saint-Denis en 1928, mais « s'évanouit dans les ténèbres » tandis que J. Doriot est arrêté à Valenciennes.

En janvier 1931 il « fait surface », lorsque la Chambre vote l'amnistie pour lui et A. Marty, son colistier qui se morfond en prison depuis 1927. Sa carrière au Parti est alors fulgurante : secrétaire en 1931, il prend la direction de la « section technique spéciale », c'est-à-dire du service d'information et de renseignements du Parti. Responsable de la formation des cadres et de la propagande, avec toutefois une interruption en 1931 quand il se rendra à Moscou, il lancera avec Thorez dont il est, dès lors, le second, le mot d'ordre « d'unité d'action » qui devait aboutir au Front populaire.

Les attaques des milieux parlementaires ne lui sont pas épargnées, d'autant plus qu'il entre en 1935 au Comité exécutif de l'internationale communiste réuni en son septième congrès.

Après les événements du 6 février 1934, il sera entendu comme témoin par la Commission d'enquête. Porte-parole du Parti communiste, il expliquera les raisons de la participation communiste au 6 février. Lors de la journée du 14 juillet 1935, ce fut (aux dires de A. Chamson) « le discours de J. Duclos qui apporta l'étincelle d'où jaillit ce moment de communion ». Dès octobre 1935, il est, avec M. Thorez, l'instigateur de la politique de la « main tendue » aux catholiques.

Sa réélection en 1936 lui permet d'apporter toute son ardeur à la défense de l'Espagne républicaine et à la condamnation de la politique munichoise. Vice-président de la Chambre, il n'en continuera pas moins à interpeller le Gouvernement dans le cadre de sa lutte contre l'inégalité fiscale. Il voulait alors le « prélèvement sur les grosses fortunes », la réduction d'impôts des petits propriétaires, la suppression du loyer des chômeurs, etc.

Mais par un enchaînement presque naturel des choses, il quittera la politique financière française pour passer en Suisse en 1939, après son refus de désavouer le pacte germano-soviétique. Comme la plupart des députés communistes, il sera déchu de son mandat le 20 février 1940.

Bientôt, il rentre secrètement en France pour créer avec Politzer (qui sera fusillé en 1943) les services de propagande du Parti communiste clandestin. Thorez et Marty sont alors à Moscou et il assumera avec Benoît Frachon la direction de l'activité clandestine, aidés ensuite, à la Libération, par Marty venu d'Alger.

Délégué à l'Assemblée consultative provisoire, il sera élu député de la sixième circonscription de la Seine aux deux Assemblées nationales constituantes de 1945 et 1946, avec, comme second de liste, Ch. Tillon qui sera exclu par la suite de la direction du Parti communiste. Membre de la Commission des finances et vice-président de la Chambre, il réclame alors la nationalisation des grandes banques et des assurances, sans pour cela négliger la discussion sur le recrutement des fonctionnaires. Lors de la seconde Assemblée nationale constituante en 1946, il est également proclamé vice-président et demande, entre autres, le vote du statut des fonctionnaires avant la séparation de l'Assemblée, la modification des organismes de crédit et l'institution de la représentation proportionnelle intégrale.

Les élections générales législatives du 10 novembre 1946 à la représentation proportionnelle lui permirent d'emporter par 146.573 voix sur 311.215 votants un siège dans la sixième circonscription de la Seine, qu'il ne devait pas quitter jusqu'à la fin de la IVe République.

Chef du groupe parlementaire communiste, il est élu vice-président de la Chambre. Son style bonhomme mais souvent caustique avait fait de lui un des meilleurs orateurs du Parti. Vice-président de la Commission des finances, ses interventions dans le domaine de la politique fiscale seront, à ce titre, nombreuses. Mais il n'en continuera pas moins les interpellations sur la politique étrangère du Gouvernement en Indochine dénonçant les scandales de la guerre du Vietnam et réclamant la paix inlassablement.

Ses interventions au Parlement sont très fréquentes ; il prend la parole à chaque nouvelle investiture gouvernementale et lors de la mise en question d'un Gouvernement, en tant que porte-parole du groupe communiste.

Il demande notamment à interpeller sur l'arrestation de parlementaires du Finistère en 1950, et prend part à la discussion sur les événements de Brest. Mais il intervient également dans la discussion du projet de ratification de la C.E.C.A., et dépose des demandes d'interpellation sur l'arrestation du secrétaire général de la C.G.T. et des dirigeants de l'union de la jeunesse républicaine de France.

