Sécurité dans les musées

Mme la présidente.  - L'ordre du jour appelle le débat sur la sécurité dans les musées, à la demande du groupe Les Républicains.

Mme Agnès Evren, pour le groupe Les Républicains .  - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains ; M. Adel Ziane et Mme Sonia de La Provôté applaudissent également.) Soutenir le patrimoine, c'est « donner à chaque Français les clefs du trésor », disait Malraux. Dans une société fracturée, le patrimoine est un puissant moteur de cohésion, un dénominateur commun qui doit tous nous rassembler.

Les Français ont été meurtris et indignés par le cambriolage du Louvre survenu le 19 octobre dernier, à l'heure de la vidéoprotection. Ce n'est pas un fait divers, ni un accident, ni une fatalité, mais le symptôme de l'échec de notre politique de protection du patrimoine. Le Louvre accueille près de 9 millions de visiteurs par an, soit environ 30 000 par jour, alors qu'il a été conçu pour en accueillir moins de la moitié. La fréquentation prime la protection, le chiffre prime la sécurité, qui passe après les expositions temporaires, les acquisitions...

Madame la ministre, je salue votre réactivité, avec l'enquête administrative, la mobilisation des préfets, le fonds de sûreté... Ces mesures étaient urgentes et nécessaires. Le Louvre a été cambriolé, non faute d'alerte, mais faute de hiérarchisation des décisions de la gouvernance.

Cet enchaînement inédit de défaillances systémiques doit servir d'exemple. Le Louvre n'est pas un cas isolé. La France compte plus de 1 200 musées dont les dispositifs de sécurité sont insuffisants. Chaque année, une vingtaine de vols sont recensés.

Nos églises sont aussi ciblées. En 2025, 600 objets liturgiques ont été dérobés : 11 % de plus qu'en 2024.

La multiplication des circuits de revente serait à l'origine de la hausse des vols. Un bien culturel est volé toutes les sept heures. Le trafic de biens culturels est un marché mondialisé et lucratif, ainsi que le confirment nos services de renseignement.

Le phénomène est à la fois chronique et systémique. Au-delà des responsabilités individuelles, le cambriolage du Louvre s'explique par une responsabilité collective.

Il faut changer de paradigme. Pendant longtemps, la sécurité muséale reposait sur un modèle simple. Celui-ci est dépassé, désormais. Les menaces ont changé de nature, nos agents sont insuffisamment formés aux nouveaux risques. Le groupe Les Républicains estime qu'il faut bâtir une politique nationale de sécurité et de sûreté fondée sur des principes clairs : transmission obligatoire et sécurisée des audits et cartographies des risques ; sanctuarisation des crédits alloués à la sécurité ; formation renforcée obligatoire et continue des agents ; procédures d'alerte. Dans le cas du Louvre, il faut consacrer les recettes de la licence de marque du Louvre Abu Dhabi -  207 millions d'euros  - à la sécurité.

Comment financer la restauration et la sécurisation de notre patrimoine ? Il y a urgence. Sur nos 45 000 monuments historiques, 20 % sont en mauvais état, tandis que 5 % sont en péril.

Si nous n'agissons pas, tout un pan de notre patrimoine disparaîtra. Nous devons être à la hauteur du mur d'investissements de 5 milliards d'euros nécessaires à la restauration de nos musées et de nos monuments, selon la Cour des comptes.

L'État ne peut plus être le seul financeur. Ouvrons le débat sans tabou sur la contribution directe des publics et des acteurs privés à la préservation de notre patrimoine.

Vous avez fait des propositions, madame la ministre, pour mettre en place un droit d'entrée touristique pour Notre-Dame de Paris et les visiteurs non européens. Il ne s'agit pas de faire payer l'entrée des fidèles dans un lieu de culte. Mais, pour un monument qui attire des millions de visiteurs, il est légitime de s'interroger sur des participations financières ciblées, justes et transparentes. Une tarification différenciée pour les touristes internationaux dégagerait des ressources fléchées vers la protection et la restauration. Les droits d'entrée ciblés, le mécénat, les partenariats privés et intelligents sont non pas une privatisation du patrimoine, mais une responsabilisation collective. Cette démarche fonctionne partout en Europe.

Les Français n'ont pas vocation à payer seuls pour un patrimoine qui bénéficie au monde entier. Refuser ces leviers, c'est accepter que la sécurité de nos oeuvres dépende uniquement de budgets contraints et arbitrés chaque année. Nous devons protéger notre patrimoine, car celui-ci fait la grandeur de notre pays et de notre culture. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, UC et INDEP)

M. Laurent Lafon .  - (M. Bernard Fialaire applaudit.) Le vol survenu au Louvre le 19 octobre dernier a été un choc. Il a mis en lumière une fragilité profonde et structurelle qui dépasse largement l'établissement. La commission de la culture a engagé une série d'auditions, sans concessions ni esprit polémique : l'enjeu était de comprendre pour éviter que cela ne se reproduise.

