SÉANCE

du mardi 9 juin 2026

99e séance de la session ordinaire 2025-2026

Présidence de M. Gérard Larcher

La séance est ouverte à 14 h 35.

Programmation militaire pour les années 2024 à 2030 (Procédure accélérée - Suite)

M. le président.  - L'ordre du jour appelle les explications de vote des groupes et le vote par scrutin public solennel sur le projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 et portant diverses dispositions intéressant la défense.

Explications de vote

M. Cédric Perrin .  - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et sur quelques travées du groupe UC ; M. Marc Laménie applaudit également.) La question centrale de ce texte est celle de la cohérence, nos débats l'ont démontré ; je remercie tous ceux qui y ont participé, ainsi que Mme la ministre. Ils ont mis en lumière les positions de chacun. Celle de notre groupe est claire : notre défense doit être au coeur du débat public.

Le projet de loi d'actualisation, qui tire les conséquences du sous-financement de la loi de programmation militaire (LPM) votée en 2023, met chacun face à ses responsabilités, à sa conscience et à l'histoire.

Depuis la LPM Parly, notre groupe alerte et appelle à remonter en puissance au plus vite. Les gouvernements successifs ont eu du mal à entendre le Sénat ; pourtant, les faits nous ont donné raison.

Le refus du Gouvernement de revoir la trajectoire budgétaire à la hausse n'a pas convaincu au sein de la commission, et de nombreux collègues d'autres groupes nous ont rejoints dans le choix d'aller plus loin que la hausse de 9 % qui était proposée. C'est le choix de la raison et de la lucidité. À l'heure de vérité, le compte rendu de nos débats reflétera les positions des uns et des autres.

Concentrons-nous sur les deux acquis de ce débat. D'abord, l'inscription d'un objectif de 2,7 % du PIB pour la défense d'ici à 2030, ce qui représente 450 milliards d'euros, ainsi que des objets capacitaires pour accélérer le redressement de nos armées, et l'affirmation d'un principe de subsidiarité pour les petits matériels.

Deuxième clarification : le débat sur le financement. Le déficit et l'emprunt n'étant plus une option envisageable, notre groupe plaide pour des économies sur d'autres dépenses publiques. Nous sacrifierions notre modèle social au profit des armées, nous dit la gauche ? Mais quand sur 1 000 euros d'impôt, 567 euros vont à la protection sociale et 32 à la défense de la nation, qui est sacrifié ? (Mme Raymonde Poncet Monge proteste.) L'éducation, c'est 89 euros, le service de la dette, 35 euros.

Mme Marie-Pierre de La Gontrie.  - Et la justice ?

M. Cédric Perrin.  - C'est 5 euros.

Nous dépensons dix-huit fois plus pour la protection sociale que pour la défense ! La suppression de la réforme des retraites coûtera entre 18 et 20 milliards d'euros d'ici à 2035, davantage que les 14 milliards nécessaires à nos forces. C'est bien la défense qui a été la grande sacrifiée des trente dernières années.

M. Rachid Temal.  - Sous Sarkozy ! (On renchérit sur les travées du groupe SER.)

M. Cédric Perrin.  - Dernière source de financement possible : l'augmentation des impôts. Notre groupe l'écarte naturellement, dans un pays qui est déjà parmi les plus taxés...

Mme Marie-Pierre de La Gontrie.  - Ça dépend pour qui !

M. Cédric Perrin.  - Comment financer ces 14 milliards supplémentaires ? Le projet de loi de finances sera le lieu d'en débattre. Jusqu'ici, le Sénat a toujours dépassé les positionnements partisans sur ces sujets, et avait voté les deux dernières LPM à plus de 95 %.

Je m'étonne que le Gouvernement pose la question - alors qu'il ne dit mot du financement des 36 milliards supplémentaires qu'il propose...

M. Mickaël Vallet.  - C'est vrai.

M. Cédric Perrin.  - Le groupe Les Républicains assume ses choix budgétaires. Oui, toute hausse des dépenses de défense devra être gagée par des économies ailleurs : cela s'appelle fixer des priorités, les assumer et dire la vérité aux Français. (M. Rachid Temal s'exclame.)

Si la Russie nous contraint à la guerre, ces 14 milliards paraîtront bien insignifiants ! Plus nous serons forts et dissuasifs, moins nos adversaires seront tentés de tester notre détermination.

