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Comment recruter ses collaborateurs en Russie ?

Débat animé par Caroline MORANGE, rédactrice en chef, Le Courrier de Russie.

Avec :
Laurence BAPAUME, Directeur associé, Brainpower ;
Elisabeth GORODKOV-GOUTIERRE, Directeur associé, Bureau de représentation à Moscou, TPA ;

Bruno METZ, Directeur général associé, RH Partners ;
Sophie VERGNAS, Directeur associé, Amrop Hever Russie, CCEF.

I. La formation en Russie

Caroline MORANGE

Quelles sont les particularités du système de formation russe ?

Laurence BAPAUME

L'enseignement supérieur russe se distinguer par une pluralité d'établissements, essentiellement publics : universités (où sont enseignées toutes les matières fondamentales) et instituts, généralement spécialisés (par exemple en finances). Ces instituts se sont adaptés au marché et on a ainsi vu émerger de nouvelles matières (marketing, communication, relations publiques), alors que les sciences dominaient le paysage de la formation universitaire jusqu'en 1992 ou 1995.

Elisabeth GORODKOV-GOUTIERRE

Il est vrai que le niveau d'études est bon. La formation supérieure est sans doute plus théorique que celle qui existe en France : les stages sont rares, et il existe peu d'écoles de commerce de niveau européen. En revanche, les programmes d'échanges avec des universités européennes ou américaines se multiplient, ce qui permet aux entreprises de trouver les spécialistes répondant à leurs besoins.

Caroline MORANGE

Je signale que vous trouverez dans votre dossier une liste de ces programmes d'échange.

Qu'en est-il concernant les formations techniques et commerciales, Elisabeth ?

Elisabeth GORODKOV-GOUTIERRE

Nous avons tendance à ne recruter que des diplômés de niveau Bac+5 car nous avons du mal à appréhender le niveau réel des étudiants de qualification inférieure. Le cursus d'enseignement s'étale sur onze années mais le niveau Bac+2 n'est pas équivalent à celui des BTS français, par exemple. Pour les diplômés de niveau inférieur à Bac+5, il existe aussi un problème de langue, puisque très peu des russes de ces niveaux de qualification parlent une langue étrangère.

Bruno METZ

Il faut également citer le programme mis en place par le Président Poutine pour la formation des managers, en particulier au sein des PME. Un autre programme, le Manager Training Programme (MTP), financé par la Commission européenne, a été mis en place. Il vise à former des managers russes en France, dans des entreprises françaises et européennes, sur un, deux ou trois mois. Depuis 2002, environ 1 500 managers russes ont bénéficié de cette formation et ce cycle de formation se poursuivra en 2006.

Caroline MORANGE

Quelles sont les attentes des entreprises étrangères du point de vue linguistique ?

Bruno METZ

Je trouve le niveau en langues des jeunes russes satisfaisant, notamment grâce aux formations complémentaires en langues qu'ils suivent souvent.

Elisabeth GORODKOV-GOUTIERRE

Cela dit, très peu de jeunes russes sont francophones et les diplômés de niveau Bac+5 privilégient la pratique de l'anglais, de façon compréhensible dans un contexte international. Rechercher un excellent candidat et mettre un point d'honneur à ce qu'il pratique la langue française me semble pouvoir être une source de difficultés : mieux vaut miser sur le professionnalisme du candidat et sur sa maîtrise de l'anglais. Par ailleurs, le niveau en langues étrangères est souvent moins bon dans les régions, du moins pour la pratique orale des langues.

II. Comment recruter ?

Caroline MORANGE

Le bouche-à-oreille était très utilisé pour recruter. Est-ce toujours le cas ?

Bruno METZ

Il présente l'avantage d'un coût évidemment modéré. Cela dit, cette pratique peut présenter un certain nombre d'inconvénients, et le recrutement peut s'avérer encore plus coûteux que le recours à un cabinet de recrutement, si on a recruté la mauvaise personne. Il faut s'assurer que le candidat sera en adéquation avec l'environnement du poste et la politique de l'entreprise, et de ce point de vue le bouche-à-oreille peut constituer une méthode aux résultats aléatoires.

Sophie VERGNAS

Il me semble que le bouche-à-oreille peut constituer un atout important en Russie car le coût d'entrée dans ce pays, en termes de recrutement, est élevé. Les entreprises doivent donc savoir utiliser leurs contacts et le bouche-à-oreille me paraît le moyen le plus rapide et le moins coûteux de démarrer un recrutement (même s'il faut l'utiliser avec précaution si on connaît mal le pays).

Caroline MORANGE

Qu'en est-il du marché des annonces ?

Sophie VERGNAS

Il y a quinze ans, nous utilisions certains journaux russes pour les petites annonces mais la presse spécialisée, susceptible de répondre aux attentes des employeurs s'est faite très rare au cours des dernières années.

Elisabeth GORODKOV-GOUTIERRE

Les annonces sont peu chères en Russie (de 500 à 1 000 dollars) mais leur rentabilité est très mauvaise : il n'existe pas de presse spécialisée et Internet peut constituer un outil plus efficace dans les grandes villes. Les jeunes russes utilisent fortement Internet et de nombreux sites d'emploi existent.

Caroline MORANGE

Existe-t-il une culture de réponse aux annonces de presse, en matière d'emploi ?