Notre constat est clair et sévère : les infrastructures de sécurité ne sont pas à la hauteur du patrimoine détenu par le Louvre. Ce cas révèle non une série de malchances, mais un problème structurel. Trop souvent, la sécurité a été pensée comme une contrainte technique et non comme une mission de la composante culturelle.

La lenteur du Louvre à mettre en oeuvre le schéma directeur de sécurité montre qu'il y a toujours d'autres priorités. Les recommandations existaient, mais n'ont pas été suivies d'effet. Cela pose une question de méthode et de pilotage.

Cette situation est préoccupante lorsque l'on élargit la focale à d'autres musées français. Qu'en est-il des musées territoriaux, souvent installés dans des bâtiments anciens, disposant de moyens humains et financiers limités ? La sécurité du patrimoine ne peut être laissée à la seule capacité budgétaire des établissements ou des collectivités. Elle doit reposer sur un socle commun qui garantisse à chaque musée un niveau suffisant de protection.

Comment l'État entend-il passer d'une logique de réaction à une logique de prévention ? Comment lui donner les moyens de sa crédibilité ? Le fonds de sûreté dont vous avez annoncé la création en octobre dernier n'a pas pu être doté des financements nécessaires lors de la séquence budgétaire. Comment ces financements pourront-ils être dégagés ? Comment seront-ils répartis ?

Mme Marie-Claude Lermytte .  - (Applaudissements sur quelques travées du groupe SER) Le braquage du Louvre nous a laissés pantois. Je salue le travail des agents du musée et des forces de police, qui ont interpellé deux suspects après seulement sept jours d'enquête.

Cet événement n'est pas un fait isolé, hélas. Cinq musées français ont été victimes de cambriolages.

La loi Musées de 2002 a rendu obligatoire le récolement décennal des collections. Le ministère de la culture dispose-t-il d'une vision exhaustive de l'état réel des collections publiques, notamment celles du Louvre ? Le résultat des récolements est-il centralisé au niveau national ou dispersé au sein des établissements, sans pilotage global ? Existe-t-il des mécanismes de contrôle ou de sanction lorsque cette obligation légale n'est pas respectée ? On ne peut lutter sérieusement contre les vols si l'on n'est pas en mesure d'identifier rapidement ce qui a disparu.

Chaque commerçant est tenu de faire l'inventaire de ses stocks, le marchand d'art de tenir son livre de police, sous peine de sanction. Comment accepter une exigence moindre pour le patrimoine de la nation ?

Le récolement n'est pas qu'une formalité administrative : il présente une ambition scientifique forte. Il devait améliorer la connaissance, favoriser les réattributions scientifiques, nourrir le travail de recherche. La politique scientifique des musées repose sur les obligations de déclaration !

Je m'interroge sur la continuité de l'action de l'État et la transmission d'informations stratégiques. Pourquoi la sécurisation de la galerie d'Apollon n'avait-elle pas été renforcée auparavant ? Mme des Cars avait-elle toutes les informations à sa prise de fonction, notamment l'audit de sécurité réalisé par Van Cleef & Arpels en 2018 ?

Les objets de petite taille à forte valeur sont désormais des cibles privilégiées. Quelles mesures sont prises pour assurer la sécurité des agents ? Quelle formation reçoivent-ils face aux risques ? Les évaluations de vulnérabilité ou de moralité sont-elles prévues pour l'ensemble de la carrière, y compris après l'accès aux fonctions de conservateur ? Pourrions-nous envisager une analyse des risques par typologie d'objets, une classification interne des oeuvres, pour mieux anticiper les menaces contemporaines ? L'IA pourrait être utile à cet égard. (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP)

Mme Sabine Drexler .  - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains) Rapporteure pour avis du programme 175 « Patrimoines », je me suis penchée ces derniers mois sur la sûreté de nos musées, sous-équipés face à des menaces croissantes. Certains sont particulièrement exposés, notamment ceux qui possèdent des métaux précieux ou des joyaux, très recherchés.

Les musées ne peuvent faire face aux nouveaux modes opératoires des criminels, comme l'attaque du musée du président Jacques-Chirac de Sarran à la disqueuse et au chalumeau ou la cyberattaque ayant frappé le Muséum national d'histoire naturelle. Outre les problèmes techniques  - difficile d'installer les réseaux nécessaires à la vidéosurveillance, par exemple, au sein de bâtiments patrimoniaux - les établissements ne disposent pas des fonds nécessaires.