Nous voulons rester acteurs de notre destin et non spectateurs de notre déclin. C'est pourquoi nous voterons ce texte et chercherons à l'améliorer en CMP. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains)

Mme Nicole Duranton .  - (Applaudissements sur les travées du RDPI) Quel acte manqué ! Fort d'un constat partagé, ce texte essentiel était l'occasion de montrer le meilleur visage du Sénat, celui de la responsabilité, de la lucidité et du sens de l'intérêt général.

Or nous votons finalement une programmation sans colonne vertébrale financière. Nous rehaussons tous les objectifs de commandes, mais sans plan budgétaire ni garantie pour les rendre effectifs. C'est au mieux paradoxal, au pire absurde.

Nous avions le choix entre une trajectoire crédible, réaliste, à 36 milliards d'euros, ou un affichage, certes séduisant, mais insoutenable, donc insincère, à 50 milliards d'euros. Le Sénat s'était initialement rassemblé derrière la proposition du Gouvernement de 36 milliards, envoyant à la nation le signal d'un effort massif et sérieux pour notre défense, et faisant honneur à sa réputation de sagesse. Malheureusement, une partie de l'hémicycle, refusant le choix de la majorité, a préféré supprimer les 36 milliards programmés - et ce faisant, l'ensemble des crédits prévus. Jugeant l'effort insuffisant, ils ont choisi de l'effacer ! Nous y voyons le début d'une campagne électorale, au détriment de nos armées. (On s'en offusque à droite.)

La nation paie le prix de cet affrontement politique : sans accord en CMP, ce sont des milliards qui n'iront pas à la modernisation de nos capacités militaires et stratégiques.

Pendant ce temps, la Russie continue sa guerre meurtrière en Ukraine, le conflit au Moyen-Orient s'enlise, la Chine a augmenté de 7 % son budget militaire et met en scène sa puissance avec méthode. Ces foyers s'alimentent mutuellement, dans un monde d'interdépendances stratégiques.

Il nous faudra, le moment venu, une nouvelle programmation militaire, après un nouveau Livre blanc. Cette actualisation n'a pas vocation à tout réécrire, mais à sécuriser, dans l'immédiat, un effort supplémentaire et crédible pour nos armées.

Sous la présidence du Président de la République, le budget des armées aura doublé en dix ans, c'est un gage de sincérité, de fiabilité, de confiance. (Mme Catherine Vautrin et M. François Patriat acquiescent.)

Mettons-nous autour de la table avec nos collègues députés, qui se sont montrés à la hauteur des enjeux, et votons cette actualisation avant l'été.

Le texte va dans le bon sens, notamment grâce à l'adoption de nos amendements - sur les moyens pour Mayotte, sur les professionnels de santé militaires étrangers au sein du service de santé des armées, ou encore sur la reconnaissance des vétérans sous-mariniers. Notre groupe ne s'opposera pas à son adoption, en souhaitant que la CMP en rétablisse la cohérence.

Au début de nos débats, j'ai cité le général de Gaulle : « la défense est la première raison d'être de l'État ». Soyons dignes de notre héritage et de cette exigence. (Applaudissements sur les travées du RDPI ; Mmes Évelyne Perrot et Mireille Jouve applaudissent également.)

M. Rachid Temal .  - (Applaudissements sur les travées du groupe SER) Je salue les hommes et les femmes qui servent, dans l'Hexagone, dans les outre-mer et de par le monde, sous nos couleurs ou celles des Nations unies, et font parfois le sacrifice ultime.

Les socialistes avaient abordé le texte avec lucidité et sincérité, proposant des amendements pour l'améliorer.

Mais le nerf de la guerre, c'est la trajectoire financière. À cet égard, espérons que la CMP sera conclusive. L'élection présidentielle se profile... Nos amis LR proposent 14 milliards de plus, mais en réalité, la seule différence avec la courbe proposée par le Gouvernement, c'est 500 millions d'euros en 2027 : le reste n'est qu'affichage !

Nous avons déposé un amendement pour en rester à 436 milliards d'euros, qu'il faut déjà financer. Nous avons été les seuls à faire des propositions de financement. Bruno Retailleau en a fait une, il est vrai : il rétablira la croissance. J'en prends note, nous en reparlerons !

Je regrette que le Sénat, après avoir voté l'amendement à 436 milliards, ait choisi de sacrifier l'article : au final, c'est donc zéro euro de plus pour nos troupes. C'est une faute politique. (Mme Sophie Primas s'exclame.) L'image du Sénat est abîmée. (M. Cédric Perrin proteste.)