Outre cette abondante activité parlementaire, J. Duclos est éditorialiste à l'Humanité et dirige des journaux comme : Démocratie Nouvelle ou le Journal de Montreuil : La Voix de l'Est, sans toutefois renoncer aux réunions du Kominform où il se rend avec Fajon en 1947, 1948 et 1949, et aux voyages à Moscou lors des congrès et anniversaires importants.

Réélu ainsi que Ch. Tillon le 17 juin 1951 par 131.530 voix, sur 307.662 votants (les communistes ont alors 43,9 % des suffrages) il sera arrêté le 28 mai 1952 en « flagrant délit » lors d'une violente manifestation contre le général Ridgway, nouveau chef des Forces alliées en Europe. L'immunité parlementaire étant inopérante, il fut emprisonné à Fresnes, ce qui contribua à accroître sa popularité. Les Ecrits de prison parus en 1952 relatent les diverses étapes de sa défense, comme la Bataille pour la République retraçait, à travers ses discours, son action en 1946 lors des Assemblées nationales constituantes.

Libéré en juillet par la Chambre des mises en accusation (les réactions de la presse, à l'époque, vont de la stupeur indignée à l'enthousiasme triomphant) les poursuites engagées contre lui se confondent dès lors avec celles dites « du complot », qui visent également MM. Billoux, Fajon et Guyot. En novembre 1953, la levée de l'immunité parlementaire est repoussée, ce qui met fin aux poursuites.

Il n'avait d'ailleurs pas cessé ses activités au sein du P.C. et fit, notamment, partie des délégations allant en U.R.S.S. aux obsèques de Staline et aux fêtes commémoratives du 40e anniversaire de la Révolution. En effet, le retour d'U.R.S.S. de Thorez ne l'avait pas dépossédé de son rôle dirigeant ; la maladie de Thorez tenait celui-ci à l'écart et A. Marty avait été éliminé ; il devint donc secrétaire général par intérim.

Mais déjà les problèmes se succèdent : après l'Indochine c'est l'Algérie, pour laquelle il réclame le droit à l'indépendance et à la paix. La législature se termine par la dissolution, ce qui lui permet une intervention brillante sur la nécessité d'élections proches, et une diatribe contre les apparentements et les « Arrondissementiers ».

Aux élections anticipées du 2 janvier 1956, il est donc réélu comme chef de liste avec 169.644 voix sur 387.612 votants.

Membre de la Commission des finances et de la Commission des lois, il demandera notamment l'établissement de la représentation proportionnelle dans les élections cantonales, la nationalisation de l'industrie pétrolière et de la sidérurgie et déposera de nombreuses propositions de loi tendant à une meilleure justice fiscale. Il prend part à toutes les interpellations importantes de l'époque, comme celles concernant le Marché commun, la poursuite de la guerre en Algérie et le bombardement de Sakiet en Tunisie..

Enfin, le 1er juin 1958, il manifeste son hostilité au général de Gaulle ; celle-ci se traduira d'ailleurs dans les écrits, bien significatifs de ses préoccupations, qu'il fera paraître quelques années plus tard vers 1962 : L'Avenir de la Démocratie, Gaullisme, technocratie et corporatisme, De Napoléon à de Gaulle. Au nombre de ses oeuvres, il faudrait ajouter ses études historiques sur la commune de Paris A l'assaut du ciel et sur la 1re Internationale, ainsi que sa collaboration à L'Histoire du P.C., manuel du Parti.

Les 23 et 30 novembre 1958, les élections générales législatives marquent le retour au scrutin uninominal à 2 tours. Victime de la prise de position communiste au référendum, il est battu dans son fief de Montreuil avec 21.252 voix au second tour contre 29.662 voix à un médecin de l'Union des républicains, J.-P. Profichet.

Cependant, dès les élections sénatoriales d'avril 1959, il emporte un siège (il avait obtenu 2.176 voix sur 6.046 votants) et devient membre de la Commission des finances, puis membre de la Commission des affaires économiques du Luxembourg.

Président du groupe communiste, il réclame alors le rétablissement de la retraite du combattant et la construction d'un million de H.L.M. L'Algérie reste d'ailleurs le sujet essentiel de ses préoccupations au Sénat, et il interviendra chaque fois que seront discutées les mesures relatives au maintien de l'ordre et à la pacification. Après l'indépendance de l'Algérie, il réclamera' l'application loyale des Accords d'Evian. Défenseur des manifestants, il plaidera successivement au Sénat en faveur des travailleurs algériens luttant contre la discrimination (octobre 1961), des anciens combattants luttant pour leurs pensions (décembre 1962), et des travailleurs luttant pour le maintien de leur niveau de vie.

