6. Intervention de M. Elikia M'Bokolo lors de la session spéciale « Villes africaines et Patrimoine » au Sommet AFRICITES
Le patrimoine urbain, un outil de développement pour l'Afrique
Elikia M'Bokolo
Directeur d'Etudes
Ecole des hautes Etudes en Sciences Sociales
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Chers collègues,
Je voudrais d'abord, après ces mots de bienvenue et ces premières observations et réflexions sur l'objet de nos débats d'aujourd'hui - Le patrimoine, un outil de développement pour l'Afrique - , accomplir, comme on dit, le devoir agréable de remercier tous ceux qui ont eu l'idée d'organiser cette rencontre et ont mis en oeuvre les moyens et les ressources pour que cette réunion ait lieu.
Je le dis d'autant plus volontiers que, natif d'une grande métropole africaine -je suis né en effet à Kinshasa, autrefois Léopoldville- j'ai souvent été surpris que, dans les réflexions et stratégies sur le développement de l'Afrique, on ait si rarement pris la ville en elle-même comme l'un des pôles privilégiés, comme l'un des leviers originaux de notre marche qui se veut singulière vers un futur meilleur que notre présent. Longtemps, tout a semblé se passer comme si la ville, petite ou grande, évoquait encore pour beaucoup ce lieu troublant où se croisent la garantie de l'incertitude, la froideur de l'anonymat, le risque de la solitude, certes de possibles opportunités professionnelles ou amoureuses fructueuses, mais aussi de si fréquents mensonges, les violences et agressions de toutes natures. Bref, tout a semblé se passer comme si rien n'avait changé depuis les temps où notre regretté aîné Mongo Beti avait, sous le nom d'Eza Boto, publié Ville cruelle , et depuis les temps où, lors des premiers pas de la musique congolaise, Antoine Mundanda a chanté dans Nzela ya Ndolo les malheurs d'un pauvre bougre émigré du village et découvrant en ville la violence de l'Etat colonial et la malfaisance généralisée dans la corps social.
Poto Poto mboka monene
Solo Kinshasa Poto moindo
Sachons-leur donc gré, à tous ceux qui, en nous réunissant ici, nous permettent d'avancer ensemble dans l'élaboration de stratégies et de plans d'action articulant patrimoine et développement de l'Afrique.
Qu'il me soit permis également d'adresser mes remerciements à ceux qui, à juste titre, ont cru utile de faire venir ici, en ma personne et en celle de quelques autres que j'aperçois d'ici, des hommes de science et de culture car, sauf lorsque l'UNESCO est impliquée, ceux-ci sont souvent tenus à l'écart de ces grands et nécessaires débats sur le développement de notre continent. Il me semble en effet que, si les voies singulières d'un développement effectif de l'Afrique doivent se dégager, ce sera grâce à la conjugaison des efforts de tous, grâce à l'alliance entre le devoir d'efficacité et d' accountability , comme on dit aujourd'hui, des responsables publics d'un côté et, de l'autre, l'exigence de participation de tous les citoyens et le devoir d'imagination voire de provocation, de saine provocation, qui incombe aux hommes et femmes de culture.
Comme vous le savez, la Renaissance Africaine est de nouveau à l'ordre du jour : c'est le souffle qui anime l'élan que le NEPAD entend donner au développement de l'Afrique. Je voudrais rappeler ici ce qu'a écrit l'un des pères les plus fameux de la Renaissance Africaine, le nigérian Nnamdi Azikiwe dans un livre Renascent Africa écrit à Accra en 1936-1937 :
" Eduquez l'Africain à être un homme. Dites-lui qu'il a fait une contribution manifeste à l'histoire. Apprenez-lui à apprécier le fait que le fer a été découvert par les Africains ; que les Africains ont été à l'origine de la conception de Dieu ; que les Africains ont dirigé le monde de 763 à 713 avant Jésus Christ ; que, pendant que l'Europe somnolait durant des " siècles obscurs ", une grande civilisation a fleuri sur les bords du Niger, s'étendant des mines de sel de Terghazza au Maroc jusqu'au lac Tchad et à l'Atlantique. Racontez-lui les usages de l'Ethiopie, du Ghana, de Melle (Mali), de Mellestine, de Songhay. Faites-lui comprendre, avec le reste du monde, que, pendant qu'Oxford et Cambridge en étaient à leurs stades rudimentaires, l'université de Sankore à Tombouctou accueillait " des savants et des érudits du monde entier ", comme l'écrit Sir Percy. L'Africain de la Renaissance sera au mieux avec les hommes et les femmes formés pour apprécier ces faits de l'histoire africaine plutôt qu'avec ceux qui passent la durée d'une vie en Europe ou en Amérique pour recevoir une éducation au rabais et dévaluer la culture et la civilisation de l'Afrique . " (05/12/1953).
