B. UN REDÉMARRAGE ÉCONOMIQUE ENCORE FRAGILE

La situation économique et sociale de Madagascar demeure aujourd'hui encore très préoccupante. Près de 75 % de la population dispose d'à peine 50 dollars de revenu par habitant. La conjoncture a été affectée par la crise politique de 2002 et les conditions climatiques aggravent encore la situation. En effet, trois cyclones se sont succédé entre février et avril 2000, entraînant une épidémie de choléra, qui a fait de nombreuses victimes et placé 300.000 personnes supplémentaires en situation précaire. Les dégâts causés par ces cyclones ont été évalués à 153 millions d'euros.

L'économie malgache est dominée par l'agriculture, qui bénéficie d'atouts naturels indéniables, même si elle est aujourd'hui relativement peu productive. Le secteur agricole qui occupe 80 % de la population active, n'atteint que 32 % du produit intérieur brut. Il est vrai que les surfaces cultivées n'occupent plus aujourd'hui qu'environ 5 % du territoire malgache. La riziculture, qui vient au premier rang (50 % des productions agricoles), absorbe une grande partie la main-d'oeuvre et fournit la principale ressource alimentaire du pays.

Madagascar produit, en outre, de la vanille dont elle est le premier producteur et exportateur mondial, même si sa part de marché a chuté d'environ 30 % en raison de la concurrence indonésienne. La région orientale de l'Ile, au climat tropical, offre, en outre, plusieurs productions « de rentes » : en particulier, le café , qui est la principale source agricole de devises, plaçant Madagascar au 20 e rang mondial, et la production de girofles . Ensemble, ces trois produits représentent le quart des exportations totales malgaches. Le cacao, le tabac, la canne à sucre, les litchis, également cultivés pour l'essentiel dans la partie orientale de l'Ile, ne représentent qu'une part marginale de l'économie nationale, en l'absence d'organisations de la production, qui pourraient en assurer la conservation et la commercialisation.

La forêt tropicale, en particulier la forêt primaire, offrait autrefois de très importantes ressources en essences rares et variées : palissandre, bois de rose, ébène, acajou... Une intense déforestation a considérablement réduit l'emprise de la forêt malgache qui n'occupe plus qu'environ un cinquième du territoire national, en raison de plusieurs facteurs cumulés : coupes sauvages pour la fabrication du charbon de bois, écobuage, défrichement, surexploitation des coupes, quasi-inexistence du reboisement...

L'élevage tient une place importante dans les productions agricoles. Les bovins, représentés dans la Grande Ile par les zébus, comptaient 10 millions de têtes en 1999, mais les cyclones ont décimé en partie le cheptel. L'élevage a un caractère extensif. Le vol du bétail, qui occupait une place dans les pratiques traditionnelles de certaines minorités, a malheureusement tendance à se développer à plus grande échelle, ce qui porte préjudice au développement de l'élevage.

La pêche, qui est l'une des principales activités des zones côtières, offre, en même temps qu'un moyen de subsistance, des ressources d'exportations significatives, en particulier en ce qui concerne la crevette. On peut regretter toutefois que cet atout soit insuffisamment valorisé en raison du faible développement des activités de transformation et de commercialisation.

Le secteur secondaire

Le sous-sol de Madagascar est riche en ressources minières diversifiées. Cependant seul le saphir fait l'objet d'une exploitation intensive, sans que les retombées économiques semblent, à l'heure actuelle, pouvoir bénéficier directement aux habitants, les concessions et l'extraction échappant pour l'essentiel aux collectivités publiques et aux populations locales.

C'est l'industrie textile qui occupe la première place, et est dominée par la première société de l'Ile : la Cotona. Ce secteur connaît un important développement et est fortement exportateur. La moitié des entreprises textiles ont opté pour le statut d'entreprise franche. Il semble cependant que la nouvelle politique fiscale tend à remettre en cause certains avantages qui leur avaient été consentis précédemment.

Vient en seconde position le secteur agroalimentaire qui représente un tiers des activités industrielles.

Le secteur des services et du commerce

Le secteur tertiaire, s'il n'emploie que 10 % de la population active, contribue pour plus de la moitié au PIB de Madagascar. C'est bien sûr le tourisme qui occupe la première place, apportant au pays sa principale source de devises. La richesse et la diversité du patrimoine naturel font de l'Ile rouge une destination très attractive, mais l'offre hôtelière et les infrastructures de communication sont loin de permettre au potentiel touristique de l'Ile d'être pleinement valorisé. Seuls 100.000 visiteurs avaient été décomptés en 1998. La crise de 2001-2002 avait fait chuter brutalement le tourisme. L'activité touristique a repris progressivement en 2003. C'est sans doute dans ce domaine que résident les plus grandes chances de développement intégré de l'économie malgache, avec un effet d'entraînement sur de nombreux autres secteurs.

