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L'INDE CONTEMPORAINE :
QUELQUES POINTS DE REPÈRE

1. Géographie

L'Inde s'étend du nord au sud sur 3.200 km et d'Est en Ouest sur 3.000 km. Elle est le septième Etat du monde par la superficie, couvrant environ 3.200.000 km2. Elle est bordée sur 6.100 km de côtes par l'Océan indien (mer d'Arabie et golfe du Bengale). Six Etats lui sont contigus : la Birmanie et le Bangladesh à l'Est, le Népal et la Chine au Nord, le Pakistan à l'Ouest, tandis que le Sri Lanka en est séparé au Sud-Est par le golfe de Mannar.

L'Inde compte essentiellement trois régions naturelles : au Nord, la chaîne de l'Himalaya, qui culmine du côté indien à 8.603 m au Kanchenjunga ; au Sud de l'Himalaya, la plaine du Gange, qui s'étend sur 2 400 km d'Est en Ouest et sur 300 km du Nord au Sud ; enfin, le plateau du Deccan, au Sud, séparé de la plaine indo-gangétique par des collines de 500 à 1.300 m d'altitude et flanqué par les ghats orientaux et occidentaux.

2. Population

La population indienne était évaluée à 1, 065 milliard d'individus en 2003. Elle s'accroît de 2 % chaque année, soit l'équivalent de la population australienne. On estime que la population indienne pourrait atteindre 1,5 milliard d'habitants d'ici 2050 et compter 180 millions d'actifs supplémentaires d'ici 2020. L'Inde aura ainsi connu en un siècle une multiplication par 4,5 de sa population.

La part de la population rurale indienne est encore supérieure à 65 % de la population totale. Cependant, l'Inde, qui comptait 60 millions d'urbains en 1951 en compte près de 300 millions aujourd'hui. Ce chiffre devrait s'élever à 520 millions d'ici 2026.

3. Système institutionnel

L'Inde est un Etat fédéral qui comprend 28 Etats établis sur des bases essentiellement linguistiques et 7 territoires créés pour des raisons politiques ou historiques. Elle est une démocratie de type parlementaire inspirée du modèle britannique.

La constitution indienne a été promulguée le 26 janvier 1950 par le Dr. Rajendra PRASAD, premier Président de la République indienne. Avec ses 396 articles et ses annexes, c'est l'une des plus longues du monde.

Le Président de l'Union indienne est élu pour une durée de cinq ans, renouvelable, par un collège composé de membres des deux assemblées de l'Union et des représentants des assemblées législatives des Etats dont la voix est assortie d'un quotient qui est fonction de la population de l'Etat.

Le Président est le chef de l'Exécutif et le chef des Armées ; il nomme aux emplois civils et militaires de l'Etat et promulgue les ordonnances en dehors des sessions parlementaires. Son rôle peut être important lors de la désignation du Premier Ministre, dont il est tenu de suivre les « avis » depuis le vote du 42ème amendement de la Constitution en 1976. Il peut prononcer la dissolution de la Chambre basse, le Lok Sabha.

Il est important de noter que le Président de l'Union joue un rôle important dans la régulation des rapports entre l'Union et les Etats fédérés. Il est en effet en mesure de destituer les gouvernements locaux et de donner au Gouverneur les pleins pouvoirs pour une durée de six mois renouvelable.

Le Président est assisté d'un Vice-Président élu pour cinq ans par un collège composé des membres des deux assemblées de l'Union. Il est Président ex-officio de la Chambre haute, le Rajya Sabha.

Le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, nommé par Président de la République, est le détenteur effectif du pouvoir. Il préside le Conseil des Ministres, ces derniers étant nommés par le Président sur proposition du Premier Ministre. Le Gouvernement est collectivement responsable devant le Lok Sabha, dont il peut proposer la dissolution au Président.

Le Parlement de l'Union comprend deux chambres : la Chambre des Etas (le Rajya Sabha) et la Chambre du Peuple (Lok Sabha), dont le chef du parti majoritaire devient normalement Premier Ministre.

La Chambre des Etats se compose de 245 membres élus pour 6 ans au suffrage indirect par les Assemblées législatives des Etats et renouvelés par tiers tous les deux ans, à l'exception des 1é membres qui sont nommés par le Président en raison de leurs compétences dans le domaine des sciences, des arts et des lettres ou de l'action sociale.