Ces propos dans lesquels, je crois, le président Thabo Mbeki, l'un des promoteurs actuels de la Renaissance Africaine se reconnaîtrait volontiers, ont été partagés par de nombreuses générations de responsables africains : on les retrouve dans les années 1950 dans la bouche de Nkrumah comme on les a entendus au tout début du XXè siècle lorsqu'un brillant étudiant sud-africain de Columbia University à New York, Issaka Seme, l'un des futurs fondateurs de l'ANC, évoqua la Régénération Africaine et, devant l'incrédulité de son public, se plut à évoquer la singularité des civilisations africaines et la vitalité continue des créations des peuples africains.
Si je convoque ici ces illustres ancêtres, c'est parce qu'ils parlaient déjà de ce dont nous sommes en train de discuter ici, ils parlaient déjà du patrimoine. Mais, entre eux, Africains d'hier, et nous, Africains d'aujourd'hui, il y a, me semble-t-il, plus qu'une simple distance : il y a un fossé. Ce fossé tient d'abord au fait que, contrairement à eux, nous avons relégué le patrimoine du centre à la périphérie lointaine de nos réflexions et de nos préoccupations et, ensuite, au fait que nous n'avons pas encore réussi à mettre en oeuvre des " politiques du patrimoine ", des actions sur le patrimoine et par rapport au patrimoine qui soient cohérentes et aussi susceptibles de participer au processus global de notre développement.
Je me contenterai ici, pour introduire à nos débats, de soulever trois questions à mon tour, à la suite du Directeur Général Adjoint de l'UNESCO.
* * *
La première question se situe dans le prolongement de sa question " Quel patrimoine faut-il protéger ? " Je la reformulerais en disant : Lorsque nous parlons de patrimoine africain, à quel patrimoine pensons-nous ?
La question du patrimoine en Afrique me semble avoir été, pendant longtemps, posé en des termes inadéquats ou d'une manière incomplète et peu satisfaisante. J'ai tenté naguère d'analyser cette approche du patrimoine et d'en montrer les insuffisances en la qualifiant de « conception muséale » ou « muséographique » de la culture.
Une telle approche était d'ailleurs difficile à éviter dans le contexte des indépendances récemment acquises. On sait que, pour légitimer leur domination sur l'Afrique, toutes les puissances coloniales avaient recouru aux mêmes arguments. L'un d'eux, relativement facile à faire accepter par leurs opinions publiques, avait été " le retard " culturel de l'Afrique ou l'absence de toute culture sur le continent africain. On comprend que les premières générations d'intellectuels et hommes d'Etat africains aient voulu, en combattant le colonialisme politique, relever aussi le défi du colonialisme culturel. Il fallait donc à tout prix soutenir, prouver et montrer par des preuves tangibles que l'Afrique ancienne et traditionnelle, identifiée à l'Afrique des villages, des enracinements tribaux et des affiliations ethniques, avait aussi produit sa propre culture. Ainsi, à trop regarder dans cette direction-là, on courait le risque, vérifié dans les faits, de ne pas voir ce qui était devant soi, bien vivant, je veux dire la culture urbaine, dans son effervescence, son bouillonnement, sa créativité et sa productivité. Aujourd'hui, quarante ans après, nous ne pouvons plus ne plus voir cet espace immense, porteur de nombreux détours et de multiples recoins, où l'Afrique contemporaine prend en charge ses héritages, les croise avec d'autres apports et fabrique, bricole, invente -dans le meilleur sens de ces mots- des africanités à la fois fidèles à elles-mêmes et innovantes.
Une autre cause de bévue a été la problématique de la construction nationale, telle du moins qu'elle se formulait il n'y a guère. Dans ces espaces territoriaux que nous avions, presque partout, hérités de la colonisation, on a pensé, à bon droit, qu'il fallait se préoccuper d'abord de " construire la nation " sous peine de voir " les tribalismes " et autres particularismes emporter les fragiles échafaudages issus de l'ordre colonial et les réduire en miettes. Comment faire, sinon mettre en commun le patrimoine " purement africain ", venu jusqu'à nous du fonds des âges ? Qui a oublié le cri poignant du poète :
" Rends-moi mes poupées noires
Pour jouer
Le jeu naïf de mes instincts...
