3. Les opérations suivies par la Délégation sur place

Votre rapporteur a souhaité examiner de façon plus concrète, sur le terrain, comment étaient mis en oeuvre les partenariats et les actions de coopération décentralisée impliquant directement ou indirectement les collectivités territoriales françaises. Les exemples retenus intéressent plus directement les collectivités de la Région Rhône-Alpes, ainsi que des organisations non gouvernementales qui travaillent en étroite collaboration avec ces collectivités.

a) Le parc naturel de l'Isalo : une coopération avec le Parc naturel régional du Vercors

A Madagascar, une politique comparable à celle des parcs naturels français a été mise en place à l'initiative de l'État, sous l'égide de l' Association nationale de gestion des aires protégées (ANGAP).

Le conseil d'administration de l'ANGAP rassemble des représentants des ministères impliqués dans la protection de la nature et l'aménagement du territoire, ainsi que des représentants de la société civile.

Trente-cinq parcs nationaux sont gérés en direct par cet organisme, tandis que la gestion de six parcs nationaux a été confiée à des associations. Ainsi, pour le Parc naturel régional de l'Isalo, une convention a été passée avec WWF pour la construction d'une « Maison du Parc », située à trois kilomètres de celui-ci, au village de Ranohira.

Au fil du temps, l'ANGAP a fait évoluer sa logique de protection. A l'origine, la volonté était celle d'une conservation stricte de l'environnement, mais pour répondre au mieux aux besoins de la population, elle est passée à une logique de développement permettant aux habitants de faire appel aux ressources du parc pour subsister, à condition toutefois de respecter l'environnement.

Du côté français, une grande expérience a été acquise par les différents acteurs ayant contribué à la naissance et au développement des parcs naturels régionaux.

D'où l'idée d'un jumelage entre l'aire protégée malgache que délimite le Parc national de l'Isalo (créé en 1962) et le Parc naturel régional du Vercors.

Le Parc de l'Isalo présente, en effet, des sites remarquables, une flore endémique très rare, très appréciée des randonneurs et des amateurs de tourisme écologique.

Le rapprochement entre les deux parcs a été appuyé par le conseil général de l'Isère, qui a désigné TETRAKTYS - association de coopération pour le développement local des espaces naturels -, comme opérateur pour organiser un partenariat opérationnel.

Une première convention a été conclue en 1993 entre TETRAKTYS et l'ANGAP, portant sur trois actions spécifiques :

- formation des guides appelés à faire visiter le parc ;

- projets concourant au développement rural ;

- développement d'actions touristiques, fondées sur le respect de l'environnement.

Le programme lancé voici quatre ans reprend ces points en les concrétisant, sur la base d'un échange d'expériences. L'objectif est d'optimiser les prestations touristiques et les retombées économiques vers la population locale. Il comprend plusieurs volets :

- la formation d'une équipe de formateurs de guides malgaches appelés à intervenir en priorité dans l'Isalo, mais également, le cas échéant, dans d'autres structures touristiques ;

- l'aide à la réalisation de microprojets de développement local dans les villages situés à la périphérie du Parc.

Votre rapporteur a pu constater sur place que plusieurs de ces projets avaient déjà été réalisés :

a) deux décortiqueries de riz à Ranohira et à Beraketa, permettant aux populations de chaque village concerné de mécaniser cette opération, jusqu'ici assurée manuellement ;

b) l'installation d'une école dans le village de Mandate, situé en lisière du Parc de l'Isalo. Le bâtiment a été construit grâce à un partenariat ANGAP-TETRAKTYS (50/50), deux instituteurs ont en charge 160 élèves, auxquels est enseigné le français. Entre 10 et 120 enseignants font part à la mission sénatoriale d'une insuffisance de livres pour l'apprentissage du français.

Ont également été prévus des vergers à Mariana et Zaharola ainsi que le logement du personnel médical à Beraketa.

A terme, ces premières expériences devraient permettre de déboucher sur un jumelage entre les parcs de l'Isalo et du Vercors.

b) La sécurité civile et la lutte contre l'incendie : mobilisation de plusieurs collectivités françaises

La Compagnie des sapeurs-pompiers de Tananarive a su mobiliser une pluralité d'acteurs français pour mettre en place un service opérationnel de sécurité civile, de prévention et de lutte contre les incendies.