La commission de la culture avait déposé un amendement au PLF 2026 abondant de 30 millions d'euros le fonds de sûreté annoncé par la ministre, mais celui-ci n'a pas survécu à la séquence budgétaire. Comment le Gouvernement compte-t-il alimenter ce fonds ?

La récente série de vols illustre une absence de culture de la sûreté des instances muséales : à Paris comme ailleurs, ces risques ne sont pas identifiés. Le rapport de la Cour des comptes et l'enquête de l'inspection générale des affaires culturelles (Igac) ont montré que le Louvre avait privilégié les acquisitions et la médiation à la sécurité...

Donnons-nous les moyens d'agir autrement. La protection du patrimoine, mission ingrate, doit devenir un pilier de l'action publique, au même titre que la valorisation et la transmission. Ce patrimoine ne nous appartient pas. Nous en sommes les dépositaires, les héritiers et avons donc le devoir de le protéger, avec la lucidité et la responsabilité qui ont manqué par le passé. Au Gouvernement d'y veiller dans l'exercice de sa tutelle. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains ; Mme Sonia de La Provôté et M. Jacques Fernique applaudissent également.)

M. François Patriat .  - Le constat est partagé et l'ambition unanime. Madame la ministre, nous sommes à vos côtés pour que les choses aillent dans un sens meilleur.

Autrefois, les collections étaient privées. Les musées en ont fait un patrimoine commun et partagé ; ils sont aussi des lieux de mémoire. L'art est accessible partout, à tout moment, y compris virtuellement. Se rendre dans un musée est une expérience unique, propre à chaque visiteur.

Les musées jouent une place cruciale dans la politique culturelle de notre pays. Quand ils sont menacés, c'est tout notre patrimoine qui l'est.

Sept minutes ont suffi pour dérober un trésor inestimable. Sept minutes, pour révéler les failles de sécurité de notre plus grand musée.

Dans une tribune parue au lendemain du cambriolage, plusieurs directeurs de grandes institutions du monde ont rappelé que les musées n'étaient ni des bastions ni des coffres-forts. Ils trouvent leur raison d'être dans leur ouverture et leur accessibilité.

Des mesures d'urgence ont été déployées après le vol du Louvre, à l'instar de la nomination d'un coordinateur de sécurité ou d'un audit portant sur la chaîne de transmission des informations, notamment.

Assurer la sécurité des musées territoriaux est aussi un enjeu national. Nous aurions dû nous concentrer sur les solutions à mettre en oeuvre. Au lieu de cela, certains ont versé dans des débats politiciens. Pas de clivage ! Il s'agit de notre patrimoine et de notre histoire.

Le plan Louvre  -  Nouvelle Renaissance, annoncé par le chef de l'État en janvier 2025, prévoit 80 millions d'euros pour la mise en sûreté des oeuvres. Le fonds de sûreté devra être abondé. La sécurité des musées est un enjeu majeur, nul ne saurait nous pardonner de ne pas agir en conséquence.

Madame la ministre, je salue l'énergie que vous déployez pour mieux protéger les musées. Comptez sur notre soutien pour y parvenir. (Mme Rachida Dati félicite l'orateur lorsque celui-ci revient à sa place.)

Mme Marie-Pierre Monier .  - (Applaudissements sur les travées du groupe SER et du GEST ; Mme Sonia de La Provôté applaudit également.) Après l'onde de choc du vol au Louvre, l'enquête confiée à l'Igac a mis en lumière des dysfonctionnements et les fragilités dans la doctrine de sécurité du musée.

Ce débat nous conduit à nous interroger sur la responsabilité du ministère de tutelle, alors que la dotation pour charges de service public du Louvre diminue de budget en budget.

La filière accueil et surveillance a perdu 72 ETP depuis 2019. Les investissements alloués au schéma directeur de la sécurité n'ont pas été maintenus dans la durée : 10 millions d'euros entre 2019 et 2022, réduits à 3 millions d'euros entre 2023 et 2026... Contrat d'objectif et de performance, siège au conseil d'administration, lettre de mission, le ministère dispose de plusieurs leviers pour progresser dans la sécurisation du musée.

L'enquête de l'Igac préconise de renforcer les relations entre le Louvre et son ministère de tutelle. D'autres pistes de travail opérationnelles ont été mises sur la table.

La menace qui pèse sur l'ensemble des musées est d'une grande ampleur. En 2023, France Télévisions nous interpellait : « Les musées français sont-ils des passoires ? ».

Le Louvre a bénéficié d'audits, mais les 363 établissements situés dans la ruralité - pas moins de 30 % des musées de France -, n'ont pu lancer de telles initiatives. Le ministère de la culture doit les accompagner, y compris en ingénierie, pour qu'ils conçoivent des réponses sécuritaires adaptées à leurs particularités et aux nouveaux modes opératoires, caractérisés par des braquages violents.