Pour recouvrer mon courage,
Mon audace,
Me sentir tel que je suis :
Un nouveau moi-même, issu de ce que j'étais hier,
Hier
Sans complications,
Hier quand sonna l'heure du déracinement. "
(Léon Gontran Damas)
Dans l'une de ces perspectives comme dans l'autre, la politique culturelle, pour autant qu'on puisse employer ce mot, avait tendance dans les jeunes Etats à se confiner dans des pratiques de folklorisation et, en soulignant de cette manière-là l'écart entre " nous " et " les autres ", à nous figer dans un lointain ailleurs où nous aurions donné toutes les preuves de nos talents. A ceux qui nous signifiaient que nous étions " mal partis ", nous nous trouvions ainsi armés pour répondre avec nos performances passées et excuser en quelque sorte, c'est-à-dire aussi prendre pour acquis et légitimer du même coup, notre soi-disant retard.
Or, le patrimoine urbain, donné à voir à tous, nous tenait et continue de nous tenir un tout autre langage.
Ce patrimoine négligé nous enseigne d'abord l'ancienneté du fait urbain en Afrique, quels que soient les critères que l'on retienne pour définir la ville, le nombre de ses habitants, le mode d'organisation de l'espace, les fonctions assumées, les formes de sociabilité... Cette ancienneté, dont attestent toutes les aires culturelles du continent africain, nous projette en arrière vers le passé le plus lointain, de l'Ethiopie au Zimbabwe, des confins sahéliens aux savanes congolaises, des rivages atlantiques aux hautes terres des Grands Lacs. Mais, il faut souligner aussi que, jusqu'à la veille, si l'on peut parler ainsi, de la mainmise coloniale, l'Afrique n'a cessé de produire des villes, de plus en plus nombreuses : beaucoup d'entre elles allaient d'ailleurs être réappropriées par les autorités coloniales et transformées en noyaux d'expansion du nouvel ordre des choses, sans que s'abolissent pour autant les pratiques et usages anciens, portés à prendre le détour de la clandestinité et à nous obliger aujourd'hui à déployer des trésors de patience et d'expertise pour retrouver leurs traces.
Ce qui est encore plus surprenant dans cette histoire, c'est que les phases les plus dures, les plus terribles et les plus terrifiantes, du passé africain ont, à leur tour donné naissance à des formations urbaines nouvelles, soit créées ex nihilo , soit le plus souvent érigées sur des habitats anciens, mais dans lesquelles les Africains n'ont jamais été de simples spectateurs du temps qui passe. Nous sommes donc fondés à considérer comme nôtres ces villes-là, qu'il s'agisse, pour le passé le plus récent, des fameuses villes cruelles coloniales ou, pour un passé plus ancien, des comptoirs de la traite négrière, des foyers de colonisation arabe, musulmane et swahili, ou de ces cités de grand négoce mettant l'Afrique au contact des économies -mondes dans des rapports d'échange qui n'étaient pas forcément inégaux.
De ces moments douloureux et brutaux, chargés de violence et de mieux en mieux connus de tous, comme de ces phases plus discrètes, presque silencieuses, où les groupements humains ont réussi à vivre, à produire et à créer à l'abri des intrusions, ce dont nous avons hérité est bien un patrimoine, je veux dire un ensemble de choses, matérielles ou immatérielles, venues d'autres temporalités que la nôtre, mais auxquelles les sociétés présentes se rattachent et donnent un sens, qu'elles reconnaissent et revendiquent, qui façonnent ouvertement ou secrètement leur être au monde, qui participent de leur identité, en compagnie desquelles au fond elles se sentent bien. Il n'y a donc pas du tout un antagonisme quelconque entre patrimoine et développement, dès lors que, prenant parti dans les débats actuels, nous sommes portés à considérer celui-ci comme l'ensemble des pratiques, économiques et autres, qui apportent aux êtres humains le plus de liberté et de bien-être.
Le patrimoine des villes africaines comporte plusieurs " biens " que, par commodité, on pourrait ranger dans quelques groupes ou catégories :
Des lieux.
Des bâtiments.
Un mobilier particulier qu'il faut bien appeler " mobilier urbain ".
Des parcours.
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Deuxième question : Pourquoi devons-nous protéger le patrimoine des villes africaines ? Je donnerais tout de suite deux raisons impératives : c'est parce que ce patrimoine est menacé ; c'est aussi parce que ce patrimoine peut être un ciment d'identité.