En 1963, il proposera un nouveau statut de la R.T.F. et, outre ses interventions lors des débats budgétaires, prendra parti lors de la discussion sur la Cour de Sûreté de l'Etat (février 1963) et la modification d'articles de la Constitution.

Ces dernières années lui donnèrent l'occasion de monter à la tribune pour protester contre les pratiques électorales de la Réunion et le procès des journaux martiniquais, tandis qu'il participait également aux deux récents débats concernant la réforme administrative de la région parisienne et la nouvelle loi électorale.

DUCLOS (Jacques)

Né le 2 octobre 1896 à Louey (Hautes-Pyrénées)

Décédé le 25 avril 1975 à Montreuil (Seine-Saint-Denis)

Député de la Seine de 1926 à 1932 et de 1936 à 1940

Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale Constituante (Seine)

Député de la Seine de 1946 à 1958

(Voir première partie de la biographie dans le dictionnaire des parlementaires français 1889-1940, tome IV, p. 1521 à 1523)

Principal dirigeant du parti communiste, devenu clandestin depuis sa dissolution en septembre 1939, Jacques Duclos est présent à Paris quand son adjoint Maurice Tréand négocie - entre le 17 juin et le 27 août 1940- la reparution de « l'Humanité » avec les autorités allemandes.

Hormis un séjour à Bourg-la-Reine, il réside en région parisienne pendant toute l'Occupation. Le 15 mai 1941 le parti communiste appelle à la formation d'un « Front national pour l'indépendance de la France » et prend des contacts avec l'ensemble des milieux résistants. La répression anti-communiste redouble et grâce au talent d'organisateur de Jacques Duclos son parti parvient à fonctionner. A partir de la fin de 1942, l'évolution de la situation militaire à l'Est et en Méditerranée ainsi que le S.T.O. lui permettent de développer sa politique d'alliance avec les gaullistes et de faire participer les communistes à tous les organismes unis de résistance.

Après la Libération l'ancien député de la Seine est relevé de la déchéance de son mandat par décision du Conseil des ministres du 28 octobre 1944 prise en application de l'ordonnance du 9 août 1944 portant rétablissement de la légalité républicaine et nommé à l'Assemblée consultative provisoire au titre de la résistance métropolitaine (parti communiste).

Membre de la Commission des prisonniers et déportés et des pensions il dépose des propositions de résolution relatives aux nationalisations et demandant l'ouverture de poursuites contre les administrateurs de banques ou de sociétés ayant collaboré avec l'occupant. Il prend part à la discussion de textes financiers, à un débat de politique générale et exprime l'avis du parti communiste sur l'élection d'une Assemblée nationale Constituante et l'organisation des pouvoirs publics.

Aux élections du 21 octobre 1945 pour la première Assemblée nationale Constituante, le parti communiste confie la tête de liste à Jacques Duclos dans la sixième circonscription de la Seine qui comprend Aubervilliers, Noisy-le-Sec, Pantin, Saint-Denis, Vincennes et Montreuil où, depuis 1939, son parti a mis un pavillon à sa disposition. La liste communiste arrive nettement en tête (46,6 % des suffrages exprimés) et obtient quatre des sept sièges à pourvoir. Il en ira de même aux élections du 2 juin 1946 pour la seconde Assemblée nationale Constituante et aux élections législatives du 10 novembre 1946 (respectivement 45,6 % et 48 % des voix). Aux élections législatives du 17 juin 1951 et du 2 janvier 1956 la liste communiste, toujours conduite par Jacques Duclos réalise des scores analogues (43,9 % et 45,5 %) qui lui garantiraient quatre sièges selon la « proportionnelle à la plus forte moyenne » mais la répartition au plus fort reste, introduite en 1951, ramène sa représentation à trois députés.

Pendant toute cette période (1945-1958), l'activité parlementaire de Jacques Duclos est étroitement liée à ses fonctions au sein de son parti et à la ligne de celui-ci.

Membre du comité central, du bureau politique et du secrétariat, numéro deux du parti, son expérience, ses talents d'organisateur et d'orateur, les liens qu'il a noués dans le mouvement communiste international, sa popularité auprès des militants en font presque l'égal de Maurice Thorez. Celui-ci accorde sa confiance à Jacques Duclos qui exerce l'intérim du secrétaire général quand, atteint par la maladie et fréquemment soigné en Union soviétique, il ne peut assumer directement et pleinement l'ensemble de ses tâches.