Le maillage des musées français contribue à notre richesse culturelle et émerveille tous ceux qui ont la chance de parcourir leurs allées. (Applaudissements sur les travées du groupe SER et du GEST)

M. Pierre Ouzoulias .  - Les nombreuses auditions de la commission de la culture ont montré de nombreuses défaillances, notamment au sein du Louvre. La large autonomie consentie à ces grands établissements exige un surcroît de contrôle par leur tutelle. Il aurait fallu des audits externes réguliers au Louvre, sous l'égide de l'administration centrale.

Certes, il existe au sein du ministère une mission sécurité, sûreté et d'audit (Missa), mais celle-ci agit à la demande des services et ne peut organiser des contrôles de son propre chef. Il est regrettable qu'elle ne soit pas directement associée à l'élaboration du dialogue de gestion et de tutelle. Je m'étonne que le Louvre n'ait jamais saisi la Missa durant la dernière décennie. Madame la ministre, vous avez annoncé un renforcement de ses missions et de ses moyens. Qu'en est-il ?

Son responsable, Pascal Mignot, nous a déclaré en audition qu'un changement complet de paradigme avait été décidé pour protéger les cathédrales contre les incendies. Il faudrait la même chose contre le vol. Sous quelles modalités ? En outre, il serait utile que la Missa apporte aux collectivités des compétences dont ces dernières ne disposent pas.

Le 8 décembre dernier, Noël Corbin, chef de l'Igac, a précisé que ses services n'avaient pas eu le temps d'expertiser la sûreté des réserves du Louvre. D'autres musées, comme le centre Georges Pompidou, ont d'importantes réserves. Toutes respectent-elles les normes de protection contre les incendies et les vols ?

Le recel des oeuvres pillées offre de nouvelles possibilités. Les vols se multiplient parce qu'il est plus facile d'écouler des oeuvres sur des marchés moins bien contrôlés. L'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC), dirigé par le colonel Jean-Baptiste Félicité, joue un rôle essentiel à cet égard. Le ministère doit s'organiser pour mieux travailler avec lui et partager ses bases de données, notamment.

Mme Ventalon et moi-même recommandions dans notre rapport d'information de 2022 de doter les opérateurs de vente d'objets d'art d'une base de données interopérable avec celle de l'OCBC. Mais cette mise à niveau n'a toujours pas été réalisée (Applaudissements sur les travées du groupe SER et du GEST).

Mme Rachida Dati, ministre.  - Quelques précisions.

Les établissements culturels conservant des collections publiques d'une sensibilité ou d'une valeur particulière sont inclus dans le périmètre du fonds de sûreté, monsieur Lafon. Seraient financés les audits, les équipements de détection, notamment. L'aide sera conditionnée à la mise en place d'un diagnostic, d'un schéma directeur et d'un plan pluriannuel de sûreté. Mais ce fonds n'a pas vocation à se subsister à des financements programmés.

Madame Lermytte, le bilan des récolements, réalisés une fois tous les dix ans, doit être établi au premier semestre 2026. Il porte sur 125 millions d'oeuvres. La tâche est immense. Le dernier date de 2016.

Monsieur Ouzoulias, je suis d'accord avec vous : autonomie ne signifie pas indépendance totale à l'égard de la tutelle. Les établissements se rappellent d'ailleurs au bon souvenir de la tutelle à chaque difficulté financière...

Vous évoquez, à propos de ce vol, des dysfonctionnements, des défaillances. J'espère que vous avez dit la même chose à mes prédécesseurs. (M. Pierre Ouzoulias le confirme.)

Les vols spectaculaires ont justifié la création de la Missa, qui sera renforcée. Le contrôle opéré par la tutelle devra l'être également.

Depuis que je suis ministre, certains ont été surpris de me voir demander des comptes. Mais cela fait partie des contrats d'objectifs. Certains ont tendance à l'oublier.

En 2024, 192 missions ont été menées au bénéfice des musées territoriaux.

Laurent Nunez et moi-même avons demandé aux préfets de contacter tous les établissements culturels pour recenser les failles de sécurité éventuelles et les oeuvres sensibles à sécuriser particulièrement.

Les vols sont de plus en plus organisés et ciblés.

Mme Monique de Marco .  - (Applaudissements sur les travées du GEST ainsi que sur plusieurs travées du groupe SER) Je remercie le groupe Les Républicains d'avoir proposé ce débat.

Le braquage spectaculaire du Louvre a mis en lumière la vulnérabilité des oeuvres confiées à notre plus grande institution muséale. Hélas, ce n'est pas un cas isolé. D'autres établissements ont subi des cambriolages : une pépite d'or au Muséum, des objets précieux à Limoges... Comment expliquer qu'à l'époque de la surveillance généralisée, des méthodes aussi rudimentaires aient pu fonctionner ? Quel anachronisme !