La Chambre du Peuple se compose de 545 membres élus au suffrage universel pour cinq ans, à l'exception de deux membres nommés par le président pour représenter la communauté anglo-indienne.

Les institutions des Etats fédérés sont à l'image de celles du Gouvernement central. Le Gouverneur représente le Président et nomme le Ministre en Chef, qui est normalement le leader du parti majoritaire à l'Assemblée législative.

4. Système de castes

Le système des castes gouverne encore largement l'organisation de la société. Il s'agit d'un principe de stratification sociale propre au sous-continent Indien, dont les origines demeurent incertaines.

On distingue communément quatre castes génériques (les Varna) : Brahmanes (prêtres), Kshatriya (guerriers), Vaishya (commerçants) et Shudra (serviteurs). Ceux qui appartiennent à ces groupes sont les Hindous de caste, les autres, les Intouchables, étant des Hors-castes.

En réalité, l'organisation des castes est infiniment plus complexe. La société est divisée en milliers de castes (les Jati), certaines s'étendant sur plusieurs Etats et comptant des millions de membres, d'autres ayant une extension géographique beaucoup plus réduite.

La Constitution indienne affirme l'égalité de tous les citoyens et interdit, dans son article 15, toute discrimination basée sur la religion, la caste, le sexe ou le lieu de naissance. L'article 16 abolit officiellement la notion d'intouchable. L'article 46 prévoit que l'Etat veillera à promouvoir les intérêts économiques et sociaux des parties les plus faibles de la population, en particulier des Sheduled Castes (Intouchables). Sur le fondement de ces dispositions, des quotas ont été mis en oeuvre pour l'accès des Intouchables aux emplois publics.

Au cours de son déplacement, la délégation a pu constater, à la simple lecture des annonces matrimoniales publiées dans la presse, que le système des castes demeurait extrêmement vivace, la plupart des annonces mentionnant la caste à laquelle devrait appartenir le prétendant ou la prétendante.

Malgré d'importants progrès, notamment en ce qui concerne l'accès des Intouchables et des membres des basses castes à l'éducation, le système des castes demeure un frein incontestable à la mobilité sociale.

5. Économie de l'Inde

La croissance indienne s'est élevée en moyenne à 5,7 % au cours des dix dernières années. Après un taux de 7,8 % en 2003-2004 grâce à une bonne récolte due à une mousson satisfaisante, les performances économiques en 2004-2005 pourraient être moins bonnes.

Malgré l'élévation du taux de croissance moyen, l'économie indienne souffre de faiblesses structurelles. Un taux de croissance de 9 % environ serait nécessaire pour permettre une réduction significative de la pauvreté. L'Inde occupe la 127ème place sur 175 pays dans le classement de l'Indice du Développement Humain.

Pour atteindre un taux de croissance supérieur, les autorités indiennes devront maîtriser les déficits publics qui s'élèvent à 10 % du PIB si l'on cumule le déficit de l'Etat central et celui des Etats de l'Union. De nombreux goulets d'étranglement entravent encore la croissance, en particulier l'insuffisance des infrastructures et la vétusté du cadre juridique de l'activité économique.

6. Relations avec la France

Les relations politiques entre la France et l'Inde sont traditionnellement bonnes et notre pays a toujours envoyé comme ambassadeurs en Inde des personnalités de grande qualité, qu'il s'agisse de M. Claude BLANCHEMAISON, de M. Bernard de FAUBOURNET de MONFERRAND, ou de M. Dominique GIRARD, pour ne citer que les trois derniers.

Les échanges économiques entre la France et l'Inde demeurent en revanche limités. La France est aujourd'hui le 15ème fournisseur et le 11ème client de l'Inde. Sa part de marché en Inde s'élève à environ 2 % et elle est nettement devancée par ses principaux concurrents : Etats-Unis (7,2 %), Belgique (6 %), Chine (4,5 %), Royaume-Uni (4,5 %), Allemagne (3,9 %), Japon (3 %).

Si les exportations françaises vers l'Inde ont dépassé pour la première fois en 2001 le milliard d'euros, il n'en reste pas moins que l'Inde n'absorbe que 0,3 % de nos exportations. La France se situerait aujourd'hui au huitième rang des investisseurs étrangers en Inde derrière Maurice, les Etats-Unis, le Japon, le Royaume-Uni, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Corée du Sud.