Pourtant l'ampleur de ses responsabilités au sein du parti communiste n'empêche pas Jacques Duclos de jouer un rôle parlementaire de tout premier plan. Président du groupe communiste des Assemblées nationales Constituantes puis de l'Assemblée nationale, Jacques Duclos est élu vice-président de cette dernière en 1947 et en 1949.

Membre de la Commission des finances et du contrôle budgétaire des deux Assemblées nationales Constituantes et membre de la Commission de l'intérieur au sein de la seconde de ces assemblées, il dépose des propositions de loi relatives à la Constitution de la République française, à l'élection des députés et aux nationalisations. En séance, il intervient dans ces domaines mais participe aussi aux débats budgétaires et de politique générale.

A l'Assemblée nationale, le député de la Seine siège au sein de deux des plus prestigieuses Commissions : celle des finances (sauf en 1955) dont il est vice-président de 1946 à 1949 et celle du suffrage universel.

Pendant la première législature de la IVe République (1946-1951) Jacques Duclos dépose cinquante et un textes parlementaires : propositions de loi ou de résolution et rapports. Il s'intéresse particulièrement aux questions économiques et fiscales, à la fonction publique et aux régimes électoraux des différentes élections - municipales, cantonales, nationales - pour lesquelles il préconise la proportionnelle. Parmi ces textes, une référence à son passé : sa proposition de loi supprimant le travail de nuit dans la boulangerie et dans la pâtisserie (21 mai 1948).

Durant cette législature le résumé de ses interventions en séance publique occupe douze pages de la table nominative des débats de l'Assemblée nationale. Outre les sujets qui font l'objet de ses propositions et rapports, il intervient dans les grands débats : investitures des présidents du Conseil et questions de confiance, politique du Gouvernement en Indochine et à Madagascar, politique étrangère, mouvements sociaux.

Au cours des deux autres législatures de la IVe République, le député de la Seine reprend ses précédentes propositions et, surtout à partir de 1956, concentre ses interventions sur la politique européenne - accords de Londres et de Paris, marché commun - l'Indochine et l'Algérie et la révision constitutionnelle.

Principal orateur communiste dans de nombreux débats, il lui revient de justifier les évolutions de son parti. Ainsi, après avoir soutenu le Gouvernement Guy Mollet au sujet des pouvoirs spéciaux en Algérie (12 mars 1956), il rejette leur reconduction (16 et 17 juillet 1957). Partisan de l'union de la gauche à laquelle il travaille de 1945 à 1947, il n'a de cesse par la suite de fustiger les socialistes et les « apparentés ». Cependant lors de la discussion du projet de loi relatif au renouvellement de l'Assemblée nationale, il propose un désistement réciproque à gauche au cas où le scrutin d'arrondissement serait rétabli (29 novembre 1955). De même après les élections de 1956 fait-il fréquemment référence à la majorité de gauche existant à l'Assemblée nationale.

Souvent bonhomme, sachant manier l'humour Jacques Duclos se comporte parfois en « vieux parlementaire républicain ». Ainsi souhaite-t-il un bon anniversaire à Louis Marin qui vient d'avoir soixante-dix ans (7 février 1947) ou exprime-t-il ses voeux de prompt rétablissement au président Herriot (29 avril 1947). Mais en général le président du groupe communiste se montre particulièrement incisif et cisèle des formules blessantes qui lui valurent de nombreux rappels à l'ordre. Le 29 novembre 1947 il déclare à propos de Robert Schuman, président du Conseil : « c'est un ancien officier allemand, c'est un boche ». Le 7 mai 1951 au cours de la discussion sur le mode de scrutin pour les élections législatives il parle du « fasciste de Gaulle » et compare le système des apparentements à l'exclusion des députés communistes du Reichstag par Hitler en 1933. Le 19 février 1952, dans le débat sur l'armée européenne, il stigmatise « l'esprit revanchard d'Adenauer et de sa clique ».