Nous reviendrons sur le volet financier en CMP. La clé, c'est l'acceptation sociale. Sur 1 000 euros d'impôt, 500 euros iraient à la protection sociale ? J'en suis fier ! C'est ce modèle social qui nous permet de former des ingénieurs et d'innover. Nous l'avons vu en visitant KNDS, à Roanne. Il nous faut un modèle social puissant pour avoir une défense puissante.

C'est aussi notre démocratie que les Russes et les Chinois attaquent. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Churchill s'était refusé à supprimer le financement de la culture - le propre de la démocratie, face aux forces de l'Axe. C'est pourquoi nous souhaitons une convention citoyenne sur les questions de défense.

Il y a dix ans, le Président de la République augmentait le budget des armées, poursuivant en cela l'effort de son prédécesseur François Hollande. (Marques d'ironie à droite)

M. Laurent Burgoa.  - Au fait, comment va-t-il ?

M. Rachid Temal.  - Sarkozy, lui a fait la RGPP, fermé des bases, réduit les moyens. (On renchérit sur les travées du groupe SER.) Nous, nous les avons augmentés. (Protestations sur les travées du groupe Les Républicains) C'est la différence entre la droite et la gauche.

M. Jean-François Husson.  - Mémoire sélective !

M. Marc-Philippe Daubresse.  - Il y a des sincérités successives...

M. Rachid Temal.  - C'est la vérité des chiffres. Nous avons doublé le budget, donc.

Triste nouvelle, hier soir, les Allemands ont annoncé quitter le projet Scaf (système de combat aérien du futur). Cela suffit à nécessiter une révision de la programmation. Pour avoir un avion de niveau F5, il nous faudra choisir une solution souveraine, seuls ou avec des partenaires. Ce sera un sujet pour la présidentielle, et pour un futur Livre blanc.

Nous avons choisi de parler aux Français, aux industriels, aux forces armées, en transparence, et d'améliorer le texte. Nous le voterons donc, en attendant de retrouver les 436 milliards d'euros en CMP. Puis viendra le temps de la campagne présidentielle. Comptez sur notre candidat pour faire des propositions concrètes pour notre défense. (Applaudissements sur les travées du groupe SER ; Mme Raymonde Poncet Monge applaudit également.)

M. Philippe Grosvalet.  - Lequel ?

Mme Michelle Gréaume .  - Nous avons vécu un moment parlementaire singulier. Alors que le groupe CRCE-K était bien seul à dénoncer une fuite en avant et une programmation insincère, voilà que la majorité sénatoriale a joint ses voix aux nôtres pour supprimer l'article 2 ! Mais pour des raisons opposées : nous dénoncions une augmentation de 36 milliards d'euros qui pèsera sur les autres politiques publiques, quand la majorité, elle, juge l'augmentation insuffisante... Reste que l'article 2 est supprimé, c'est assez savoureux.

Ceux qui soutenaient il y a trois ans une réforme des retraites pour économiser 7 milliards d'euros voudraient aujourd'hui augmenter les dépenses militaires de 14 milliards ! Entre-temps, la France a été placée sous procédure de déficit excessif, nos marges de manoeuvre sont quasi nulles. Ces dépenses nouvelles réduiront les capacités d'action de l'État dans d'autres domaines.

Les dépenses militaires seraient bénéfiques pour l'économie et l'emploi ? Certes, les investissements publics dans les infrastructures de transport, les hôpitaux ou les écoles ont des effets positifs pour l'économie - mais les commandes militaires servent une finalité militaire, et l'exportation d'armes alimente les conflits et l'instabilité. Sans compter que ces commandes mobilisent des ressources rares, des compétences, de l'ingénierie et de l'argent public qui ne peuvent être utilisés ailleurs.

Le mythe du ruissellement appliqué à l'économie de guerre a pourtant été battu en brèche par le FMI : une hausse des dépenses militaires dynamise l'activité à court terme, mais dégrade les finances publiques à moyen terme.

Vous avez refusé nos amendements visant à éviter les rentes de guerre ou à faire contribuer les grands groupes d'armement. La vérité, c'est que les gains, réels, sont privatisés, tandis que les coûts sont collectifs. Loin d'être gage de prospérité, l'économie de guerre organise le transfert des ressources publiques vers quelques grands groupes industriels et financiers.

