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Islande : développement économique et protection de l'environnement, une symbiose réussie

 

C. DES DÉFIS POUR L'AVENIR

1. Les risques liés à la bonne santé économique de l'Islande

Certains dangers guettent cependant l'économie islandaise.

a) La surchauffe inflationniste?

L'économie islandaise a connu de fortes turbulences au printemps 2006. Suite à une forte croissance en 2004 et 2005, la consommation des ménages s'est fortement accélérée, la dette extérieure est devenue considérable (plus de 150% du PIB à la fin de 2005, soit 735 millions d'euros) et l'inflation s'est révélée très forte (celle-ci a atteint 8,6% en juillet 2006). Face à cette surchauffe, les agences internationales de notation ont tiré la sonnette d'alarme.

Grâce à l'action conjuguée de la banque centrale et du gouvernement, cette «crise des geysers» semble aujourd'hui surmontée. En effet, les différents rapports sur l'économie islandaise sont beaucoup moins alarmistes qu'au cours de l'hiver 2006. Ils soulignent les progrès considérables réalisés dans le secteur financier, notamment en matière de solidité des banques, la situation florissante des finances publiques et les perspectives de croissance.

Cependant, l'Islande apparaît marquée par la difficulté à s'installer à moyen terme dans un dynamique de croissance équilibrée. En effet, cette micro-économie est à la merci des variations brusques et reste exposée aux chocs extérieurs et déstabilisateurs : tensions inflationnistes, déséquilibre de la balance commerciale (déficit équivalent à 17,2% du PIB en 2006), absence de tradition d'épargne et endettement élevé des ménages.

Il convient malgré tout de garder à l'esprit que l'économie islandaise a fait preuve de flexibilité pendant la crise de 2006 et a réussi à s'adapter à son nouvel environnement.

b) La question de l'immigration de travail

Au cours des dernières années, l'immigration s'est développée en Islande, palliant ainsi au manque de main d'oeuvre. Les travailleurs immigrés sont aujourd'hui au nombre de 12.000, soit 7 % de la population active. Deux types d'immigration existent:

· Des immigrés venant de Chine ou du Portugal qui ne viennent pas accompagnés de leur famille mais uniquement le temps de la réalisation de grands projets. Ils sont soucieux de rejoindre leur famille après avoir réalisé une opération financière intéressante.

· Des Européens de l'Est, principalement Polonais, venant avec leur famille et affirmant vouloir repartir. Cependant ils ont souvent vocation à y demeurer. Ne parlant pas l'Islandais, ils rencontrent de nombreux problèmes d'intégration.

Aujourd'hui, la gestion de l'immigration et de ses conséquences sociales et sociétales constitue un enjeu certain. L'Islande se vit comme une société relativement fermée ayant réussi à préserver une certaine homogénéité de sa population. Ainsi, la perspective de voir arriver de nouvelles populations participant au peuplement de leur île inquiète souvent la population islandaise.

c) Un risque pour l'environnement?

Nous pourrions nous demander si certaines activités économiques ne pourraient pas nuire à terme à l'environnement et au cadre naturel auxquels -la délégation a pu le constater- les Islandais sont particulièrement attachés. Nous avons ainsi posé la question de l'impact négatif sur l'environnement de l'industrie de l'aluminium. En effet, en juillet 2006, la population islandaise a vivement marqué son opposition à la construction d'un ensemble de barrages destinés à approvisionner en énergie hydroélectrique une fonderie d'aluminium qui appartient à la compagnie américaine Alcoa.

Nos interlocuteurs ont tenu à nous rassurer sur ce point précis. Reconnaissant que la production d'aluminium pouvait avoir des conséquences en termes de rejets polluants, ils nous ont rappelé que la production d'aluminium, en termes de rejets de dioxyde de carbone, restait l'un des meilleurs choix pour l'Islande. À la différence de ce que l'on constate dans les complexes industriels de production d'aluminium d'Asie du Sud-Est et d'Amérique du Sud, l'essentiel de l'électricité est fourni par des énergies renouvelables, ce qui limite grandement les rejets de dioxyde de carbone.

2. La question de l'intégration européenne

Parmi les questions que nous avons souhaité poser à nos interlocuteurs se trouve celle d'une éventuelle intégration de l'Islande au sein de l'Union européenne.

À l'instar de la Norvège et du Danemark, l'Islande ne semble pas éprouver le besoin d'adhérer à l'Union européenne. Trois facteurs peuvent le justifier : la crainte de la perte de l'identité, le refus de voir la pêche communautarisée et les bons résultats économiques. Ainsi, selon un récent sondage, 55% des Islandais sont contre l'adhésion de leur pays à l'UE. Preuve que la question de l'intégration à l'Union européenne n'est pas une priorité pour les Islandais, nos interlocuteurs ont précisé que lors de la campagne législative de 2007, aucun des principaux partis au pouvoir n'avait l'intention de faire campagne sur l'intégration de l'Islande à l'Union européenne.

Pourtant, la fluctuation de la couronne islandaise pénalise les entreprises islandaises et une partie de la communauté d'affaire tente de se détourner de la couronne. Ainsi, les entreprises qui ont acquis de solides positions en Europe en investissant dans le capital ou en rachetant totalement des entreprises européennes, libellent une part importante de leurs revenus en euros. De plus, un nombre croissant d'entreprises souhaite adopter l'euro comme monnaie pour les activités comptables et financières.

Outre une généralisation de telles pratiques, quatre autres éléments pourraient relancer le débat sur l'adhésion de l'UE : une adhésion de la Norvège, le devenir des relations de défense avec les USA, le pragmatisme islandais et le spectre de la crise financière.

3. Össur: une société à l'image de la bonne santé économique du pays

Au terme de son séjour, la délégation a pu visiter les installations de la société Össur. Cette dernière nous paraît illustrer parfaitement la sérénité et l'éthique économique caractéristiques de l'Islande.

Fondée en 1971, cette société est l'un des deux leaders mondiaux de la fabrication et de la conception de prothèses et d'orthèses. Elle emploie plus de 1.200 personnes à travers le monde, dont 280 pour la seule Islande, dispose de six unités aux États-Unis et de trois en Europe (Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède) ainsi que d'une unité en Australie et une en Chine. Elle a déposé en 1986 son premier brevet et a connu en 1999 une nouvelle étape de son existence avec son entrée à la bourse islandaise. Son capital est aujourd'hui détenu à 50 % par les Islandais. Son marché s'étend pour 60 % en Amérique du Nord et pour 30 % en Europe. En janvier 2007, Ossür a racheté une entreprise française s'inscrivant ainsi sur notre territoire.

Ossür offre des produits de haute technologie qui sont réalisés sur mesure. La délégation a été impressionnée par l'utilisation des techniques bioniques et par l'usage de l'intelligence artificielle au service de l'amélioration des conditions de vie des personnes amputées. Elle a ainsi pu recueillir les témoignages de personnes ayant bénéficié de ces avancées technologiques qui ont pu confirmer à quel point ces nouveaux systèmes soulagent fortement la douleur réelle liée au traumatisme dont ils ont été victimes.

Les sénateurs ont estimé que cette entreprise était tout à fait représentative de l'esprit d'entreprise et du profond souci d'être à l'écoute des besoins d'autrui, qui caractérisent la société islandaise.

La délégation durant la présentation des produits de la société Össur

De gauche à droite : MME PAPON, Messieurs POZZO DI BORGO et MARTIN.