C'est peu après que Jacques Duclos connaît à nouveau la prison. Sous sa responsabilité, le parti communiste organise une violente manifestation, d'ailleurs interdite, contre la venue à Paris le 28 mai 1952 du général américain Ridgway - « Ridgway la peste » - nouveau chef des forces alliées en Europe. Arrêté le 28 mai au soir de l'émeute, alors qu'il regagne son domicile, d'où le flagrant délit, sa voiture est fouillée : on y trouve deux pigeons et un cahier de notes du bureau politique rédigées par le député de la Seine. On apprit plus tard que les volatiles étaient destinés à être accommodés en vue de leur dégustation mais cet incident permit au ministre de l'intérieur d'alimenter la thèse d'un complot communiste : « le complot des pigeons ». Après sa libération, intervenue le 1er juillet 1952, Jacques Duclos fait paraître ses Ecrits de prison. L'affaire connaît son épilogue le 6 novembre 1953 avec le refus de l'Assemblée nationale de lever l'immunité parlementaire de Jacques Duclos et de quatre autres députés communistes.

Gardien de l'orthodoxie au sein du parti communiste, Jacques Duclos se détermine uniquement en fonction de ce qu'il estime être l'intérêt supérieur du parti et de l'Internationale. Il participe largement à la campagne contre André Marty et Charles Tillon alors que les tournées de propagande qu'il avait organisées avec le premier les avaient tous deux conduits en prison en 1927 et qu'il menait la lutte électorale dans sa circonscription avec le second depuis 1945. En décembre 1952 André Marty est exclu du parti communiste et peu après Charles Tillon se retire dans le midi. Après la mort de Staline en mars 1953, Jacques Duclos refuse la « déstalinisation » contrairement à Auguste Lecoeur dont l'exclusion est prononcée le 16 novembre 1954. De même dans le mouvement communiste international où il semble superviser la politique du parti communiste français, le député de la Seine défend-t-il des positions de la plus stricte orthodoxie. Après avoir eu connaissance du rapport secret de Krouchtchev lors du XXe Congrès du parti communiste d'Union soviétique, il fait ovationner le nom de Staline dans un grand meeting le 9 mars 1956. Il entretient de bonnes relations avec le parti communiste chinois qui, lui aussi, refuse l'évolution du monde communiste et, quelques mois plus tard, il approuve l'intervention soviétique en Hongrie.

Avec ses collègues du groupe communiste, Jacques Duclos vote contre l'investiture du Général de Gaulle (1er juin 1958), contre les pleins pouvoirs et la révision constitutionnelle (2 juin).

DUCLOS (Jacques)

Né le 2 octobre 1896 à Louey (Hautes-Pyrénées)

Décédé le 25 avril 1975 à Montreuil (Seine-Saint-Denis)

Sénateur de la Seine de 1959 à 1968

Sénateur de Seine-Saint-Denis de 1968 à 1975

(Voir premières parties de la biographie dans le dictionnaire des parlementaires français 1889-1940, tome IV, p. 1521 à 1523 et 1940-1958, tome III, p. 405).

Après avoir été battu lors des élections législatives de novembre 1958 par son adversaire de l'U.N.R, Jacques Duclos est élu sénateur de la Seine, le 26 avril 1959. Tête de liste pour le Parti communiste français, qui recueille 2176 voix (36,2%) sur les 6003 suffrages exprimés, il devient aussitôt président du groupe commmuniste au Sénat. Il est également nommé à la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation, où il siège jusqu'en 1962.

Le 8 octobre 1959, il présente une proposition de loi visant à réaliser la rationalisation de l'enseignement public. Lors de la séance du 3 février 1960, il vote contre le projet de loi autorisant le Gouvernement à prendre, par application de l'article 38 de la Constitution, certaines mesures relatives au maintien de l'ordre, à la sauvegarde de l'Etat, à la planification et à l'administration de l'Algérie.

En août 1960, de retour d'un voyage à Cuba pour le congrès du Parti socialiste, il est victime d'un accident cardiaque qui le contraint au repos pendant plusieurs mois. Lorsqu'il reprend ses activités parlementaires, il dépose une proposition de loi afin d'établir le paiement trimestriel de la retraite des combattants.

Durant la guerre d'Algérie, il dénonce les persécussions subies par les Algériens vivants sur le territoire français, « victimes d'intolérables mesures de discrimination et de répression ». Lors de la séance des questions au Gouvernement du 12 février 1962, il demande des explications au ministre de l'Intérieur sur les évènements tragiques du métro Charonne qui ont endeuillé les manifestations de soutien au peuple algérien. Au passage, il stigmatise « cette politique de répression brutale rappelant par ses méthodes, une des périodes les plus tragiques de notre histoire nationale ».

Le 11 mai 1965, il vote en faveur du projet de loi portant réforme des régimes matrimoniaux. En septembre, Jacques Duclos est l'un des seuls membres du bureau politique du Parti communiste français, avec Waldeck Rochet, qui apporte son soutien à François Mitterrand pour les élections présidentielles, « puisqu'il est le candidat commun des partis de gauche signataires du programme commun de gouvernement ».