C'est ainsi qu'une première convention a été signée entre la Compagnie des sapeurs-pompiers, la ville de Tananarive et le département de la Vendée. Par la suite, se sont associés à cette opération le conseil général de la Réunion, ainsi que l'établissement public de coopération intercommunale de la périphérie de Tananarive.

Vingt-six véhicules de secours et de lutte contre l'incendie ont pu ainsi être réunis, ainsi que des motos-pompes et des vêtements. Sur le plan humain, quatre officiers supérieurs ont été formés, ainsi que trois officiers subalternes de l'armée et détachés pour encadrer les sapeurs-pompiers volontaires locaux. Chaque année, une commission se réunit pour définir un programme d'action et de formation. Quatre instructeurs sont chargés de dispenser trois semaines de formation sur les premiers secours et sur le fonctionnement des matériels envoyés.

Soixante-cinq sapeurs-pompiers viennent d'être recrutés, portant les effectifs de l'unité à cent vingt-huit personnes (soit un doublement).

Le département de la Réunion a mis à disposition un colonel du SDIS pour encadrer les opérations. En outre, la Réunion a déployé des efforts similaires au profit de la Communauté urbaine de Tamatave.

A échéance de six mois, le ministère de l'intérieur a lancé un travail d'analyse sur les besoins en zones urbaines sur l'ensemble de l'Ile, en vue de rationaliser les interventions, notamment en matière d'incendie, d'accidents de la circulation, de secours aux noyés, d'effondrements de terrains, consécutifs aux cyclones, et de lutte contre le choléra.

Il convient, pour être complet, de mentionner l'importante action de Paris, dans le cadre de son jumelage avec Tananarive pour les actions de formation d'officiers des sapeurs-pompiers, l'organisation de stages et l'octroi de bourses.

Parallèlement aux actions de formation, un projet de réhabilitation de deux casernes extérieures a été lancé, pour permettre une meilleure desserte de la partie haute de Tananarive (l'incendie du Palais de la Reine en 1995 aurait pu être maîtrisé si les secours installés dans la partie basse de la ville avaient pu être facilement diligentés).

c) Le développement urbain

Lors de son passage à Tuléar, votre rapporteur a visité les réalisations inscrites dans le Programme d'appui aux initiatives de quartier (PAIQ). Initié en 1995, celui-ci est financé par les crédits de la coopération française (sur fonds de solidarité prioritaire), conjointement avec le gouvernement malgache (sur ressources propres internes et sur le fonds de contre-valeur de l'Agence française de développement).

Ce programme qui se déroule en milieu urbain et dans les quartiers défavorisés a pour finalité de « restructurer la société civile en favorisant la participation des populations dans la gestion de leur quartier et de leur ville ».

Bien qu'il ne s'agisse pas à proprement parler de coopération décentralisée, puisque cette action est portée par les services centraux français et malgaches, la démarche a paru particulièrement intéressante, puisqu'il s'agit de microprojets reposant sur une participation volontariste des populations locales. Ce mode opératoire pourrait à l'évidence inspirer également des projets locaux de développement engagés dans le cadre de l'action extérieure des collectivités locales françaises, en partenariat avec leurs homologues malgaches.

Le PAIQ a financé et réalisé 116 projets de construction et de réhabilitation, entre 1995 et 2001, avec l'appui de 37 ONG nationales et internationales. Outre la réalisation de ces projets, il s'est attaché à faire naître des associations de quartier, chargées de suivre l'exécution des projets et d'en assurer la gestion et l'entretien. Un tel travail d'accompagnement apparaît en effet fondamental pour inscrire ces actions dans la durée.

A Tuléar, la délégation sénatoriale a pris connaissance des réalisations du PAIQ avec le coordinateur, M. Frédéric Bulfone. Il a notamment visité le chantier de construction d'un grand terrain de sports, financé par le PAIQ, mais construit avec la participation de la population de tout un quartier. Celle-ci s'est constituée en association et prendra en charge ensuite l'entretien de l'équipement.

Autre projet en cours de réalisation : une voie de desserte stratégique permettant d'accéder aux équipements sanitaires de Tuléar. Les travaux sont assurés avec la participation des habitants du quartier, constitués également en association. Celle-ci aura ensuite en charge l'entretien et l'éventuelle remise en état de cette chaussée, en cas de dégradation.