Ce texte porte une vision de la sécurité et de la souveraineté que nous rejetons. L'état d'alerte de sécurité nationale, les réquisitions élargies, les dérogations au droit du travail et de l'environnement, la militarisation de la jeunesse, les attaques aux libertés publiques participent de la banalisation de l'exception. Vos discours anxiogènes privent nos jeunes de l'innocence de leurs 20 ans. (Mme Sophie Primas s'exclame.) Et votre service national volontaire est si mal rémunéré que les appelés devront recourir aux prestations sociales ! Vous les enfoncez dans la guerre et la précarité. (M. Mathieu Darnaud proteste.)

Quant aux collectivités territoriales, ce texte leur confie un rôle croissant sans les associer aux décisions ni mesurer leurs contraintes.

La sécurité nationale, c'est d'abord la protection de la population, du territoire, des infrastructures critiques. C'est la souveraineté numérique, la maîtrise de nos approvisionnements stratégiques, la défense de nos territoires ultramarins et de nos zones économiques exclusives. C'est aussi la capacité à construire librement des coopérations internationales, en refusant tout alignement.

Une grande puissance fait vivre le droit international, le multilatéralisme, la diplomatie de la paix. L'actualisation est muette là-dessus.

Sur l'autonomie stratégique, quelle crédibilité quand on abandonne le Scaf ? Quand nos armées dépendent de technologies américaines ? Quand notre stratégie de défense est fixée à Washington ? Quand notre contribution à l'Otan explose ?

M. Mickaël Vallet.  - Bien dit !

Mme Michelle Gréaume.  - Nous défendons une autre conception de la souveraineté, fondée sur la paix, la coopération et la justice sociale. Pour toutes ces raisons, le groupe CRCE-K votera contre ce projet de loi. (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K ; M. Adel Ziane applaudit également.)

M. Guillaume Gontard .  - (Applaudissements sur les travées du GEST) Ce nouveau cafouillage sénatorial, après l'aide à mourir, illustre la désagrégation du socle dit commun et les lignes de fracture qui traversent la majorité sénatoriale.

Mme Sophie Primas.  - Et les écologistes ?

M. Guillaume Gontard.  - Le candidat Retailleau cherche à se démarquer du reste de la droite, et tant pis pour le sérieux du travail parlementaire.

La raison de l'imbroglio ? 14 milliards d'euros, 3 % du budget des armées... La commission voulait porter l'effort de 36 à 50 milliards ; le Gouvernement a jugé la marche trop haute. Il ne sait déjà pas financer les 36 milliards ni même comment faire adopter le budget 2027...

En séance, le Sénat est revenu à 36 milliards d'euros. Mauvais perdants, Les Républicains ont choisi de rejeter l'article 2 - et donc toute la programmation budgétaire.

M. Loïc Hervé.  - Procès d'intention !

M. Guillaume Gontard.  - Ce n'est pas digne du travail sénatorial, pas digne de nos armées.

Ni la ministre ni le rapporteur n'ont l'ombre d'une piste de financement. Où seront pris les 9 milliards d'euros annuels pour le budget des armées ? Sur d'autres politiques publiques, a dit le rapporteur. Ce débat était donc insincère.

Nous ne contestons pas l'effort capacitaire à financer. Mais nous interrogeons notre capacité à maintenir une armée complète avec les ressources qui sont les nôtres.

Nous déplorons le manque d'intégration européenne, illustré par l'échec du Scaf. Les efforts de la précédente LPM, couplés à notre participation à l'Otan, atteignent déjà 100 milliards annuels d'ici à 2035, un tiers du budget de l'État ! Comment le financer sans mettre à contribution les plus fortunés, sinon par d'énormes sacrifices sur des missions déjà à l'os ? Comment aligner les milliards sans dire d'où ils viendront ?

Le prochain Livre blanc et la prochaine LPM devront faire l'objet d'un vaste débat démocratique. Espérons que la campagne présidentielle fasse émerger des propositions de financement plus sérieuses que celle du candidat Retailleau... (Protestations sur les travées du groupe Les Républicains ; M. Bruno Retailleau s'en amuse.) Nous plaidons pour une convention citoyenne, voire un référendum. La question démocratique est celle, plus globale, du financement de notre sécurité qui, je le répète inlassablement, ne peut dépendre des seules armées.

La Russie nous menace et nous achetons ses hydrocarbures, son uranium et ses engrais. Nous laissons un canal de la TNT à une chaîne qui déverse la propagande du Kremlin. Les États-Unis nous méprisent, mais nous utilisons le réseau social d'un néonazi et le logiciel Palantir.