Depuis octobre dernier, la commission de la culture a mené un travail très important. Les résultats sont sans appel : les directions successives ont fait preuve de négligence dans les travaux d'entretien et de mise aux normes, au bénéfice d'aménagements scénographiques, selon le fait du prince, au détriment de la sécurité, des conditions de travail décentes des équipes et de la protection des oeuvres.

Au Louvre, la situation est d'autant plus préoccupante que le fait du prince est celui du Président de la République. Le projet Louvre - Nouvelle renaissance a immédiatement fait l'objet d'un concours national d'architecture - tandis que le projet de restauration technique de la sécurité des oeuvres restait en sommeil depuis huit ans...

La Cour qualifie cette opération de projet porteur de risques financiers significatifs. Dans un contexte tendu depuis le cambriolage, ce projet est aussi critiqué par les syndicats, qui réclament des moyens pour lutter contre la dégradation continue des conditions de travail.

Le projet d'installer la Joconde dans une salle inondable nous interpelle, tout comme l'objectif de porter le nombre de visiteurs de neuf à douze millions. Madame la ministre, êtes-vous à la tête du ministère de la culture ou du tourisme ? Roselyne Bachelot, l'une de vos prédécesseurs, dénonce le surtourisme qui nous pousse vers l'abîme.

Quelle est la vocation première d'un musée ? Servir de vitrine ? Léguer un patrimoine commun ? Éduquer à l'art ? Posons-nous les questions de fond.

Quelque 5 milliards d'euros seront nécessaires pour restaurer tous les musées et monuments historiques dans la décennie à venir, selon la Cour des comptes. Comment le Gouvernement entend-il articuler le projet Louvre - Nouvelle renaissance avec la nécessaire modernisation de la sécurité des musées placés sous sa tutelle ? (Applaudissements sur les travées du GEST, ainsi que sur quelques travées du groupe SER ; MmeMarie-Claude Lermytte et Sonia de La Provôté applaudissent également.)

Mme Rachida Dati, ministre.  - Le projet Louvre - Nouvelle renaissance intègre un schéma directeur de 450 millions d'euros comprenant toutes les mesures de sûreté et de sécurité demandées depuis plusieurs années. Vous ne pouvez donc pas dire que ces enjeux ont été mis de côté !

M. Bernard Fialaire .  - Le vol spectaculaire du 19 octobre dernier est le révélateur d'un dysfonctionnement structurel. Les auditions menées par la commission ont montré que la vulnérabilité du Louvre était connue. Des alertes avaient été formulées ; pourtant les failles documentées n'ont pas été traitées à temps.

La sécurité doit être une priorité stratégique. Les rapports existaient : un audit de 2017, celui de Van Cleef & Arpels sur la galerie d'Apollon, une cartographie des risques. Tous pointaient des vulnérabilités face aux risques d'intrusion et de vol, mais ont été mal exploités ou non transmis.

Des projets d'ampleur comme le projet Louvre - Nouvelle renaissance requièrent des moyens considérables. Il faut évidemment moderniser le Louvre. Cependant, peut-on engager plus d'un milliard d'euros sans avoir préalablement sécurisé ce qui existe et évalué précisément les coûts de fonctionnement ?

Ce débat dépasse le cas du Louvre. La France compte plus de 1 200 musées, dont beaucoup relèvent des collectivités territoriales, avec des moyens limités. La couronne de la Vierge de Fourvière, volée en 2017, 4 kg d'or et 1 800 pierres, n'a jamais été retrouvée...

Ces événements doivent déclencher une prise de conscience. Nous devons tirer les leçons de cet échec, afin de repenser la manière dont l'État protège ses biens les plus précieux. Où en est-on de la mise en oeuvre des recommandations de l'Igac ? Comment exiger une sécurité des biens culturels que nous restituerions à d'autres pays si nous ne sommes pas exemplaires ? Absence de gouvernance claire sur la sécurité, fonctionnement en silo, responsabilités diluées : tout cela est fort préjudiciable.

Notre société gagnerait à mettre en valeur la filière du design, trop peu représentée dans nos institutions, nos administrations, nos musées, et même dans la représentation nationale. Madame la ministre, pouvez-vous la valoriser ? (Applaudissements sur les travées du RDSE, du GEST et du groupe CRCE-K)

Mme Sonia de La Provôté .  - (Applaudissements sur les travées des groupes UC et Les Républicains) Le cambriolage du Louvre est un traumatisme national. C'est un peu de notre identité collective qui a été volée. Ajoutez-y une blessure d'amour-propre, tant le vol relève davantage des Pieds nickelés que d'Arsène Lupin !