En matière de coopération économique, la création du Forum d'initiative Franco-Indien, coprésidé par notre excellent collègue M. Jean FRANÇOIS-PONCET a constitué un progrès incontestable en permettant de faciliter la réalisation de projets précis associant des partenaires des deux pays.

Les relations, culturelles, scientifiques et techniques entre la France et l'Inde sont traditionnellement dynamiques. Le budget français de coopération avec l'Inde a atteint 5,4 millions d'euros en 2004, soit une augmentation de 11% par rapport à l'an 2000.

La coopération culturelle a pour premier objectif la diffusion de la langue et de la culture françaises. Le réseau des alliances françaises, composé de 15 établissements et de 7 antennes, est présent dans 13 Etats sur 28 et dans 22 villes.

Au cours de sa visite, la délégation a pu découvrir les nouveaux locaux de l'Alliance française de Delhi et s'entretenir avec son directeur, M. Gérard SABY, ainsi qu'avec une partie du corps enseignant. Installée en mai 2004 dans ses nouveaux locaux, l'Alliance française dispose désormais d'équipements de grande qualité, en particulier d'un grand auditorium et de 11 salles de cours. Il convient de noter que les locaux sont partagés avec l'Allemagne, ce qui constitue un exemple qui pourrait utilement être reproduit dans d'autres pays. L'Alliance accueille environ 5.000 étudiants chaque année.

La bibliothèque de la nouvelle Alliance française de Delhi

Selon les professeurs rencontrés, les motivations de l'apprentissage du Français ont évolué au cours du temps. Alors que l'Alliance était, dans le passé, fréquentée prioritairement par des intellectuels, l'apprentissage du Français est désormais un moyen de valoriser un curriculum vitae, notamment pour les étudiants qui souhaitent partir suivre des études au Canada. En revanche, seuls 1.000 étudiants indiens font des études supérieures en France.

La coopération scientifique entre la France et l'Inde est dominée par les activités du Centre franco-indien pour la promotion de la recherche avancée (CEFIPRA). Fondé sur le principe de parité financière et scientifique franco-indienne, il a permis le financement de plus de 230 projets depuis sa création en 1987.

7. L'âme indienne : du Taj Mahal à Khajuraho

Dans son livre La Découverte de l'Inde, Nehru évoque en ces termes l'art indien : « L'intimité du lien qu'entretient l'esprit indien avec la religion et la philosophie le rend difficile à apprécier dans son intégrité, à moins d'avoir quelque connaissance des idéaux qui gouvernent l'art indien. En art, comme en musique, les conceptions orientale et occidentale sont séparées par un véritable gouffre. Les grands artistes et bâtisseurs du Moyen-Age européen se seraient sans doute sentis plus proches de l'art indien que les artistes européens modernes dont l'inspiration dérive de la Renaissance et des périodes ultérieures. Car il y a toujours, dans l'art indien, un élan religieux, un regard par delà le monde qui inspirèrent probablement aussi les constructeurs des grandes cathédrales d'Europe ».

Apprendre à connaître l'Inde implique de découvrir sa culture et les oeuvres d'art auxquelles elle a donné naissance. Lors de son précédent déplacement en 2002, le groupe d'amitié avait pu visiter deux des sites les plus fondamentaux de la tradition artistique indienne : Mahäbalipuram et Kanchipuram.

Au cours de son déplacement de septembre 2004, la délégation a visité le Taj Mahal, souvent considéré comme le symbole du pays tout entier, qui constitue le plus bel exemple de l'art moghol en Inde. Elle s'est également rendue à Khajuraho, site qui accueille les chefs d'oeuvre absolus de l'architecture médiévale hindoue. Les temples de Khajuraho ont été élevés par les râja de la dynastie des Chandella, qui régnait sur l'extrême Nord du Deccan entre le Xème siècle et le début du XIIIème siècle. Au temps de sa plus grande gloire, le site de Khajuraho comptait vraisemblablement quelque 85 temples. Si 22 d'entre eux sont encore présents et ont survécu aux assauts des musulmans, notamment à l'annexion de la province par les sultans de Delhi en 1310, ils le doivent principalement au déclin qui frappait le pays depuis la fin du XIème siècle. Khajuraho fut en effet progressivement abandonnée et la brousse reprit possession de cette région. Le site ne fut redécouvert par les Occidentaux qu'en 1840.