M. Mickaël Vallet.  - Très bien !

M. Guillaume Gontard.  - Nous pleurerons demain sur les ingérences étrangères qui feront gagner les valets de Poutine et de Trump. Pas besoin d'un sabotage pour paralyser notre réseau ferroviaire : la canicule suffit. Pas besoin d'une invasion pour voir nos femmes et nos enfants mourir sous nos yeux. Nous déplorons notre dépendance à la Chine, mais laissons mourir nos industries. Ce matin, on abandonne le projet de reprise de Vencorex, plutôt que de dépenser 200 à 300 millions d'euros pour sauvegarder une industrie pourtant indispensable à notre dissuasion et à notre programme spatial... Madame la ministre, cela n'a aucun sens.

Faire dépendre notre sécurité de nos seules armées est à peu près aussi efficace que la ligne Maginot en 1940. Il faut sortir du paradoxe de Maslow. Nos problèmes ne sont pas que des clous, et nous n'avons pas qu'un marteau pour outil. Il nous faut aussi nous protéger des menaces qui font des milliers de morts : les violences faites aux femmes et aux enfants, la pollution, la grande précarité...

Le projet de loi contient des mesures liberticides qui brident la liberté d'expression, entravent la mobilité, renforcent la surveillance de masse du web, fichent toute la population. On crée un régime d'exception aux contours flous, qui menace les droits des travailleurs, notre environnement et notre patrimoine archéologique.

Le GEST votera contre ce projet de loi d'actualisation même si, dans sa version sénatoriale, il n'actualise plus rien. (Applaudissements sur les travées du GEST et sur quelques travées du groupe CRCE-K)

M. Aymeric Durox .  - Il vous aura fallu attendre l'été 2026 pour vous rendre compte que le format de nos armées n'avait pas été revu depuis 2013. Quatre ans que la Russie a envahi l'Ukraine, que les Chinois et les Américains se réarment, et vous n'avez rien fait, ou si peu !

Le constat est accablant, après vos dix années au pouvoir : la France a été boutée hors d'Afrique, son influence ne cesse de reculer, et nos militaires admettent eux-mêmes que nous ne sommes pas prêts à un choc de haute intensité, ni en masse ni en matériel.

Comment pourrait-il en être autrement, quand on renvoie, dès 2017, le général de Villiers, qui avait dénoncé l'absence de cap, quand on supprime notre corps diplomatique, outil de rayonnement et d'influence ?

Votre Gouvernement a abandonné les militaires, au pire moment, car les menaces et les empires sont là. En même temps, vous avez creusé notre dette et nos déficits. Votre rejet des 14 milliards d'euros supplémentaires que proposait le Sénat illustre votre double discours...

M. Mickaël Vallet.  - Vous n'étiez pas là !

M. Aymeric Durox.  - Pour nos soldats, les sénateurs du Rassemblement national voteront ce texte, malgré ses manquements.

Vous envisagez de reporter à 2035 certains investissements pourtant essentiels, comme les hélicoptères Guépard, et faites l'impasse sur les drones furtifs ou sous-marins. Le Président de la République croit encore à une Europe de la défense, alors que l'Allemagne n'a envoyé aucun soldat à Takuba et que le Scaf a fini par échouer, comme le RN l'avait prédit. La majorité des États européens ont continué à acheter du matériel américain, malgré les aides européennes financées par notre pays. Ce n'est pas la gratitude qui les étouffe, comme disait le président Chirac...

Votre loi, c'est trop peu, trop tard. Le réarmement et le retour de la France puissance ne seront possibles qu'après la victoire du camp patriote en 2027. (M. Christopher Szczurek applaudit.)

Mme Mireille Jouve .  - (Applaudissements sur les travées du RDSE ; Mme Patricia Schillinger applaudit également.) Ce texte devait traduire l'effort supplémentaire demandé à la nation pour les années 2026-2030. Or le Sénat n'est pas au rendez-vous de l'histoire. Ce n'est pas un simple incident de séance, c'est un point de rupture.

L'article 2 constituait le socle budgétaire du texte. La commission a souhaité porter cet effort de 36 à 50 milliards d'euros. Nous comprenons l'intention, au vu des besoins capacitaires et du nécessaire réarmement. Toutefois cette hausse additionnelle devait s'accompagner d'une trajectoire de financement crédible.

