SÉANCE
du mardi 13 janvier 2026
48e séance de la session ordinaire 2025-2026
Présidence de M. Gérard Larcher
La séance est ouverte à 14 h 30.
Éloge funèbre de Gilbert Bouchet
M. le président. - (Mmes et MM. les sénateurs se lèvent ainsi que Mmes et MM. les ministres.) C'est avec une profonde tristesse que nous avons appris, le 20 octobre dernier, la disparition de notre collègue Gilbert Bouchet, sénateur de la Drôme, à l'âge de 78 ans, au terme de son incroyable combat face à la sclérose latérale amyotrophique.
Ses obsèques se sont déroulées le 24 octobre à Tain-l'Hermitage, en présence de son épouse et de ses proches. Plusieurs de nos collègues sont allés lui rendre hommage, dont le président Mathieu Darnaud, représentant le Sénat, ainsi que les sénateurs de la Drôme, Marie-Pierre Monier, Marie-Pierre Mouton, qui lui a succédé dans notre assemblée, et Bernard Buis. Tous trois l'ont entouré et soutenu pendant sa maladie. Je les en remercie vivement.
J'avais tenu à lui rendre visite dans la Drôme, le 4 juillet dernier, pour échanger avec lui, pour examiner des dossiers qui lui tenaient à coeur et lui remettre la médaille de la présidence du Sénat. Cette distinction honorait sa pugnacité pour défendre la cause des malades. Ce jour-là, malgré l'épreuve qu'il traversait, j'ai pu mesurer une fois encore son courage et sa détermination à poursuivre son mandat au service de ses concitoyens. J'ai le souvenir de l'accueil de son épouse et de lui-même, dans leur appartement.
Figure emblématique de la Drôme, Gilbert Bouchet consacra sa vie à ce territoire qu'il aimait tant. Né le 8 janvier 1947 à La Voulte-sur-Rhône en Ardèche, il fit ses armes dans l'hôtellerie. Il reprit l'établissement familial à Tain-l'Hermitage, qu'il dirigea pendant près de vingt-cinq ans. Très tôt, son engagement dépassa toutefois sa propre entreprise. Président du syndicat des hôteliers de la Drôme, il se mit au service de la profession et du rayonnement de son territoire et créa en 1972 le premier syndicat d'initiative de sa ville.
Son élection, en 1995, à la mairie de Tain-l'Hermitage constitua le moment privilégié de sa vie publique. Il se consacra à sa commune durant vingt-deux ans. Il la transforma et mit toute son énergie au service de ses habitants, avec cette simplicité et cette générosité qui le caractérisaient.
Il aimait ainsi raconter la nationale 7, cette route mythique qui traverse sa commune. Pour faire vivre cette mémoire, il créa l'association « Aire N7 » et porta, avec ténacité, l'idée que le patrimoine populaire pouvait constituer un levier d'attractivité et de développement.
Attaché à sa commune, Gilbert Bouchet l'était aussi à son département. Élu conseiller général du canton de Tain-l'Hermitage en 1992, il exerça ce mandat jusqu'en 2014. Vice-président du conseil général de la Drôme de 1992 à 2002, il fut notamment chargé du sport et de la jeunesse et oeuvra tout particulièrement pour le développement des sports de nature, avec en point d'orgue la création du stade de biathlon Raphaël-Poirée.
Il est impossible d'évoquer Gilbert Bouchet sans aborder également son attachement à la viticulture. Créateur du salon des vins de Tain-l'Hermitage, membre du groupe d'études Vigne et vin du Sénat, il portait haut les couleurs de ces magnifiques coteaux au confluent du Rhône et du Doux, au coeur du vignoble des Côtes-du-Rhône. J'étais venu en 2015 inaugurer le 31e salon des vins à Tain-l'Hermitage, en faisant partager cette phrase de Montaigne : « Servez-leur du bon vin, ils vous feront de bonnes lois ». (On apprécie sur plusieurs travées.)
Son engagement au sein de l'association des maires de la Drôme, dont il fut secrétaire général de 2001 à 2020, témoigne également de son attachement à la défense des collectivités territoriales. À ce titre, il arpenta inlassablement son département, à l'écoute des préoccupations de ses homologues, portant leurs voix auprès des pouvoirs publics et tissant un réseau de solidarité précieux entre élus ruraux.