Il faut bien voir en effet que des dangers, nombreux et pressants guettent et menacent ce patrimoine.
Relevons d'abord les risques liés à la croissance urbaine. La combinaison d'une croissance démographique forte, qui a porté la population de l'Afrique subsaharienne de 221 millions en 1960, au moment des indépendances, à 620 millions (soit un quasi triplement) en 1996, et d'un exode rural continu et massif, lié aux facteurs les plus divers (récurrence de sécheresses, échec des politiques agricoles, persistance ou aggravation de la pauvreté rurale, guerres civiles...) est en train de transformer radicalement les paysages africains. A l' Afrique des villages , à laquelle beaucoup continuent de se référer, non sans nostalgie, comme à un monde que nous risquons de perdre et, avec lui, nos identités ancestrales, se substitue peu à peu et irrémédiablement l' Afrique des villes : pour s'en tenir encore à l'Afrique subsaharienne, les citadins, qui n'étaient que 11% en 1950, sont passés à 19% en 1970 et à 23% en 1989 : à la fin de la décennie 1990, nous en étions à plus de 33%, dépassant ainsi le cap de 1 Africain sur 3 résidant en ville. Rien ne semble devoir arrêter ce processus. Et dans un certain nombre de pays, comme le Congo Brazzaville, les citadins sont désormais plus nombreux que les ruraux. Cette mutation est aussi attestée dans l'ensemble des pays de l'Afrique méditerranéenne, de l'Egypte au Maroc. Notre présent se réalise donc de plus en plus en milieu en milieu urbain. Ce n'est donc pas seulement dans une Afrique des villages plus ou moins idéalisée, mais aussi dans l' Afrique citadine que se construira le futur des sociétés africaines.
Mais, dans l'immédiat, que devient le patrimoine urbain dans le contexte de cette croissance urbaine que, comme cela a été le cas dans d'autres parties du monde, personne ne contrôle ni ne maîtrise réellement ? L'écologie urbaine de l'Afrique d'aujourd'hui constitue en elle-même une menace pour ce patrimoine. Partout, les quartiers spontanés, pour utiliser un euphémisme, sont aussi nombreux, sinon plus nombreux, que les quartiers organisés. Ce n'est pas par hasard que les responsables municipaux s'inquiètent ici et là des risques de " bidonvilisation " des unités urbaines dont ils ont la charge. Comment mener une politique du patrimoine urbain lorsque, pour prendre encore une moyenne, plus de la moitié de la population est privée d'accès à l'assainissement ? On aurait sans doute tort de faire de cette question une simple question de priorité, formulée en termes de choix qui s'excluraient : assainir d'abord pour donner au plus grand nombre un minimum de conditions de vie décentes ou préserver d'abord le patrimoine urbain ? Car les deux volets du dilemme sont en réalité profondément imbriqués l'un dans l'autre : il est fréquent, par exemple, que l'habitat urbain spontané prenne comme siège précisément les endroits qui relèvent du patrimoine urbain d'une commune ou d'une municipalité. Je voudrais relever juste un exemple parmi d'autres, celui d'Accra où le bâtiment, par ailleurs très bien conçu et toujours solide, de ce qui devait être il y a quarante ans T he Museum of Science and Technology est, depuis quatre ans au moins que je visite régulièrement la capitale ghanéenne, toujours squatté par des familles sans logement. Le risque de confiscation de facto et destruction du patrimoine urbain est donc bien réel. Il faut ajouter à ce risque l'état de quasi abandon de bâtiments, de mobilier... dû visiblement à la situation et aux ressources financières de leurs propriétaires officiels ainsi que les dégradations liées aux phénomènes de pollution contre lesquels les pouvoirs locaux se sont montrés jusqu'ici impuissants.
Toutefois, ce patrimoine menacé peut également jouer le rôle crucial d'un ciment d'identité face à deux évolutions qui comportent en elles des risques qu'il ne faut pas sous-estimer.