Sans recettes, sans arbitrages, on ne sert pas les armées. Un amendement ne suffit pas à faire ruisseler les crédits dans les casernes ! Ce n'est ni crédible ni sérieux. La défense nationale mérite mieux qu'un affichage de campagne présidentielle.

D'où le soutien du RDSE à l'amendement du Gouvernement revenant à 36 milliards d'euros, contre l'avis de la commission. Notre groupe a pris ses responsabilités. Le rejet de l'article 2 fut surprenant. Un effort de 36 milliards d'euros était-il insuffisant au point de ne plus être voté ? En rejetant l'article 2, le Sénat n'a pas été à la hauteur des défis, alors que la situation sécuritaire exige constance, responsabilité, cohérence.

Reste que le texte adapte la LPM de 2023 à un environnement stratégique plus dur. En faisant adopter plusieurs amendements sur le rapport annexé, le RDSE a pesé sur les débats. Je m'en félicite.

Notre seule exigence : le soutien du réarmement au service de notre autonomie stratégique et de notre souveraineté. Nous refusons toute dépendance qui limiterait notre liberté d'emploi, de maintenance ou d'exportation de nos équipements.

Nous avons voulu inscrire clairement le soutien à l'Ukraine, ainsi que la nécessaire reconstitution de nos stocks et le renforcement de notre base industrielle.

Je me réjouis que les ingérences opérationnelles soient reconnues comme un enjeu de défense à part entière.

Nous sommes parvenus à des points d'équilibres. Ainsi, le recours à des prestataires spécialisés peut être justifié par la technicité requise, mais nous vous avons convaincus d'interdire la sous-traitance en cascade pour les missions de lutte antidrone. De même, pour la neutralisation des aéronefs sans personne à bord, la chaîne de responsabilité doit être claire.

Le texte renforce le contrôle parlementaire, notamment sur le suivi des stocks des munitions.

S'il peut répondre à un besoin réel, le régime d'état d'alerte de sécurité nationale prévu à l'article 21 appelle une attention particulière. L'ampleur des dérogations doit être strictement conditionnée.

Deux exigences, pour la suite de la navette : préserver les avancées juridiques, capacitaires et opérationnelles, et rétablir une cohérence financière. La CMP devra consolider les apports du Sénat, réparer le vide ouvert par la suppression de l'article 2 et redonner au texte un équilibre clair entre les moyens annoncés et les objectifs visés.

Le RDSE votera en faveur du projet de loi, malgré ses réserves. (Applaudissements sur les travées du RDSE et du RDPI ; Mme Jocelyne Guidez et M. Rachid Temal applaudissent également.)

M. François Bonneau .  - (Applaudissements sur les travées du groupe UC et sur plusieurs travées du groupe INDEP) En l'année 1415, à Azincourt, la fine fleur de la chevalerie française est décimée par les flèches des archers anglais. Leur avantage tactique ? Le longbow, dont la cadence de tir et la facilité de fabrication offraient un avantage absolu aux troupes d'Henry V. Nous avions la force, le nombre, mais n'avions pas vu les technologies évoluer. Même chose en 1914, où nous croyions encore que la guerre se ferait en rangs serrés. Idem en 1939, où nous nous attendions à une guerre de position.

La France est-elle condamnée à avoir un conflit de retard ? Notre modèle d'armée se dote de blindés et de missiles antichars, qui n'ont que très peu de chances de survie face aux drones couplés à l'IA.

M. Philippe Folliot.  - C'est vrai !

M. François Bonneau.  - Face à une armée russe aguerrie (M. Olivier Paccaud s'exclame) qui est en économie de guerre, de mauvais choix conduiront à de terribles désillusions.

Les guerres ne se ressemblent pas, mais l'évolution des technologies ne fait pas marche arrière : elle vise le ratio coût-efficacité.

S'il nous faut dépenser plus pour notre défense, il faut avant tout dépenser mieux. Nous appelons à un changement de doctrine. Le pivot vers des matériels plus efficaces et moins chers ne traduit pas un manque de confiance envers nos États-majors, mais repose sur notre compréhension des conflits, dans le détroit d'Ormuz et en Ukraine, dont nous revenons avec Philippe Folliot. Comme le disait Péguy, il faut toujours dire ce que l'on voit, et surtout, voir ce que l'on voit.