Le Sénat, chambre des territoires, constituait le prolongement logique de ce parcours d'élu exemplaire. C'est donc tout naturellement que Gilbert Bouchet franchit, en septembre 2014, les portes du Palais du Luxembourg. Dans notre assemblée, où il fut réélu en 2020, il porta avec conviction la voix de la Drôme et celle de tous les territoires. Élu de terrain, il resta jusqu'au bout un défenseur de la ruralité.
Membre du groupe Union pour un mouvement populaire puis Les Républicains, il rejoignit d'abord la commission de la culture, de l'éducation et de la communication, puis la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées. Son engagement sur les sujets internationaux le conduisit notamment à siéger au conseil d'administration de l'Agence française de développement entre 2017 et 2021.
Gilbert Bouchet fut également vice-président de la délégation sénatoriale aux entreprises. Fort de son expérience de chef d'entreprise, il aborda cette nouvelle responsabilité avec une exigence qu'il ne cessa de porter : comprendre ce qui freine, ce qui décourage, ce qui empêche d'embaucher et d'investir - et chercher, avec pragmatisme, des solutions concrètes. Convaincu que le législateur ne devait pas se contenter d'entendre au Sénat les représentants institutionnels, mais aller directement à la rencontre des entrepreneurs sur le terrain, il contribua à faire de cette démarche une des marques de fabrique de la délégation.
Mais la vie, parfois, impose ses épreuves. En avril 2023, une sclérose latérale amyotrophique lui fut diagnostiquée, une pathologie dégénérative plus connue sous le nom de maladie de Charcot, qui touche chaque année près de 1 700 de nos concitoyens.
Gilbert Bouchet eut alors le courage de transformer cette épreuve personnelle en combat, au service de l'intérêt général. Le 15 octobre 2024 - je m'en souviens -, affaibli et sous respirateur, il tint à défendre en personne dans notre hémicycle sa proposition de loi pour améliorer la prise en charge de la sclérose latérale amyotrophique et d'autres maladies évolutives graves, cosignée avec notre collègue Philippe Mouiller. Nous gardons tous en mémoire le souvenir si profondément humain de son intervention.
Il mena ce combat comme il avait mené tous les autres : en partant du concret, à savoir le décalage cruel entre la rapidité avec laquelle la maladie progresse et la lenteur des procédures qui conditionnent l'accès aux aides. Trop souvent, les besoins des malades avaient déjà changé avant même que leur demande d'aide n'aboutisse, tandis qu'une barrière d'âge privait les personnes diagnostiquées après 60 ans d'une prise en charge équitable. Adoptée à l'unanimité au Sénat puis à l'Assemblée nationale, cette loi promulguée le 17 février 2025 constitua une grande victoire pour tous les malades et leurs proches. C'est là, sans doute, le plus bel héritage qu'un parlementaire puisse laisser à la République : avoir fait avancer, par la force de la loi, la cause des plus vulnérables.
Nous garderons de Gilbert Bouchet le souvenir d'un sénateur engagé et d'un élu de proximité tellement attaché à son territoire, qui aura continué jusqu'au bout à défendre les intérêts de ses concitoyens, donnant à tous une leçon de courage et de générosité.
J'exprime notre sympathie attristée à ses collègues sénateurs de la Drôme, à Marie-Pierre Mouton, mais aussi ma sympathie affectueuse à Maryse, son épouse, qui a été à ses côtés attentive, accueillante. Je salue sa présence dans notre tribune malgré les difficultés qui sont les siennes - nous sommes très sensibles, madame, à votre présence cet après-midi -, ainsi qu'à tous ses proches, qui l'ont accompagné dans ce parcours de vie hors du commun. Je voulais saluer aussi tout particulièrement celui qui l'a accompagné tout au long de sa maladie, M. Jean Hernandez.
Oui, Gilbert Bouchet restera dans nos mémoires une référence.
M. Philippe Tabarot, ministre des transports. - Il me revient l'honneur, au nom du Gouvernement, de rendre hommage à Gilbert Bouchet, avec mes collègues Françoise Gatel, Charlotte Parmentier-Lecocq et Vincent Jeanbrun.