Tous ces temples dressés vers le ciel obéissent à une organisation semblable, avec un vestibule (ardha-mandapa), une salle de danse ou de réunion (mandapa) et le temple proprement dit ou saint des saints (cella). Pour un visiteur européen, la découverte de ces oeuvres d'art inspirées par un profond élan spirituel est particulièrement émouvante et ne manque pas d'évoquer la construction de nos grandes cathédrales, dont la construction est, pour l'essentiel, un peu postérieure à l'érection des temples de Khajuraho.

Les murs des temples sont parés de nombreuses sculptures d'une grande beauté, dont certaines représentent des scènes érotiques. Diverses interprétations ont pu être données de ce choix de représenter la sexualité sur des lieux sacrés : « L'ensemble est unique au monde. Il renverse toute notion traditionnelle de ferveur, de recueillement. Il mêle l'impur au divin. (...) Pour en justifier la présence, certains ont parlé d'unions mystiques entre les créatures et la divinité, de lien fertile entre terre et ciel, d'amour créateur, de tantrisme et de que sais-je encore. D'autres commentateurs indiens disent, de leur côté, que les sculptures dessinaient une école d'amour pour les couples en visite et montraient aussi, à l'intention des pélerins célibataires, de quelles prouesses étaient capables les courtisanes attachées aux temples. »1(*).

8. Chronologie de l'Inde indépendante

15 août 1947 : Indépendance de l'Inde et du Pakistan. Jawaharlal NEHRU devient Premier ministre.

1947-1949 : Première guerre indo-pakistanaise à propos du Cachemire.

30 janvier 1948 : Assassinat du Mahatma GANDHI.

26 novembre 1949 : Promulgation de la Constitution, en vertu de laquelle l'Inde devient une République le 26 janvier 1950.

1962 : Guerre sino-indienne.

27 mai 1964 : A la mort de NEHRU, Lal Bahadur SHASTRI devient Premier Ministre.

1965 : Deuxième guerre indo-pakistanaise.

19 janvier 1966 : Indira GANDHI devient Premier Ministre de l'inde.

Décembre 1971 : Troisième guerre indo-pakistanaise ; le Pakistan Oriental devient le Bangladesh.

18 mai 1974 : Essai nucléaire indien au Rajahstan.

Octobre 1975 : Incidents frontaliers avec la Chine.

Mars 1977 : Défaite électorale d'Indira Gandhi ; Morarki DESAI devient Premier ministre.

Janvier 1980 : Indira GANDHI remporte les élections générales et redevient Premier Ministre.

31 Octobre 1984 : Assassinat d'Indira GANDHI. Son fils Rajiv devient Premier Ministre.

Décembre 1989 : V.P SINGH succède à Rajiv GANDHI, démissionnaire. En novembre 1990, il est remplacé par Chandra SHEKHAR.

21 mai 1991 : Assassinat de Rajiv GANDHI.

Juin 1991 : Victoire du Parti du Congrès aux élections générales ; P.V.Narasimha RAO devient Premier Ministre.

6 décembre 1992 : Destruction de la mosquée d'Ayodhya par des fanatiques hindous. Les émeutes qui suivent dans le Nord de l'inde font 1 200 morts.

Printemps 1996 : Défaite du Parti du Congrès aux élections générales. A.B.VAJPAYEE, chef du Parti BJP devient Premier Ministre pendant 13 jours et démissionne faute de majorité au sein du Lok Sabha. Un Gouvernement de Front Uni dirigé par Dewe GOWDA est formé.

21 avril 1997 : M.I.K.GUJRAL devient Premier Ministre.

28 novembre 1997 : Démission du Gouvernement à la suite du retrait du soutien du Parti du Congrès. Le Président prononce la dissolution du Lok Sabha.

1998 : Victoire du BJP aux élections. A.B.VAJPAYEE devient Premier Ministre.

26 avril 1999 : Dissolution du Lok Sabha. Victoire du BJP aux élections organisées en septembre.

Février 2002 : Les émeutes anti-musulmanes au Gujarat font près de 2000 morts.

Mai 2004 : Elections générales anticipées. Victoire du Parti du Congrès conduit par Sonia GANDHI. Manmohan SINGH devient Premier Ministre.

* 1 Jean-Claude CARRIÈRE, Dictionnaire amoureux de l'Inde.

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