Ce que les auditions de la commission de la culture ont révélé dépasse l'entendement : impréparation, déni des risques, défauts d'organisation... Des choix stratégiques incompréhensibles, des audits d'alerte inconnus de la direction, voire mis de côté, des équipements obsolètes. Confondant, consternant. À 30 secondes près, les voleurs auraient pu être rattrapés. La mise en oeuvre de quelques-unes des recommandations des audits de 2017 et 2019 y aurait suffi.

Par-delà les anathèmes et la recherche de responsabilité, ce vol invite à une réflexion plus large. La sécurité ne vaut pas uniquement pour les grands monuments nationaux. Il faut élargir le spectre. Or la sécurité est un parent pauvre dans les arbitrages budgétaires. Le vol n'est d'ailleurs qu'une de quatre grandes menaces, avec l'inondation, l'incendie et la dégradation. Les vols ne sont pas plus nombreux, mais plus violents.

Les fragilités et les faiblesses révélées par le cambriolage étaient connues, et pas seulement des experts. Agents d'accueil, surveillants, conservateurs, médiateurs : tous avaient lancé l'alerte. La sécurité est aussi une question de ressources humaines. Le problème, ce sont les sous-effectifs, le manque de formation, les conditions de travail.

Si le Louvre n'a pas eu les moyens d'agir, imaginez ce qu'il en est pour les plus petites institutions ! De nombreux musées locaux, souvent installés dans des bâtiments anciens, peinent à financer des dispositifs adaptés. Le financement de la sécurité est une affaire d'État, quel que soit le statut du responsable. Qu'en sera-t-il lorsque les collectivités, principaux financeurs de la culture, réduiront encore leur participation du fait du gel de leurs dotations ?

Ces collections, ces lieux, sont à nous tous. Le ministère doit s'emparer pleinement de ce sujet. Quel est le calendrier pour la rédaction d'une feuille de route nationale sur ce sujet, concernant tous les territoires, tous les musées ? (Applaudissements sur les travées des groupes UC et Les Républicains et sur quelques travées du GEST)

Mme Béatrice Gosselin .  - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains ; M. Laurent Lafon applaudit également.) La sécurité n'a pas toujours été une priorité, ni dans nos plus petits musées, ni, apparemment, au Louvre... Pendant longtemps, la conservation, la médiation, la programmation culturelle ont été privilégiées par rapport aux investissements de sûreté.

Le contexte est désormais plus exigeant, avec des risques accrus et des standards de sécurité renforcés. Les besoins sont identifiés, mais les financements font défaut. Sans accompagnement structuré, les audits risquent de rester sans suite, alors que les exigences pesant sur les établissements s'accroissent.

Un fonds de sûreté dédié aiderait les musées les plus fragiles à se mettre à niveau et assurerait une égalité de traitement entre territoires, notamment entre zones urbaines et rurales.

Quelles sont les intentions du Gouvernement pour faire de la sécurité des musées une priorité ? Y aura-t-il un fonds dédié ? (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et UC)

M. Jacques Grosperrin.  - Très bien.

M. Adel Ziane .  - (Applaudissements sur les travées du groupe SER et du GEST) Je remercie Agnès Evren pour cette initiative. Notre patrimoine relève pleinement d'un service public culturel, vivant, ancré dans les territoires. Protéger les musées, c'est protéger l'accès de toutes et tous à la culture.

Le 19 octobre dernier, le cambriolage du Louvre a agi comme un électrochoc. Mais cet arbre ne doit pas cacher la forêt. Avant et après, d'autres établissements ont été frappés : musée Cognacq-Jay, musée Adrien Dubouché à Limoges, musée du président Chirac à Sarran, Muséum d'histoire naturelle de Paris... Les modes opératoires témoignent d'une violence et d'un professionnalisme croissants.

Les banques et les bijouteries ayant augmenté leur protection, les cibles ont changé, les réseaux criminels se sont adaptés. Il n'y aura jamais de risque zéro, mais l'inaction et l'improvisation sont des certitudes d'échec.

La sécurité des oeuvres est encore largement pensée a posteriori, et laissée à la seule responsabilité des établissements, seuls et démunis face à cet enjeu. Faute de garanties suffisantes, certains renoncent à exposer leurs oeuvres les plus précieuses. C'est laisser la peur dicter la programmation, accepter que l'accès à la culture recule. Va-t-on laisser s'installer une culture à deux vitesses ?

Nous appelons à sortir de l'improvisation et à assumer une politique nationale de protection des oeuvres ; à définir une doctrine, avec des principes communs de protection, autour d'un objectif simple : dissuader, empêcher l'intrusion, retarder l'acte, le temps que les forces de l'ordre interviennent.