La population est aussi associée, projets après projets, à la mise en place et à la préservation d'équipements publics répondant à l'intérêt général.

d) Préservation de la ressource en eau et assainissement : un défi à relever

L'accès à la ressource en eau est un problème majeur pour une très grande partie du territoire malgache. Le problème est double, puisque les zones agricoles et, en particulier, les régions de riziculture nécessitent une ressource abondante en eau. Le problème est rendu plus aigu dans les régions très sèches. Plus généralement, la qualité de l'eau potable doit pouvoir être assurée dans de meilleures conditions pour éviter la propagation des épidémies.

Dans les grandes villes, des dispositifs d'envergure peuvent être envisagés : ainsi, à Fianarantsoa, le Grand Lyon a créé, voici quatre ans, en partenariat avec la Générale des eaux, un fonds de solidarité. Celui-ci va permettre, avec un financement à hauteur de 150.000 euros, des projets d'adduction d'eau et d'aménagement de barrage pour la riziculture.

Dans le nord-ouest du pays, 150.000 euros également seront consacrés à l'installation d'eau potable par pompes solaires dans plusieurs villages, en partenariat avec une ONG (Écoles du monde).

Pour sa part, la mission, lors de son déplacement dans la région quasi désertique de Tuléar, au sud-ouest de l'Ile, a pu visiter, en compagnie d'une délégation de sénateurs de Madagascar, la réalisation de microprojets, dus à l'initiative de l'association française Madavelona, pour permettre la desserte en eau du village côtier de Saint-Augustin. Six puits ont ainsi été installés à proximité de la côte, avec la difficulté supplémentaire d'éviter que la nappe d'eau douce ne se mêle à la nappe d'eau salée. Il est prévu de doter un des puits d'une éolienne et d'une citerne, qui sera installée en hauteur, afin de garantir une certaine qualité de l'eau. Ce puits a vocation à alimenter le centre de soins aux jeunes mamans et le centre de nutrition.

A cette occasion, tout en saluant l'intérêt de ces microprojets, votre rapporteur a souligné l'avantage que pourrait avoir une démarche plus globale consistant à utiliser les « résurgences » d'eau douce situées à proximité du village (de quatre à six kilomètres) pour assurer la desserte en eau potable de tout le village et a suggéré de lancer une étude de faisabilité, mais à la condition expresse que les habitants et les élus adhèrent à ce projet. A la suite de la visite, votre rapporteur a obtenu le principe d'un financement par la ville de Meylan (Isère).

Autre exemple auquel a été confronté la délégation sénatoriale : la desserte en eau de la ville de Ranohira, située dans le Parc de l'Isalo. Le problème de l'eau s'y trouve posé de manière différente. En effet, un cours d'eau pourrait être capté pour desservir la population. Mais cela suppose l'accord du maire et un travail commun avec la population. Jusqu'ici, le projet de renforcement de la coopération décentralisée, que se proposent de soutenir TETRAKTYS et l'ANGAP, n'a pas été accepté par le maire, et demeure ignoré de la population. Une illustration a ainsi été donnée de la nécessité, pour réussir un partenariat, de pouvoir s'appuyer sur des autorités locales soucieuses d'assurer le développement local.

Plus largement, et la mission a pu l'observer, notamment dans la région de Tamatave, où la ressource en eau est abondante, le problème général qui est posé est celui de l'éducation des gens à un usage raisonné de l'eau, en veillant à développer des réseaux qui en garantissent la qualité et à éviter, autant que possible, de la polluer, notamment en améliorant les systèmes d'assainissement en zones urbaines. Peut-être, y aurait-il lieu d'envisager une formation de la population, et une sensibilisation à l'idée que l'eau potable a un coût et qu'il est nécessaire de la rendre payante pour en permettre le traitement.

e) L'impératif de sauvegarde des ressources forestières

La mission a également été saisie du problème de la déforestation , liée aux pratiques coutumières consistant à détruire, arracher ou brûler les jeunes arbres pour fabriquer du charbon de bois destiné à la cuisson des aliments. Cette situation que l'on retrouve sur la quasi-totalité de l'Ile, tend à réduire toujours davantage la forêt primaire et à totalement modifier les caractéristiques propres de la flore et des essences forestières malgaches, sans oublier ses conséquences sur la faune et la survie des espèces.