Il y a encore un an, je siégeais parmi vous, avec Gilbert Bouchet, membre actif et engagé du groupe Les Républicains. J'ai eu la chance de le côtoyer pendant quatre années.
Il était un homme de terrain, profondément enraciné dans sa ville et son département, la Drôme, où il a construit sa vie. Chef d'entreprise dans l'hôtellerie pendant vingt-cinq ans, il incarnait l'entrepreneuriat de proximité. Président du syndicat des hôteliers de la Drôme, il a créé le premier syndicat d'initiative de Tain-l'Hermitage dès 1972.
Maire pendant vingt-deux ans, conseiller général pendant plus de vingt ans, il était de ces élus qui ne comptent pas leur temps. Homme chaleureux, à l'écoute, engagé, il a transformé sa ville et laissé un héritage durable. Fervent défenseur du patrimoine français, il a créé le salon des vins de Tain-l'Hermitage, véritable institution célébrant le patrimoine viticole de la vallée du Rhône. Son élection au Sénat, en 2014, puis sa réélection, en 2020, ont marqué une nouvelle étape de son parcours. Il était un élu local, un entrepreneur et un parlementaire investi et combatif au service de son territoire.
Il s'est éteint le 20 octobre dernier après des mois de lutte contre cette terrible maladie de Charcot. Son combat a touché ses collègues sénateurs. Sa présence dans l'hémicycle, en fauteuil roulant, aidé d'un respirateur, pour défendre sa proposition de loi nous a marqués à jamais. Il a forcé l'admiration de tous en continuant à siéger au Sénat pour porter la voix des malades, jusqu'à l'adoption de sa proposition de loi.
Ce texte, adopté à l'unanimité, améliore concrètement la prise en charge de toutes les personnes atteintes d'une maladie neurodégénérative évolutive grave. Cet héritage législatif change la vie de milliers de malades et de leurs familles. Gilbert Bouchet a transformé son épreuve personnelle en combat collectif, incarnant des valeurs fondamentales de notre République : fraternité, dignité, solidarité.
Ses dernières interventions ont touché la France entière : son témoignage empreint d'humanité et de courage montre que le chemin de la politique, quoi que rude, est avant tout chose noble. Se battre pour les plus vulnérables doit nous rassembler. Que cette leçon nous inspire dans notre mission de représentants de la nation.
Au nom du Gouvernement, j'adresse mes sincères condoléances à son épouse, à ses proches, à ses amis, à ses collègues du groupe Les Républicains et à ses collaborateurs. Gilbert Bouchet restera à jamais dans nos mémoires et dans nos coeurs.
Mme Charlotte Parmentier-Lecocq, ministre déléguée chargée de l'autonomie et des personnes handicapées. - Quelques mots pour rappeler le dernier combat de Gilbert Bouchet, contre la maladie et surtout pour les malades. Il a poursuivi son mandat avec dignité, jusqu'à un stade avancé de sa maladie. Il a contribué à sortir cette maladie de l'invisibilité politique et administrative. Sa mobilisation pour améliorer l'accès aux droits, la reconnaissance du handicap et la rapidité de la prise en charge a été remarquable.
La loi dont il est l'auteur a été promulguée en février 2025 : l'égalité d'accès à la prestation de compensation du handicap indépendamment de l'âge du diagnostic, la simplification et l'accélération de l'accès aux droits et la meilleure prise en compte des besoins des aidants sont autant d'avancées essentielles qui en sont issues. Son adoption à l'unanimité a marqué un consensus républicain inoubliable. La loi Bouchet portera à jamais son nom : elle sera son legs à la société ; nous le concrétiserons.
Gilbert Bouchet voulait des avancées concrètes. Les consultations réglementaires sont en cours pour que l'arrêté d'application soit publié en février. Je m'y engage. (Mmes et MM. les sénateurs et membres du Gouvernement observent un moment de recueillement.)
M. le président. - Conformément à notre tradition, nous allons suspendre nos travaux quelques instants en hommage à Gilbert Bouchet.
La séance, suspendue à 14 h 55, reprend à 15 h 15.
Présidence de M. Pierre Ouzoulias, vice-président