Ensuite, il faut se donner les moyens de ces exigences. Sans soutien ciblé de l'État, les musées territoriaux resteront les plus exposés. Or, lors de l'examen de la mission « Culture » du PLF 2026, l'amendement de notre rapporteure Sabine Drexler visant à concrétiser le fonds de sûreté était tombé ; vous aviez indiqué que le Gouvernement y était favorable, sans pour autant déposer vous-même d'amendement. Ces 30 millions d'euros auraient été un début.

La sécurité des oeuvres conditionne la capacité de nos musées à remplir leurs missions : transmettre, émanciper, rassembler. Nous attendons des actes. Ce fonds sera-t-il doté, pérennisé et accessible à tous ? Qui sera chargé du diagnostic, notamment dans les musées qui n'en ont pas les moyens ? Le Gouvernement va-t-il passer d'une logique de réaction à une politique de prévention et de sûreté ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER et du GEST ; Mme Sabine Drexler applaudit également.)

M. Jacques Grosperrin .  - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains) Trois minutes, et trois voeux.

« Le vol du Louvre ne peut rester sans conséquences, y compris sur les responsabilités », déclariez-vous le 28 octobre, madame la ministre. Trois mois après, qu'en est-il ? Notre commission a mené des auditions afin d'établir les responsabilités, sans succès : personne n'assume.

Mon premier voeu sera simple : sortons du déni, de la culture de l'excuse, de l'entre-soi parisien. La sécurité du Louvre n'a jamais été une priorité de la direction - d'ailleurs, nous n'avons toujours pas compris s'il y avait une direction chargée de la sûreté. (Mme Agnès Evren ironise.)

Mon deuxième voeu sera que l'on nomme un manager à la tête des musées, métier différent de celui de conservateur. Les conclusions de l'enquête administrative sont accablantes et révèlent plusieurs dysfonctionnements structurels en matière de sécurité. Ces failles avaient pourtant été identifiées, mais plutôt que d'élaborer un schéma directeur des équipements de sûreté valide, la direction a préféré se défausser en invoquant la charge de travail ou la complexité du projet. La sécurité de nos oeuvres ne peut être à géométrie variable : elle engage la protection de notre patrimoine et la crédibilité de l'État et du ministère.

D'où mon troisième voeu - et vous avez missionné M. Jost à cette lourde tâche : la rénovation du Louvre devra intégrer les équipements de sécurité et non les seuls éléments esthétiques.

Enfin, quid des musées de taille moyenne dans les territoires ruraux, souvent dans des bâtiments vieillissants ? (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et UC)

M. Jean-Gérard Paumier .  - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains) Le vol du Louvre a eu un retentissement mondial. Madame la ministre, vous avez diligenté une enquête afin d'en tirer des enseignements concrets.

Cette attaque n'est pas un fait isolé. La protection des oeuvres d'art de notre patrimoine est un enjeu pour les 1 223 musées labellisés musée de France. Je salue la multiplication des audits et commissions pour évaluer leurs besoins de sécurité.

Vous pourriez saisir le Haut Conseil des musées de France sur cette question majeure. Cette instance peut formuler des recommandations sur toute question relative aux musées.

Vous pourriez ainsi présenter un rapport sur l'état de la sécurité dans tous les musées et soumettre des pistes d'améliorations. En tant que sénateur représentant la Haute Assemblée dans cette instance, ma question est simple : comptez-vous la saisir pour avis ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains)

M. Max Brisson.  - Très bien !

Mme Rachida Dati, ministre de la culture .  - La sécurité des musées est un enjeu culturel. Madame Evren, vous avez fait un constat lucide et des recommandations que j'ai intégrées dans les mesures que j'ai annoncées. Merci.

Nous nous sommes attachés à la sécurité des publics en oubliant les oeuvres et les bâtiments. Le vol du Louvre nous incite à prendre ce sujet à coeur et nous appelle à un sursaut, comme l'a dit Mme Drexler.

Le phénomène n'est pas nouveau, monsieur Ouzoulias. Dès la fin des années 1980, la recrudescence des vols avait conduit le ministère à créer la Missa - la seule de ce type en Europe.

Les modes opératoires ont évolué : le vol du Louvre n'a duré que 3,52 minutes. Souvent, ce sont des vols de commande. Il faut adapter notre réponse, en renforçant les moyens de la Missa, en systématisant les visites d'experts dans les musées et monuments, tous les cinq ans. Toute prescription doit être suivie de travaux obligatoires.

À la suite de la mission confiée au député Christophe Marion, le groupe de travail mis en place par la direction générale des patrimoines et de l'architecture (DGPA) est chargé de définir un plan d'action.