Il faut des crédits supplémentaires pour les drones aériens, terrestres et maritimes, ainsi que pour la lutte antidrones, sans en stocker massivement, compte tenu de leur obsolescence rapide. Il faut développer tout un écosystème du drone, ce qui suppose que nos industriels aient des commandes, pour l'armée française ou pour nos alliés ukrainiens. Il faut encourager l'usage dual pour en améliorer la rentabilité. Le groupe Union Centriste avait proposé la création d'un fonds drone pour soutenir la création de co-entreprises franco-ukrainiennes. Cela offrirait à nos industriels un avantage précieux, car nous avons beaucoup à apprendre des Ukrainiens en la matière. Les systèmes de drones ainsi produits pourraient soutenir l'effort de guerre ukrainien.

M. Philippe Folliot.  - Très bien !

M. François Bonneau.  - Enfin, cela aidera notre BITD à faire face à la concurrence ukrainienne, une fois la guerre terminée. Nos voisins européens le font, faisons-le aussi.

L'heure est grave. Nous remercions le chef d'état-major des armées (Cema) de ne pas cacher l'hypothèse d'un engagement militaire majeur à court ou moyen terme. Les exercices Hedgehog de l'Otan l'ont montré : les bataillons occidentaux sont mis en échec par une poignée de dronistes ukrainiens.

M. Philippe Folliot.  - Eh oui !

M. François Bonneau.  - Nous avons beaucoup à apprendre de l'armée ukrainienne, qui tient en échec les Russes depuis 2022. Rappelons que la prise de conscience trop tardive en 1938-1939 nous conduisit à la défaite...

Nous devons aussi investir dans la cybersécurité, dans le spatial, dans l'IA souveraine, dans l'évolution de nos Rafale, dans une marine adaptée à la défense de nos territoires ultramarins et de leurs ZEE, et recruter des dronistes dans notre réserve.

Il faut renforcer nos stocks de munitions et la dissuasion pour crédibiliser notre posture et notre résilience en cas de conflit. Les grandes puissances ont intégré ces aspects, et l'Union européenne soutient les investissements militaires. Le réarmement avance à grands pas, nous devons choisir entre rester une grande puissance mondiale ou devenir une puissance régionale. La gangrène de nos finances publiques ronge notre crédibilité. La relative complaisance de nos partenaires européens sur notre surendettement s'explique en partie par la capacité de la France à assurer la protection de ses alliés. Si celle-ci s'érodait, la situation changerait.

Nous devons tenir un langage de vérité. La première des libertés, c'est la sécurité, surtout dans un monde de prédateurs. Le monde bascule vers une nouvelle ère, faite d'agilité. Le groupe UC votera pour le texte, avec toutes les réserves exprimées. (Applaudissements sur les travées du groupe UC et sur plusieurs travées du groupe INDEP)

M. Claude Malhuret .  - (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP) Madame la ministre, vous avez commémoré le débarquement du 6 juin ce week-end ; vous avez dû accompagner un alcoolique notoire, ancien consommateur de stupéfiants, au thorax tatoué de symboles d'extrême droite, qui a renommé le ministère de la défense américain qu'il dirige « ministère de la guerre », alors que son président réclame de prix Nobel de la paix - cela qui en dit long sur la cohérence de la politique étrangère américaine à l'ère Maga.

Le plus douloureux fut sans doute de vous recueillir sur les tombes des soldats américains morts pour notre liberté aux côtés du représentant d'un gouvernement qui a décidé qui a décidé de trahir l'Ukraine et l'Europe, d'affaiblir l'Otan, d'accabler ses alliés et de pactiser avec les pires dictateurs de la planète.

C'est dans ce contexte de bouleversement du monde que nous allons voter l'actualisation de la LPM : l'Europe est seule et ne peut compter que sur elle-même, alors qu'une guerre de haute intensité se déroule à ses portes et qu'un conflit majeur est possible dès 2030.

Le Gouvernement a pris acte du retour de la guerre. L'augmentation des crédits depuis 2017 et l'effort proposé par ce texte en faveur des munitions, de la cyberdéfense, du renseignement, des drones, du spatial ou de la dissuasion nucléaire sont bienvenus.

Mais cela ne nous empêche pas de poser les questions de fond : notre situation budgétaire menace notre capacité stratégique. Faut-il augmenter nos dépenses militaires ou améliorer nos finances publiques ?

Il serait impensable de rester sur cette impasse : il nous reste quelques jours pour préparer une commission mixte paritaire qui doit impérativement trouver un compromis.