D'une part, parallèlement à l'accroissement de la population et au mouvement général d'urbanisation qu'elles stimulent, les dynamiques démographiques de l'Afrique contemporaine ont un autre effet aux conséquences incalculables, le rajeunissement spectaculaire de nos sociétés. Aujourd'hui les jeunes de moins de 20 ans constituent plus de la moitié de nos populations et les moins de 25 ans près des deux tiers, les uns et les autres étant de plus en plus des citadins. C'est dire que le capital culturel directement acquis par eux ne va guère au-delà du début des années 1980. Quant au capital culturel hérité, je doute fort que chez la plupart il soit réellement consistant, compte tenu de l'effondrement généralisé des structures d'encadrement scolaire et de l'érosion progressive des modes traditionnels d'encadrement et de socialisation par les familles. Ainsi, la question de l'articulation entre tradition et modernité ne se pose plus, dans les termes où les posait par exemple Cheikh Hamidou Kane dans L'aventure ambiguë . Si l'on peut se réjouir du cosmopolitisme croissant de ces jeunes et de la créativité culturelle qui leur est associée, il faut se demander aussi dans quelle mesure peuvent subsister et s'épanouir, au milieu de cette mondialisation culturelle sauvage, les valeurs culturelles propres de l'africanité, dans leur enracinement historique et dans leurs expressions contemporaines.
D'autre part, on constate dans de nombreux cas une crispation croissante entre les identités multiples qui coexistent au sein des Etats africains et dont on avait espéré, pendant les premières décennies des indépendances, qu'elles fusionneraient progressivement dans une " culture nationale ". Cette crispation peut conduire, on le sait et on le voit, à des poussées de xénophobie, voire à des guerres civiles, qui mettent en danger le développement de nos sociétés, l'intégrité des Etats et la stabilité même du continent.
Or, à l'opposé du risque de dilution et du danger de crispation, les villes africaines ont été et continuent d'être ces lieux d'interactions, d'échanges et de brassages culturels, dont la vitalité et la créativité sont loin d'être épuisées et dont la valorisation peuvent constituer des réponses positives aux interrogations confuses que ces tendances expriment.
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J'en viens donc à ma troisième et dernière question, qui restera presque entièrement à l'état interrogatif puisque ce sont précisément nos débats qui dégageront les pistes de réponse : Comment exploiter le patrimoine urbain africain ?
La première urgence est celle de la sauvegarde et celle-ci, contrairement à ce que ce mot de sauvegarde suggère, va de pair avec une bonne dose de créativité. Il s'agit ici de plusieurs démarches conjuguées :
L'identification des composantes du patrimoine qui exige de recourir à la fois au savoir accumulé par les populations, conservé parfois jalousement secret, et à l'expertise des spécialistes divers des sciences humaines (archéologie, histoire, anthropologie, linguistique) et des urbanistes, voire des entreprises de bâtiments et de travaux publics.
La mobilisation des ressources pour concevoir et mettre en oeuvre cette sauvegarde. Nul ne négligera l'importance du " nerf de la guerre ", les ressources financières. Il faut aussi relever ici la disponibilité des ressources locales, dès lors qu'on se préoccupe d'associer pleinement les populations à ces opérations : le rôle des groupements associatifs dans les opérations d'assainissement urbain, dans plusieurs villes africaines, démontre tout ce que l'on peut tirer localement des populations. Est-il besoin d'ajouter que cette mobilisation va exactement dans le sens où s'engagent aujourd'hui plusieurs municipalités africaines, celui d'une participation effective des populations à la démocratie urbaine et celui de la décentralisation d'un nombre croissant de compétences t d'activités des organes centraux de l'État vers la base.
Cette sauvegarde est la condition de la valorisation en vue de l'exploitation optimale de ces ressources patrimoniales.
Il saute aussitôt aux yeux que l'Afrique, en particulier l'Afrique subsaharienne, a une place à prendre dans le marché mondial du tourisme et les exemples dont certains seront évoqués ici -Gorée, Agadès, Saint-Louis, Bassam, mais aussi Johannesburg, Cap Town...- sont là pour suggérer la dimension porteuse de ce marché.
Mais, ne perdons pas de vue que partout existe, sinon un marché local du tourisme, du moins un besoin local de connaître, de découvrir et d'apprécier le patrimoine local.
Il est clair enfin que ces opérations ne sauraient se passer de la coopération internationale, qu'il s'agisse, comme il a été suggéré, de faire inscrire sur la Liste du Patrimoine Mondial un nombre plus important de villes africaines qui visiblement en réunissent les critères, ou d'établir au niveau bilatéral ou multilatéral des coopérations entre villes de différents pays ou continents.
De toutes ces questions et d'autres que leur technicité m'a conduit à écarter de mon propos, je suis certain que nos sessions débattront avec succès, dans le but que nos échanges nous conduisent à des plans opérationnels.
Sur ce souhait, je vous remercie tous de m'avoir
accordé votre attention.
Merci à tous.