4. Le lancement d'un nouveau partenariat entre la région Rhône-Alpes et Tamatave
Une délégation du conseil régional de Rhône-Alpes s'est rendue sur place au moment précis où votre rapporteur se trouvait à Madagascar, ce qui a permis de former une délégation conjointe pour participer au lancement de cette coopération parrainée, du côté malgache, par le Président du Sénat, M. Guy Rajemison, et par le sénateur de la province de Tamatave, vice-président du Sénat, M. Médard Raoelina.
La province de Tamatave, située au nord-est du pays, a vocation, à terme, à devenir une collectivité territoriale. Mais actuellement, elle est dirigée par un président de délégation spéciale (PDS), nommé par le gouvernement, M. Emile Tsizaraina. Celui-ci a rappelé d'emblée à la mission que « l'État était là pour faciliter la coopération décentralisée ».
Une importante rencontre inaugurale a réuni tous les acteurs du projet de partenariat (élus nationaux et locaux, représentants de l'État malgache et des activités économiques de Madagascar, ainsi que l'ensemble de la Délégation française). Cela a permis de confronter les attentes de la province autonome de Tamatave en matière de coopération et les réponses qu'est susceptible d'y apporter la région Rhône-Alpes.
Du côté des attentes, ont tour à tour été mis en avant la protection du littoral, la préservation de l'environnement, en particulier dans la ville de Tamatave, les équipements sanitaires et scolaires, la valorisation de la filière agricole (pisciculture, productions tropicales, abondantes mais mal commercialisées et ne répondant pas aux normes sanitaires), la protection de l'environnement et les problèmes de formation.
Du côté français, il a été souligné qu'il n'était évidemment pas possible à une seule collectivité territoriale française de combler toutes ces attentes, et que les actions déjà en cours, celle menée en partenariat avec Saint-Étienne, notamment, doivent être préservées.
La région Rhône-Alpes, conformément à sa pratique de la coopération décentralisée, a en effet le souci de ne pas empiéter sur les actions des autres collectivités locales françaises et de travailler en accord avec ses partenaires par grandes thématiques, dont le tourisme pourrait constituer le noyau dur. Les axes de coopération seront, au niveau de l'économie, la promotion d'un certain type de tourisme respectueux de l'environnement et du développement intégré de la population. Au niveau de la production agricole, l'accent devrait être mis sur la valorisation des produits locaux et l'encouragement à la transformation, la mise en conserve et la congélation (par exemple, pour les litchis).
En matière d'équipements sanitaires, seraient encouragés les efforts sur l'assainissement, les abattoirs et la valorisation des marchés de proximité.
Parallèlement, un important effort est également à faire sur l'eau potable.
Sur le plan de la formation et de l'éducation de la jeunesse, d'autant plus importante que Madagascar a une population très jeune, un soutien pourrait être apporté aux actions déjà entreprises, notamment en coordination avec les ONG qui alimentent les bibliothèques de la province de Tamatave en livres.
Plus largement, l'accent devrait être mis, conformément à ce qui a été dit précédemment, sur le tourisme, car il débouche sur des actions multiples, susceptibles de mobiliser l'ensemble de la population, de lui faire prendre conscience de ses atouts et de sa richesse culturelle. Le tourisme favorise aussi la protection des biodiversités. Pour toutes ces raisons, il constitue un ressort essentiel de développement, et de valorisation du pays.
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La mission sénatoriale à Madagascar a permis d'éclairer les caractéristiques de la coopération décentralisée mise en oeuvre par les collectivités territoriales françaises avec leurs homologues malgaches.
En général fondés sur de solides liens tissés par l'histoire et les affinités entre les populations, les partenariats se nouent dans des domaines très diversifiés. Toutefois, certains secteurs occupent une place privilégiée : la santé, l'hygiène, l'éducation et la formation professionnelle, ainsi que la sécurité civile. Les coopérations peuvent prendre la forme d'un soutien sur un sujet bien précis et en décliner toutes les applications. Elles peuvent aussi être multiformes, comme ne concerner qu'un microprojet. Même lorsque les résultats s'avèrent décevants, elles apportent toujours une contribution utile à la connaissance mutuelle et permettent dans une étape ultérieure de redessiner les contours de l'action et de mieux éviter les écueils.
Sur le plan géographique, la coopération peut s'établir entre deux collectivités isolément. Mais une ville ou une province malgache peut aussi bénéficier des actions de soutien de plusieurs collectivités françaises en même temps, tandis qu'une même région française peut intervenir en plusieurs points du territoire de la Grande Ile. Il en va ainsi par exemple de La Réunion.
Certaines collectivités malgaches ont su, mieux que d'autres, mobiliser des concours multiples et d'origines géographiques différentes. Du côté français, les collectivités qui s'engagent dans un partenariat ne connaissent pas toujours les projets conduits par d'autres et les complémentarités qui pourraient s'établir ne sont pas spontanément recherchées.
Certaines régions telles que la région Rhône-Alpes s'attachent, cependant, à mettre en cohérence les initiatives prises à Madagascar par les autres collectivités de cette région. Mais dans la plupart des cas, les coopérations décentralisées qui relèvent par essence de la libre initiative des collectivités territoriales n'incluent pas dans leur démarche les investigations préalables sur les partenariats déjà existants dans le même domaine ou la même zone géographique. Aussi convient-il de saluer le travail effectué à cet égard par notre Représentation à Madagascar. Les services de l'Ambassade s'efforcent en effet de dresser un état exhaustif des différentes coopérations décentralisées déjà engagées au bénéfice des différentes collectivités de la Grande Ile.
Ce travail de recensement apporte une réponse déterminante au problème de la coordination et de la cohérence des interventions françaises, en donnant les moyens d'éviter la concentration des aides en certains points au détriment d'autres territoires qui en auraient également besoin. Encore faut-il cependant que les collectivités françaises candidates à un partenariat aient le réflexe de se tourner vers le poste diplomatique avant de s'engager.
Une évolution positive peut être observée par ailleurs en ce qui concerne les démarches des différents intervenants - ONG et services de l'État compris - qui se sont affinées avec le temps. Chacun a pris conscience en effet de la nécessité d'impliquer les populations dans les actions de développement, plutôt que d'imposer des schémas d'intervention inadaptés aux usages locaux et dans lesquels les habitants ne parviennent pas à s'impliquer.
Quelques recommandations paraissent mériter d'être faites en conclusion :
Faire une place plus large au dialogue ainsi qu'aux actions de formation , au profit des populations locales.
Mieux sensibiliser les partenaires malgaches au fait que la composante financière de l'aide ne pourra jamais pleinement répondre aux attentes, mais que le partenariat sera d'autant plus profitable qu'il reposera sur un échange d'expériences, voire d'équipes, pour mieux assurer à terme un développement endogène .
Enfin et surtout, renforcer la coordination entre les actions pour en consolider l'efficacité et la cohérence.
Sans doute reste-t-il encore beaucoup de chemin à parcourir, mais les premières expériences observées sur le terrain laissent penser que, grâce à une meilleure compréhension entre les partenaires, les actions déjà entreprises sont appelées à terme à porter leurs fruits, pour accompagner, au mieux, le nouvel élan pris par ce Pays aux formidables potentialités, vers le développement.