Par la suite, il intègre la commission mixte paritaire chargée de présenter un texte sur le projet de loi relatif à l'acquisition d'habitat à loyer modéré et à usage locatif par les locataires. Puis il est nommé membre de la commission des affaires économiques et du plan. A ce titre, il présente une proposition de loi tendant à promouvoir les mesures les plus urgentes pour établir la justice fiscale, notamment au moyen de la nationalisation des banques d'affaires, des banques de crédits et des banques de dépôts privés à moyen et à long terme.

Le 22 septembre 1968, Jacques Duclos est réélu sénateur de Seine-Saint-Denis. Aussitôt, il participe à la promotion d'une politique sociale du logement, et demande que la majorité civile et électorale soit fixée à l'âge de dix-huit ans. Puis, il souhaite la création d'une commission d'enquête parlementaire sur la crise de l'Université et sur les évènements survenus au mois de mai, tout en réclamant l'amnistie pour les infractions pénales commises par les étudiants interpelés. Il est nommé, le mois suivant, membre de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées.

Le 5 décembre 1967, il vote pour la loi dite Neuwirth relative à la régulation des naissances. Au moment du référendum du 27 avril 1969, il appelle à voter « non » au projet de loi relatif à la réforme du Sénat et à la régionalisation. Suite à la démission du général de Gaulle, Jacques Duclos est investi, le 1er juin 1969, candidat officiel du Parti communiste français aux élections présidentielles. Au soir du premier tour, il est largement distancé par Georges Pompidou et Alain Poher. Cependant, avec 4 781 838 voix (21,52% des suffrages exprimés), il arrive en troisième position et permet au Parti communiste de se maintenir comme une force politique de premier ordre. Avant le second tour, il retient l'attention de l'opinion publique en déclarant, à propos des deux candidats restés en lice, « c'est blanc bonnet et bonnet blanc », et en appelle à une abstention massive.

Le 17 février 1972, il dépose une proposition de résolution tendant à la création d'une commission d'enquête sur les procédés frauduleux auxquels recourent les sociétés pour échapper à l'imposition, et sur la législation permettant l'évasion fiscale. Au mois de mai, il présente, cette fois, une proposition de loi visant à déterminer le statut de la société nationale de radiodiffusion et télévision française. Durant le mois de juin 1972, il vote contre le projet de loi portant création et organisation des régions.

Au moment de l'examen de la loi dite Royer d'orientation du commerce et de l'artisanat, il s'abstient de voter. Lors de la séance des questions au Gouvernement du 12 novembre 1974, Jacques Duclos interpelle le ministre de l'Intérieur, Michel Poniatowski, au sujet de ses propos sur le Parti communiste français, un parti « totalitaire de caractère fascisant ». La discussion entre les deux hommes est si violente qu'André Méric, présidant les débats du jour, suspend la séance pour mettre un terme à l'incident.

Le 28 juin 1974, il vote pour la loi fixant à 18 ans l'âge de la majorité. Il fait de même pour la loi dite « Veil » relative à l'interruption volontaire de grossesse.

A l'occasion de ses soixante-quinze ans, il est décoré de l'ordre de Lénine et, dans le même temps, le Conseil d'Etat de la République démocratique d'Allemagne décide de lui décerner l'Ordre de Karl Marx. Au printemps 1975, Jacques Duclos se rend à Louey où débute le tournage d'un film sur sa vie, mais son état de santé se dégrade rapidement. Hospitalisé à Paris, il décède d'une congestion pulmonaire. Lors de ses obsèques, plusieurs dizaines de milliers de personnes, et de nombreux dirigeants communistes étrangers, viennent rendre une dernière fois hommage à l'ancien sénateur.

Jacques Duclos est aussi un auteur prolifique, comme en témoigne entre autres les ouvrages, L'avenir de la démocratie (1962), Gaullisme, technocratie, corporatisme (1963), De Napoléon à de Gaulle (1964), La Première Internationale (1964), Octobre 17 vu de France (1967), Comment le gauchisme fait le jeu de la réaction (1968), Bakounine et Marx (1974), Mémoires (1975), Ce que je crois (1975).

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Photo de M. Jacques DUCLOS, ancien sénateur
Appartenance politique
Membre du Groupe Communiste
Etat-civil
Né le 2 octobre 1896
Décédé le 25 avril 1975
Profession
Ouvrier pâtissier
Département
Seine-Saint-Denis