En détruisant toujours davantage les espaces forestiers, les pratiques ancestrales, tel le brûlis, outre qu'elles appauvrissent rapidement les terres cultivables, ont en d'autres endroits des effets favorisant l'érosion des sols.

Dans la région de Tuléar, par exemple, les efforts engagés pour replanter de nouveaux arbres sont difficiles à mener à terme, car les jeunes pousses sont bien souvent détruites avant de pouvoir être utilisées pour reconstituer le couvert végétal et apporter, le cas échéant, des ressources alimentaires.

Au lieu d'utiliser les arbres pour le charbon de bois, votre rapporteur a suggéré d'envisager l'installation de piles photovoltaïques, qui pourraient bénéficier de l'important taux d'ensoleillement pour fournir de l'électricité et de l'énergie de chauffage, en évitant de poursuivre la déforestation.

f) Le tourisme : une activité fédératrice du développement.

Les atouts naturels et humains de la Grande Ile pourraient, pour peu qu'on s'en donne la peine, en faire un pôle touristique encore plus attractif que ne le sont ses voisins de Maurice et de la Réunion.

Madagascar ne bénéficie pas seulement de rivages splendides et d'un ensoleillement généreux. Elle est riche aussi d'un potentiel de ressources naturelles exceptionnel, sur le plan géographique, géologique et botanique. Ce n'est pas sans raison que le pays compte une cinquantaine de parcs nationaux, qui illustrent la variété et la beauté des paysages, ainsi que trente-six réserves protégées. On peut y découvrir des forêts aux essences rares et précieuses (malheureusement pour certaines gravement menacées par la déforestation), des animaux étonnants, tels les lémuriens et les zébus, un ensemble de minéraux classé au patrimoine mondial.

La nature y offre aussi les saveurs incomparables des produits tropicaux, à commencer par la vanille, cet « or brun », et la cannelle.

A cette générosité de la nature, s'ajoute l'attrait d'une population ouverte et accueillante. Sur le plan culturel, une grande place est accordée à la tradition et aux ancêtres, avec des pratiques marquées par une forte spiritualité.

Pourquoi, dès lors, Madagascar serait-il condamné à demeurer l'un des pays les plus pauvres du monde ? Avec des ressources aussi exceptionnelles, le tourisme ne devrait-il pas constituer une réponse privilégiée pour aider le pays à relancer son économie ? Mais à l'expresse condition de ne pas lui faire perdre son âme. S'orienter vers des équipements de masse uniquement fondés sur le complexe mer/soleil serait en effet un tragique contresens.

C'est donc d'un tourisme « doux » qu'il doit s'agir, fondé sur la découverte d'une culture profondément originale et qui permette d'associer la population à la valorisation de ses richesses naturelles et culturelles.

A l'occasion du lancement du partenariat avec Tamatave, votre rapporteur a ainsi été amené à souligner le rôle très important que pourrait jouer le tourisme écologique pour permettre progressivement un développement intégré de la province. Se référant à l'expérience déjà acquise par la région Rhône-Alpes en la matière, au Mali, au Maroc ou au Sénégal, avec la formation de guides et de muletiers, il a fait valoir que cette forme de tourisme ne nécessitait que de petits investissements, avec des retombées immédiates et pouvant créer énormément d'emplois dans la région.

Il a insisté sur l'utilité de préparer les populations locales à « l'écotourisme » qui permet de transmettre les richesses culturelles d'un pays et ne nécessite pas des investissements importants.

La formation de la population est en revanche indispensable, de même que celle des guides, ainsi que l'organisation de l'encadrement. Il importe également de prévoir un minimum de sécurité sanitaire et alimentaire dans les gîtes ruraux qu'il faudra créer pour accueillir les touristes.

Si elles s'engageaient dans cette voie, les populations locales pourraient en tirer des avantages immédiats. Par son caractère fédérateur, ce type de tourisme va d'ailleurs bien au-delà et peut faire rejaillir son bénéfice sur tous les autres axes de coopération ; mais à condition que le partenariat soit fondé sur le respect de valeurs mutuelles et ne crée pas de dépendance.

L'illustration de cette démarche pourrait être fournie par la coopération que la région Rhône-Alpes s'apprête à mettre en oeuvre avec la province de Tamatave.

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