Sur le Louvre, pour répondre à l'urgence, dix-sept mesures sont en cours de déploiement, pour une refonte de la politique de sûreté et de sécurité. Un coordinateur de la sûreté sera placé auprès de la présidence, un comité de pilotage de sûreté associant la préfecture de police sera créé. La sécurité était une mission très dispersée, éclatée entre toutes les directions. Nous y remédions. Citons aussi l'installation de dispositifs anti-intrusion, l'actualisation de la cartographie des risques, la formation obligatoire des agents à la prévention des vols et à l'intrusion - seuls 3 % étaient formés. J'ai reçu les organisations syndicales et entendu leur émoi. Nous poursuivons la discussion avec les syndicats, en bonne intelligence. Leurs remarques sont pertinentes.

Ma priorité a été de préserver la stabilité de l'établissement, sa capacité à accueillir du public - cette année encore, le musée a battu un record de fréquentation. Mais la question de la responsabilité se posera. Les opérateurs et les établissements du ministère bénéficient d'une autonomie certes propice à leur agilité, mais qui a pu se muer en une forme d'indépendance totale, ce qu'elle n'est pas. L'autonomie ne dispense pas de rendre des comptes.

Le statut des dirigeants d'établissement a été évoqué. Le président du Louvre doit avoir la qualité de conservateur - ce n'est pas le cas à Versailles. Je souhaite revoir la gouvernance des établissements publics de l'État, et inscrire dans la convention d'objectifs que la sûreté est un des éléments de la part variable des dirigeants.

Certains d'entre vous ont souligné les inégalités territoriales. Nous y répondons à travers l'état des lieux lancé avec Laurent Nunez, les moyens renforcés de la Missa et le fonds de sûreté, que je continuerai de défendre lors des débats budgétaires - le budget n'ayant pas été voté...

M. Adel Ziane.  - Je l'ai rappelé.

Mme Rachida Dati, ministre.  - En matière de sûreté, l'État est aux côtés des collectivités, notamment via les Drac et la Missa. Avant tout prêt ou tout dépôt, ses experts vont constater les conditions de sûreté et de conservation. Je souhaite désormais conditionner prêts et dépôts à la réalisation effective des mesures de sécurisation nécessaires.

Je salue les élus et les musées qui, partout dans nos territoires, veillent à la sécurité des oeuvres placées sous leur responsabilité, en prenant en compte les contraintes patrimoniales.

Nos musées s'intègrent dans leur environnement extérieur, dans les villes et les villages. Pour le Louvre, et sans aucune polémique, la Ville de Paris a aussi une responsabilité : elle est co-responsable de la sécurisation du site aux abords du musée. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, RDPI et UC)

M. Max Brisson, pour le groupe Les Républicains .  - (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et UC) Merci à Agnès Evren pour ce débat. Merci aux intervenants, merci à Mme la ministre de nous avoir montré que la crise du Louvre est l'occasion d'une prise de conscience. Il faut regarder devant, avec un seul objectif : exposer mieux, exposer toujours et en sécurité.

L'affaire du Louvre fut un révélateur des néfastes choix du passé : sécurité considérée comme une variable d'ajustement, retard persistant dans le déploiement des équipements de sécurité, insuffisance du pilotage de la tutelle, dispersion des responsabilités. Cela dit l'ampleur du chantier à mener. Plans de sécurité rarement testés, peu actualisés, mal coordonnés ; systèmes techniques insuffisants, vieillissants, mal entretenus ; locaux anciens, inadaptés et vulnérables aux intrusions ; agents souvent précaires, insuffisamment formés aux risques contemporains. Et ce, dans un contexte de multiplication des menaces : vols commandités par des réseaux, dégradations pour des motifs idéologiques, menaces contre les personnes, contre l'image et le rayonnement culturel de notre pays. Cela ne touche pas que le Louvre.

Une nouvelle politique se dessine. Il faut créer un fonds dédié - je ne reviendrai pas sur les incidents de séance qui ont empêché son adoption en loi de finances. Il faut renforcer notre connaissance fine de la situation ; établir les besoins de l'ensemble des musées nationaux et territoriaux ; poser, sous l'égide du Haut Conseil des musées de France, un diagnostic national pour déterminer les sites les plus vulnérables et les collections les plus sensibles afin de prioriser les dépenses.

Il faudra aussi envisager d'autres sources de financement. Vous avez fait des propositions controversées par le passé au sujet de Notre-Dame - peut-être faudra-t-il y réfléchir à nouveau.

Il faut aussi revaloriser les professions de la surveillance.

Enfin, et cela a été rappelé sur tous les bancs : il faut une tutelle renforcée. C'est un enjeu national, patrimonial, de rayonnement.

Puisse le terrible casse du Louvre être l'occasion d'une prise de conscience qui débouche sur une nouvelle politique et une future exemplarité de nos musées. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et UC)