Quant au commerce , il revêt assez largement un caractère informel, en dehors des quelques grandes villes que compte Madagascar, en particulier dans les zones rurales, qui, rappelons-le, regroupent 80 % de la population.

Enfin, les activités de transport restent tributaires de l'insuffisance ou du mauvais état des infrastructures de communication. Le réseau routier qui existait au moment de l'Indépendance est resté en l'état. Le manque d'entretien et de remise en état des voies, après les cyclones notamment, ont fait disparaître nombre de chaussées en rendant la fréquentation des anciens grands axes aléatoire. En de nombreux endroits, la piste a remplacé les routes goudronnées.

Certes, les mesures d'assainissement économique prises dans les années 1990 ont porté leurs fruits et amorcé la reprise de la croissance. Celle-ci a été portée par le déploiement des investissements publics et surtout par le développement des exportations de la Zone franche. L'économie a ainsi pu connaître une certaine vigueur, à partir de 1998, grâce, en particulier, à l'industrie textile, premier secteur d'exportation.

Il reste que si la situation géographique et climatique de l'Ile lui confèrent des atouts remarquables, en particulier dans le domaine agricole, avec des productions tropicales très diversifiées, l'économie malgache demeure, malgré tout, marquée par une grande précarité. Elle est, en particulier, pénalisée par l'insuffisance des infrastructures - à commencer par les routes - et la faible mise en valeur de ses ressources naturelles.

On ne saurait certes ignorer les difficultés que soulèvent les aléas climatiques liés à la fréquence des cyclones. Mais c'est surtout la crise politique de 2002 qui a eu des conséquences très lourdes sur la santé économique de Madagascar, en laissant des séquelles durables. La récession a atteint alors 12 %. Le secteur secondaire - en particulier, dans les zones franches - et le secteur tertiaire avec une brutale chute de l'activité touristique ont été les plus directement touchés. Le chômage a considérablement augmenté. Les entreprises ont perdu des parts de marché, conduisant à de nouvelles suppressions d'emplois. Depuis lors, la reprise ne s'esquisse que très lentement, la création d'emplois étant très majoritairement le fait d'entreprises individuelles. Les capitaux tardent à se réinvestir dans les activités productives, compte tenu notamment des incertitudes pesant encore sur le régime de la propriété foncière.

La balance extérieure ne s'est cependant pas creusée, le volume des importations s'étant contracté très fortement, tandis que les exportations de produits primaires étaient maintenues à niveau.

Sur le plan budgétaire, la dette totale du pays représente 140 % du PIB.

Pour l'avenir, le programme de politique économique lancé par les nouvelles autorités devrait favoriser le retour à la confiance des investisseurs et des institutions financières internationales, qui ont repris leurs décaissements au profit de Madagascar.

Le Président Ravalomanana a, en effet, souhaité donner une nouvelle impulsion à l'ouverture économique :

- en faisant adopter, en août 2003, une proposition de loi destinée à rendre à nouveau accessible la propriété foncière aux investisseurs étrangers sous certaines conditions ;

- en nouant des partenariats diversifiés avec différents pays.

Le Premier ministre, M. Jacques Sylla, a inscrit l'action de son gouvernement dans une stratégie de dynamisme retrouvé. Il s'est attaché à obtenir le soutien financier de grands organismes internationaux (FMI, Banque mondiale) et à développer les relations de coopération avec l'Asie, ainsi qu'avec les Etats occidentaux, tout en s'attachant à redonner à l'Ile toute sa place dans son environnement régional. L'Union africaine a ainsi réadmis Madagascar en son sein lors du sommet de Maputo, en juillet 2003. Tout en engageant un important programme de visites bilatérales, le chef de l'Etat, M. Ravalomanana, a également marqué de sa présence les grands Sommets internationaux, comme Johannesburg, à partir de septembre 2002.

L'endettement du pays demeure néanmoins important, bien que la récente crise n'ait pas aggravé le déficit budgétaire, compte tenu de la faiblesse des dépenses.

Les nouvelles autorités ont su préserver leurs bonnes relations avec les bailleurs internationaux, en s'efforçant de respecter les engagements antérieurs. Le programme d'ajustement du FMI a pu être repris sur la base des missions effectuées par celui-ci à partir de juillet 2002.

Le Premier ministre a présenté son programme et s'est engagé en matière de « bonne gouvernance », lors d'une première réunion tenue à Paris le 26 juillet 2002 sous l'égide de la Banque mondiale, les participants ayant annoncé un programme d'aide de 2,3 milliards de dollars US sur quatre ans pour aider à la reconstruction et au développement.

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