Pendant trente ans, l'Europe a désarmé pendant que le reste du monde réarmait.

Mme Jocelyne Guidez.  - Tout à fait !

M. Claude Malhuret.  - Célébrant les prétendus dividendes de la paix, nous avons réduit les stocks, les effectifs, les capacités industrielles, les budgets. Nos armées sont remarquables, mais elles sont calibrées pour des opérations limitées, pas pour un conflit de haute intensité.

Chaque crise révèle les mêmes faiblesses : des dépendances énergétiques incohérentes, des doctrines stratégiques incompatibles, des politiques industrielles concurrentielles. Nos querelles tribales continuent : le Scaf en témoigne.

M. Mickaël Vallet.  - La nation n'est pas une tribu !

M. Claude Malhuret.  - L'Europe stratégique reste un projet, faute de volonté politique. Pire encore, la règle de l'unanimité nous expose aux trahisons de nouveaux Orbán qui continueront à nous faire faire du surplace dans un monde qui court.

Nous ne convaincrons jamais nos ennemis de l'extrême droite et de l'extrême gauche - cinquième colonne des tyrans qui se disent patriotes et qui sont des traîtres - que seule l'Europe a aujourd'hui la dimension et les moyens d'assurer sa sécurité. L'enjeu est d'en convaincre nos concitoyens. Encore faut-il que nos dirigeants prennent conscience de la gravité de la situation.

En 2018, je demandais l'interdiction de Russia Today et de Sputnik. Le ministre d'alors m'a répondu sèchement : « vous n'y pensez pas ; et la liberté d'expression ? » La liberté d'expression pour le FSB !

Au lendemain du 22 février 2022, ces deux médias étaient interdits en urgence dans toute l'Europe. Quel meilleur exemple de notre naïveté congénitale !

Aujourd'hui, Mme Fedorova, agent d'influence russe et ex-dirigeante de Russia Today, s'exprime chaque jour sur une chaîne française et n'a toujours pas été renvoyée vers son éden poutinien... (Applaudissements sur les travées des groupes INDEP et UC et sur quelques travées des groupes Les Républicains et SER)

M. Loïc Hervé.  - Eh oui !

M. Claude Malhuret.  - À partir de quand décide-t-on d'appeler intelligence avec l'ennemi le soutien à la guerre hybride que nous mène le criminel de Moscou ?

Le ciel ukrainien n'est toujours pas protégé par la coalition des volontaires, qui, sans bouclier Sky Shield, laisse chaque jour des femmes, des hommes et des enfants ukrainiens mourir... (Applaudissements sur quelques travées des groupes UC et INDEP)

La Russie est un astre mort dont Poutine précipite la chute, dans laquelle il risque d'entraîner l'Europe. Les États-Unis, dirigés par un psychopathe ignare, ont transformé leurs alliés en ennemis, les dictateurs en partenaires, et amorcent un déclin dont il est difficile de savoir s'il sera réversible. La Chine, dictature implacable, a décidé de supplanter les démocraties.

Les nations qui refusent de voir le danger à temps paient un lourd tribut ensuite. MacArthur disait que les batailles perdues se résument en deux mots : trop tard.

Prenons garde qu'il ne soit pas trop tard pour l'Europe ! (Applaudissements sur les travées des groupes INDEP et UC ainsi que sur quelques travées du groupe Les Républicains et du RDSE)

Scrutin public solennel

Le projet de loi est mis aux voix par scrutin public de droit.

M. le président. - Voici le résultat du scrutin n°293 :

Nombre de votants 344
Nombre de suffrages exprimés 330
Pour l'adoption 297
Contre  33

Le projet de loi est adopté.

(Applaudissements sur quelques travées des groupes Les Républicains, UC et INDEP)

Mme Catherine Vautrin, ministre des armées et des anciens combattants .  - Merci à tous les orateurs et à la commission, à commencer par son président.

Ce texte a pour objectif de répondre aux besoins urgents de nos armées, pour les drones, l'IA et l'espace.

Oui, nous voulons être acteurs de notre destin. D'où notre engagement en faveur d'une LPM soutenable.

J'espère que la CMP parviendra à trouver un chemin : nous le devons aux femmes et aux hommes qui s'engagent pour nous ! (Applaudissements sur les travées du RDPI, du groupe INDEP et sur plusieurs travées du groupe UC)

La séance est suspendue quelques instants.

Présidence de M. Alain Marc, vice-président