Elisabeth GORODKOV-GOUTIERRE

Les gens répondent à des annonces mais cela vaut surtout pour Internet. De façon plus surprenante, les candidats sollicitent les cabinets de recrutement et considèrent qu'il s'agit de loin du moyen le plus efficace de trouver un emploi. Du côté des recruteurs, il faut signaler qu'il n'existe généralement pas d'annuaire des anciens, dans les établissements d'enseignement supérieur, ce qui constitue une difficulté supplémentaire.

Caroline MORANGE

J'ai aussi fait l'expérience de candidats faisant parvenir leur candidature mais sans préciser quel poste ils recherchaient.

Par ailleurs, comment est structuré le marché professionnel du recrutement ?

Laurence BAPAUME

Le marché est composé d'agences de chasseurs de tête d'envergure nationale ou régionale. La ville de Moscou compte ainsi une centaine de sociétés opérant dans le recrutement mais une large part d'entre elles est constituée de sociétés russes, qui ne constituent peut-être pas le meilleur appui pour trouver un candidat capable de s'adapter facilement à une approche occidentale.

S'agissant de la chasse de tête, précisons que le chasseur de tête doit faire de « l'approche directe », c'est-à-dire contacter directement le candidat pour lui proposer un autre poste. C'est le type d'approche qu'on réserve généralement en France aux postes de dirigeants. Il faut également préciser que le niveau des salaires pratiqués en Russie est très élevé. Dans certaines professions, le salaire moyen est même largement supérieur à celui qui est proposé pour un poste équivalent en France.

Caroline MORANGE

Qu'en est-il de l'intérim ?

Laurence BAPAUME

Il n'existe pas de cadre législatif pour l'intérim en Russie et cette activité n'existe quasiment pas. Certaines sociétés comme Manpower le pratiquent en quelque sorte de façon déguisée mais cela représente peu de chose.

III. Comment motiver ?

Caroline MORANGE

Quels sont les arguments que les entreprises peuvent mettre en avant pour motiver leurs collaborateurs ?

Bruno METZ

Le turn over est d'environ 30 % en moyenne en Russie, ce qui constitue un niveau élevé. Une des raisons de ce constat réside sans doute dans la façon dont sont recrutés certains candidats de middle et top management : souvent, faute de candidats, les candidatures sont acceptées sans le moindre entretien préalable d'embauche.

Plus largement, le premier facteur de motivation d'un candidat russe sera le salaire. Le deuxième sera le renom de l'entreprise. L'intérêt des missions confiées et la recherche d'une évolution professionnelle font également partie des préoccupations des candidats.

Sophie VERGNAS

Pour le middle management, l'entreprise doit avoir une image de marque et une belle histoire à raconter. Il est vrai que le salaire est important mais je ne pense pas que ce soit l'élément déterminant de la fidélisation de vos employés. De plus, le « package social » est aujourd'hui considéré comme aussi important que le salaire : la sécurité sociale, une assurance vie et les retraites font désormais partie des aspirations des salariés russes.

Caroline MORANGE

Les PME n'ont-elles pas du mal à rivaliser avec les grands groupes sur le terrain du recrutement ?

Sophie VERGNAS

Elles auront toujours du mal à concurrencer les grands groupes mais elles disposent d'un atout fabuleux : elles ont une histoire à raconter à leurs employés.

Elisabeth GORODKOV-GOUTIERRE

Depuis quinze ans, nous avons pu remarquer que les collaborateurs s'attachaient fortement à leurs supérieurs hiérarchiques. Ce degré d'attachement est d'ailleurs beaucoup plus important qu'en Europe. Ceci peut d'ailleurs présenter des conséquences à prendre en compte : le départ d'un cadre peut ainsi entraîner celui d'autres collaborateurs.

IV. Débat avec la salle

Valery DRAGANOV

La BERD compte 750 spécialistes en finances provenant de Russie, dont 250 travaillent à Londres. Nous disposons donc de spécialistes très compétents sur ces sujets et nous attendons le retour de 15 000 d'entre eux, qui souhaitent aujourd'hui revenir en Russie du fait de l'amélioration de la situation économique de notre pays. La réforme du système éducatif russe est en cours et nous comprenons qu'une importance particulière doit être accordée à la formation professionnelle. Le niveau de culture de nos jeunes doit sans doute s'élever, avant que nous puissions faire la promotion de la langue russe. Nous avons cependant l'ambition de faire en sorte que les diplômés russes puissent, à terme, se contenter de parler le russe pour trouver un emploi.

Jérôme LACHUEL

En tant que chef d'entreprise dans le domaine de l'informatique, j'ai recruté en France une trentaine d'ingénieurs russes et le niveau est excellent en Russie pour les sciences, les finances et les langues. Mais beaucoup est encore à faire en matière de marketing et de management. Les entreprises françaises doivent donc consentir des efforts de formation pour apprendre à leurs collaborateurs des méthodes de base dans ces domaines.

Gérard LITIC

Un frein à l'embauche n'a pas été évoqué : le droit du travail russe. Celui-ci comporte de très fortes contraintes, en particulier lorsque le chef d'entreprise souhaite se séparer d'un salarié.

Elisabeth GORODKOV-GOUTIERRE

Le Code du Travail a été révisé en 2002 et il a introduit de nouvelles protections pour l'employé. Il demeure toutefois possible, comme en France, de licencier un salarié pour faute.

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